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Publié par Geneviève

Par GENEVIÈVE HOULD

 

Sophie Bienvenu…

 

1000 raisons de l’aimer.

 

Désinvolte, affranchie, « kick-ass », elle est un modèle pour les filles de ma génération. Non seulement elle semble se contreficher d’être « première de classe »[1], elle s’exprime haut et fort sur des sujets chauds, des sujets qui polarisent. Qu’on songe aux pitbulls (elle en a un et demi[2]) ou au racisme (son «humain préféré» est Noir), ses actions suivent ses convictions. Et elle ne mâche pas ses mots. Pensons aussi à l’annulation de sa participation à une table ronde, au Salon du livre de Montréal, en novembre dernier[3]. Sophie Bienvenu se tient debout. En lisant ses oeuvres (Et au pire on se mariera, Chercher Sam, Autour d’elle), on est happé par sa profondeur et la force de ses textes qui grafignent.

 

Et la littérature jeunesse, maintenant…

 

Je vous le dis d’entrée de jeu, le roman La princesse qui voulait devenir générale, un conte universel, ne figure pas parmi mes livres jeunesse préférés. Pourquoi j’en parle, alors? Parce que la princesse me fait penser à sa créatrice. Parce qu’il est audacieux, qu’il soulève les discussions sur des sujets tels que les stéréotypes, l’homosexualité, la transsexualité, les filles qui veulent casser la baraque, le racisme, la guerre et surtout, SURTOUT, il s’appuie sur l’idée « que dans la vie, on peut devenir qui on veut. » Peu d’auteurs jeunesse écrivent sur des sujets aussi corsés, à part peut-être les magnifiques Simon Boulerice  et Thierry Lenain, qui n’ont pas la plume dans leur poche. Sophie Bienvenu a d’ailleurs mentionné, lors d’une conférence à laquelle j’ai assisté en octobre dernier, que certains de ses amis étaient frileux à l’idée de s’aventurer à lire La princesse qui voulait devenir générale à leurs enfants, ne se sentant pas équipés pour répondre aux questions que cette lecture pourrait susciter…

 

L’histoire

 

Et ça commence en force par la dédicace de l’auteure…

 

Pour que mes petits construisent un monde où rien n’est impossible ou, du moins, un endroit moins pire.

Pour que je continue d’espérer.

 

C’est dense comme histoire.

 

«L’histoire se passe il y a très très longtemps, bien avant la naissance de l’arrière-arrière-grand-mère de ton arrière-arrière-grand-mère. »

 

Elfes, Nains et Humains possèdent chacun leur royaume et les Nomades, eux, se promènent ça et là. Ces peuples se détestent tous profondément et sont perpétuellement en guerre (pour rien).

 

La princesse refuse d’être princesse. Elle est mal prise, elle qui est élevée par un père rigide qui s’évertue à répéter, « Ce sont des choses qui NE SE FONT PAS! » pour tout et pour rien et qui va jusqu’à poivrer ses enfants lorsqu’il est contrarié… Par chance, elle adore son grand frère Simon, qu’on surnomme Gigi en hommage à la célèbre chanson de Dalida. Simon qui ne veut pas être roi, qui veut être reine… Le ton est donné.

 

Emma part à la recherche des Elfes, des Nains et des Nomades qui partagent son  territoire pour tour à tour tenter de leur déclarer la guerre. Elle n’a pas froid aux yeux, la princesse! Ses rencontres la mèneront de surprise en surprise. Comme quoi lorsqu’on est ouvert, tout peut arriver.

 

Ses forces

 

Emma est la narratrice. Elle s’adresse directement au lecteur, on se sent interpelé.

 

Comment aurais-tu fait toi, pour chasser l’ours?

 

Elle aurait dû se méfier, tu ne crois pas?

 

Ce roman jeunesse aurait pu rapidement devenir pesant, mais non, son fond d’humour allège la complexité des thématiques abordées.

 

"Les archers humains visaient aussi bien que ta grand-mère quand elle joue aux quilles; autant dire qu’ils n’étaient pas très menaçants."

 

En observant mon élève lire La princesse qui voulait devenir générale,  j’étais fière.

Je me dis que c’est aussi ça, la job d’une enseignante. De présenter une littérature variée et de qualité, une littérature qui divertit, certes, mais aussi qui ouvre les esprits.

Imaginez si ce roman résonne dans l’existence d’un enfant et lui permet de mettre des mots sur ce qu’il vit. Imaginez si…

 

 

 

 

La princesse qui voulait devenir générale

Auteure: Sophie Bienvenu

Illustratrice: Camille Pomerlo

Les éditions de La Bagnole

137 pages

 

 

 

 

[1] Émilie Dubreuil parle de syndrome de la première de classe, de la femme parfaite, dans son excellent article publié dans le Voir du 4 janvier 2018.

[2] Simone est l’entier et  Sébastien, le chien de son meilleur ami qu’elle garde pendant la journée, est la demie.

[3] Le thème en était la diversité en littérature jeunesse mais tous les panélistes étaient Blancs…

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