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Publié par Christophe

Sombre Louisiane, merveilleux James Lee Burke !

Par Christophe Rodriguez

Cela fait plus de vingt ans que je suis l’auteur louisianais James Lee Burke. De Perdu dans le ciel à Dans la brume électrique avec les mots confédérés dont le film ne fut pas à la hauteur et de Cadillac Juke Box en passant par la série de nouvelles s’intitule Le Bagnard, l’univers sombre et parfois étouffant qu’il a créé, le place à mon humble avis au panthéon des auteurs dits de romans noirs.

Au cœur du « système », Burke, nous trouvons :  Dave Robicheaux dit «Belle mèche». Ancien du Vietnam, dans les troupes aéroportées, vivant constamment avec les traumas contre un ennemi invisible, il est devenu policier par la force des choses.

À ses côtés, Clete Purcell, flic d’un autre temps, mais avec un cœur en or massif qui l’épaule dans ses enquêtes. Elle a bien vieilli la petite Alafair. Devenue avocate, cette jeune salvadorienne que Robicheaux aura extirpée de l’épave d’un Cessna évolue au fil des décennies. Elle est sa confidente surtout après la perte des épouses de notre policier tourmenté.

Louisiane d’un jour et du temps passé

À 84 ans, James Lee Burke signe certainement son roman le plus personnel. En 555 pages, où il question du temps qui passe, de son pays dont les mœurs se dissolvent, mais pas tant que cela, et ce, malgré l’ouragan Katrina, la terre louisianaise restera toujours un creuset de mystères.

«Notre malheureux état est victime d’un déclin historique rarement admis comme tel. Le sud de la Louisiane à l’époque de la Grande Dépression avait encore bien des caractéristiques d’un monde antédiluvien, que l’Âge industriel n’avait pas touché. Notre côte était caractérisée par ses marais sauvages. Ils étaient vert émeraude, semées de tertres, de tupelos aquatiques submergés, de cyprès, de rivières serpentines, de bayous virant au jaune après les pluies du printemps, de lacs à la fois clairs et noirs en raison du fin limon déposé au fond, le tout couvert d’aigrettes couleurs de neige, de hérons bleus, de mouettes et de pélicans brins. Nous n’avions pas beaucoup d’argent, sans pour autant nous considérer comme pauvres. Notre vision du monde, si je peux employer ce terme, n’était pas matérialiste. Si nous avions une théorie sur nous-mêmes, elle était égalitaire, même si nous ignorions le sens du mot. Nous parlions uniquement français. Il y avait un lien entre les Cajuns et les gens de couleur. Les Cajuns ne voyageaient pas, car ils étaient persuadés de vivre dans le plus beau lieu du monde».

De cette poésie qui sous-tend toute son écriture, Burke fait évoluer tant bien que mal Robicheaux. Retrouvant un thème qui lui tient à cœur, soit la dissonance entre l’opulente richesse et l’envie, par le truchement du cinéma et des vedettes, New Iberia Blues est un polar enlevant avec un peu d’amour, sur fond de croyances ésotériques.

Parce qu’un meurtrier prend soin de disposer ses victimes en fonction du jeu de tarot, la quête du coupable mettra à rude épreuve les amitiés ainsi que la cellule familiale. Avec une nouvelle équipière qui lui fera vibrer le cœur, Robicheaux part à la chasse et elle sera longue. Tous les personnages même secondaires ont une densité attachante, comme le petit Smiley, brutalisé pendant sa jeune, devenu tueur à gages par nécessité avec la bénédiction de Wonder Woman (ça ne s’invente pas).

De cette ambiance poisseuse qui vous colle à la peau, Burke en a tiré un formidable roman, aux images qui sont loin d’être surannées, même à un âge avancé.

Bonne lecture !

 

New Iberia Blues

James Lee Burke

Rivages Noir,

555 pages

2020

 

 

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Commenter cet article

Pikkendorff 16/08/2020 15:56

En écoutant Sydney Bechet en sourdine, je tombe sur votre critique de cet ouvrage de James Burke.
Et bien merci! Vous m'avez donné envie!
Je me commande ce voyage en Louisiane.
Cordialement, Patrick