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Publié par Richard

Iboga. La plupart des personnes l’écrivent avec un « i » minuscule, Jefferson Petitbois, lui, l’écrit avec un « I » majuscule.

 

Après ma lecture de ce récit de Christian Blanchard, je suis resté sous le choc. « Iboga » est le roman de la vérité, la vérité de Jefferson Petitbois. Dix-sept ans, condamné à mort par la justice de son pays. Dès la fin de son procès, on l’amène à sa dernière demeure, le couloir de la mort de la prison de Fresnes. Pour se rendre à sa cellule, il rencontre « La Louisette », celle qui lui fera perdre la tête. Pour le vrai. « La Louisette » c’est la guillotine qui trône au milieu de la cour de cette prison de la mort.

 

À quinze ans, il a rencontré Max. Un personnage énigmatique, charismatique, qui l’envoûte et lui fait connaitre les joies de l’iboga, cette racine hallucinatoire, puissant psychotrope utilisé par le Pygmées. Vite dépendant, accro à la drogue et à son protecteur, Jefferson et Max seront rapidement à la recherche de sensations plus fortes. Meurtres, viols, sous l’emprise de sa drogue qui lui donne de la force et l’emprise de son mentor qui le guide dans l’horreur et la violence.

 

Jefferson est arrêté, Max disparait ! Ça commence fort ! Une première phrase : « La mort m’attend. » Puis, « Je suis né de pas grand-chose, j’ai vécu pour rien et je vais mourir dans l’indifférence. »

Une vie, résumée en quelques mots. Terrifiant ! Désarmant ! Et qui rapidement nous fait prendre en pitié cet adolescent pas encore sorti de son enfance et qui ne verra jamais le soleil brillé sur sa vie d’adulte.

 

Le roman est un passionnant monologue de cet être écorché par la vie, sans avenir et sans espoir pour demain. Il nous raconte à sa façon, ce qu’il a vécu. Mais aussi, sa vie en prison avec certains gardes inhumains et racistes (ben oui, Jefferson est noir …), toujours prêts à l’humilier et à lui rappeler qu’il n’aura pas le droit à une vie, aussi pourrie soit-elle.

 

Aussi, il rencontrera des gens qui veulent l’aider, un gardien qui lui permet de réapprendre à lire et lui donne le goût d’écrire. Et une psychiatre à qui il n’accorde peu de confiance. Ces personnes veulent-elles vraiment l’aider ?

 

L’auteur nous plonge dans ce cerveau complexe et nous guide dans les méandres tortueux des pensées de ce condamné à mort. Toujours effrayant, parfois attendrissant, on finit par le prendre en pitié et presqu’à l’aimer, à lui pardonner ses erreurs … que lui ne se pardonne pas. Ses réflexions, empreintes de la naïve candeur de l’adolescent, font parfois froid dans le dos mais sont toujours touchantes par leur honnêteté et leur immoralité.

 

Et l’échéance de la mort, tout comme la possibilité de toute une vie en prison, dans cette petite cellule si peu confortable, sont tout aussi inacceptable. Que lui restera-t-il après cette vie ?

 

Le temps passe … En aura-t-il assez pour crier sa vérité ?

 

L’auteur, Christian Blanchard aura réussi à nous faire aimer ce personnage. Avec une économie de mots mais un déluge d’émotions, il aura ébranlé nos convictions, secoué nos certitudes et questionné notre rapport à la culpabilité.

 

Une histoire qui ne vous laissera pas facilement, un personnage qui vous habitera et une réflexion qui vous hantera ! Il faut lire « Iboga » pour la puissance du récit et les traces qu’il laisse dans votre esprit !

 

Iboga

Christian Blanchard

Éditions Belfond

2018

299 pages

Très bientôt, je vous parlerai aussi du plus récent roman de Karine Giebel

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