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Publié par Richard

Une chronique de Christelle Kriek

Il faut que je vous le dise d’entrée de jeu, j’ai un faible pour Patrick Senécal. Je me souviens du tout premier roman que j’ai lu de lui, peu de temps après mon arrivée au Québec et avide de découvrir la littérature québécoise. J’ai été emportée… littéralement. S’il peut être enviable d’avoir des fans, il est toujours aisé de les décevoir. Dans les entrevues qu’il accorde, Patrick Senécal le mentionne souvent. Il a même confié à plusieurs reprises que Sophie, sa conjointe, lui était d’une grande aide dans ce processus lorsqu’il doute tout d’un coup de la qualité du roman qu’il est en train d’écrire. Bref, Flots, je l’attendais, comme nombres d’admirateurs de Patrick Senécal…

Flots, c’est comme un morceau du journal intime de Florence, huit ans, presque neuf. Elle habite avec son père et sa mère, qui se chicanent souvent; elle apprend le piano avec madame Lemaire; elle va à l’école, dans la classe de madame Valérie; elle a des amis et même un amoureux; elle écoute Katy Perry; elle aime les films d’horreur et elle aime apprendre des mots. « Nouveau mot : déçu. Je pense que je le sais, ce que ça veut dire, mais j’ai quand même demandé à maman. »

Un jour, son oncle Hubert, même s’il n’a d’oncle que le nom, lui offre un journal intime. Sur la première page, elle a écrit « Journal intime de Florence Roberge », comme ça, personne ne pourra le lire sans sa permission. Florence, elle a tout d’une petite fille comme les autres… mais pas complètement. Ne ressentant aucune empathie, elle entend des « flots » dans sa tête. Et c’est là que tout commence… ou tout finit, que chaque trahison perçue ou ressentie est punissable.

Ce qui est particulièrement intéressant avec Flots, c’est le style proposé par Patrick Senécal. En effet, l’histoire est racontée du point de vue et de l’écriture d’une enfant. Cela donne évidemment un style original au livre, mais cela nous amène aussi à avoir le sang qui se glace encore plus. « De toute façon, je ne l’aime plus. Alors qu’est-ce que ça donne? Il va falloir que je trouve un moyen de le tuer, je ne sais pas encore comment. » Considérant cette approche, de nombreux paragraphes font sourire, parce qu’on y retrouve la naïveté de Florence, des précisions qu’aucun adulte n’écrirait « S’il était super fâché, je mettrais deux points d’exclamation. » Et en même temps, l’horreur de ce qui se déroule autour et par elle amène le lecteur dans une profonde angoisse. Sans s’en rendre compte, presque naturellement, en suivant sa propre logique, Florence bascule du côté obscur. Un monstre dirait son père…

Petit à petit, le fil de l’histoire se reconstruit et on est pris entre l’envie furieuse de savoir et celle de refermer le livre pour garder l’image de l’innocence pure de nos enfants. Avec Flots, Patrick Senécal nous emmène au bord du précipice. L’écriture est celle d’une enfant, mais c’est justement cette touche enfantine qui assoit le réalisme cru. Il n’y a pas de fioriture, c’est dérangeant… simplement.

En refermant le livre, il est difficile de ne pas se rappeler que cela prend tout un village pour élever un enfant et donc de se demander qui sont les villageois… mais aussi de se questionner à savoir si dans notre propre demeure une ou un sociopathe n’est pas en développement.

Bonne lecture !

 

Flots 

Patrick Senécal

Éditions Alire

2021

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