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Publié par Richard

Un dernier pour la route !

Une chronique de Christophe Rodriguez

«  Il ne n’est jamais montré ni odieux ou sordide envers son épouse ou ses enfants. Et sa dépendance ne l’a pas empêché de s’acquitter de son devoir de pourvoyeur. Certains de mes oncles pouvaient se montrer violents quand ils buvaient. Pas lui. Sa violence, c’est contre sa propre personne qu’il l’exerçait, un verre de poison à la fois, soir après soir, dans la solitude la plus compacte».

Ah cher François Gravel, quel récit et que de courage ! Nous sommes loin de Klonk, du Bonheur fou ou de l’Effet Summerhill. Retraité actif, ce romancier plusieurs fois couronné nous raconte l’histoire de sa famille qui s’imbrique dans la relation avec l’alcool. En 156 pages où tous les mots sont pesés, nous entrons dans une autre époque, où les époux allaient à la taverne, prenant plus qu’un verre après le travail et bien entendu, avec la petite bière au volant ou lors d’une «partie de chasse». Vous pensez que tout cela est passéiste, détrompez-vous! Malgré les campagnes de sensibilisation, les ravages de l’alcool sont tous aussi présents, mais diffus.

«  Enfant, je soupçonne déjà que l’alcool est le carburant qui fait fonctionner les hommes. Il fait partie de leurs attributs. Au même titre que le tabac, et peut-être est-il même à l’origine de leur force, comme les épinards pour Popeye».

Une dépendance à l’alcool, un buveur social, voila ce que découvre le petit Gravel. C’est un récit courageux, touchant puisque François Gravel relate plus de 50 ans après, les ravages de la goutte ainsi que le miroir d’une époque. Les femmes parlaient peu, les hommes se réunissaient entre eux et pour certains, la dive bouteille fut le seul moyen d’échapper à leur existence. Dans la fratrie Gravel, tous les oncles sauf un burent jusqu’à en mourir.

Tel un coloriste, le romancier redevient adolescent, jeune adulte pour décrypter cette complexité addictive qui laissa bien entendu des traces. Chaque mot est pesé et il faut le talent ainsi que les années de patience d’un très grand écrivain qui a évité de s’anesthésier par l’alcool. Jamais larmoyant, souvent introspectif, il ne sait pas «  comment terminer ce livre autrement qu’en leur disant que je pense à eux souvent, et que je me sens chaque fois aussi impuissant devant ce mystère insondable».

Bonne lecture !

 

 

Le deuxième verre

Par François Gravel

Éditions Druide

153 pages

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