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Publié par Richard

Une chronique de Sylvie Geoffrion

Est-ce que je saurai être objective dans mon ressenti de cette lecture ? Je ne crois pas car j'aime trop Thomas H. Cook. J'aime l'atmosphère qu'il réussit à créer, étouffante, inquiétante,  mais surtout j'aime le ton qu'il donne à son récit.  Un ton modéré, continu, jamais monotone pourtant mais plutôt comme affecté d'une noire fatalité.

Julian Wells, écrivain atypique s'il en est, ses oeuvres sont inclassables, il est spécialiste des grands meurtriers: tueur en série russe, massacre d'Ouradour sur Glane, la comtesse hongroise vampire, les disparitions en Argentine, bref il écrit sur ce qu'il peut y avoir de plus glauque, de plus noir dans l'histoire des hommes.

De retour d'un voyage, par un beau matin, il descend au lac devant chez lui, prend la barque et s'ouvre les veines.

Son meilleur ami, Philip Anders se demande pourquoi et ce qu'il aurait pu lui dire pour éviter le drame. Et voilà que Philip nous amène avec lui dans sa quête de vérité. Pourquoi Julian Wells s'est-il suicidé ? Il creusera la vie de son ami, ses voyages, ses écrits, il refera les trajets parcourus France, Russie, Hongrie et retour en Argentine et se demandera le rôle qu'aura joué la disparition de leur guide touristique lors d'un voyage en Argentine trente ans plus tôt.  Comment cette disparition a-t-elle pu faire basculer ainsi la vie de son ami écrivain? Et cette petite dédicace pour lui "À Philip, le seul témoin de mon crime". Quel crime ?

Philip Anders se questionne sur son amitié pour Julian alors que pour Julian, montrer l'amour que l'on porte à un ami …"n'est pas ce qu'on lui confie qui montre combien on l'aime, mais ce qu'on s'abstient de lui confier ". Tout est dans cette petite phrase.

Thomas H. Cook, avec intelligence, grande érudition et une plume plus qu'éloquente, s'intéresse encore ici au Mal, le grand, le noir comme il le fait depuis toujours. Cette vie qui n'est "qu'un jeu d'ombres", avec ses secrets, ses vices, cette âme humaine bien noire qui ne peut nous empêcher de souffrir.  La duplicité, la trahison, la culpabilité qui ronge, celle dont disait Julian que c'est « la fausse consolation de ceux qui n'ont pas souffert ».

Et c’est bon jusqu’à la finale.   

Encore une fois, chapeau bas Monsieur Cook. 

Bonne lecture !

 

Le crime de Julian Wells

Thomas H. Cook

Éditions Points

Collection Roman Noir

2016

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