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Publié par Richard

178 secondes
Après avoir lu quelques romans très noirs, j’ai ressenti le besoin, d’aller voir autre chose, de me rassurer sur l’être huma in et comme le dit justement le personnage principal de «178 secondes», je voulais prendre  « ...  le temps d’assimiler ce que je lisais, de profiter des mots au lieu de me dépêcher d’atteindre la dernière page.»  Merci donc, à l’auteure de me fournir, gracieusement, une introduction à ma chronique, de me donner l’élan pour vous parler de ce roman, doux à l’oreille et à l’âme, un plaisir à déguster tranquillement.

Je vous ai déjà présenté Katia Canciani dans ma chronique sur «La lettre à Saint-Exupéry», très beau texte à saveur poétique, décrivant une rencontre imaginaire entre une jeune écrivaine et un auteur, grand classique de la littérature (lien). Je vous rappelle que cette jeune écrivaine a été, auparavant, pilote d’avion et instructeure pour les apprentis pilotes. Elle s’est consacré à l’écriture, pour notre plus grand plaisir, après sa carrière dans l’aviation. Depuis quelques années, elle a écrit quelques romans pour adultes et une bonne dizaine d’albums pour la jeunesse.  «178 secondes» est son dernier roman, publié en 2009.

Katia Canciani possède une imagination débordante qu’elle met au service d’une écriture charmante, poétique et pleine d’humour «.... mais elle ne comprit pas grand chose à l’anglais qui sortit de ma bouche paralysée par le froid. La patate chaude s’était métamorphosée en frite congelé.»  Lire les oeuvres de cette auteure, c’est se laisser bercer par une belle histoire mais aussi, c’est apprécier une musicalité de la phrase qui coule, une finesse du langage qui se glisse lentement dans l’univers de nos émotions. Je dirais même que lire Katia Canciani, c’est une sensation qui se rapproche d’un vol en planeur: dans le calme de son écriture, on apprécie la beauté des paysages, juste en entendant le vent siffler dans nos oreilles. Un exemple, de ces phrases qui planent: «Ma mère, mon iceberg éternel, tantôt refuge, promontoire, terre d’exil sur les eaux troubles de mes océans intérieurs ?»

La trame romanesque est assez simple. Nicola a 18 ans, aujourd’hui. Il vient d’apprendre une histoire terrible qui lui a été cachée depuis toujours. Cette histoire implique sa mère ... qu’il n’a jamais vue; cet événement le concerne de façon dramatique. Il est secoué. Élevé par son père, chouchouté par toute sa famille, en manque de sa mère qu’on dit morte dans un incendie, Nicola comprend maintenant toute cette attention qu’on lui a portée, ce cocon qui l’a entouré toute sa vie ... et dont il veut se débarrasser. Commence alors une quête, une recherche inlassable pour donner un sens à sa nouvelle vie d’adulte par le biais d’un voyage à travers le Canada. De Laval à l’océan Pacifique, en passant par l’Ontario, les provinces de l’Ouest, les Rocheuses et Vancouver, Nicola fait des rencontres fortuites qui le poussent vers une réflexion personnelle, vers la découverte de ce qu’il est et de ce qu’il veut dans sa vie. Chaque ville met sur sa route des découvertes, des endroits culturels ou touristiques mais aussi des contacts humains enrichissants et formateurs.

Ses rencontres sont souvent initiatrices de réflexion mais ces personnages secondaires portent dans leurs mains la clé de l’énigme, tous les indices qui permettront à Nicola de découvrir qui il est réellement. Le camionneur et sa bibliothèque pour voyageurs, l’apprenti aviateur en stage de formation, la famille Fortier dans un village francophone des Prairies, Felicity, à Vancouver, la mère qu’il n’avait jamais eue et finalement, Richard et Jeannie à Yellowknife, ont tous inspiré la recherche de Nicola et lui ont permis de répondre à ses questions douloureuses «Les lumières s’étaient éteintes me laissant seul avec ma question tel un poisson rouge dans un aquarium asséché».

Après un travail d’accompagnateur dans une école du Grand Nord canadien, à Yellowknife, notre jeune héros termine son voyage de l’autre côté du pays, dans les provinces maritimes.  Son voyage se termine auprès d’une jeune Mi’kmac, sur le bord de l’océan Atlantique; la belle Anny accompagnera-t-elle Nicola dans sa poursuite des réponses qui, enfin, lui permettront de comprendre ?

Habitué que je suis à des enquêtes pour trouver l’auteur d’un crime, j’ai beaucoup apprécié me plonger dans ce roman où la victime se consacre à une quête du sens de sa vie. L’histoire est belle et bien menée; pas de revirement inattendu, pas d’éclats de voix, pas de meurtres sanglants. Juste une belle histoire, remplie d’humanité, avec des références culturelles et littéraires qui enrichissent notre lecture et notre culture. La recherche pour comprendre l’élément déclencheur de sa vie ... pour comprendre comment l’auteure de ses jours a pu faire un tel geste est un élément  qui insuffle une valeur dramatique et émouvante à ce très beau roman.

 

«178 secondes» n’est pas un polar ... loin de là, mais cette recherche, cette quête de sens suite à cet événement tragique, ces chapitres où Nicola, juste avant ses 18 ans, fouille son passé caché, occulté par une famille sur-protectrice, ajoutent une saveur passionnante, un peu de piquant, de frémissement à ce court fleuve tranquille.

J’ai adoré cette lecture, cet oasis de paix dans ma bibliothèque peuplée de polars meurtriers, de criminels désaxés et de policiers troublés. Sa lecture vous donnera l’impression, par procuration, de vivre ce voyage que nous aurions dû faire lors de nos 18 ans. Et pour ceux qui ne connaissent pas le Canada, le roman vous fera vivre un voyage bien particulier, à la découverte d’un immense pays de froid tempéré par la chaleur de ses habitants.


Juste pour votre plaisir, voici quelques phrases illustrant le style de Katia Canciani:

Philosophique: «Il y avait donc une différence entre la naissance et la vie. Entre venir au monde et commencer à vivre.»

Poétique: «J’ai eu des parents qui m’ont conçue, d’autres qui m’ont recueillie, d’autres qui m’ont aimée, éduquée, protégée. Maintenant, je considère que ma mère, c’est la Terre et mon père, le Ciel. Voilà. Et si un jour j’ai des enfants, c’est ce que je leur offrirai en guise de grands-parents.»

Sensuel: « ... la fille au regard aphrodisiaque, au sourire ensoleillé et au rire cristallin.»

Humoristique: «Un très beau moulin à paroles dont j'aurais aimé partager la langue, si elle n’avait tournée si vite.»

Touchant: (Pour souligner la très belle rencontre avec Felicity ... on voudrait tous rencontrer une Felicity ...) «Nos vies s’étaient rencontrées ainsi qu’elles étaient faites pour l’être. J’étais perdu, elle m’avait recueilli. Elle s’ennuyait, je lui avais donné un peu de compagnie. J’étais sans mère, elle était sans fils. Elle était un livre ouvert; moi, une huitre fermée. Elle serait éternellement jeune, j’étais vieux depuis ma tendre enfance.»

Imagée: «Bien sûr, je suis une fonte de glacier exponentielle quand je pleure ...»

Et littéraire, évidemment (clin d’oeil aux futurs lecteurs du roman !): «Si tu pouvais apporter deux livres sur un île déserte, lesquels est-ce que ce seraient ?»
(Mais pourquoi n’y répondrions-nous pas ... allez dans vos commentaires ...)

Je vous recommande grandement ce livre pour le plaisir d’une lecture apaisante, douce, pleine d’esprit, intelligente et surtout, de celle où l’on ressort heureux, un peu plus fier de notre genre humain.

Et j’oserais en terminant, faire un parallèle avec un autre livre que j’avais beaucoup aimé ... «L’avant-dernière chance» de Caroline Vermalle. Dans chacun de ces deux romans, on y retrouve, par l’intermédiaire du voyage, la quête de sens d’une vie, autant à 80 ans qu’à 18 ans. Le récit de Caroline Vermalle était un roman caramel; le livre de Katia Canciani est un roman chocolat !

Je vous souhaite donc, tout le plaisir de la dégustation !

Et pour être le premier à répondre à la question. Sur cette île déserte, j’apporterais «Le dictionnaire historique de la langue française» d’Alain Rey parce dans ce livre, chaque mot a et est une histoire et avec tous ces mots, chaque lecteur peut se raconter toutes les histoires.

Et le deuxième, pour le plaisir de me faire rire, pour me détendre, «L’intégrale des monologues de Sol», par Marc Favreau. Pour l’amour des mots qui peuvent être poésie et humour !

Bonnes lectures ! Et si vous me laissez un commentaire, n'hésitez pas à répondre à la question ... Les deux livres sur une île déserte ...!

P.-S. Sachant que «178 secondes» est assez difficile à trouver sur les tablettes de nos librairies québécoises ( parce que ce livre est publié par un éditeur hors Québec ???) et encore plus difficile en France, je me permets une petite publicité d’une librairie virtuelle basée à Ottawa où vous pourrez commander le livre et le recevoir très rapidement. On me dit qu’ils font également la livraison en Europe. Alors, mes amis Français, vous pourrez également commander ce livre par Internet. Le site se nomme Livres-Disques.ca et vous pouvez y avoir accès en cliquant sur Livres-Disques Etc.

 

178 secondes
Katia Canciani
Les Éditions David
2009
270 pages

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Commenter cet article

Gwenaelle 08/08/2010 21:34


Avec un tel billet, impossible de résister à ce livre chocolat! Je pense qu'il plaira aussi à mon chéri qui aime tant découvrir de nouveaux pays... Merci Richard! :-)


Richard 08/08/2010 21:39



Oui, je pense que ce livre vous plaira ... Quand on aime les voyages, les "road story" sont toujours bienvenus ... et appréciés !


Tu m'en redonnes des nouvelles ...



David Mourey 02/08/2010 09:49


Eh bien, je vois que les lectures sont trés diversifiées .... Moi, j'avais changé avec la trilogie Autre Monde de Chattam ..a plus.


Richard 02/08/2010 11:24



J'aime bien lire un peu de tout. Me consacrer uniquement aux polars, ça jamais ! Vive la diversité !



LAURA 29/07/2010 22:35


on le trouve en France ! je me le suis commandé sur Amazon


Richard 29/07/2010 22:46



Excellent !!! C'est une très bonne nouvelle !!


Merci pour le renseignement !



Suzanne 29/07/2010 19:50


Merci Richard mais en ce qui me concerne, je suis québécoise et un «peu plus près» alors je crois bien que je vais trouver plus aisément.
Par contre ton idée d'agence n'est pas folle du tout ;-)


Richard 29/07/2010 22:49



Alors, bonjour chère voisine. En effet ça devraiy être beaucoup plus facile !



Mimi des Plaisirs 29/07/2010 19:33


J'approuve totalement ton idée d'agence de distribution des livres québécois en France! je suis cliente!
J'avais suivi ta suggestion pour "La lettre à saint-Exupéry"
J'ai réussi à trouver le livre de Katia "la lettre" avec difficulté: je l'ai lu , j'ai aimé mais je n'en ai pas encore fait la chronique


Richard 29/07/2010 22:56



Bonjour Mimi,


Laura, dans un autre commentaire, m'apprend que le roman de Katia est disponible chez Amazon ...


Bonne journée !



Suzanne 29/07/2010 16:01


J'ai déjà pris en note «Lettre à Saint-Exupéry» que je n'ai malheureusement pas encore trouvé et je note aussi celui-ci. je veux aussi lire cette auteure et j'avoue que j'ai bien hâte. Merci pour
tes superbes commentaires.


Richard 29/07/2010 16:50



Bonne chance ! Tu peux essayer à l'adresse Internet que j,ai incluse dans mon billet !!!


Je pense que je vais m'ouvrir une agence de distribution des livres Québécois en France ... Je pourrais faire fortune !


Bonne lecture !



La ruelle bleue 29/07/2010 11:28


L'ennui avec toi, Richard, c'est qu'il faudrait que j'installe une deuxième étagère à côté de celle qui abrite déjà ma propre sélection de livres à lire... Et vois-tu, je suis piètre bricoleuse (il
m'a fallu 10 ans pour installer la mienne et mettre ainsi fin aux piles sauvages et pisesque qui jalonnaient le plancher de ma chambre). Faut que t'arrêtes avec ton flair de pisteur de bons livres,
hein ? Parce que je n'aurais jamais le temps, jamais le temps....


Richard 29/07/2010 13:15



Et comme mes talents de menuisier sont à l'opposé de mes talents de pisteur de bons livres, je ne pourrai t'aider pour ta 2e tablette ... mais je peux quand même contribuer à "tester la solidité"
de la première ...


Bonnes lectures, au pluriel, mon amie !



LAURA 28/07/2010 21:57


J'y ferai très attention, tu penses, surtout si je n'ai que ceux-là. :-)


Richard 28/07/2010 22:02



Tu me rassures ...



LES PASSIONS DE LAURA 28/07/2010 21:43


Merci pour ce billet qui me donne déjà envie d'aller voir où je peux acheter ce livre dont je suis sûre qu'il va me plaire.Ainsi que les autres que tu as cités. stop ! stop ! démon tentateur ! ma
liste à lire est déjà longue comme un jour sans pain.....
Pour l'île déserte, des gros pavés pour m'occuper quelques semaines : un de Dostoïevski et Marcel Proust dans la Pléïade.


Richard 28/07/2010 21:51



Bonne découverte, Laura ! Et plus la liste est longue, plus la vie est belle.


Et sur l'île, tu n'as pas peur de souiller tes livres de la Pléïade dans le sable ?



Katia Canciani 28/07/2010 20:11


Tu as tout compris, pour Les découvreurs ! ;-) Quitter l'île... et y revenir à ma guise !


Richard 28/07/2010 21:48



Je n'en doutais même pas ...



Katia Canciani 28/07/2010 19:10


Tu écris si bien, Richard, que tu me donnes le goût de lire ce livre...
Blague à part, je te remercie pour cette recension très touchante sur "178 secondes". J'ai particulièrement apprécié la section des extraits, classés par style.
Tout comme ce personnage, je poursuis ma route. Si tu savais le bonheur que j'ai eu à accompagner ce jeune dans sa quête.
J'avais choisi de ne jamais mentionner le mot avion dans mon premier roman, "Un jardin en Espagne". Mais... comme tu as pu le constater, le thème de l'aviation - brimé par une trop longue attente
dans le hangar de mon imaginaire - est revenu en force dans mon deuxième roman, sans que ce ne fusse prévu.
Quant aux deux livres... La réponse qu'offre Anny dans le roman est à mon avis la plus belle réponse qui puisse être. À défaut de cela, j'opterais pour l'oeuvre complète de Saint-Exupéry (tome de
La Pléiade) et Les découvreurs, de Daniel Boorstin (collection Les Bouquins).


Richard 28/07/2010 19:35



Merci Katia, d'avoir pris le temps de répondre à ma chronique !


Pour moi, compte tenu de ta façon d'écrire, il m'était très difficile de trouver en une phrase ou deux les mots pour décrire ton style. J'ai trouvé cette solution où tes mots, tes phrases
décrivent mieux que quiconque les différentes subtilités de ton écriture.


Merci pour ce plaisir de lecture !


P.-S. J'aime bien ta sélection de livres. Disons que St-Ex. ne me surprend pas. Et j'imagine que dans "Les découvreurs", tu y retrouverais toute la science, l'imagination et le courage
nécessaires pour inventer des moyens de quitter l'ïle !



*.:。✿*Fleur de soleil*✿。:.* 28/07/2010 19:10


Y a intêret ! Il n'est vraiment pas méchant celui-là de péché !


Richard 28/07/2010 19:23



En effet !



*.:。✿*Fleur de soleil*✿。:.* 28/07/2010 16:58


Je recommande ce péché là... sans modération !


Richard 28/07/2010 17:03



Et l'absolution est accordée !



*.:。✿*Fleur de soleil*✿。:.* 28/07/2010 15:40


Une quête de soi-même, et qui en plus fait découvrir le Canada, comment veux-tu que je résistes ? Je note ton lien pour l'achat, mais je vais quand même voir si je le trouve ici.
Pour l'île déserte, c'est un cruel dilemne, parce que l'idée de me retrouver avec seulement deux livres m'attriste beaucoup, mais je choisirai "Les fleurs du mal" de Charles Baudelaire, et
"L'oracle della luna" de Frédéric Lenoir. Poésie et philosophie...
Amitiés
Et j'ai presque fini mon fameux livre, c'est décidé j'en ferai un article. Non je ne parlerai toujours pas, et oui je suis une tortionnaire hihi


Richard 28/07/2010 16:06



Je suis très content que tu ne résistes pas ... la tentation est trop belle et le péché, même pas véniel ...


Je te souhaite une bonne lecture et une belle découverte de cette auteure Québécoise.


Et pour tes choix de livres, j'approuve ta sélection ...


Bonne journée


Amitiés



mimi 28/07/2010 14:16


Toujours aussi complet dans tes commentaires!Tu donnes envie de lire le livre de Katia et de découvrir par ce biais l'immense Canada.
Deux sacs de voyages ne seraient pas suffisants pour tous les livres que je voudrais emporter: en fait, je crois que je n'aime pas trop relire, je préfère la découverte au risque d'être déçue. Ceci
dit, Alain Rey ne serait pas mal effectivement, ton second, je ne le connais pas...


Richard 28/07/2010 14:24



Chère Mimi, je suis convaincu que tu adorerais les livres de Katia, qu'elle serait une de tes auteurs préférés. Je te souhaite cette belle rencontre !


Sol est un personnage qui était interprêté par Marc Favreau. Il jouait avec les mots, les déformait et les replaçait dans un contexte plein de poésie. Il était absolument extraordinaire. Tiens,
une petite visite sur You Tube pourrait te donner une assez bonne idée !


tp://www.youtube.com/watch?v=SIT-B-XlIBw


Bonne journée !


Et bon voyage !



Allie 28/07/2010 14:16


Oh! Celui-là je le note! Ce que tu en dis m'interpelle beaucoup! Je note aussi de découvrir son autre livre sur St-Exupéry. Très beau billet, Richard!


Richard 28/07/2010 14:25



Et tu ne le regretteras pas, Allie !


Je te les recommande sans retenue !