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Publié par Richard

« Le silence c’est la meilleure cachette. »

 

Une chronique de Richard

 

Un lundi matin, jour bien ordinaire jeune fille signale la disparition de sa soeur de onze ans. Le policier qui prend l’appel est surpris par le ton calme de la personne qui signale l’absence de la petite depuis 48 heures. Deux policiers sont dépêchés sur les lieux. Ce qu’ils découvrent les déconcerte. Est-ce une famille qui vit dans cette maison ? Non, plutôt un regroupement d’individus résidant à la même adresse, sans chaleur, chacun dans son silo, comme dans des mondes parallèles. L’enquête ne sera pas facile et les deux policiers auront bien de la difficulté à faire parler les membres de cette « famille » et les voisins de cet étrange quartier.

 

Claude Kérouac, une fillette de onze ans, fait partie de ces nombreux enfants qui se cachent ou que l’on cache. Le silence, c’est son oasis de paix.

 

Claude est disparue ! Ça ne semble inquiéter personne. Ils sont tous habitués aux comportements bizarres de l’enfant. Elle se cache souvent avec son dictionnaire et on la retrouve quelques heures plus tard, comme si de rien n’était.

 

Guy Lalancette a choisi la voie la plus difficile, en laissant la parole à la fillette. Et c’est avec les yeux de la petite Claude que nous comprendrons ce qui se passe dans sa tête. La fillette nous raconte sa vision du monde, jette un regard sur sa famille, nous parle de ses relations avec sa mère et sa complicité avec Rose, ce personnage imaginaire qui la hante.

 

De plus, le lecteur a la chance d’assister aux séances de psychothérapie entre Claude et celle qu’elle appelle la « Femme-cabinet ». La petite pose un regard critique sur cette adulte qui, du haut de ses connaissances livresques sur l’enfance, passe généralement à côté des éléments essentiels de la vie et des difficultés de la fillette.

 

Le silence, complice habituel de la santé mentale, fait partie intégrante de la vie du personnage principal de ce septième livre de Guy Lalancette. Les cachettes est le roman de la parole donnée à une enfant qui semble ne pas en vouloir.

 

L’alternance entre les chapitres où on suit l’enquête des policiers et ceux où l’enfant nous donne sa vision du monde qui l’entoure et celui qui l’habite, s’avère un choix judicieux. Découvrir ces perceptions différentes entre les a priori des adultes et les pensées enfantines d’une enfant souffrante moralement s’avère un exercice assez terrifiant.

 

Mais la lecture de Les Cachettes dépasse ce plaisir de découvrir les pensées d’une enfant aux prises avec des problèmes de santé mentale. Ce roman donne au lecteur l’occasion de réfléchir à notre rapport à l’enfance, à la façon dont nous, adultes, vivons auprès des enfants que nous côtoyons. À accepter l’enfant qui se pratique « à être aveugle pour voir plus de choses … »

 

Le roman de Guy Lalancette est un coup de poing au plexus solaire du monde des adultes. La santé mentale est un sujet tabou pour la majorité des personnes; de donner la parole à un enfant jetant un regard sur notre opacité volontaire, ne peut que nous secouer, nous faire réfléchir et nous émouvoir. Et malgré les silences, les endroits où elle se terre, malgré ces mots de dictionnaire qu’elle cherche pour mieux comprendre et des voix qu’elle entend, malgré le fait qu’elle désire être une fougère pour embellir la maison qu’elle habite, la petite Claude Kérouac parle fort ! Et on apprend beaucoup !

 

Les cachettes  aborde les ombres obscures et profondes de l'enfance avec justesse et mérite qu’on y jette plus qu’un peu de lumière.

 

Extrait :

« Je voudrais être grande, tellement grande. Non pas plus vieille ou plus longue, mais être plus, avec de l’espace par en dedans pour regarder à l’intérieur. Être toute ma maison, toutes mes sœurs et tous mes frères et maman aussi à moi toute seule. Mais il faut bien que je me cache, que je disparaisse parfois pour les aimer mieux et plus encore. »

 

 

Bonne lecture !

 

Les cachettes

Guy Lalancette

Vlb éditeur

2020

258 pages

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Commenter cet article

Karine 31/01/2020 00:27

Tu m'encourages... j'ai lu 75 pages et je ne suis pas encore bien certaine de comprendre l'intention de l'auteur... du coup, je vais continuer avec un peu moins de mollesse.

Richard 31/01/2020 20:03

Moi, je me suis beaucoup attaché aux chapitres où la jeune parlait. L'enquête était un complément intéressant mais n'avait rien pour me jeter par terre !!! Bonne lecture, Karine !