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Polar, noir et blanc

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Suzanne Myre est une "B.E.C." pour notre plus grand plaisir

Un plaisir coupable !

Oui, je l’avoue, lire du Suzanne Myre est un plaisir coupable, pour moi, lecteur de polars et de romans noirs. Et j’ai le ferme propos de recommencer le plus tôt possible.

Suzanne Myre est une des meilleures nouvellistes du Québec. Elle forme un trio extraordinaire avec Martine Latulippe et André Marois pour marquer nos imaginaires de lecteurs de bonnes histoires. À chacune de leur nouvelle, la magie opère, pour le plaisir du lecteur, grâce à une construction étonnante, à une phrase qui nous jette par terre ou souvent avec une finale surprenante.

J’adore ces lectures, qui après 30 minutes, vous ont fait passer à travers une gamme d’émotions, découvrir un monde ou connaître un personnage fascinant !

Mais depuis quelques années, Suzanne Myre ré-investit son talent dans l’écriture de romans. Et je vous le dis, « B.E.C. Blonde d’entrepreneur en construction » vous ravira. Lire ce dernier roman vous plongera dans une histoire d’amour rocambolesque, écrite avec une plume qui vous fera passer par toute la gamme des émotions. Du plus drôle au plus dramatique !

Laurence est la blonde d’un entrepreneur en construction. Là, je ne vous apprends rien ! Elle vit un amour qui ressemble à des montagnes russes ; non pas celles qui vous virent à l’envers à chaque tour, non, celles avec juste des hauts et des bas, des montées vertigineuses et des descentes qui donnent la nausée. Sa relation est « Amphigourique, un mot compliqué pour dire : compliquée. »

Jean-Marc, son chum entrepreneur l’aime, mais il manque de temps pour lui manifester. Son travail l’accapare, prend tout son temps et la fatigue remplace rapidement la libido. Alors, Laurence se consacre à ce qu’elle fait de mieux : chicaner, chialer, manifester ses frustrations, râler et ce, avec une langue qui fait son effet. Pour couronner le tout, de temps en temps, elle exerce son talent de kleptomane dans le « Vallon des Valeurs » de son quartier.

Toujours sur le bord du précipice, l’amour de Jean-Marc et de Laurence, se transporte au Mexique pour une cure de rajeunissement. Pour raviver la flamme ! Quels seront les effets des rayons du soleil mexicain sur leur relation ? Attendez-vous au meilleur et au pire, au surprenant et à l’inattendu, à la comédie et au drame. Du grand Suzanne Myre !

« B.E.C. Blonde d’entrepreneur en construction » est un formidable roman d’amour mais aussi, il nous réserve ses plus beaux passages dans les manifestations d’une amitié sincère mais un peu … particulière : une amitié, une complicité avec cette pharmacienne qui connaît tout de la vie de Laurence. Cette relation, avec Diep, la pharmacienne aux yeux bridés est l’image d’une amitié douce et délicate qui souvent, nous laisse décontenancé, un peu surpris par la sensibilité des deux personnages mais toujours ému par la véracité de leur relation. Leurs échanges sont toujours très touchants :

« Pratiquer l’écriture cursive me détendait, comme plier des feuilles de papier et, parfois, je pliais ma lettre à Diep en forme d’oiseau exotique sublime pour lui faire vivre le drame du gâteau si beau qu’on ose pas le couper : lire ou ne pas lire ? »

J’aime beaucoup le style d’écriture de Suzanne Myre, sa facilité à émouvoir ses lecteurs avec toute la palette des saveurs, du vinaigre jusqu’au sirop d’érable. Il serait dommage de lire ses romans en se limitant au ton du premier degré ; l’écriture de l’auteure infère des nuances émotives qui vous toucheront le cœur et titilleront votre intelligence émotionnelle. Pour sûr, vous rirez, certaines tournures de phrases vont vous faire sourire, ses personnages sont autant capables de vous faire éclater de rire que de vous étrangler d’émotions. Lire du Suzanne Myre, c’est un feu d’artifice dans un festival de sentiments et de sensations.

Si vous ne connaissez pas l’œuvre de cette auteure, laissez-vous tenter par un de ses romans ou un de ses excellents recueils de nouvelles. Plaisirs de lecture assurés !

Voici quelques extraits que j’ai le plus particulièrement aimés :

« Finalement, oui, il était un homme typique. C’était un peu pout ça que je l’aimais malgré tout. Parce que sous ces défauts de gars se cachaient de minuscules qualités qui, parfois, émergeaient de sous la sciure pour m’aveugler et me rendre, justement, aveuglément folle (et dépendante) de lui. »

« Mais je n’avais aucune énergie pour courir, marcher était tout juste tolérable. J’étais en béquilles à l’intérieur de moi. »

Et pour accompagner la magnifique première de couverture : « Un jour, mon écuelle resterait au bord de la chatière et on découvrirait mon corps inanimé mais assis, dans un asana de yogi, enveloppé d’une fine couche de poussière dorée qui serait mon ultime vêtement, impossible à acheter dans aucune boutique et surtout pas au Vallon des Valeurs. Chose étrange et qui resterait inexpliquée, un gigantesque et magnifique papillon se serait greffé sur mon visage, les ailes ouvertes, exposant sa splendeur, préservant ma décrépitude. »

Et une petite dernière, choisie parmi de nombreuses autres : « Je lui avais souvent dit que si nous avions fait l’amour aussi souvent que nous jouions au Rummy, je serais tombée enceinte même s’il était vasectomisé. »

Bonne lecture !

B.E.C.

Blonde d’entrepreneur en construction

Suzanne Myre

Éditions Marchand de feuilles

2014

332 pages

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Published by Richard -

"Va chercher" le roman de Geneviève Lefebvre

Êtes-vous comme moi ? J’aime certains auteurs, inconditionnellement. Plus que l’histoire, plus que l’intérêt du récit, on ouvre le livre et on sait d’avance que ça va nous plaire. Quelle que soit l’histoire, le récit sera tellement bien écrit, que l’on se laissera charmer par le style et l’écriture de l’auteur. J’avoue que j’ai quelques auteurs qui me font cet effet, des auteurs de qui on attend avec impatience le prochain roman. Dès qu’il arrive, on saute sur la première page, on dévore goulument le livre et la dernière page tournée, on se met à espérer le prochain.

Voilà ! Geneviève Lefebvre fait partie de ma liste de ces romanciers et romancières de qui j’attends toujours LE PROCHAIN.

Après « Je compte les morts » et le magnifique « La vie comme avec toi », voici « Va chercher. L’insolite destin de Julia Verdi ». Encore une fois, Geneviève Lefebvre réussit à surprendre son lecteur.

« Va chercher » n’est pas un polar, ni un roman policier !

« Va chercher » met en scène des humains … avec leur chien !

« Va chercher » pourrait être un roman de filles et pourtant il est tout, sauf un roman de filles !

« Va chercher » raconte une bonne histoire ! Et en plus, comme tout ce que fait l’auteure, il est super bien écrit !

Julia Verdi est une jeune femme moderne, carriériste, battante et toujours prête à en découdre avec ses clients. Elle réussit tout. Sauf ses amours ! Dépendante affective, elle ferait n’importe quoi pour être remarquée, aimée. Cependant, ce talent pour être aimée par l’autre, elle ne l’a pas développé. Pire encore, elle n’a aucune aptitude pour la remise en question, l’introspection et l’auto-analyse.

Le roman commence par un rejet, sur un coin de rue, sans autre forme de préambule. Rejetée ! Comme une vieille chaussette. Trouée !

Puis, de retour d’un voyage d’affaires, elle décide de renouer contact avec un amour de jeunesse ; un de ceux qu’elle avait elle-même rejeté, sans trop de justifications. Encore amoureux, David Trueblood accepte de la revoir. Mais … ! Un chien s’interpose et transforme le destin des humains. Oui, un chien !

Juste après ces événements, un autre chien viendra s’immiscer dans la vie de Julia. Un soir, attachée à un lampadaire, une jeune chienne est laissée à l’abandon ; elle est blessée. Elle saigne.

Julia n’aime pas les chiens. Mais, de fil en aiguille, les grands yeux tristes de l’animal deviennent son passeport vers l’appartement de Julia. Et là, tout bascule dans la vie de la nouvelle « locataire » du chien. Propriétaire, non jamais ! Julia fera tout en son pouvoir pour remettre la chienne à une famille aimante.

Commence alors, un superbe dialogue silencieux entre la bête et l’humain, dialogue qui amène Julia à des prises de conscience pas évidentes pour elle. Instrument contre la solitude, entrée en matière pour nouer des contacts, Fille (c’est le nom de la chienne) se fait plein d’amis canidés... Dans le parc à chiens, entre les courses à l’emporte-pièce et l’odeur du derrière des autres chiens, Fille devient entremetteuse au profit de sa maîtresse temporaire : Rosario le voisin gai, miss Manga la vétérinaire, Rodolphe le jeune étudiant et monsieur Saad, psychiatre à la retraite, viennent peupler ce petit monde, mélange de deux et de quatre pattes.

Voilà comment l’immense talent de Geneviève Lefebvre va se manifester. En plus de 280 pages, avec un style jubilatoire, des phrases touchantes, des moments de tendresse et d’émotion, elle nous trace un portrait troublant des changements profonds de son personnage central. Chaque page nous amène son moment particulier, cette phrase qui nous émeut ou cette idée qui nous chamboule.

Geneviève Lefebvre est une artiste du clavier pour endimancher les mots et en faire des phrases qui chatouillent l’esprit de son lecteur. Laissez-vous transporter jusqu’au pays de la poésie … canine !! Comme par exemple, le moment tendre où Fille accueille Zéphyr lors de cet improbable rendez-vous !

Voici quelques extraits, juste pour vous montrer ce que vous aurez manqué si vous ne lisez pas « Va chercher. L’insolite destin de Julia Verdi » :

« Il était donc dans le désordre des choses que ce soit un revirement du destin, aussi ardu qu’extraordinaire, qui lui vaille de trouver ce qu’elle avait cherché toute sa vie au moment précis où elle était convaincue d’avoir tout perdu … »

« Comme la vie est étonnante lorsqu’on oublie d’avoir peur. Comme la vie est étonnante quand on se laisse surprendre par la soie fine d’une oreille de chien. »

« Je ne sais pas si les mecs qui se cachent derrière leurs chiens sont conscients qu’ils sont aussi nus que le roi de l’histoire. »

« Quand on croit que ça ne vaut pas la peine de parler, d’écouter, de réfléchir, quand on pense que le traumatisme est si grand qu’il est trop tard pour sauver quelqu’un, que cette personne, cette âme, est dans un tel état qu’elle est perdue pour toujours, engloutie, c’est à ce moment-là, précisément, que ça en vaut la peine. »

Et la dernière, je m’en excuse ! Seul les personnes qui auront lu le roman peuvent l’apprécier … mais je l’aime tellement : « La note d’espoir, c’est pour les sourds et les malentendants. Pour les autres, il y a le parmiggiano reggiano. »

Bonne lecture !

Va chercher.

L’insolite destin de Julia Verdi

Geneviève Lefebvre

Libre Expression

2014

274 pages

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Published by Richard -

"Meurtre à l'hôtel Despréaux" de Maryse Rouy

Le polar est un genre littéraire qui permet tous les imaginaires : roman social ou psychologique, horreur ou enquête, roman noir, politique ou historique. À chaque année la palette des saveurs s’enrichit et le lecteur profite de cette diversité et de la qualité de plus en plus grande des romans proposés. À chacun son roman et les bibliothèques seront bien garnies !

De plus en plus, j’apprécie les polars historiques. De Maxime Houde à Hervé Gagnon, de Gyles Brandreth à Philip Kerr, en passant par la spécialiste du roman historique culinaire, Michèle Barrière et sans oublier, le Maître, Umberto Eco (à mon humble avis !!), l’amateur trouve une diversité de couleurs, de tons, d’ambiance … et de siècles. Il aime rencontrer des personnages, portraits de leur époque et découvrir des lieux anciens. Sans négliger, évidemment, le crime, l’enquête, le récit et la résolution, le lecteur de romans « policiers » historiques plonge avec ravissement dans un monde, souvent méconnu mais toujours étrange.

Maryse Rouy et son « Meurtre à l’hôtel Despréaux » répond parfaitement à nos attentes : un personnage principal avec un passé et un avenir (Il semble qu’il y aura d’autres histoires mettant en scène Gervais d’Anceny …) ; une époque qui nous a toujours intrigué, le Moyen Âge et des lieux étranges : monastères, châteaux et villes médiévales.

Pour souligner la visite de l’empereur germanique chez le Roi de France, Mathilde Despréaux organise un somptueux spectacle. Malheureusement, la fête est gâchée lorsque durant la pièce de théâtre, une jeune comédienne est assassinée. Compte tenu des circonstances, le fils de la châtelaine, Simon, est accusé et emprisonné. Certaine de son innocence, dame Despréaux fait appel à son oncle, l’oblat Gervais d’Anceny pour prouver l’innocence de son fils.

Le roman débute au retour de l’oncle au prieuré où il est copiste. Compte tenu de son expérience, l’adjoint au prévôt du Chatelet, lui demande d’écrire le récit de son enquête a des fins purement pédagogiques: aider les futurs sergents à comprendre les différentes étapes et les subtilités d'une enquête. Guillebert Coudrier rêve de remplacer le prévôt et cette chronique sur l’enquête que Gervais a réalisée, lui servira sûrement de tremplin. L’oblat (une personne qui rejoint une communauté en apportant une somme d’argent considérable mais qui ne fait pas de vœux) accepte et raconte l’histoire à son grand ami Godefroi, presqu’à l’agonie.

Voici comment le lecteur apprendra tout ce qui s’est passé pendant l’enquête sur le meurtre de la jeune comédienne. En alternance avec la lecture de ces chroniques, nous découvrirons le passé de Gervais d’Anceny, nous assisterons au quotidien du prieuré, nous souffrirons des difficiles privations pendant le Carême, nous serons témoins de disparition de nourriture et surtout, nous apprendrons à aimer cet enquêteur médiéval, avec ses doutes et ses questionnements.

Maryse Rouy nous transporte dans ce Moyen Âge qu’elle aime tout particulièrement et nous brosse un portrait très révélateur de l’atmosphère et de la vie au XIVe siècle. Sans jamais être didactique, l’auteure nous guide avec style et savoir-faire, dans les méandres d’une ville et dans les couloirs du prieuré, des prisons et des maisons de l’époque. On ne sent pas du tout la recherche ; toutes les informations s’intègrent parfaitement au récit. Cependant, un petit conseil, dès le début de votre lecture, allez découvrir le glossaire de la fin et lisez-le ; cet exercice vous permettra d’éviter de nombreux allers-retours pendant votre lecture.

Ainsi, vous pourrez profiter plus facilement de l’écriture souple et harmonieuse de cette auteure. Laissez-vous bercer par son style d’une fluidité transparente et par certaines trouvailles de langage qui m’ont beaucoup plu.

J’ai redécouvert Maryse Rouy avec un très grand plaisir. En prime, elle nous offre un personnage riche et complexe, qui devrait nous plaire pour encore quelques aventures. Partez à la découverte de cet hôtel Despréaux et assoyez-vous dans la salle des copistes, juste à côté de Gervais d’Anceny et lisez, avec plaisir, ce qu’il décrit. Un plaisir assuré.

Un dernier mot pour souligner la superbe page couverture, belle, très classe et avec une texture très agréable ! Une réussite ... comme le roman !

Quelques extraits pour le plaisir :

« Ce n’était pas au sujet de l’enquête qu’il redoutait d’avoir trop parlé, car il n’avait pas l’intention de lui cacher quoi que ce soit, mais plutôt cette attirance pour Jeanne Roussel qui lui donnait, dans son sommeil, des verdeurs de corps inattendues. »

« Mais toi, tu m’apportes ce qui est le plus précieux : les petites choses inutiles qui ravissent l’âme. »

« Ces divagations n’étaient pas convenables pour un homme ayant renoncé au siècle. »

« Toujours perdu dans sa mélancolique évocation, il ne s’aperçut pas que, le tour étant fini, les badauds, désireux de s’éloigner avant que l’animal n’arrive à eux avec son escarcelle, s’esbignaient sans se préoccuper de bousculer les passants. »

Bonne lecture !

Meurtre à l’hôtel Despréaux

Maryse Rouy

Les éditions Druide

2014

288 pages

La page de l’auteure sur le site des éditions Druide

http://www.editionsdruide.com/livres/automne-2014/les-chroniques-de-gervais-d-anceny-meurtre-a-l-hotel-despreaux/

Sur Info-Culture

http://info-culture.biz/2014/09/16/maryse-rouy-publie-la-premiere-chroniques-de-gervais-danceny-meurtre-a-lhotel-despreaux/#.VGu1E5OG8Sg

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Published by Richard -

"Le Pape juif" d'André K. Baby

J’ai le plaisir, aujourd’hui de vous présenter une nouvelle collaboratrice à Polar, noir et blanc, Florence Meney. En plus d’être journaliste et responsable des communications à l’Institut Douglas, elle est également auteure de polars psychologiques. Il sera donc intéressant de voir son opinion de lectrice … et d’auteure, tout en même temps.

Quand Florence m’a proposé sa collaboration, je n’ai pas hésité une seule seconde ; elle apportera un coup d’œil différent et en plus, devant l’excellente et abondante production de polars, de romans noirs et de thrillers, un peu d’aide me sera d’un grand secours.

Merci Florence et bienvenue à Polar, noir et blanc ! Je te présente la crème des lecteurs … ceux et celles qui lisent notre blogue !!!

Une chronique de Florence

C’est par hasard que j’ai découvert André K. Baby, ce qui est dommage, car on ne peut pas dire que le travail de cet écrivain de talent ait bénéficié d’un grand effort de promotion depuis la parution de la version française de son dernier né, Le pape juif. Ce thriller qui offre au lecteur avide de rebondissements une histoire riche en lieux, en personnages et en intrigues vaut pourtant le détour, et c’est bon de le savoir à la veille du Salon du livre, où l’auteur sera d’ailleurs présent.

L’histoire

Les membres de la Curia, réunis d’urgence par le secrétaire d’État, sont sous le choc: au petit matin, en véritable coup de théâtre, des ravisseurs ont enlevé Sa Sainteté le pape Clément XXI de ses appartements pontificaux. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre et bientôt, la planète entière est dans un état de consternation. Les autorités italiennes et du Vatican sont débordées, et appellent Interpol à l’aide. L’inspecteur Thierry Dulac est envoyé immédiatement sur les lieux. L’enquête de Dulac le mènera du calme silencieux des couloirs du Vatican au charivari tumultueux des boulevards parisiens et du charme velouté des piazzas de Florence à la brutale désolation du désert de Libye. Dulac sait que le temps presse lorsque les ravisseurs, refusant l’offre de rançon du Vatican, envoient au secrétaire d’État un paquet contenant l’oreille gauche du Pape.

Pas de quoi s’ennuyer, donc, et même les plus difficiles parmi les lecteurs y trouveront leur compte. Car dans ce livre, André K. Baby touche à une multitude de sujets fascinants, de la diplomatie internationale à la complexité de la structure de l’Eglise catholique, en passant par les sociétés secrètes. Des liens habiles entre un passé lointain avec ses guerres de religions sanglantes et les conflits modernes donnent une profondeur additionnelle à l’histoire.

L’auteur

C’est en 2006 que cet homme d’affaires, reconverti en homme de loi plonge et écrit son premier thriller. Une des particularités de l’oeuvre de ce natif de Montréal est qu’il écrit dans la langue de Spilane ou de Lehane. Jusqu’ici, ses ouvrages sont publiés en premier lieu au Royaume-Uni, pour être traduits ensuite.

« Le pape juif » est ainsi la version française de « The Chimera Sanction », publié à Londres chez Robert Hale Publishing.

Bonne lecture!

Le pape Juif

André K. Baby

Michel Brûlé

2014

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"Tout pour plaire" d'Ingrid Desjours

Regardez bien la couverture ! Vous sentez-vous épié ?

Oui !

Vous avez bien raison !

Ingrid Desjours vous regarde pendant votre lecture, vous espionne derrière chaque page et guette chacune de vos réactions. « Tout pour plaire » est l’occasion pour cette psychocriminologue (mot savant pour dire « auteure diabolique ») d’observer votre comportement de lecteur devant ses entourloupettes littéraires.

Lecteurs de polars et de thrillers, allez vite vous procurer ce roman passionnant et cherchez un cirque pour y subtiliser une perche d’équilibriste. Tout au long de cette histoire, vous vous sentirez comme sur une corde raide, en équilibre instable entre la culpabilité ou l’innocence de chacun des personnages. Dès que vous manifesterez la moindre certitude, le plus petit soupçon sur les véritables intentions d’un personnage, cette auteure démoniaque, en parfaite maîtrise de son récit, savourera la déconfiture et se mettra à secouer le fil de fer pour vous déséquilibrer et balancer son personnage, loin, ailleurs, où vous ne l’attendiez pas !

« Tout pour plaire » est un formidable thriller psychologique dans lequel Ingrid Desjours atteint une maturité littéraire étonnante et prouve son talent pour construire une histoire qui emberlificotera son lecteur.

Deborah et David Pennac forment un couple, presque sans histoires. David, « coach de séduction », sûr de lui, élégant avec un charisme évident et elle, belle, parfaite, attire les regards et la convoitise des autres hommes. Mais elle reste fidèle à son mari et consacre sa vie à lui plaire. Ils vivent dans une superbe maison. Mais à l’intérieur de cette parfaite harmonie, la maison souffre d’un mal envahissant qui prolifère sur ses murs. Et entre les murs !

Puis, le frère de David, Nicolas vient troubler cette pseudo quiétude. Sa femme a disparu, il est désespéré et comme un parasite, il vient troubler la quiétude du foyer. Il amène avec lui sa fille Emma, tout de suite prise sous l’aile protectrice de Déborah.

Quelque part, dans l’édifice du 36 Quai des Orfèvres, l’inspecteur Sacha Mendel est mis sous enquête par le bureau de l’Inspection générale de la Police nationale, la police des polices ! Excellent limier mais toujours un peu borderline, se moquant de sa hiérarchie et des règles, envahi par des troubles matrimoniaux, souvent noyé dans les vapeurs de l’alcool, Mendel est profondément troublé par une faute qu’il a commise et qui hante ses nuits.

Écarté de l’enquête dans le milieu de la mafia parisienne où il était en mission d’infiltration, le policier prend en charge l’enquête sur la disparition de la femme de Nicolas Pennac et fouille les histoires qui se cachent derrière la vie parfaite de ces personnes. Qu’est devenue Laura, la femme disparue de Nicolas ? A-t-elle quitté son mari pour refaire sa vie ailleurs ? Aurait-elle été assassinée ? Le mystère plane, le cadavre étant introuvable ! Et ne soyez pas surpris si le sujet de la première enquête, le charismatique et charmant mafieux, Gabriel Strano, s’invite à la danse pour y mettre un peu de piquant !

Lecteurs, lectrices, faites attention aux apparences ! Elles sont souvent trompeuses et parfois même … elles disent réellement la vérité. Ou pas !

Ingrid Desjours a mis tout son talent au service de son histoire et plus spécifiquement, pour la construction de la psychologie de ses personnages, qu’elle maîtrise parfaitement. Et tout cela pour nous forcer à se poser ces questions :

Sont-ils manipulés ou manipulateurs ?

Marionnettes ou marionnettistes ?

Victimes ou agresseurs ?

L’auteure nous guide dans les méandres de leurs pensées, pave notre route des motivations les plus sombres de chacun d’eux et nous redirige au milieu des détours multiples de leurs faiblesses. Comme dans un visionnement en trois dimensions, on explore l’âme de Déborah et des frères David et Nicolas et l’imagerie en résonnance magnétique se matérialise jusqu’au plus profond du cerveau du commandant Mendel.

Rien ne nous est caché, tout nous est dévoilé, sauf la vérité ! Et ce, même si on se doute de l’avoir trouvée avant la résolution de l’énigme révélée à la lecture de la finale.

Alors, laissons ces yeux inquisiteurs nous regarder à travers la fenêtre aux persiennes

bleues car même si l’auteure s’amuse à nous désaçonner, à faire valser notre équilibre sur ce fil de fer, jetons un coup d’œil sous nous. Vous apercevrez un filet de sécurité qu’Ingrid nous a laissé et cela s’appelle : du talent, de la littérature … et de la bonne !

Quelques extraits:

"Quand elle rit, on comprend tout de suite qu'elle n'a pas inventé le fil à couper le beurre, c'est un rire un peu niais, sans charme, celui des filles qui se croient belles et se contentent de leur erreur."

"Comme si elle le réveillait d'un simple baiser, lui, le pas beau au bois dormant, sauvé par une princesse en détresse."

"Les deux hommes ne s'y trompèrent d'ailleurs pas et se reconnurent instantanément. Une reconnaissance d'âme à âme, d'une intelligence à l'autre, comme une évidence, une passation de témoin qui coulait de source."

" ... il faut se méfier des gens sans mystère."

Bonne lecture !

Tout pour plaire

Ingrid Desjours

Robert Laffont

2014

521 pages

En terminant, je dois vous avouer que cette chronique est purement subjective. Sans faire de « name dropping » ou même sans vouloir me vanter « d’avoir des relations … », je connais bien Ingrid. Elle est une amie, une grande amie. Alors, je n’ai aucunement peur de dire que j’avais, au départ, un préjugé favorable. Mais comme je me targue d’un certain professionnalisme, je peux vous assurer que le blogueur est entièrement en accord avec l’ami (moi-même) qui a écrit cette chronique. D’ailleurs je me demande si ce n’est pas le blogueur qui a écrit la chronique plutôt que l’ami. Dilemme cornélien !

Et entre vous et moi, que l’on soit blogueur, critique littéraire ou lecteur, qui peut se vanter d’être complètement subjectif ? Pas moi !

Pour lire d'autres chroniques sur "Tout pour plaire":

http://www.zonelivre.fr/blog/ingrid-desjours-tout-pour-plaire/

http://passionthrillers.blogspot.ca/2014/10/tout-pour-plaire-ingrid-desjours-robert.html

http://songedunenuitdete.com/2014/10/11/tout-pour-plaire-dingrid-desjours/

http://blog-du-serial-lecteur.over-blog.com/2014/10/tout-pour-plaire-ingrid-desjours-sandrine.html

http://cecibondelire.canalblog.com/archives/2014/10/12/30753945.html

https://gruznamur.wordpress.com/2014/10/11/tout-pour-plaire-ingrid-desjours/

http://twilight-teamsuisse.blogspot.ca/2014/10/tout-pour-plaire-de-ingrid-desjours.html

http://www.leblogdelapeste.com/2014/10/tout-pour-plaire-ingrid-desjours.html

http://alabordagedelaculture.wordpress.com/tag/ingrid-desjours/

http://bookenstock.blogspot.ca/2014/10/tout-pour-plaire-de-ingrid-desjours.html

http://lacaverneauxlivresdelaety.blogspot.ca/2014/10/tout-pour-plaire-de-ingrid-desjours.html

http://leslecturesdanais.blogspot.ca/2014/10/tout-pour-plaire-dingrid-desjours.html

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Published by Richard -

"Les fleurs carnivores" de Marie-Chantale Gariépy

Avec « Les fleurs carnivores », j’ai fait une découverte !

Après avoir lu chaque mot, apprécié chacune des phrases et suivi avec plaisir une intrigue finement tricotée, je reste ébahi par la qualité de ce roman de Marie-Chantale Gariépy.

« Les fleurs carnivores » nous plonge dans un monde étrange qui semble n’exister que par la magie de la littérature. L’auteure le décrit magnifiquement par la voix de trois personnages, trois regards portés sur ce qui se trame dans ce manoir étrange aux contours flous mais au jardin ensoleillé.

Adèle se réveille dans une chambre qui lui est inconnue. Trois personnes entourent le lit dans lequel elle semble paralysée. Elle ne les reconnaît pas ; des visages étrangers qui s’estompent dans les nuages de ses yeux. Adèle fouille sa mémoire et ne trouve aucun événement à quoi se raccrocher : pas d’accident, pas de maladie qui expliquerait sa présence dans ce lit et dans cette chambre. Et il y a la route, pas très loin, symbole de la fuite possible mais aussi, lieu d’angoisses. Tout de suite, elle se méfie de l’homme habillé de façon vieillotte qui lui murmure des paroles, pourtant rassurantes. Toute son attitude, son regard, ses gestes la troublent et lui font peur. Sur la table, il y a un bouquet de fleurs, envoyé par une entreprise de pompes funèbres ; la carte qui l’accompagne mentionne qu’elle est la femme de Jasmin Muguet.

Jasmin Muguet ! Quel personnage ! Toujours habillé comme si on était dimanche, manucuré, maquillé, maniéré, malgré ses paroles rassurantes, Adèle s’en méfie. Sa bibliothèque est tout aussi étrange. Alignés comme des livres, des centaines de pots contiennent des herbes de toutes sortes, provenant de multiples contrées. Il vit avec sa mère qui semble avoir beaucoup d’ascendant sur ce drôle de fils. À tous les jours, de façon toujours très cérémonieuse, l’herboriste amateur lui sert le thé préparé avec minutie.

Nicolas. Troisième personnage ! Intriguant !

« Je ne voulais aimer personne et j’ai réussi. »

Nicolas fait un métier étrange : il ramasse les cadavres d’animaux sur les routes de son comté. Victime d’un père violent qui l’a enfermé toute son enfance dans une cage trop petite, il tente une impossible évasion. Son père l’enferme alors, dans le coffre de voiture et l’abandonne, sur une bretelle d’autoroute. Il est recueilli par une Russe, Ivana Bittova qui en prendra soin et sera, pour lui, un oasis où « Nikolaï » s’abreuvera de sa philosophie.

Puis, un beau jour, Adèle s’échappe ; elle est recueillie par Nicolas. Il s’occupe d’elle et elle se laisse faire, elle s’abandonne pour une première fois. Et commence alors, la recherche de ce qu’elle est et de ce qui lui est arrivé, bien entouré d’amitié et aussi d’un véritable amour. Pour une première fois !

Je vous recommande grandement la lecture de ce dernier roman de Marie-Chantale Gariépy, « Les fleurs carnivores ». Pour plusieurs raisons !

Premièrement, pour découvrir cette jeune auteure qui a quand même publié quelques romans et qui semble avoir atteint une maturité dans son écriture et qui mérite grandement que l’on s’y intéresse.

Deuxièmement, celle qui publiait avant sous le pseudonyme de Emcie Gee, propose dans ce petit roman un style assez particulier où la qualité d’écriture se marie parfaitement avec l’atmosphère étrange de son récit.

Troisièmement, ce roman choral nous fait connaître des personnages totalement crédibles, auxquels on s’attache sans conditions, même si leurs actes, parfois, les poussent vers le pire. Et dans une recherche de ce qu’ils sont, dans un monde où leurs questionnements, leur recherche d’eux-mêmes et leurs motivations profondes nous touchent et brassent nos émotions, leurs gestes, leurs actions nous fascinent.

Et enfin, pendant les heures que durera votre lecture, vous serez immergés dans un imaginaire fascinant : un manoir glauque et étrange, une forêt au mille mystères, un restaurant (truck stop) familial où on se sent bien et une cabane où vit Nicolas. Tous ces lieux seront des tableaux exposés entre les pages du roman où vous aimerez vous réfugier pour découvrir les secrets de ces personnages et de leur destin.

Voici quelques extraits servis en apéro, en attendant la lecture de ce roman de Marie-Chantale Gariepy.

« Mon nom dans sa voix s’est roulé en boule comme un chat, avec juste ce qu’il faut de ronron et de griffe, avec le « e » qui s’évapore sur la finale comme une queue qui disparaîtrait derrière un buffet. »

« Contre le désir, je n’ai pas de protection, aucun moyen de me raisonner, de me dire non. Je deviens un cœur battant, une pulsation dans mon ventre, dessous un tout petit point de mon sexe. Je n’ai plus de bornes, de contours. Je suis quelque chose de grandiose. »

« L’écho de sa beauté fredonne encore des airs d’autrefois. »

Bonne lecture !

Les fleurs carnivores

Marie-Chantale Gariepy

Éditions Tête Première

2014

155 pages

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Published by Richard -

"Le roi disait que j'étais diable"

Chronique écrite dans le cadre de lecteurs.com.

Suite à sa sélection comme finaliste au prix Goncourt, j'ai eu le goût de partager mon ressenti après ma lecture de ce roman.

À la toute fin du roman, l’auteure nous offre une phrase venant contextualiser ce roman historique d’atmosphère :

« L’Histoire laisse tant de zones blanches qu’elle permet la légende, mais aussi le roman. »

"Le roi disait que j'étais diable", 7e livre de Clara Dupont-Monod, nous plonge au cœur même de la vie du roi Louis VII et de ses 15 ans de vie commune avec Aliénor d’Aquitaine.

Roman historique d’abord car il nous brosse le portrait de ce début du XIIe siècle sans rien de didactique ou qui transpire une recherche trop studieuse. La grande Histoire est là mais elle n’écrase pas la petite, celle du quotidien, de ces personnages qui l’ont faite.

Roman choral où un dialogue de sourds s’installe entre ce roi improbable et cette reine vindicative. Murés dans leurs pensées, envahis par leurs convictions et leurs croyances, incapables d’entrer en contact avec l’autre, ils sont pris dans l’étau de leurs visions.

Et enfin, roman d’atmosphère et d’amour, huis clos de sentiments, engoncé dans des habits trop petits pour chacun. La reine accepte mal les freins de ce roi hésitant et Louis, se meurt pour cet amour impossible qui lui serre le cœur et lui brouille le jugement.

Fermez-vous les yeux, imaginez Aliénor, à la fenêtre de la tour du château de son père, voyant une colonne de poussière soulevée par les chevaux du jeune Louis, venant la chercher pour créer l’alliance qui reliera le duché d’Aquitaine au reste de la France.

Aliénor rêve de combats, de guerre, de puissance et de pouvoir et elle aime s’entourer de troubadours qui chantent ses louanges. Ambitieuse, aucune limite ne vient freiner ses éventuelles conquêtes. Elle rêve d’un homme à son image, guerrier et conquérant.

Louis, que l’on vient d’arracher à son monastère, est à l’opposé de cette future reine ambitieuse. Entièrement voué à une vie de prières, la mort de son frère ainé, tué par un accident de cheval effrayé par un cochon, le propulse comme prétendant au trône. Tout concorde pour que ces quinze années de mariage soient un enfer pour le roi, sa cour et la France.

Le lecteur part donc à la découverte de la cour royale, du Paris médiéval et entreprend un voyage qui le mènera à la deuxième croisade, pour la conquête de territoires mythiques.

Clara Dupont-Monod nous offre ici un roman envoûtant où, en alternance, le lecteur devient le spectateur des pensées et des réflexions de ses deux personnages principaux. Le fossé se creuse et nous assistons à cette montée de tension qui survolte l’entourage royal. L’auteure réussit à donner à Aliénor et à Louis le ton que chacun doit avoir, les paroles et les attitudes qu’ils auraient dû tenir.

« Le roi disait que j’étais diable » est un roman qui se lit tout en douceur et en y appréciant toutes les nuances des émotions : de la haine à la passion.

Bonne lecture !

Le roi disait que j’étais diable

Clara Dupont-Monod

Grasset

2014

238 pages

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"Wildwood" de Johanne Seymour

Sortir des sentiers battus, ouvrir des portes différentes aux lecteurs et surtout, continuer à les charmer, à leur raconter joliment une bonne histoire, tout en laissant son personnage fétiche au placard, voilà le défi que Johanne Seymour s’est donné avec « Wildwood ». Et qu’elle a réussi haut la main.

« Wildwood » est un excellent roman d’apprentissage, un récit où l’atmosphère de la fin des années 60 embaume de musique et d’odeurs de pizza et de hot dogs grillés, où l’auteure nous fait vibrer à travers les réflexions d’une jeune adolescente de 16 ans, vivant le dur passage de l’adolescence vers un monde que l’on dit adulte. De plus, le naturel revenant au galop, elle ne délaisse pas sa plume d’écrivaine de polars pour nous tisser une intrigue passionnante qui enrichit le récit et accroche l’attention du lecteur. Sans lui laisser de pause ! Une journée et j’avais terminé le roman !

« Wildwood » est une réussite sur toute la ligne. Dans ce roman, le talent de Johanne Seymour s’exprime à travers la tendresse et la naïveté de son personnage, immergée dans un monde en folie où la violence de la guerre du Vietnam s’exprime dans les journaux, à la télévision, mais aussi, dans un lieu habituellement consacré aux vacances. Tout au long du récit, on ne peut que se laisser porter par Michelle, cette adolescente qui rêve d’un amour d’été avec un beau life-guard américain, entourée par un père silencieux et une mère qui parle trop. Et un couple d’amis, Denise et Ben, souffrant eux-mêmes de ce monde en mutation, d’un pays en guerre au Vietnam. Choc post-traumatique, angoisse d’un éventuel départ, amère découverte d’un monde qui teinte ce passage obligé vers l’âge adulte et qui jette un nuage noir sur une période qui devrait se vivre dans l’insouciance.

Comme à chaque année, Michelle, fille unique de Rose-Anne et de Rolly Trudel, part avec ses parents, pour un séjour de trois semaines à Wildwood. Cette année-là, à 16 ans, elle a décidé qu’elle en profiterait pour passer à une autre étape de sa vie : quitter l’adolescence et devenir une femme. Évidemment, cela passe par l’amour ! Toute une commande pour une jeune fille rangée, avec un sens du devoir indéfectible et une culpabilité à fleur de peau, exacerbée par une éducation religieuse tricotée serrée.

Elle rencontre Tom, Thomas Riley, un bel Américain charmant et ténébreux, un life-guard autour duquel, tournent les plus jolies filles de la plage. Comment ce gars-là peut l’aimer, elle qui a si peu à offrir, pas belle, peut-être jolie, et sans formes aguichantes ? Qu’est-ce qui se cache derrière ces yeux un peu tristes qui regardent l’horizon, au-dessus de la mer, du haut de son siège surélevé ?

Et le drame survient !

Michelle et ses amis découvrent le corps d’une jeune fille sous le quai. L’enquête est confiée à Sam Garcia, un policier local qui agira avec Michelle comme un père protecteur. Dès ce moment, l’enquête sur la mort de la jeune fille et l’histoire d’amour de Michelle se croiseront et s’entremêleront pour former un récit touchant, sensible et haletant. Mélange parfait pour tout amateur de littérature.

Johanne Seymour a fait le choix de se mettre dans le « cœur » de cette adolescente de 16 ans ; probablement parce qu’elle s’y retrouvait quand même un peu … Un roman écrit au « je » est toujours plus difficile à réaliser. Une auteure adulte, avec une certaine expérience de vie, qui doit se mettre dans la peau d’une adolescente, exprimer ses pensées et ses réflexions, avec son langage particulier et ce, sans laisser de côté son style d’écriture, voilà le pari que l’auteure a surmonté ! Même si parfois, on se demande si la grande maturité du personnage n’est pas un peu exagérée.

Cette incursion dans un passé pas si lointain nous transporte dans une de ces petites villes de la côte est américaine où chaque été, des histoires d’amour se créent et se terminent aussi rapidement qu’une descente dans les montagnes russes. On se prend d’affection pour les personnages, on y reconnaît certains traits de nos parents et on se rappelle ces vacances qui nous ont laissé quelques souvenirs agréables … ou pas.

Un conseil pour compléter le portrait : lisez le roman et tenez votre tablette ou votre téléphone intelligent pas très loin de vous. Tout au long du roman, Johanne Seymour parsème son récit de chansons des années 60 et qui font remonter à l’esprit, des airs, des paroles et un rythme bien particulier de cette époque. Beach Boys, Beatles, Robert Charlebois, Neil Diamond, nous revivons notre jeunesse dans les yeux et les oreilles de ces jeunes. Et pour les plus jeunes, voilà l’occasion d’alimenter votre IPhone de chansons qui vous feront du bien.

« Wildwood » est un excellent roman d’atmosphère où vous assisterez aux hauts et aux bas d’une jeunesse qui apprend à devenir adulte dans un climat qui ne favorise pas nécessairement les apprentissages. À travers les yeux de Michelle, parfois scintillants de bonheur ou à d’autres moments noyés dans une peine aussi immense qu’une ado peut la ressentir, l’auteure vous charmera par cette histoire d’amour d’été doublée d’une enquête sur la mort d’une jeune fille.

Pas un moment où l’on s’ennuie ! Une fois le roman terminé, quand les émotions s’estompent graduellement et que nous nous retrouvons à l’automne 2014, assis dans notre chaise de lecture, on applaudit le défi réussi de l’auteure … Et on en redemande. Sans oublier, évidemment, le plaisir anticipé de retrouver son personnage d’enquêteure fétiche !

Quelques extraits pour vous mettre l’eau (de mer) à la bouche !

« Moi, j’avais seize ans et je n’avais qu’un désir : quitter l’adolescence qui me pourrissait l’existence. »

« Mes parents vivent en vase clos. Parfois, j’ai l’impression de les regarder de l’extérieur du bocal. »

Existe-t-il une personne, n’ayant jamais eu ce genre de réflexion. J’avoue l’avoir vécu comme ado … mais aussi comme parent !!! Ah misère !

« Je maudis l’adolescence. Ce purgatoire par lequel on doit nécessairement passer pour devenir adulte, mais pour lequel il n’existe aucun manuel nous indiquant comment en sortir. Je me demande même si la vie adulte n’est pas un mythe. Si il y a vraiment un « après-adolescence » … »

Bonne lecture !

Wildwood

Johanne Seymour

Libre Expression

2014

245 pages

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"La grande liquidation" de Patrick Senécal

Je viens de terminer la lecture du quatrième volet de la série Malphas, « La grande liquidation ».

Ces personnages, tous irréels dans leur réalité, avec un brin de folie, une dose de fantastique et ce petit frisson de peur qui nous surveille pour mieux nous surprendre (comme des corbeaux diaboliques !!!) ; Et ils me manquent déjà ! Oui, je m’en ennuie déjà !

Nicolas Sarkozy, professeur passionné, courageux devant l’adversité, mais si faible devant un soutien-gorge bien garni. Et tellement sympathique ! Ce chevalier des temps modernes qui veut résoudre l’énigme de la cave désenchantée, détruire ce château maléfique, et conquérir la belle Rachel. Tout en découvrant, de plus en plus, une amitié indéfectible avec son Sancho Pança au langage si particulier et au journalisme lyrique comme un rapport de police.

Parlons-en de ce Simon Gracq, fidèle ami, prêt à tout et au pire pour supporter Sarkozy ( et aussi Hollande …). Comme je vais m’ennuyer de ses phrases alambiquées, de sa poésie urbaine et de ses réflexions drôles mais constructives. Ah que j’aime ce personnage ! Tellement plaisant à lire que l’on ne pense pas à la difficulté que doit connaître Patrick Senécal à écrire ces textes !! N’essayez pas ça à la maison, Senécal est un professionnel !!!

Et quel plaisir prend-on à haïr ces affreux Archlax, père et fils, qui ont conçu ce projet maléfique grâce à leurs alliances sardoniques. Ne nous gênons pas pour mettre dans le même panier leurs sous-fifres, pleutres et veules, le médecin Durencroix, le policier Garganruel et le toujours présent garde de sécurité, Fork. Une équipe soumise à la terreur du vieux Archlax, obnubilé par son projet diabolique.

Je réserve un paragraphe spécial aux deux sorcières Fudd : la très vivante Mélusine aux talents limités par ses excès éthyliques et sa mère, Médusa, assise sur le divan depuis sa mort et qui jette un regard vide mais pertinent sur ce qui se passe autour d’elle.

N’oublions pas ces enseignants de la salle de profs, si particuliers mais criants de vérité, cette sympathique Zoé Zazz, ce Davidas qui ne comprend jamais rien, Valaire, le poing dressé, prête à tous les combats et surtout, l’exubérant Mortafer aux désirs sexuels incontrôlables. Et les classeurs qui s’ouvrent tout seuls, difficiles à oublier ! Et au milieu de ce local, la très belle Rachel, intrigante et mystérieuse, mue par un objectif qui nous est insaisissable jusqu’à la fin du roman.

Et enfin, dans une atmosphère de printemps érable marqué par l’affrontement entre les étudiants au carré rouge et ceux qui voudraient franchir les piquets de grève, sous le plancher du rez-de-chaussée, dans cette cave au bout de l’ascenseur au code secret, se vit un drame, dans cette petite société particulière marquée au sceau des difformités et des handicaps mais aux forts accents d’humanité.

Oui, ils vont me manquer mais ils m’auront laissé une bonne histoire, bien racontée où le lecteur accepte de jouer le jeu et de donner toute la crédibilité à ce qui se passe dans ce CEGEP, au centre de la très célèbre ville de Saint-Trailouin. Si on se rappelle, à la fin du 3e tome, Julien Sarkozy quittait Malphas sous la menace des Archlax de s’en prendre à son fils, s ‘il continuait l’enquête. On le retrouve donc à Drummondville, libraire dans un commerce de livres usagés. Le départ de son fils pour l’Europe, réveille en lui le désir de l’intention de vouloir (Simon Grack sort de mon ordinateur !!!) retourner à Malphas pour enfin, reprendre son enquête et arrêter les agissements des Archlax.

Grâce à la magie de Mélusine Fudd et à l’aide précieuse de Simon, il pourra enseigner au CEGEP sans qu’il soit reconnu et peut-être, faire mentir la prédiction que tout se terminera dans les pleurs, son sexe en érection et les mains ensanglantées.

Évidemment, quand on connaît Patrick Senécal, la fin ne pouvait être banale. Je dirais même que ça frôle le grandiose, l’affreux et l’horrible, décrit avec la maestria du maître de l’horreur, sans tomber dans la facilité et le morbide. C’est presque beau ! Et le dernier chapitre !!! Tout en tendresse et en optimisme … mais en nous laissant une petite touche d’amertume et de scepticisme ! Une fin magistrale !

Oui, je vais m’ennuyer des personnages de Malphas, mais aussi de l’humour de l’auteur, des phrases alambiquées de Simon et de ses comparaisons parfois caustiques mais toujours drôles. La série des Malphas est terminée mais heureusement, Patrick Senécal écrira encore ! Et nous fera longtemps profiter de son imaginaire bien à lui !

Pour faire durer le plaisir, voici quelques extraits de ce 4e Malphas :

« N’ayons pas peur des mots : je suis bouleversé. Je ne croyais plus me retrouver devant une classe un jour, alors imaginez. Et même si c’est à Malphas, face à des jeunes qui sont aux étudiants ce que la musique rap est au féminisme, je ne peux m’empêcher d’éprouver le même sentiment proustien que ressent le républicain chez un armurier. »

Celle-là, pour me faire plaisir : « Je crois comprendre où il veut en venir et je le considère avec le même scepticisme que si j’entendais le gouvernement annoncer un investissement majeur en éducation. »

Un clin d’œil de l’écrivain : « Bon, OK, j’avoue que ma comparaison de tout à l’heure provenait de Gracq, mais je ne suis pas le premier écrivain qui pique les phrases de son entourage. »

Du bon Simon Grack : « … mais il a tellement insisté ses acharnements que j’ai fini la conclusion en accédant à l’acceptation. »

Et pour terminer, du grand Simon Grack : « En direction de l’avant, camarade ! On a un blind date avec un rendez-vous de l’Histoire ! »

Bonne lecture !

La grande liquidation

Malphas, tome 4

Patrick Senécal

Alire

2014

587 pages

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Published by Richard -

Prix de Saint-Pacôme 2014: Andrée A. Michaud

Samedi dernier, se tenait la soirée de gala du Prix Saint-Pacôme 2014 pour récompenser le meilleur polar et le meilleur premier polar québécois.

Encore une fois, charmé par l’accueil chaleureux des Pacômois et des Pacômoises, le milieu du roman policier québécois a démontré toute sa vigueur, sa vivacité, son talent et sa diversité.

La grande gagnante de la soirée a été Andrée A. Michaud avec son excellent roman « Bondrée ». Elle s’est méritée le Prix Saint-Pacôme du meilleur roman policier québécois et, fait assez rare dans l’histoire de la Société du roman policier de Saint-Pacôme, elle a obtenu la faveur du Club de lecture de la bibliothèque Mathilde-Massé et elle a reçu le Prix Coup de cœur des lecteurs. Ainsi, pour une première fois, le jury du grand prix et les lecteurs du club ont choisi le même roman. Félicitations à Andrée A. Michaud.

En ce qui concerne le Prix du meilleur premier roman policier, Hervé Gagnon s’est vu remettre ce prix pour « Jack », dernier roman de l’auteur qui revisite le mythique Jack l’éventreur et qui ose même, le transporter dans le Montréal du XIXe siècle.

Rappelons, que le roman d’Hervé Gagnon était aussi en nomination au Prix du meilleur roman de l’année, de même que « Louise est de retour » de Chrystine Brouillet.

En après-midi, juste avant la table ronde où les auteurs ont échangé sur les styles et le polar avec Éliane Vincent, Morgane Marvier et Norbert Spehner, l’animatrice de la table ronde a souligné (merci beaucoup Éliane !) l’apport et le succès du recueil « Crimes à la librairie », dirigé par votre humble chroniqueur.

Je me permets de mettre quelques photos illustrant cette journée, tout en remerciant les membres de la Société du roman policier de Saint-Pacôme pour leur accueil et leur implication. Votre organisme est essentiel au développement du polar québécois.

Merci !

Et bonne lecture !

Bondrée

Andrée A. Michaud

Québec-Amérique

2014

296 pages

P. S. Pour mes lecteurs européens, je mentionne que "Bondrée" est présentement disponible à la Librairie du Québec à Paris. Il en est de même pour "Jack" et "Louise est de retour". Et pour un survol du polar québécois, vous pouvez également vous y procurer "Crimes à la librairie" !

Comment pourrais-je vous laisser sans deux extraits de « Bondrée », juste pour vous dire qu’il faut absolument le lire et se délecter de l’histoire et du style d’Andrée A. Michaud.

« Ils y avaient tous laissé une part d’eux, un reste de candeur ayant survécu à l’âge adulte, une image, un rêve dans lequel la forêt ne se repliait pas dans une atmosphère d’outre-tombe, dans lequel le monde était encore vivable. Il y avait des lieux maudits et celui-là en était un, qui dissimulait ses pièges depuis des décennies. »

« Ce qu’on aurait voulu, c’est mener notre propre enquête. Avec un adulte en permanence autour de nous, aussi bien se mettre flambant nues et vociférer des obscénités en espérant que ça passe dans le beurre. Le matin, on était parties du principe qu’on était pas plus bêtes que Sherlock Holmes, qui parvenait à résoudre des énigmes tordues en fumant de la cochonnerie entre les quatre murs de son bureau, mais on avait vite déchanté. De un, on n’avait pas de bureau, et de deux, nos trois cigarettes restantes avaient été confisquées par le père d’Emma, qui avait dû les fumer dans notre dos. De toute façon, on était des filles de terrain, plutôt du genre Miss Marple, la corpulence en moins, qui ne serait parvenue à aucun résultat si on lui avait mis trois ou quatre parents dans les pattes. »

La remise du prix du meilleur roman policier québécois à Andrée A. Michaud

La remise du prix du meilleur roman policier québécois à Andrée A. Michaud

Finaliste au Prix de Saint-Pacôme et gagnant du prix du meilleur premier polar !

Finaliste au Prix de Saint-Pacôme et gagnant du prix du meilleur premier polar !

Finaliste au prix de Saint-Pacôme 2014

Finaliste au prix de Saint-Pacôme 2014

Le polar du Québec à l'honneur !

Le polar du Québec à l'honneur !

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