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Polar, noir et blanc

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"Hérétiques" de Leonardo Padura

« Hérétiques », une ode à la clandestinité ! De l’atelier de Rembrandt jusqu’au malheur des jeunes emos de La Havane au XXIe siècle !

Existe-t-il encore quelqu’un qui manifeste son ignorance en traitant la littérature policière de sous-genre ou de roman de gare ? Si oui, je lui conseille de lire « Hérétiques » de Leonardo Padura et il se rendra compte qu’un roman policier peut être, à juste titre, un très grand roman ! Un très, très grand roman !

En ce qui me concerne, Leonardo Padura pourrait recevoir d’ici quelques années, le Prix Nobel de littérature. Que ce soit par ses polars mettant en scène l’inimitable Mario Conde ou par ses romans historiques à saveur politique, la qualité de son écriture et l’immensité de son imagination débordante sauront vous éblouir par la profondeur des sujets qu’il aborde, la complexité des personnages, réels ou fictifs et sa facilité à utiliser des structures romanesques à couper le souffle.

Je suis un fan de cet auteur. Et je vous le dis, ses derniers romans ne sont pas très faciles d’accès. Mais le plaisir que vous en retirerez en vaut bien l’effort. « Hérétiques » est selon moi, un chef d’œuvre de littérature policière et mérite sa place dans un futur panthéon du genre.

« Hérétiques » regroupe trois histoires qui, évidemment, se rejoignent pour notre plus grand plaisir de lecture. Et la magie de Padura nous guide à travers trois mondes parce que « … l’histoire, la réalité et le roman fonctionnent avec des moteurs différents. »

Un matin de 1939, à La Havane, Daniel Kaminsky se réveille, avec toute l’excitation que suscite une journée où sa vie devrait prendre un tournant attendu depuis longtemps. Dans quelques heures, le paquebot S. S. Saint Louis, accostera au port, avec à son bord, Isaïas, son père, Esther sa mère et Judith, sa sœur. Comme les 934 autres Juifs, passagers du bateau, ils fuient la menace nazie en mettant tout leurs espoirs sur une nouvelle vie dans l’île cubaine.

Quelques soixante-dix ans plus tard, Mario Conde s’est recyclé en libraire, spécialisé en livres anciens et de collection. Avec ses amis et entre deux bouteilles de rhum, il écume les bibliothèques privées pour enrichir son fonds de librairie, n’ayant aucune nostalgie de sa vie d’avant. Un matin, recommandé par son ami Andrès, médecin à Miami, il reçoit la visite d’un homme étrange, Sa demande : retrouver un tableau de Rembrandt. Et l’histoire qu’il lui raconte est tout simplement fascinante.

Un matin de 1939, son grand-père, sa grand-mère et sa tante étaient passagers sur le S. S. Saint Louis ; leur sauf-conduit, leur passeport vers la liberté, vers la vie, prenait la forme d’un petit tableau représentant le Christ et signé par le grand maître hollandais. La famille Kaminsky n’a jamais débarqué à Cuba ; le bateau a été retourné en Pologne et tous les Juifs se sont retrouvés dans les camps de concentration nazis.

Le mystère était complet : dans quelles mains ce tableau s’est-il retrouvé ? Et surtout, qu’est-ce le père de ce visiteur ( Daniel Kaminsky) a-t-il fait pour venger sa famille, condamnée à brûler dans les fours crématoires ?

Commence alors une enquête complexe et prenante où le lecteur sera appelé à suivre Conde dans les quartiers glauques de La Havane, découvrir graduellement toutes les facettes cachées de la corruption en 1939 et surtout, avec un grand plaisir, faire une incursion, instructive et passionnante, dans la vie quotidienne de Rembrandt et de ses élèves, en 1645, à la Nouvelle Jérusalem. Trois histoires captivantes ! Et je dois mentionner que l’aventure d’un de ces élèves m’a particulièrement intéressés. Elias Ambrosius de Avila, un jeune Juif, rêvant secrètement de devenir peintre et surtout, d’être un élève du grand maître, doit combattre les « démons extérieurs », fruits de la Torah, qui interdisent la reproduction du visage et du corps de l’homme … sous peine d’exclusion … et d’hérésie. (Quel rapprochement à faire avec l’actualité !)

Oui, l’hérésie, l’exclusion, le rapport à la norme, le droit d’être qui l’on veut et non un personnage que les lois, civiles et religieuses nous dictent, voilà le véritable sujet de ce roman. Et Padura le traite d’une façon magistrale, à travers les siècles, les époques, les guerres, les nations et les religions, de la sensibilité des jeunes artistes d’Amsterdam au XVIIe siècle à la dépravation des jeunes Cubains des années 2000.

Roman historique, roman d’apprentissage, roman d’amour, polar noir, enquête policière, histoire de l’art et fable morale, tous les ingrédients sont présents pour en faire un excellent roman contemporain. On ne s’y ennuie jamais, on est passionné, on apprend des choses et on vogue, comme un paquebot dans une mer calme, sur un plaisir de lecture que l’on ne voudrait pas terminer. Rien de facile, de la complexité mais aussi de grands moments littéraires. Si vous avez le courage de vous lancer dans cette belle aventure, vous ne le regretterez sûrement pas.

En ce qui me concerne, une seule question demeure : à quand cette reconnaissance mondiale pour un écrivain qui le mérite amplement ?

Quelques extrais (j’aurais pu en mettre beaucoup plus …) :

« Ces mots sont comme des bijoux anciens. Tu les nettoies un peu et ils retrouvent leur éclat. »

Sur une pierre tombale : « Joseph Kaminsky. Il eut foi en Dieu. Viola la Loi. Mourut sans éprouver de remords »

« Conde ne voulait pas sourire mais il ne put s’empêcher de le faire. Une fois de plus, il constatait que l’histoire et la vie étaient un enchevêtrement de fils dont on ne savait jamais où ils se croisaient, ni même où se nouaient certaines fibres pour donner forme aux destins des individus et aux histoires des pays. »

« D’après lui, un pays sans putes, c’était comme un chien sans puces : tout ce qu’il y a de plus chiant au monde … »

« Elias Ambrosius voulait être peintre pour avoir précisément ce pouvoir. Celui de créer, plus beau et plus invincible que les pouvoirs avec lesquels certains hommes gouvernent et asservissent presque toujours d’autres hommes. »

Bonne lecture !

Hérétiques

Leonardo Padura

Métailié

2014

603 pages

Un portrait tout simple de Leonardo Padura

L'éditrice Anne-Marie Métailié nous présente "Hérétiques"

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Published by Richard - - Critiques

"Blaise et le Kontrôleur de Kastatroffe" de Claude Ponti

Connaissez-vous Blaise ?

Oui ! Alors, je vois votre sourire s’épanouir à l’évocation des albums de Claude Ponti où ses petits poussins vivent des aventures extraordinaires en suivant leur leader masqué !

Non ! Ohhhhh ! Quelle tristesse ! Mais en même temps, quelle chance vous aurez de découvrir ces albums magiques, touchés par une tendresse de l’auteur pour l’enfance, et où tous peuvent se retrouver et éprouver des émotions grâce à ces allégories échevelées !

Mes souvenirs à moi ? Des pages inondées de centaines de petits poussins jaunes, manifestant leur propre « humanité » et où je me livre au plaisir de chercher le poussin lecteur ou encore le poussin photographe. Sans oublier, évidemment, leurs missions, toujours infiniéminement importantes et qui nous amènent dans des endroits magiques remplis de rêves. Et le souvenir sublime, la page de la fête dans « Blaise et le château d’Anne Hiversère », une page où l’on aime se perdre dans la multitude de tous les personnages de la littérature pour la jeunesse. On se surprend à rêver d’y participer et de partager l’immense gâteau de la fêtée !

Alors, en ces temps troublés, quand on se demande si l’humain n’est pas en train de se perdre dans la chasse aux différences et dans le besoin de convaincre l’autre que lui seul, possède LA vérité, il devient de plus en plus important de se donner la chance de rêver, de sourire et de partager les émotions positives que la lecture de « Blaise et le Kontrôleur de Kastatroffe » pourrait vous apporter. Et ce plaisir se consomme seul ou à deux, quel que soit notre âge, adulte ou enfant.

L’histoire commence … tous les poussins dorment paisiblement dans leur maison. Soudain, un orage éclate ! Terrible et terrifiant ! La maison des poussins est complètement détruite.

« C’est une grande Kastatroffe énorme épouvantabloriblifique. »

Et comme un malheur ne vient jamais seul, l’effrayant Kontrôleur de Kastatroffe arrive et constate que les poussins n’ont pas de permis de Kastatroffe. Il faudra donc payer LA MENDE !

Mais comme personne ne sait ce que c’est que LA MENDE (même pas le grand lecteur Lavalbouk Boufbouk), il faudra donc découvrir sa signification … pour retrouver la quiétude … d’une nouvelle maison. Commence alors un périple étonnant à la découverte de LA MENDE.

Chaque page nous fait rêver, chaque page accroche notre regard et en plus, l’imagination de Claude Ponti nous émerveille et sa langue toute en poésie charme tous les lecteurs. Ne ratez pas ce sourire d’un poussin, les oiseaux dans les arbres, ce pot de fleurs sur la tête du canard, ce pain brioché cuisiné par une spatule, cet arbre couvert de livres, etc. Chaque page vous apporte son lot de ravissements. On y revient et on y découvre autre chose.

Je vous le dis, cet album (comme tous les autres du génial Claude Ponti) est un plaisir assuré pour les yeux, l’esprit et l’imaginaire des lecteurs de tous âges.

Bonne lecture !

Blaise et le Kontrôleur de Kastatroffe

Claude Ponti

L’école des loisirs

2014

44 pages

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Published by Richard -

"Les Neuf Cercles" de J. R. Ellory

« Seuls les morts ont vu la fin de la guerre »

Platon

Se plonger dans un roman de Roger Jon Ellory, c’est se tremper dans un univers noir, quelque part aux Etats-Unis et ce, dans un style fluide et accrocheur. Et la lecture de « Les Neuf cercles » confirme, encore une fois, cette appréciation ! Cependant, à chaque fois, Ellory nous surprend avec une histoire prenante, haletante, sans rien négliger pour nous envoûter et nous plonger dans les noirceurs de l’âme humaine. À chaque roman, c’est différent ; le récit nous embarque, les personnages nous troublent, les situations nous dérangent … et toujours avec les mêmes qualités romanesques. Du pur plaisir pour un lecteur de polars !

John Gaines est shérif dans une petite ville du Mississipi. Il a accepté ce poste en revenant de la guerre du Vietnam, Mais en revient-on vraiment, après être « … revenu vivant des neuf cercles de l’enfer qu’avait été la guerre du Vietnam … » ?

Juillet 1974, on découvre le corps d’une jeune fille, que la pluie dégage de sa tombe de vase : au tout début un visage, puis, une main. Qui est cette jeune fille morte, assassinée, enterrée au bord de la rivière ? À première vue, compte tenu de l’état du corps, le légiste situe sa mort à moins d’un mois. Une semaine ou deux.

Mais l’autopsie révèle toute une surprise : cette jeune fille est Nancy Denton, disparue à la fin de l’année 1954 … Il y a 20 ans ! Conservée par la vase ! John Gaines devra élucider ce meurtre, bousculer cette petite ville du sud des Etats-Unis, soupçonner des personnages étranges, retraverser l’horreur des neuf cercles de l’enfer, retrouvant l’atmosphère insoutenable de cette guerre qui hante son esprit.

Ellory nous offre une enquête bien ficelée, superbement bien écrite où la magie de l’auteur de « Seul le silence » opère encore une fois. Le lecteur s’immerge dans les méandres de l’esprit humain, combattant ce choc post-traumatique qui dévore les soldats … qui n’ont pas vu la fin de la guerre. On se sent envahi par ce roman, un peu comme dans un locked-in syndrome littéraire où seuls les yeux ont un contact avec la réalité qui nous rattrape, où le glauque succède à la noirceur, où le spectre d l’âme humaine s’éloigne de la normalité.

Et on aime ça !

En même temps, juste au dessus des images terrifiantes de la guerre et de la violence, « Les neuf Cercles » est aussi une belle histoire d’amour et d’amitié, pleine de tendresse et de naïveté. Le contraste est frappant, l’effet est déconcertant !

En plus, il faut souligner l’immense talent de R. J. Ellory pour la richesse de ses personnages. Son personnage de John Gaines est complexe, attachant et à travers lui, on ressent toute l’horreur de la vie de ceux qui en reviennent. On aimerait le revoir mais les personnages récurrents, ce n’est pas le genre d’Ellory.

Et ses personnages secondaires sont riches, tellement vrais, qu’à travers leurs gestes, leurs pensées, leurs paroles, on découvre un pays, un terroir, un art de vivre façon Mississipi … Michael Webster, par exemple, est un personnage magnifique : principal suspect et en même temps, reflet à peine déformé de John Gaines, l’enquêteur, dans le miroir de la souffrance post-traumatique.

« La vie lui avait peut-être distribué des cartes médiocres, mais c’était avec des cartes médiocres qu’on réussissait les meilleurs bluffs. »

En ce qui me concerne, je considère « Les Neuf Cercles » parmi les meilleurs romans de l’année. Inutile de vous dire que je vous le recommande !

Voici quelques extraits pour vous donner le goût de plonger, vous aussi, dans « Les Neuf Cercles » de l’enfer :

« On perdait une partie de son humanité à la guerre, et on ne la récupérait jamais. »

« Se battre pour la paix, c’est comme baiser pour la virginité »

« Comme il l’avait si souvent entendu dire au Vietnam, parfois il fallait les tuer pour faire comprendre aux gens combien ils avaient tort. »

Bonne lecture !

Les Neufs Cercles

R. J. Ellory

Sonatine

2014

574 pages

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Published by Richard -

"Le Cruciverbiste" de Claire Cooke

Horizontal et vertical. À quoi pensez-vous ? En général, dans les polars, le mot horizontal est souvent illustré par les bureaux froids et nauséabonds des salles d’autopsie où le cadavre est à l’horizontale. Fabio Mitchelli, lui, s’est spécialisé dans les titres comme « La verticale du fou », « La verticale du mal » ou même « À la verticale des enfers ».

Claire Cooke, dans un premier roman tout à fait réussi, nous offre les deux possibilités, à l’horizontale et à la verticale. En effet, elle nous plonge dans l’univers des mots croisés où « Le cruciverbiste » s’avère être le meurtrier. Tous les membres de la confrérie des courtiers en immeuble se sentiront menacés de perdre leur verticalité pour se trouver à l’horizontale, sur le billard d’acier de la morgue.

Mai 2010, un article du journal L’Intégral annonce la nomination d’Emma Clarke au poste de lieutenante-détective du service des crimes contre la personne de la Sûreté du Québec. La jeune femme aux origines africaines, brillante, volontaire et ambitieuse, démontre très rapidement ses capacités et ses talents à résoudre les enquêtes les plus complexes.

Un an plus tard, en mai 2011, elle trouve quelque chose de bien étrange, caché dans son journal : une grille de mots croisés et un message incompréhensible l’invitant à un jeu bien particulier. « Destin » est le seul mot inscrit au centre de la grille avec quelques cases noires formant quatre croix d’une parfaite symétrie.

Appelée sur une scène de crime, Emma est confrontée à un pendu. Première hypothèse, évidemment, ça doit être un suicide. Cependant, il devient vite évident que la policière devra résoudre un meurtre. La victime, un courtier immobilier, est un joueur invétéré, endetté auprès de tous ses collègues et surtout, il n’est pas très apprécié par les gens qui l’entourent. D’ailleurs, pendant l’analyse sommaire de la scène de crime, on découvre une carte à jouer (un as de pique !) et un message en latin : « PERSONA NON GRATA ».

Très rapidement, l’enquêtrice en motocyclette fait le lien entre la grille de mots croisés reçue et le meurtre sur lequel elle doit enquêter. Et elle accepte, bien inconsciemment de participer au jeu auquel le meurtrier l’invite : « je t’ai choisie parmi tous pour résoudre cette grille et je te donnerai tous les indices possibles pour me retrouver. »

Entretemps, d’autres courtiers en immobilier sont tués et la situation dégénère. Les es informations glanées par les enquêteurs, les indices semés dans la grille de l’assassin, chacune des analyses, poussent Emma dans un labyrinthe de vocabulaire où le latin et la religion semblent prendre de plus en plus de place. Clients, collègues courtiers, notaires, tous ont des raisons de vouloir la mort de leurs collègues ; Emma doit continuer son enquête en jouant le jeu de ce meurtrier supérieurement intelligent et surtout, très provocateur.

Pour un premier roman, Claire Cooke a pris le pari d’écrire un roman complexe avec une galerie de personnages très élaborée, autant du coté des policiers que de celui des meurtriers potentiels. Même si un nombre plus restreint de personnages aurait simplifié la lecture, le lecteur arrive à bien suivre le développement de l’enquête grâce à une écriture précise sans fioriture inutile ; la trame est complexe mais l’auteure nous tricote quelques filets de sécurité.

Il faut également souligner l’imagination et la créativité de cette nouvelle auteure. Quoi de plus difficile que de sortir des sentiers battus et de créer une intrigue autour d’un élément que l’on voit très peu dans les polars : une grille de mots croisés. L’idée est excellente et cela donne un roman bien construit, haletant et très original !

Finalement, il me semble que son personnage d’Emma Clarke devrait être un personnage récurrent, apprécié par les lecteurs et les lectrices de romans policiers. Son petit côté rebelle, sa personnalité et son obstination devraient bien lui servir. Déjà, au fur et à mesure du roman, Emma prend de la profondeur et devient de plus en plus complexe et attachante. Enfin, si elle nous revient, nous aurons l’occasion de mieux connaître l’équipe qui l’entoure.

Je vous recommande ce premier roman de Claire Cooke. Ce nouveau visage dans le ciel de plus en plus étoilé du polar québécois me semble plein de promesses. Ce premier roman est définitivement une réussite.

Un dernier mot ! J’aimerais féliciter la maison d’édition pour la superbe couverture de ce roman : originale, une symbolique fort pertinente et de l’audace. Parsemer des ouvertures dans la grille représentée en page couverture donne du punch à la présentation de bouquin. Bravo aux Éditions Goélette !

Quelques extraits :

« Redevable depuis bien trop longtemps déjà, l’imposteur n’a eu que ce qu’il méritait. Sa gorge n’aura plus le loisir de raconter, de débiter ou de propager quoi que ce soit.

Favete linguis ! »

« La minuterie sonna dans la cuisine, la délivrant des images obsédantes qui se succédaient derrière ses yeux et qui s’acharnaient à lui empoisonner l’existence. À l’emmurer dans le secret de son secret. »

« … il vit des arbres aussi échevelés que leur propriétaire, des arbustes nécessitant une bonne coupe et des fleurs disparates tentant de se tailler une place dans ce fouillis de verdure. »

Bonne lecture !

Le cruciverbiste

Claire Cooke

Les éditions Goélette

2015

494 pages

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Published by Richard -

"L'empire du scorpion" de Sylvain Meunier

Sylvain Meunier possède toujours, dissimulé dans sa petite poche de côté, l’énorme talent de surprendre son lecteur. Et son dernier roman, "L'empire du scorpion" en est la dernière preuve. Quel plaisir !

Percival Imbert (J’adore ce nom !) accompagne sa femme au centre commercial de son quartier. Tout un pensum pour ce linguiste devenu réviseur par choix et par amour de la langue, de se traîner dans cet autel commercial qui rend hommage à la consommation, en plein mois de décembre … juste avant Noël.

Assis sur un banc, au centre de l’allée, regardant passer cette faune besogneuse, il pense, commente et s’inquiète ! Que fait-elle ? Il me semble qu’elle devrait être revenue. Depuis longtemps. Paniqué, il se rend au bureau d’information pour que la préposée fasse un appel général. Pas de réponse ! Il ne lui reste qu’une alternative, la police.

Et l’évidence le devient de plus en plus, Marie Doucet, sa femme, a disparu !

Commence alors une enquête qui nous conduira bien plus loin que l’on pense. Mais bien sûr, il faut poser des questions qui peuvent faire mal. Est-ce une fuite ou un départ précipité d’une future ex-amoureuse ? Un enlèvement ? Un meurtre ? Le ciel de Percival Imbert se remplit des doutes et des suspicions des gens qui l’entourent. Surtout au moment où il cherche le passeport de sa femme et ne le trouve nulle part dans la maison. Encore plus grave, la penderie et les tiroirs des meubles de madame sont vides. Tout témoigne de « la présence de l’absence » de sa douce moitié.

Très rapidement, toutes les questions tournent autour de : mais qui sont ces deux personnages, Percival Imbert et Marie Doucet ? Malgré les doutes et les jugements, contre vents et marées, seule Jacynthe Lemay soutiendra la quête de Percival, à la recherche de sa femme disparue. L’étrange Percival et l’entêtée enquêtrice découvriront des événements et des personnes mais aussi, une révélation qui les surprendra (et le lecteur aussi !).

Voilà tout le talent de Sylvain Meunier ! Une banale histoire d’une femme disparue dans un centre d’achats se transforme en une saga familiale, une histoire d’espionnage, tout en y ajoutant quelques faits politiques, en passant par Ottawa et Tracadie, tout en mêlant la signification d’un lazaretto avec un plat italien. Absolument passionnant !

Sylvain Meunier est un raconteur extraordinaire. Le lecteur est accroché dès le début, et par l’histoire, par son développement et la qualité de ses personnages. Percival Imbert possède tous les ingrédients d’un personnage inoubliable, attachant et complexe. On le découvre avec ravissement !

Le style de l’auteur est fluide, concis et surtout, truffé de petites pointes d’humour et de clins d’œil moqueurs. On se laisse transporter en conservant tout l’intérêt de l’enquête ; pas de temps mort, pas de phrase inutile. Et plaisir ultime, Meunier nous offre une finale à l’avenant. On referme le roman, content et satisfait d’avoir passé un bien beau moment de lecture.

Alors, pour le plaisir, n’hésitez pas à lire « L’empire du scorpion » ! Et en prime, vous pourrez comprendre la signification de ce titre étrange … et surprenant !

Quelques extraits :

« Elle s’était cloitrée dans un couvent intérieur, elle s’était interdit d’aimer. »

« … à l’impossible, nul n’est tenu, et au possible non plus, si le nul en question travaille au gouvernement ! »

Cette superbe phrase décrivant un paysage de chez nous : « … ils roulent en terrain vallonneux, avec tantôt le fleuve qui se déploie par intermittence sur la gauche, sans prévenir, large à s’y perdre, avec des collines à droite, qui défilent comme un troupeau désordonné de bêtes blanches, et devant, toujours, des courbes en points d’interrogation inachevés, jamais suivis de réponses, l’inconnu perpétuel, en somme, c’est un terrible tourment. »

« Si le mal triomphe si souvent, c’est qu’il va toujours au-delà de ce que peuvent imaginer les gens de bien. »

Bonne lecture !

L’empire du scorpion

Sylvain Meunier

Guy Saint-Jean éditeur

2014

482 pages

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Published by Richard -

Crédit: Magnus Shaw
Crédit: Magnus Shaw

Polar, noir et blanc n'a qu'une chose à dire, aujourd'hui !

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Published by Richard -

Joyeuses Fêtes

"Polar noir et blanc" vous souhaite de très joyeuses fêtes !

Profitez bien de tout l'amour autour de vous.

Et prenez un peu de temps pour lire !

Malgré mon silence des dernières semaines, je vous promets un retour en force en 2015.

À très bientôt !

Bonne lecture ...

Richard

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Suzanne Myre est une "B.E.C." pour notre plus grand plaisir

Un plaisir coupable !

Oui, je l’avoue, lire du Suzanne Myre est un plaisir coupable, pour moi, lecteur de polars et de romans noirs. Et j’ai le ferme propos de recommencer le plus tôt possible.

Suzanne Myre est une des meilleures nouvellistes du Québec. Elle forme un trio extraordinaire avec Martine Latulippe et André Marois pour marquer nos imaginaires de lecteurs de bonnes histoires. À chacune de leur nouvelle, la magie opère, pour le plaisir du lecteur, grâce à une construction étonnante, à une phrase qui nous jette par terre ou souvent avec une finale surprenante.

J’adore ces lectures, qui après 30 minutes, vous ont fait passer à travers une gamme d’émotions, découvrir un monde ou connaître un personnage fascinant !

Mais depuis quelques années, Suzanne Myre ré-investit son talent dans l’écriture de romans. Et je vous le dis, « B.E.C. Blonde d’entrepreneur en construction » vous ravira. Lire ce dernier roman vous plongera dans une histoire d’amour rocambolesque, écrite avec une plume qui vous fera passer par toute la gamme des émotions. Du plus drôle au plus dramatique !

Laurence est la blonde d’un entrepreneur en construction. Là, je ne vous apprends rien ! Elle vit un amour qui ressemble à des montagnes russes ; non pas celles qui vous virent à l’envers à chaque tour, non, celles avec juste des hauts et des bas, des montées vertigineuses et des descentes qui donnent la nausée. Sa relation est « Amphigourique, un mot compliqué pour dire : compliquée. »

Jean-Marc, son chum entrepreneur l’aime, mais il manque de temps pour lui manifester. Son travail l’accapare, prend tout son temps et la fatigue remplace rapidement la libido. Alors, Laurence se consacre à ce qu’elle fait de mieux : chicaner, chialer, manifester ses frustrations, râler et ce, avec une langue qui fait son effet. Pour couronner le tout, de temps en temps, elle exerce son talent de kleptomane dans le « Vallon des Valeurs » de son quartier.

Toujours sur le bord du précipice, l’amour de Jean-Marc et de Laurence, se transporte au Mexique pour une cure de rajeunissement. Pour raviver la flamme ! Quels seront les effets des rayons du soleil mexicain sur leur relation ? Attendez-vous au meilleur et au pire, au surprenant et à l’inattendu, à la comédie et au drame. Du grand Suzanne Myre !

« B.E.C. Blonde d’entrepreneur en construction » est un formidable roman d’amour mais aussi, il nous réserve ses plus beaux passages dans les manifestations d’une amitié sincère mais un peu … particulière : une amitié, une complicité avec cette pharmacienne qui connaît tout de la vie de Laurence. Cette relation, avec Diep, la pharmacienne aux yeux bridés est l’image d’une amitié douce et délicate qui souvent, nous laisse décontenancé, un peu surpris par la sensibilité des deux personnages mais toujours ému par la véracité de leur relation. Leurs échanges sont toujours très touchants :

« Pratiquer l’écriture cursive me détendait, comme plier des feuilles de papier et, parfois, je pliais ma lettre à Diep en forme d’oiseau exotique sublime pour lui faire vivre le drame du gâteau si beau qu’on ose pas le couper : lire ou ne pas lire ? »

J’aime beaucoup le style d’écriture de Suzanne Myre, sa facilité à émouvoir ses lecteurs avec toute la palette des saveurs, du vinaigre jusqu’au sirop d’érable. Il serait dommage de lire ses romans en se limitant au ton du premier degré ; l’écriture de l’auteure infère des nuances émotives qui vous toucheront le cœur et titilleront votre intelligence émotionnelle. Pour sûr, vous rirez, certaines tournures de phrases vont vous faire sourire, ses personnages sont autant capables de vous faire éclater de rire que de vous étrangler d’émotions. Lire du Suzanne Myre, c’est un feu d’artifice dans un festival de sentiments et de sensations.

Si vous ne connaissez pas l’œuvre de cette auteure, laissez-vous tenter par un de ses romans ou un de ses excellents recueils de nouvelles. Plaisirs de lecture assurés !

Voici quelques extraits que j’ai le plus particulièrement aimés :

« Finalement, oui, il était un homme typique. C’était un peu pout ça que je l’aimais malgré tout. Parce que sous ces défauts de gars se cachaient de minuscules qualités qui, parfois, émergeaient de sous la sciure pour m’aveugler et me rendre, justement, aveuglément folle (et dépendante) de lui. »

« Mais je n’avais aucune énergie pour courir, marcher était tout juste tolérable. J’étais en béquilles à l’intérieur de moi. »

Et pour accompagner la magnifique première de couverture : « Un jour, mon écuelle resterait au bord de la chatière et on découvrirait mon corps inanimé mais assis, dans un asana de yogi, enveloppé d’une fine couche de poussière dorée qui serait mon ultime vêtement, impossible à acheter dans aucune boutique et surtout pas au Vallon des Valeurs. Chose étrange et qui resterait inexpliquée, un gigantesque et magnifique papillon se serait greffé sur mon visage, les ailes ouvertes, exposant sa splendeur, préservant ma décrépitude. »

Et une petite dernière, choisie parmi de nombreuses autres : « Je lui avais souvent dit que si nous avions fait l’amour aussi souvent que nous jouions au Rummy, je serais tombée enceinte même s’il était vasectomisé. »

Bonne lecture !

B.E.C.

Blonde d’entrepreneur en construction

Suzanne Myre

Éditions Marchand de feuilles

2014

332 pages

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Published by Richard -

"Va chercher" le roman de Geneviève Lefebvre

Êtes-vous comme moi ? J’aime certains auteurs, inconditionnellement. Plus que l’histoire, plus que l’intérêt du récit, on ouvre le livre et on sait d’avance que ça va nous plaire. Quelle que soit l’histoire, le récit sera tellement bien écrit, que l’on se laissera charmer par le style et l’écriture de l’auteur. J’avoue que j’ai quelques auteurs qui me font cet effet, des auteurs de qui on attend avec impatience le prochain roman. Dès qu’il arrive, on saute sur la première page, on dévore goulument le livre et la dernière page tournée, on se met à espérer le prochain.

Voilà ! Geneviève Lefebvre fait partie de ma liste de ces romanciers et romancières de qui j’attends toujours LE PROCHAIN.

Après « Je compte les morts » et le magnifique « La vie comme avec toi », voici « Va chercher. L’insolite destin de Julia Verdi ». Encore une fois, Geneviève Lefebvre réussit à surprendre son lecteur.

« Va chercher » n’est pas un polar, ni un roman policier !

« Va chercher » met en scène des humains … avec leur chien !

« Va chercher » pourrait être un roman de filles et pourtant il est tout, sauf un roman de filles !

« Va chercher » raconte une bonne histoire ! Et en plus, comme tout ce que fait l’auteure, il est super bien écrit !

Julia Verdi est une jeune femme moderne, carriériste, battante et toujours prête à en découdre avec ses clients. Elle réussit tout. Sauf ses amours ! Dépendante affective, elle ferait n’importe quoi pour être remarquée, aimée. Cependant, ce talent pour être aimée par l’autre, elle ne l’a pas développé. Pire encore, elle n’a aucune aptitude pour la remise en question, l’introspection et l’auto-analyse.

Le roman commence par un rejet, sur un coin de rue, sans autre forme de préambule. Rejetée ! Comme une vieille chaussette. Trouée !

Puis, de retour d’un voyage d’affaires, elle décide de renouer contact avec un amour de jeunesse ; un de ceux qu’elle avait elle-même rejeté, sans trop de justifications. Encore amoureux, David Trueblood accepte de la revoir. Mais … ! Un chien s’interpose et transforme le destin des humains. Oui, un chien !

Juste après ces événements, un autre chien viendra s’immiscer dans la vie de Julia. Un soir, attachée à un lampadaire, une jeune chienne est laissée à l’abandon ; elle est blessée. Elle saigne.

Julia n’aime pas les chiens. Mais, de fil en aiguille, les grands yeux tristes de l’animal deviennent son passeport vers l’appartement de Julia. Et là, tout bascule dans la vie de la nouvelle « locataire » du chien. Propriétaire, non jamais ! Julia fera tout en son pouvoir pour remettre la chienne à une famille aimante.

Commence alors, un superbe dialogue silencieux entre la bête et l’humain, dialogue qui amène Julia à des prises de conscience pas évidentes pour elle. Instrument contre la solitude, entrée en matière pour nouer des contacts, Fille (c’est le nom de la chienne) se fait plein d’amis canidés... Dans le parc à chiens, entre les courses à l’emporte-pièce et l’odeur du derrière des autres chiens, Fille devient entremetteuse au profit de sa maîtresse temporaire : Rosario le voisin gai, miss Manga la vétérinaire, Rodolphe le jeune étudiant et monsieur Saad, psychiatre à la retraite, viennent peupler ce petit monde, mélange de deux et de quatre pattes.

Voilà comment l’immense talent de Geneviève Lefebvre va se manifester. En plus de 280 pages, avec un style jubilatoire, des phrases touchantes, des moments de tendresse et d’émotion, elle nous trace un portrait troublant des changements profonds de son personnage central. Chaque page nous amène son moment particulier, cette phrase qui nous émeut ou cette idée qui nous chamboule.

Geneviève Lefebvre est une artiste du clavier pour endimancher les mots et en faire des phrases qui chatouillent l’esprit de son lecteur. Laissez-vous transporter jusqu’au pays de la poésie … canine !! Comme par exemple, le moment tendre où Fille accueille Zéphyr lors de cet improbable rendez-vous !

Voici quelques extraits, juste pour vous montrer ce que vous aurez manqué si vous ne lisez pas « Va chercher. L’insolite destin de Julia Verdi » :

« Il était donc dans le désordre des choses que ce soit un revirement du destin, aussi ardu qu’extraordinaire, qui lui vaille de trouver ce qu’elle avait cherché toute sa vie au moment précis où elle était convaincue d’avoir tout perdu … »

« Comme la vie est étonnante lorsqu’on oublie d’avoir peur. Comme la vie est étonnante quand on se laisse surprendre par la soie fine d’une oreille de chien. »

« Je ne sais pas si les mecs qui se cachent derrière leurs chiens sont conscients qu’ils sont aussi nus que le roi de l’histoire. »

« Quand on croit que ça ne vaut pas la peine de parler, d’écouter, de réfléchir, quand on pense que le traumatisme est si grand qu’il est trop tard pour sauver quelqu’un, que cette personne, cette âme, est dans un tel état qu’elle est perdue pour toujours, engloutie, c’est à ce moment-là, précisément, que ça en vaut la peine. »

Et la dernière, je m’en excuse ! Seul les personnes qui auront lu le roman peuvent l’apprécier … mais je l’aime tellement : « La note d’espoir, c’est pour les sourds et les malentendants. Pour les autres, il y a le parmiggiano reggiano. »

Bonne lecture !

Va chercher.

L’insolite destin de Julia Verdi

Geneviève Lefebvre

Libre Expression

2014

274 pages

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"Meurtre à l'hôtel Despréaux" de Maryse Rouy

Le polar est un genre littéraire qui permet tous les imaginaires : roman social ou psychologique, horreur ou enquête, roman noir, politique ou historique. À chaque année la palette des saveurs s’enrichit et le lecteur profite de cette diversité et de la qualité de plus en plus grande des romans proposés. À chacun son roman et les bibliothèques seront bien garnies !

De plus en plus, j’apprécie les polars historiques. De Maxime Houde à Hervé Gagnon, de Gyles Brandreth à Philip Kerr, en passant par la spécialiste du roman historique culinaire, Michèle Barrière et sans oublier, le Maître, Umberto Eco (à mon humble avis !!), l’amateur trouve une diversité de couleurs, de tons, d’ambiance … et de siècles. Il aime rencontrer des personnages, portraits de leur époque et découvrir des lieux anciens. Sans négliger, évidemment, le crime, l’enquête, le récit et la résolution, le lecteur de romans « policiers » historiques plonge avec ravissement dans un monde, souvent méconnu mais toujours étrange.

Maryse Rouy et son « Meurtre à l’hôtel Despréaux » répond parfaitement à nos attentes : un personnage principal avec un passé et un avenir (Il semble qu’il y aura d’autres histoires mettant en scène Gervais d’Anceny …) ; une époque qui nous a toujours intrigué, le Moyen Âge et des lieux étranges : monastères, châteaux et villes médiévales.

Pour souligner la visite de l’empereur germanique chez le Roi de France, Mathilde Despréaux organise un somptueux spectacle. Malheureusement, la fête est gâchée lorsque durant la pièce de théâtre, une jeune comédienne est assassinée. Compte tenu des circonstances, le fils de la châtelaine, Simon, est accusé et emprisonné. Certaine de son innocence, dame Despréaux fait appel à son oncle, l’oblat Gervais d’Anceny pour prouver l’innocence de son fils.

Le roman débute au retour de l’oncle au prieuré où il est copiste. Compte tenu de son expérience, l’adjoint au prévôt du Chatelet, lui demande d’écrire le récit de son enquête a des fins purement pédagogiques: aider les futurs sergents à comprendre les différentes étapes et les subtilités d'une enquête. Guillebert Coudrier rêve de remplacer le prévôt et cette chronique sur l’enquête que Gervais a réalisée, lui servira sûrement de tremplin. L’oblat (une personne qui rejoint une communauté en apportant une somme d’argent considérable mais qui ne fait pas de vœux) accepte et raconte l’histoire à son grand ami Godefroi, presqu’à l’agonie.

Voici comment le lecteur apprendra tout ce qui s’est passé pendant l’enquête sur le meurtre de la jeune comédienne. En alternance avec la lecture de ces chroniques, nous découvrirons le passé de Gervais d’Anceny, nous assisterons au quotidien du prieuré, nous souffrirons des difficiles privations pendant le Carême, nous serons témoins de disparition de nourriture et surtout, nous apprendrons à aimer cet enquêteur médiéval, avec ses doutes et ses questionnements.

Maryse Rouy nous transporte dans ce Moyen Âge qu’elle aime tout particulièrement et nous brosse un portrait très révélateur de l’atmosphère et de la vie au XIVe siècle. Sans jamais être didactique, l’auteure nous guide avec style et savoir-faire, dans les méandres d’une ville et dans les couloirs du prieuré, des prisons et des maisons de l’époque. On ne sent pas du tout la recherche ; toutes les informations s’intègrent parfaitement au récit. Cependant, un petit conseil, dès le début de votre lecture, allez découvrir le glossaire de la fin et lisez-le ; cet exercice vous permettra d’éviter de nombreux allers-retours pendant votre lecture.

Ainsi, vous pourrez profiter plus facilement de l’écriture souple et harmonieuse de cette auteure. Laissez-vous bercer par son style d’une fluidité transparente et par certaines trouvailles de langage qui m’ont beaucoup plu.

J’ai redécouvert Maryse Rouy avec un très grand plaisir. En prime, elle nous offre un personnage riche et complexe, qui devrait nous plaire pour encore quelques aventures. Partez à la découverte de cet hôtel Despréaux et assoyez-vous dans la salle des copistes, juste à côté de Gervais d’Anceny et lisez, avec plaisir, ce qu’il décrit. Un plaisir assuré.

Un dernier mot pour souligner la superbe page couverture, belle, très classe et avec une texture très agréable ! Une réussite ... comme le roman !

Quelques extraits pour le plaisir :

« Ce n’était pas au sujet de l’enquête qu’il redoutait d’avoir trop parlé, car il n’avait pas l’intention de lui cacher quoi que ce soit, mais plutôt cette attirance pour Jeanne Roussel qui lui donnait, dans son sommeil, des verdeurs de corps inattendues. »

« Mais toi, tu m’apportes ce qui est le plus précieux : les petites choses inutiles qui ravissent l’âme. »

« Ces divagations n’étaient pas convenables pour un homme ayant renoncé au siècle. »

« Toujours perdu dans sa mélancolique évocation, il ne s’aperçut pas que, le tour étant fini, les badauds, désireux de s’éloigner avant que l’animal n’arrive à eux avec son escarcelle, s’esbignaient sans se préoccuper de bousculer les passants. »

Bonne lecture !

Meurtre à l’hôtel Despréaux

Maryse Rouy

Les éditions Druide

2014

288 pages

La page de l’auteure sur le site des éditions Druide

http://www.editionsdruide.com/livres/automne-2014/les-chroniques-de-gervais-d-anceny-meurtre-a-l-hotel-despreaux/

Sur Info-Culture

http://info-culture.biz/2014/09/16/maryse-rouy-publie-la-premiere-chroniques-de-gervais-danceny-meurtre-a-lhotel-despreaux/#.VGu1E5OG8Sg

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