Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Richard

« Ils étaient une famille. … (ils) passèrent cent ans à poursuivre leurs rêves, à panser leurs blessures et à transcender leurs erreurs. »

Trafiquants de colère, page 11

Une chronique de Richard

 

Depuis une dizaine d’années, je me passionne pour l’idée de faire partager les lectures que j’aime. Écrire une chronique, c’est livrer un peu de soi-même quand on a lu une œuvre qui nous a émus. Et le plaisir se prolonge, au moment où un lecteur nous revient pour nous dire combien il ou elle a aimé notre suggestion !

 

Être passeur littéraire, c’est aussi se faire conseiller des livres, se faire dire, lis cela, tu vas aimer. Car les lecteurs arrivent à connaitre nos goûts et nos préférences de lecture.

 

Trafiquants de colère est un de ces livres qui m’a été suggéré. Ce magnifique roman m’a été conseillé par Ghizlaine Chraibi, une auteure marocaine qui a, un jour vanté ce titre d’une auteure que je ne connaissais pas. Eh bien merci, Ghizlaine, tu avais raison !

 

 Trafiquants de colère raconte l’histoire de deux familles : Les Kaufman, une famille juive de la Pologne et les Gaudrèche, descendants d’esclaves de la Martinique. L’histoire de ces deux familles prend racine dans la vie de  deux femmes :

 

Magda Wotchek, une résistante, vaincue par l’enfer nazi

et

Yamissi, l’esclave libérée qui a passé sa vie dans une maison close de Dantzig.

 

De la Seconde Guerre Mondiale au début du XXIe siècle, ces familles seront réunies à deux occasions. Pour le meilleur, mais trop souvent pour le pire ! Pour vivre leurs destins et leurs colères, alimentés par leur généalogie complexe et suffocante.

 

Trafiquants de colère est un roman impressionniste, construit par petites taches de couleurs relatant la vie de ses différents personnages. Aucune vie banale, une recherche du bonheur qui très souvent reste inachevée et des destins fréquemment tragiques, l’auteure a fait le choix de nous présenter ses personnages dans un désordre complet, sautant d’une époque à l’autre, des camps nazis à la naissance des Black Panthers à Baltimore, des premiers pas de l’État d’Israël jusqu’à la vie au quotidien dans un village martiniquais.

 

Tous les personnages sont marquants, autant dans leurs faiblesses, leurs mauvais choix que dans leur humanité. Viktor Lazlo nous peint un portrait extrêmement réaliste de ces humains en quête de bonheur et de sens à donner à leur vie. En voici quelques-uns avec quelques bribes de leur histoire; pour vous mettre l’eau à la bouche et pour piquer votre curiosité :

 

Jo Gaudrèche : le roman commence à son arrivée à la Martinique pour y rencontrer sa grand-mère, l’exécrable Fleur. Jo est la fille de Pipo. Elle était en couple avec Samuel Kaufman, le fils d’Aron David. Personnage énigmatique, elle revoit ce premier amour après une vingtaine d’années et lui révèle un secret qu’elle lui a caché …!

 

Daniel Kaufman, son fils Aron David et sa nièce Ora. Juillet 1944, Daniel quitte l’enfer nazi et revient dans son village complètement détruit.Il y retrouve son fils, Aron David et rêve de fouler le sol de la Palestine pour vivre son rêve sioniste. En route vers Varsovie, il rencontre la petite Ora qui les accompagnera dans leur périple vers la terre de la future Israël. À bord de l’Exodus 1947 !

 

Pierre Marie Isidore Rigobert Gaudrèche, dit Pipo et sa femme Marge. Abandonné par sa mère (Fleur), Pipo est adopté (comme esclave ??) par un couple de fermiers qui exploitent le moindre muscle de sa jeunesse. Vivant dans des conditions semblables à ceux des esclaves, mal nourri et peu ou pas aimé, il rêve à sa majorité pour partir de cet endroit qui ne le traite jamais comme un enfant. Rendu à Paris pour étudier, il rencontre une jeune Noire, Marge, qui l’entrainera dans son giron jusqu’en Amérique en plein centre des tensions raciales.

 

À la relecture de cette présentation des personnages du roman, je me rends compte qu’il est très difficile de rendre au récit, les hommages qu’il mérite. Trafiquants de colères est un roman complexe, d’une structure éclatée avec des histoires passionnantes et des destins, parfois heureux, souvent tragiques. L’auteure a eu l’excellente idée de mettre en début de roman, l’arbre généalogique des quatre générations de ces deux familles. Je m’y suis référé à de nombreuses reprises !

 

Inutile de dire que j’ai adoré ce roman et que j’ai découvert une auteure que je vais suivre avec grand plaisir. D’ailleurs, j’ai déjà commandé Les passagers du siècle, roman paru avant les Trafiquants de colère. Je me dois de souligner la qualité exceptionnelle du style d’écriture de cette auteure; très souvent, je me suis arrêté pour lire et relire certains passages particulièrement beaux et me laisser envahir par les émotions provoquées par la poésie de sa plume.

 

Petit fait inusité, en parlant du roman sur ma page Facebook, beaucoup de lecteurs m’ont demandé si cette Viktor Lazlo était la même que la vedette de la chanson. J’ai donc appris que cette auteure était avant tout, une excellente chanteuse. Et moi, j'ai eu la chance de faire connaitre cette auteure à ceux qui la connaissaient comme chanteuse.

 

Je me ferai donc le plaisir de mettre en lien la vidéo d’une chanson qui m’a grandement plu. Juste pour le plaisir des oreilles !!!

 

Extraits :

 

« Le regard perdu dans le mauve du ciel, il murmure pour lui seul : « Ils ne nous pardonneront jamais ce qu’ils nous ont fait subir. » »

 

« Elle ignorait donc qu’il est deux sentiments extrêmes que l’on n’oublie jamais : le bonheur absolu et le malheur profond. »

 

« Quatre ans et des poussières d’étoiles, un long temps auquel peu d’amours survivent à l’absence de corps, quatre ans sans savoir que l’on existe encore dans les sillons d’une mémoire, dans les cavités d’un cœur, dans la projection d’un avenir. »

 

Bonne lecture 1

 

 

Trafiquants de colère

Viktor Lazlo

Éditions Grasset

2020

395 pages

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article