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Publié par Christophe

Un cas de conscience toujours actuel

Par Christophe Rodriguez

En plus de l’édition originale publiée en 1947 dans la collection Blanche Gallimard que je conserve précieusement, j’ai aussi celle parue chez Joseph K éditeur dans un format beaucoup plus luxueux, c’est pour vous dire !

J’ai découvert Jean Meckert, ou plutôt son pseudonyme Jean Amila, à l’époque où la Série noire défendait encore son pré carré dans l’univers du roman policier. Avec : Des Loups dans la bergerie, Au balcon d’Hiroshima, Le boucher des Hurlus ou La nef des dingues, Jean Amila/Meckert fondait aussi son œuvre dans les évènements politiques/historiques, ce qui lui causa beaucoup de problèmes, surtout quand il publia en 1971 : La vierge et le taureau (Presses de la Cité), sur les expérimentations nucléaires françaises en Polynésie.

Au hasard de mes lectures, je découvrirais donc Nous avons les mains rouges. Ni roman policier ni roman historique, bien qu’il ait vécu certains évènements au sein du maquis de l’Yonne en 1943, ce roman est « camusien » dans l’âme bien avant Albert Camus .

Au nom de quoi ?

Cette formule que j’emprunte au maitre de la philosophie politique que fut Alfred Grosser, résume bien cette tragédie. En 1945, Lavalette sort de prison après avoir été condamné pour meurtre, même en état de légitime défense. Seul et sans le sou, il débarque dans le village de Sainte-Macreuse et tend l’oreille aux commérages. Voyant qu’il ne sait plus très bien où nicher, Monsieur d’Essartaut et son homme à tout faire qui est de fait son garde du corps, lui propose le logis. «  Fort en gueule » et connu du voisinage, Le Essartaut en question est propriétaire d’une scierie qui donne un peu de travail à tous les éclopés de guerre et parfois, repris de justice.

Mais derrière cette bonté humaine, un plan se dessine. À la fin de la guerre (1939-1945), la vengeance souvent justifiée a sonné. Les tribunaux qu’ils fussent d’exception ou non prononcèrent des condamnations qui iront jusqu’au peloton d’exécution.   Dans la tête du « bienfaiteur/Essartaud », trop s’en tirent à bon compte, donc, et il faut les éliminer. Ce recours à la violence est-il justifié quitte à devenir des meurtriers, peut –on se substituer à l’état pour faire payer les faux résistants et enrichis sous l’occupation, comme l’a si bien démontré le roman Jean Dutourd avec : Au bon beurre

Ce roman fascinant fut un pivot dans la littérature d’après-guerre. Beckert sans copier Céline aborde de façon toute simple des thèmes aussi universels que : l’humanisme, l’instinct de survie, la vengeance à tout prix, ainsi qu’une réflexion poussée sur la société civile en proie au doute. À lire et à entendre tous les conspirationnistes qui pullulent sur les réseaux sociaux, condamnant de façon outrancière les actes et des uns et des autres en cette période de pandémie, cette lecture pourrait leur être salutaire, ainsi qu’aux jeunes adultes qui entrent tout court dans la vie publique.

Bonne lecture !

 

 

Nous avons les mains rouges

Jean Meckert

Éditions Joëlle Losfeld,

310p.

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