Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Richard

Une chronique de France Lapierre

Emuna Elon est une journaliste israélienne dont Une maison sur l’eau est le premier roman traduit en français.

L’auteure nous présente Yoel Blum, juif né à Amsterdam, mais émigré très jeune vers Israël avec sa mère et sa sœur. Yoel est un écrivain reconnu et à ce titre, il voyage beaucoup pour rencontrer ses lecteurs et lectrices. Après la parution de son plus récent roman, son éditeur lui annonce qu’il devra donner une conférence à Amsterdam. Dans un premier temps, l’auteur refuse, car il a promis à sa mère décédée de ne jamais retourner dans sa ville natale. Cédant toutefois à la pression de son éditeur, il s’y rendra en compagnie de Bat Ami, son épouse.

Au cours d’une visite touristique, alors que cette dernière visionne un film d’archives au Musée historique juif, Yoel reconnait sa mère et sa sœur sur la pellicule en noir et blanc. Sa mère tient un bébé dans ses bras et ce n’est pas lui! Aurait-il donc un frère disparu? Yoel rentre en Israël et questionne sa sœur Néti. Il revient aussitôt à Amsterdam pour enquêter sur l’identité de ce bébé. Tout au long de cette quête, Emuna Elon sème des indices ténus qui nous mèneront à la révélation finale.

Les époques se télescopent et Yoel nous donne accès à ses réflexions, à ses interrogations, à ses hypothèses sur la vie de ses parents à Amsterdam durant la Deuxième Guerre mondiale. Au cours de ses déambulations, il imagine ses parents dans un café, chez des amis, à l’hôpital où ils travaillaient tous les deux. La peur est omniprésente : il faut éviter les transports publics, se réfugier au Reijkmuseum pour éviter une rafle, confier ses enfants à des étrangers dans la clandestinité pour les protéger.

« Mieux vaut cesser de nier la réalité, se dit-elle tout en se faufilant entre les autres cyclistes, dans le flot des véhicules qui traversent le pont. Que tu acceptes les faits ou que tu les nies, la vie à laquelle tu t’es habituée est terminée. Terminée. À jamais. » p.147

Il parcourt la ville à deux époques et si nous voyons Amsterdam comme elle se présente aujourd’hui (les tulipes, les moulins à vent, l’omniprésence des vélos, la stature des.e.s et leur façon de se comporter), nous pouvons nous demander si ces détails dénotent une certaine ironie de la part de Yoel ou de l’auteure.

« Il tentera de comprendre ce qu’avait été l’empire colonial néerlandais, comment les Hollandais se considéraient comme le peuple élu, et comment l’immense succès économique d’Amsterdam à son apogée, associé à la philosophie protestante de cet âge d’or, avaient fortifié chez eux leur croyance en leur supériorité. » p.114

L’eau est omniprésente dans La maison sur l’eau. D’ailleurs le titre de la traduction anglaise (House on Endless Waters) donne une saveur particulière à cette thématique, que ce soit dans le tableau de Jan Toorop, « La mer à Katwijk » ou les bateaux couverts qui sillonnent les canaux. Elle charrie les relents du traumatisme intergénérationnel subi par les Juifs hollandais, plongés dans la clandestinité ou noyés dans l’oubli.

Consignée dans 4 cahiers, la quête de Yoel nous est présentée par la mise en abyme du travail de l’écrivain, par de nombreux allers retours dans le temps et par l’évocation de plusieurs faits reliés au génocide des juifs hollandais, dont la mort d’Anne Frank.

Si le récit est prenant et nous informe, par exemple d’un échange de prisonniers juifs contre des prisonniers allemands en Palestine ou encore nous apprend de nombreux mots hébraïques, la force de La maison sur l’eau est sans conteste sa complexité narrative et sa richesse stylistique.

Souhaitons que les autres œuvres d’Emuna Elon seront traduites en français!

Bonne lecture !

 

Une maison sur l’eau 

Emuna Elon

Éditions Albin Michel 

2021

327 pages

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Une lecture que j'avais beaucoup aimé.
Répondre
R
Merci Alex !