Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Richard

Une chronique de Richard

Certains auteurs de littérature blanche se tournent vers l’écriture de polars, parfois avec plus ou moins de succès. Pas toujours facile de contenter l’exigeant de romans policiers et de ne pas faire de bourde, autant dans l’écriture que dans le développement de l’intrigue. Il est loin le temps de la littérature  des romans de gare; maintenant avec la complexité des romans noirs et du polar,  la tâche n’est pas simple. Et ce n’est pas tout le monde qui réussit l’exercice.

Cassie Bérard a relevé le défi et elle l’a relevé brillamment ! « L’équilibre » est un formidable polar, avec un suspense soutenu, des personnages complexes et une histoire tellement originale … qu’elle en a fait un roman inclassable.

Un polar, sûrement !

Une dystopie, pas mal, oui !

Un roman policier, certainement !

Une critique sociale, assurément !

Un roman psychologique, oh que oui !

Et tout cela, avec un équilibre (sans jeu de mots !!) bien dosé.

L’histoire est complexe mais passionnante !

 Le Parti Citoyen a été placé au pouvoir avec la promesse de réformer la gestion des prisons du pays. Il a fait deux promesses : instaurer l’équilibre et révolutionner le système carcéral du pays.

À partir de son élection, il y a dix ans, on ferme les prisons et les prisonniers sont placés dans des cellules individuelles dans les cours arrière de certains citoyens. Choisis au hasard. Chaque maison qui reçoit ce mandat doit s’occuper de son prisonnier tout en suivant des règles bien précises.

Tout fonctionne bien jusqu’au moment où le système semble s’écrouler et que des évasions se produisent de façon répétée. Le ministère charge l’enquêtrice Estelle de faire la lumière sur ces affaires. Rien ne sera facile pour elle, car en plus, sa conjointe est en phase terminale.

Pourquoi, tout à coup, des évasions se produisent à un rythme étourdissant ? Qui est complice, qui orchestre ces évasions ? Où se situe la faille dans ce système qui fonctionnait si bien ? Qui provoque ces failles ? De l’intérieur de la structure ?

Dans une structure de roman bien particulière, l’auteure nous transporte des deux côtés des « barreaux », que ce soit le prisonnier qui regarde ses geôliers ou la famille ou un membre de la famille qui entretient des relations illicites avec leur pensionnaire d’arrière-cour. À chaque chapitre l’auteure change de perspective et nous entraine dans une succession de tableaux, un va-et-vient haletant entre la vie d’un prisonnier et celle du geôlier qui voit à ses besoins. Sans compter, un groupe bien étrange que l’on appelle « les ouvreurs », chargés d’ouvrir et de fermer les portes de ces cellules. Sont-ils complices des dernières évasions ?

Le plus glaçant de ce roman se retrouve dans la genèse de cette réforme carcérale et dans l’évolution de la pensée morale qui justifiait cette décision. Aucun doute, Cassie Bérard nous plonge dans un questionnement évident, au coeur même de toutes les réformes du monde réel. Ici aussi, la littérature pose les bonnes questions, le professeur Laurent Lefebvre, codétenteur d’une chaire de recherche en philosophie sociale, représente l’image même de cette réforme, et de plus en plus, il a une tendance à s’en détacher. Le combat éthique sera sans revanche !

Même si au départ ce roman nous apparait un peu déstabilisant, il est un petit chef-d’œuvre d’originalité ! Dès le départ, je me suis senti un peu ailleurs. Dans un monde étrange, une dérive politique autoritaire, où la solitude se partage entre les prisonniers et ceux qui sont chargés de les surveiller. La solitude devient un repas qui se mange froid, passé au travers d’un sas qui sépare le prisonnier et le citoyen.

« L’équilibre » est un roman à découvrir, tout comme son auteure, Cassie Bérard. Une nouvelle voix vient peut-être de se faire entendre dans le paysage du polar québécois. Et avec cette capacité à nous étonner avec sa créativité et son imaginaire, nous devrons nous préparer à d’autres surprenantes lectures comme cet équilibre étonnant !

 

Extrait :

« Rien n’est laissé à la liberté, tout se mesure de haut en bas, de long en large comme un enclos. »

« Une grimace, encore, déforme son visage, mais c’est moins l’expression d’une terreur qui se devine soudain dans ses traits qu’une forme rare d’excitation, entre effarouchement et satisfaction. »

« Notre malheur est votre divertissement. »

Et une petite dernière … juste pour le plaisir de la polémique :

« L’amour-propre est la pantoufle des hommes. Ébranlez ce confort et vous réveillez des monstres. »

Bonne lecture !

 

L’équilibre

Cassie Bérard

La Mèche

2021

277 pages

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article