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Polar, noir et blanc

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Indridason, Grand Maître du polar !

Attention ! Grand Maître à l’œuvre !

Dans son dernier roman paru, « Les nuits de Reykjavik », Arnaldur Indridason nous offre un de ses meilleurs romans, sinon, le meilleur. Et quand on a lu « La cité des jarres », « La femme en vert » et « La voix », il est difficile de concevoir qu’un écrivain puisse faire mieux. Indridason l’a fait ! « Les nuits de Reykjavik » est un grand roman, un polar parfait, qui confirme, même si ce n’était pas nécessaire, l’immense talent de cet auteur islandais.

Ceux qui ont lu « Duel » se rappelleront l’apparition, dans les bureaux de la Criminelle de Reykjavik, d’un jeune policier du nom d’Erlendur Sveinsson. Dans « Les nuits de Reykjavik », on retrouve donc le futur commissaire à ses débuts, policier de proximité accompagné de deux stagiaires pour faire sa patrouille. Violence conjugale, clochards éméchés, péripatéticiennes droguées, accidents de circulation et vols font partie de son quotidien. Puis, le matin, après son quart de travail, il rentre tranquillement dans son petit appartement en sous-sol, solitaire, sans télé, préférant lire et écouter de la musique. Et toujours empêtré dans une vie sentimentale étriquée.

Quatre jeunes adolescents découvrent un cadavre dans un fossé. Appelé sur les lieux, Erlendur reconnait le cadavre : un clochard dont il s’est parfois occupé. Le constat est rapide : le taux d’alcool dans le sang dépasse la norme et ce ne peut qu’être un accident. Affaire classée !

Au cours de la même fin de semaine, une femme disparait mystérieusement à la suite d’une soirée entre femmes. Les deux affaires ne semblent avoir aucun lien. Pourtant, la découverte d’un bijou par une clocharde change la donne et met Erlendur sur la piste d’éventuels responsables. Travaillant de nuit, il amorce une enquête en dehors de son temps de travail. À la Erlendur , tout en douceur, en humanité et en réflexion.

Lentement et avec une sympathie évidente pour le genre humain, Erlendur explore le milieu des clochards de la capitale islandaise : sous-sols crasseux, appartements délabrés, refuges surpeuplés, odeur de gnôle, goût douteux des bouteilles d’alcool à 70% achetées en pharmacie. Indridason nous dépeint d’une façon presque brutale toutes les sensations vécues par ces laissés-pour-compte du genre humain.

Malgré tout, par petites touches précises, l’auteur esquisse quelques traits d’humour qui viendront agrémenter le récit. Plus particulièrement quand il mettra en opposition le conservatisme d’Erlendur avec la modernité de ses deux stagiaires. Comment ne pas sourire quand il parle avec dédain de la « pissa » que l’on reçoit à la maison dans une boîte en carton ?

Tout le talent d’Indridason transcende le roman. Même si on connaît très bien le caractère de son personnage principal, il nous fait découvrir toute la subtilité du commissaire que nous avons suivi dans ses enquêtes ultérieures : son obsession pour les disparitions, son amour de la poésie islandaise, sa solitude, ses difficultés relationnelles et ses méthodes d’enquête nuancées.

Souvent, je me suis posé la question à savoir pourquoi j’aimais tellement cet auteur … Et je pense avoir trouvé. Je me suis surpris à ralentir mon rythme de lecture, en pensant que je voulais étirer mon plaisir. Puis, je me suis rendu compte d’une chose, qui me semble assez exceptionnelle. Un phénomène étrange se produit à chaque fois que je lis un roman d’Indridason, un petit miracle (le mot est peut-être fort mais il me plait) littéraire : le style d’écriture tout en nuances et en lenteur, un personnage réflexif et posé, tout cela influence grandement mon rythme de lecture. Une symbiose particulière s’installe qui fait en sorte que le lecteur, l’auteur et le personnage évoluent au même rythme, en harmonie avec le développement de l’histoire.

Cette magie littéraire fait en sorte qu’Indridason est le Maître du thriller adagio et passionnant. À consommer sans modération !

Bonne lecture !

Quelques extraits :

« Il avait alors compris qu’il détestait voyager avec des gens qui manifestaient en permanence de la gaité. Toute cette joie avait quelque chose d’oppressant. »

« Il ne s’était pas attardé, en réalité il n’y était resté que quelques instants, tout juste le temps de s’emplir les yeux de tristesse. »

« - C’est quand même incroyable, observa Gardar.

- Quoi donc ?

- Que nous ayons eu le courage de rester dans ce pays depuis plus de mille ans. »

Les nuits de Reykjavik

Arnaldur Indridason

Métailié

2015

261 pages

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Published by Richard -

"Dix petits hommes blancs" de Jean-Jacques Pelletier

Ouvrir un roman de Jean-Jacques Pelletier, c’est se plonger dans une pile de journaux, tous ouverts à la même page, pour suivre une histoire complexe mais aussi y rencontrer des personnages très sympathiques et d’autres beaucoup moins.

Ouvrir « Dix petits hommes blancs », c’est en plus, suivre en direct, sur Facebook ou Twitter, les événements et les commentaires de monsieur Tout le monde, sur l’histoire que nous sommes en train de lire, comme si tous les lecteurs s’étaient réunis autour d’un ordinateur virtuel !

Ouvrir « Dix petits hommes blancs », c’est aussi retrouver avec plaisir Gonzague Théberge en vacances à Paris avec sa femme en convalescence. C’est retrouver Victor Prose toujours prêt à se lancer à l’aventure avec son éternel ami, revoir avec plaisir et un peu de crainte, Natalya Circo (un personnage fascinant !). Et aussi, toujours avec le même appétit, crapahuter dans Paris s’arrêter dans un bistro, prendre un verre et déguster un bon repas avec nos deux enquêteurs gastronomes.

Toujours avec complexité et une grande maîtrise de l’intrigue, Jean-Jacques Pelletier nous trace un portrait réaliste du monde occidental moderne. Le lecteur s’y accroche les pieds dès les premières pages et se voir contraint à l’insomnie jusqu’au bout des 575 pages du roman.

Théberge coule des jours tranquilles à Paris, s’occupant de sa douce moitié, faisant en sorte qu’elle ne pense qu’à sa réadaptation. Victor Prose est à la recherche d’un livre rare mais pendant ses temps libres, il a établi un drôle de contact virtuel avec Phénix, un personnage aux idées bien particulières, qui prévoit la fin de l’Occident.

Enfin, tout Paris, réel et virtuel, s’émoustille sur une drôle de campagne publicitaire. Sur les bus de la capitale, ces mots apparaissent :

"10PHB…

… PLUS QUE DIX JOURS"

À chaque jour, le décompte se fait, inexorablement vers la dixième journée ; que s’y passera-t-il ? Chacun a sa version, son opinion, son idée !

Puis, une première victime est retrouvée dans le 1er arrondissement, « Blanc … Mâle, visiblement … Petit … Lisse comme celui d’un enfant … ». Et comme par hasard, ce mort étrange ne semble pas vouloir faire la une de l’actualité. Comme rien n’est simple et parce que cette première victime est le fils d’une personne haut placée de la société parisienne, un jeu de chat et de souris s’élabore entre la Police judiciaire et la DGSI.

Mais, quelques jours plus tard, deux autres cadavres sont retrouvés … dans le 2e arrondissement. Puis, trois autres, dans le 3e. Où cela va-t-il s’arrêter avant que la police résolve cette affaire ? Dix cadavres dans le 10e ? 16 dans le 16e ? L’affaire se complique ! Gonzague Leclercq, l’ami au même prénom que Théberge lui lance un appel pour l’aider dans cette enquête. « Rien de très prenant ; juste lui donner son avis » … pour débuter !

Et voilà les deux héros de Pelletier qui se retrouvent au centre d’une affaire … pour notre plus grand plaisir. L’enquête est difficile ! La panique gagne facilement les Parisiens. Les réseaux sociaux s’emballent ! Blogues, textos, tweets et statuts Facebook alternent avec les journaux papier ou télévisés. La spirale de l’information attire immanquablement la société occidentale vers le bas, le noir et l’insoutenable. Pièces de théâtre macabres, trafic d’humains et d’animaux, meurtres crapuleux et vengeances peuplent le quotidien.

Jean-Jacques Pelletier, maître de son style « journalistique », nous propose des chapitres courts, comme des flashes qui nous aveuglent et qui tourbillonnent dans la tête du lecteur. Malgré la cadence des événements et la diversité des sources d’information, le lecteur ne se perd jamais dans ce dédale glauque. Notre regard se tourne vers notre monde, dans celui où on vit et on ne peut que porter un jugement négatif sur notre soif d’informations, à tout prix.

Roman noir et pessimiste ? Oui, mais un excellent thriller qui offre aux lecteurs des moments plus joyeux où nous pouvons partager avec ces héros un bon vin et un bon repas et avec un humour. Et quelques clins d’œil qui font sourire !

Amateurs de Jean-Jacques Pelletier, vous ne serez pas déçus par ce roman riche en rebondissements. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, je vous conseille une incursion dans son monde, en commençant par son avant-dernier roman « Les visages de l’humanité ». Sans être une obligation pour comprendre « Dix petits hommes blancs », cela vous permettra de mieux connaître … les méchants ! Et oui !

Un dernier mot, un petit bémol concernant plus l’éditeur que l’auteur : il restait quelques coquilles assez évidentes qui auraient dû être corrigées. C’est un peu dommage, dans un roman de cette qualité !

Quelques extraits :

« Vous allez voir, l’inexistence peut être très agréable. »

« Un barman est par définition un cimetière de confidences. »

« Grand amateur de canard, autant confit qu’enchaîné, il choisit finalement une cuisse d’anatidé. Sa femme, par ailleurs un peu exaspérée par les intarissables critiques de son mari, opta pour la tête de veau … et précisa qu’il ne fallait y voir aucune intention éditoriale. »

« Les seuls secrets que l’on ne peut pas trahir sont ceux que l’on ignore. »

Bonne lecture !

Dix petits hommes blancs

Jean-Jacques Pelletier

Hurtubise

2014

575 pages

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Published by Richard -

"Huis clos" est né !

Huis clos est né.

Ce matin à 10 heures !

Huis clos s’ouvre pour tous ceux que le polar intéresse. Espace attitré, pour grand lecteur ou amateur occasionnel, auteur, éditeur ou membre des médias conventionnels et sociaux, ce groupe se veut un carrefour d’informations, un lieu d’échange où l’intégrisme littéraire n’a pas sa place. On y parle polar sous tous ses visages : romans policiers, romans noirs, thrillers et suspense, ainsi que des événements, des festivals et des lancements qui le font vivre.

Dans les prochains mois, nous les animateurs de Huis clos, essaierons d’organiser des événements virtuels, des rencontres avec des auteurs ou des éditeurs, et aussi, des discussions sous forme de clavardage, à partir de livres ou de thématiques.

Intéressé? Rejoignez-nous sur Facebook: https://www.facebook.com/groups/1412408329052106/

Bienvenue à tous et au plaisir de partager notre passion !

Morgane et Richard

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Published by Richard -

Polar, noir et blanc a 5 ans !

Et oui, déjà 5 ans !

Merci à tous mes lecteurs ... C'est grâce à vous si je continue à parler des lectures que j'aime !

Parce que vous êtes là. Vous avez été près de 150 000 à venir faire une visite dans ma bibliothèque virtuelle.

Plus de 210 000 pages ouvertes !

Alors, si vous êtes prêts pour un autre 5 ans ...

Allons-y !

Au plaisir de lire !

Richard

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Published by Richard -

"Hérétiques" de Leonardo Padura

« Hérétiques », une ode à la clandestinité ! De l’atelier de Rembrandt jusqu’au malheur des jeunes emos de La Havane au XXIe siècle !

Existe-t-il encore quelqu’un qui manifeste son ignorance en traitant la littérature policière de sous-genre ou de roman de gare ? Si oui, je lui conseille de lire « Hérétiques » de Leonardo Padura et il se rendra compte qu’un roman policier peut être, à juste titre, un très grand roman ! Un très, très grand roman !

En ce qui me concerne, Leonardo Padura pourrait recevoir d’ici quelques années, le Prix Nobel de littérature. Que ce soit par ses polars mettant en scène l’inimitable Mario Conde ou par ses romans historiques à saveur politique, la qualité de son écriture et l’immensité de son imagination débordante sauront vous éblouir par la profondeur des sujets qu’il aborde, la complexité des personnages, réels ou fictifs et sa facilité à utiliser des structures romanesques à couper le souffle.

Je suis un fan de cet auteur. Et je vous le dis, ses derniers romans ne sont pas très faciles d’accès. Mais le plaisir que vous en retirerez en vaut bien l’effort. « Hérétiques » est selon moi, un chef d’œuvre de littérature policière et mérite sa place dans un futur panthéon du genre.

« Hérétiques » regroupe trois histoires qui, évidemment, se rejoignent pour notre plus grand plaisir de lecture. Et la magie de Padura nous guide à travers trois mondes parce que « … l’histoire, la réalité et le roman fonctionnent avec des moteurs différents. »

Un matin de 1939, à La Havane, Daniel Kaminsky se réveille, avec toute l’excitation que suscite une journée où sa vie devrait prendre un tournant attendu depuis longtemps. Dans quelques heures, le paquebot S. S. Saint Louis, accostera au port, avec à son bord, Isaïas, son père, Esther sa mère et Judith, sa sœur. Comme les 934 autres Juifs, passagers du bateau, ils fuient la menace nazie en mettant tout leurs espoirs sur une nouvelle vie dans l’île cubaine.

Quelques soixante-dix ans plus tard, Mario Conde s’est recyclé en libraire, spécialisé en livres anciens et de collection. Avec ses amis et entre deux bouteilles de rhum, il écume les bibliothèques privées pour enrichir son fonds de librairie, n’ayant aucune nostalgie de sa vie d’avant. Un matin, recommandé par son ami Andrès, médecin à Miami, il reçoit la visite d’un homme étrange, Sa demande : retrouver un tableau de Rembrandt. Et l’histoire qu’il lui raconte est tout simplement fascinante.

Un matin de 1939, son grand-père, sa grand-mère et sa tante étaient passagers sur le S. S. Saint Louis ; leur sauf-conduit, leur passeport vers la liberté, vers la vie, prenait la forme d’un petit tableau représentant le Christ et signé par le grand maître hollandais. La famille Kaminsky n’a jamais débarqué à Cuba ; le bateau a été retourné en Pologne et tous les Juifs se sont retrouvés dans les camps de concentration nazis.

Le mystère était complet : dans quelles mains ce tableau s’est-il retrouvé ? Et surtout, qu’est-ce le père de ce visiteur ( Daniel Kaminsky) a-t-il fait pour venger sa famille, condamnée à brûler dans les fours crématoires ?

Commence alors une enquête complexe et prenante où le lecteur sera appelé à suivre Conde dans les quartiers glauques de La Havane, découvrir graduellement toutes les facettes cachées de la corruption en 1939 et surtout, avec un grand plaisir, faire une incursion, instructive et passionnante, dans la vie quotidienne de Rembrandt et de ses élèves, en 1645, à la Nouvelle Jérusalem. Trois histoires captivantes ! Et je dois mentionner que l’aventure d’un de ces élèves m’a particulièrement intéressés. Elias Ambrosius de Avila, un jeune Juif, rêvant secrètement de devenir peintre et surtout, d’être un élève du grand maître, doit combattre les « démons extérieurs », fruits de la Torah, qui interdisent la reproduction du visage et du corps de l’homme … sous peine d’exclusion … et d’hérésie. (Quel rapprochement à faire avec l’actualité !)

Oui, l’hérésie, l’exclusion, le rapport à la norme, le droit d’être qui l’on veut et non un personnage que les lois, civiles et religieuses nous dictent, voilà le véritable sujet de ce roman. Et Padura le traite d’une façon magistrale, à travers les siècles, les époques, les guerres, les nations et les religions, de la sensibilité des jeunes artistes d’Amsterdam au XVIIe siècle à la dépravation des jeunes Cubains des années 2000.

Roman historique, roman d’apprentissage, roman d’amour, polar noir, enquête policière, histoire de l’art et fable morale, tous les ingrédients sont présents pour en faire un excellent roman contemporain. On ne s’y ennuie jamais, on est passionné, on apprend des choses et on vogue, comme un paquebot dans une mer calme, sur un plaisir de lecture que l’on ne voudrait pas terminer. Rien de facile, de la complexité mais aussi de grands moments littéraires. Si vous avez le courage de vous lancer dans cette belle aventure, vous ne le regretterez sûrement pas.

En ce qui me concerne, une seule question demeure : à quand cette reconnaissance mondiale pour un écrivain qui le mérite amplement ?

Quelques extrais (j’aurais pu en mettre beaucoup plus …) :

« Ces mots sont comme des bijoux anciens. Tu les nettoies un peu et ils retrouvent leur éclat. »

Sur une pierre tombale : « Joseph Kaminsky. Il eut foi en Dieu. Viola la Loi. Mourut sans éprouver de remords »

« Conde ne voulait pas sourire mais il ne put s’empêcher de le faire. Une fois de plus, il constatait que l’histoire et la vie étaient un enchevêtrement de fils dont on ne savait jamais où ils se croisaient, ni même où se nouaient certaines fibres pour donner forme aux destins des individus et aux histoires des pays. »

« D’après lui, un pays sans putes, c’était comme un chien sans puces : tout ce qu’il y a de plus chiant au monde … »

« Elias Ambrosius voulait être peintre pour avoir précisément ce pouvoir. Celui de créer, plus beau et plus invincible que les pouvoirs avec lesquels certains hommes gouvernent et asservissent presque toujours d’autres hommes. »

Bonne lecture !

Hérétiques

Leonardo Padura

Métailié

2014

603 pages

Un portrait tout simple de Leonardo Padura

L'éditrice Anne-Marie Métailié nous présente "Hérétiques"

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Published by Richard - - Critiques

"Blaise et le Kontrôleur de Kastatroffe" de Claude Ponti

Connaissez-vous Blaise ?

Oui ! Alors, je vois votre sourire s’épanouir à l’évocation des albums de Claude Ponti où ses petits poussins vivent des aventures extraordinaires en suivant leur leader masqué !

Non ! Ohhhhh ! Quelle tristesse ! Mais en même temps, quelle chance vous aurez de découvrir ces albums magiques, touchés par une tendresse de l’auteur pour l’enfance, et où tous peuvent se retrouver et éprouver des émotions grâce à ces allégories échevelées !

Mes souvenirs à moi ? Des pages inondées de centaines de petits poussins jaunes, manifestant leur propre « humanité » et où je me livre au plaisir de chercher le poussin lecteur ou encore le poussin photographe. Sans oublier, évidemment, leurs missions, toujours infiniéminement importantes et qui nous amènent dans des endroits magiques remplis de rêves. Et le souvenir sublime, la page de la fête dans « Blaise et le château d’Anne Hiversère », une page où l’on aime se perdre dans la multitude de tous les personnages de la littérature pour la jeunesse. On se surprend à rêver d’y participer et de partager l’immense gâteau de la fêtée !

Alors, en ces temps troublés, quand on se demande si l’humain n’est pas en train de se perdre dans la chasse aux différences et dans le besoin de convaincre l’autre que lui seul, possède LA vérité, il devient de plus en plus important de se donner la chance de rêver, de sourire et de partager les émotions positives que la lecture de « Blaise et le Kontrôleur de Kastatroffe » pourrait vous apporter. Et ce plaisir se consomme seul ou à deux, quel que soit notre âge, adulte ou enfant.

L’histoire commence … tous les poussins dorment paisiblement dans leur maison. Soudain, un orage éclate ! Terrible et terrifiant ! La maison des poussins est complètement détruite.

« C’est une grande Kastatroffe énorme épouvantabloriblifique. »

Et comme un malheur ne vient jamais seul, l’effrayant Kontrôleur de Kastatroffe arrive et constate que les poussins n’ont pas de permis de Kastatroffe. Il faudra donc payer LA MENDE !

Mais comme personne ne sait ce que c’est que LA MENDE (même pas le grand lecteur Lavalbouk Boufbouk), il faudra donc découvrir sa signification … pour retrouver la quiétude … d’une nouvelle maison. Commence alors un périple étonnant à la découverte de LA MENDE.

Chaque page nous fait rêver, chaque page accroche notre regard et en plus, l’imagination de Claude Ponti nous émerveille et sa langue toute en poésie charme tous les lecteurs. Ne ratez pas ce sourire d’un poussin, les oiseaux dans les arbres, ce pot de fleurs sur la tête du canard, ce pain brioché cuisiné par une spatule, cet arbre couvert de livres, etc. Chaque page vous apporte son lot de ravissements. On y revient et on y découvre autre chose.

Je vous le dis, cet album (comme tous les autres du génial Claude Ponti) est un plaisir assuré pour les yeux, l’esprit et l’imaginaire des lecteurs de tous âges.

Bonne lecture !

Blaise et le Kontrôleur de Kastatroffe

Claude Ponti

L’école des loisirs

2014

44 pages

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Published by Richard -

"Les Neuf Cercles" de J. R. Ellory

« Seuls les morts ont vu la fin de la guerre »

Platon

Se plonger dans un roman de Roger Jon Ellory, c’est se tremper dans un univers noir, quelque part aux Etats-Unis et ce, dans un style fluide et accrocheur. Et la lecture de « Les Neuf cercles » confirme, encore une fois, cette appréciation ! Cependant, à chaque fois, Ellory nous surprend avec une histoire prenante, haletante, sans rien négliger pour nous envoûter et nous plonger dans les noirceurs de l’âme humaine. À chaque roman, c’est différent ; le récit nous embarque, les personnages nous troublent, les situations nous dérangent … et toujours avec les mêmes qualités romanesques. Du pur plaisir pour un lecteur de polars !

John Gaines est shérif dans une petite ville du Mississipi. Il a accepté ce poste en revenant de la guerre du Vietnam, Mais en revient-on vraiment, après être « … revenu vivant des neuf cercles de l’enfer qu’avait été la guerre du Vietnam … » ?

Juillet 1974, on découvre le corps d’une jeune fille, que la pluie dégage de sa tombe de vase : au tout début un visage, puis, une main. Qui est cette jeune fille morte, assassinée, enterrée au bord de la rivière ? À première vue, compte tenu de l’état du corps, le légiste situe sa mort à moins d’un mois. Une semaine ou deux.

Mais l’autopsie révèle toute une surprise : cette jeune fille est Nancy Denton, disparue à la fin de l’année 1954 … Il y a 20 ans ! Conservée par la vase ! John Gaines devra élucider ce meurtre, bousculer cette petite ville du sud des Etats-Unis, soupçonner des personnages étranges, retraverser l’horreur des neuf cercles de l’enfer, retrouvant l’atmosphère insoutenable de cette guerre qui hante son esprit.

Ellory nous offre une enquête bien ficelée, superbement bien écrite où la magie de l’auteur de « Seul le silence » opère encore une fois. Le lecteur s’immerge dans les méandres de l’esprit humain, combattant ce choc post-traumatique qui dévore les soldats … qui n’ont pas vu la fin de la guerre. On se sent envahi par ce roman, un peu comme dans un locked-in syndrome littéraire où seuls les yeux ont un contact avec la réalité qui nous rattrape, où le glauque succède à la noirceur, où le spectre d l’âme humaine s’éloigne de la normalité.

Et on aime ça !

En même temps, juste au dessus des images terrifiantes de la guerre et de la violence, « Les neuf Cercles » est aussi une belle histoire d’amour et d’amitié, pleine de tendresse et de naïveté. Le contraste est frappant, l’effet est déconcertant !

En plus, il faut souligner l’immense talent de R. J. Ellory pour la richesse de ses personnages. Son personnage de John Gaines est complexe, attachant et à travers lui, on ressent toute l’horreur de la vie de ceux qui en reviennent. On aimerait le revoir mais les personnages récurrents, ce n’est pas le genre d’Ellory.

Et ses personnages secondaires sont riches, tellement vrais, qu’à travers leurs gestes, leurs pensées, leurs paroles, on découvre un pays, un terroir, un art de vivre façon Mississipi … Michael Webster, par exemple, est un personnage magnifique : principal suspect et en même temps, reflet à peine déformé de John Gaines, l’enquêteur, dans le miroir de la souffrance post-traumatique.

« La vie lui avait peut-être distribué des cartes médiocres, mais c’était avec des cartes médiocres qu’on réussissait les meilleurs bluffs. »

En ce qui me concerne, je considère « Les Neuf Cercles » parmi les meilleurs romans de l’année. Inutile de vous dire que je vous le recommande !

Voici quelques extraits pour vous donner le goût de plonger, vous aussi, dans « Les Neuf Cercles » de l’enfer :

« On perdait une partie de son humanité à la guerre, et on ne la récupérait jamais. »

« Se battre pour la paix, c’est comme baiser pour la virginité »

« Comme il l’avait si souvent entendu dire au Vietnam, parfois il fallait les tuer pour faire comprendre aux gens combien ils avaient tort. »

Bonne lecture !

Les Neufs Cercles

R. J. Ellory

Sonatine

2014

574 pages

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Published by Richard -

"Le Cruciverbiste" de Claire Cooke

Horizontal et vertical. À quoi pensez-vous ? En général, dans les polars, le mot horizontal est souvent illustré par les bureaux froids et nauséabonds des salles d’autopsie où le cadavre est à l’horizontale. Fabio Mitchelli, lui, s’est spécialisé dans les titres comme « La verticale du fou », « La verticale du mal » ou même « À la verticale des enfers ».

Claire Cooke, dans un premier roman tout à fait réussi, nous offre les deux possibilités, à l’horizontale et à la verticale. En effet, elle nous plonge dans l’univers des mots croisés où « Le cruciverbiste » s’avère être le meurtrier. Tous les membres de la confrérie des courtiers en immeuble se sentiront menacés de perdre leur verticalité pour se trouver à l’horizontale, sur le billard d’acier de la morgue.

Mai 2010, un article du journal L’Intégral annonce la nomination d’Emma Clarke au poste de lieutenante-détective du service des crimes contre la personne de la Sûreté du Québec. La jeune femme aux origines africaines, brillante, volontaire et ambitieuse, démontre très rapidement ses capacités et ses talents à résoudre les enquêtes les plus complexes.

Un an plus tard, en mai 2011, elle trouve quelque chose de bien étrange, caché dans son journal : une grille de mots croisés et un message incompréhensible l’invitant à un jeu bien particulier. « Destin » est le seul mot inscrit au centre de la grille avec quelques cases noires formant quatre croix d’une parfaite symétrie.

Appelée sur une scène de crime, Emma est confrontée à un pendu. Première hypothèse, évidemment, ça doit être un suicide. Cependant, il devient vite évident que la policière devra résoudre un meurtre. La victime, un courtier immobilier, est un joueur invétéré, endetté auprès de tous ses collègues et surtout, il n’est pas très apprécié par les gens qui l’entourent. D’ailleurs, pendant l’analyse sommaire de la scène de crime, on découvre une carte à jouer (un as de pique !) et un message en latin : « PERSONA NON GRATA ».

Très rapidement, l’enquêtrice en motocyclette fait le lien entre la grille de mots croisés reçue et le meurtre sur lequel elle doit enquêter. Et elle accepte, bien inconsciemment de participer au jeu auquel le meurtrier l’invite : « je t’ai choisie parmi tous pour résoudre cette grille et je te donnerai tous les indices possibles pour me retrouver. »

Entretemps, d’autres courtiers en immobilier sont tués et la situation dégénère. Les es informations glanées par les enquêteurs, les indices semés dans la grille de l’assassin, chacune des analyses, poussent Emma dans un labyrinthe de vocabulaire où le latin et la religion semblent prendre de plus en plus de place. Clients, collègues courtiers, notaires, tous ont des raisons de vouloir la mort de leurs collègues ; Emma doit continuer son enquête en jouant le jeu de ce meurtrier supérieurement intelligent et surtout, très provocateur.

Pour un premier roman, Claire Cooke a pris le pari d’écrire un roman complexe avec une galerie de personnages très élaborée, autant du coté des policiers que de celui des meurtriers potentiels. Même si un nombre plus restreint de personnages aurait simplifié la lecture, le lecteur arrive à bien suivre le développement de l’enquête grâce à une écriture précise sans fioriture inutile ; la trame est complexe mais l’auteure nous tricote quelques filets de sécurité.

Il faut également souligner l’imagination et la créativité de cette nouvelle auteure. Quoi de plus difficile que de sortir des sentiers battus et de créer une intrigue autour d’un élément que l’on voit très peu dans les polars : une grille de mots croisés. L’idée est excellente et cela donne un roman bien construit, haletant et très original !

Finalement, il me semble que son personnage d’Emma Clarke devrait être un personnage récurrent, apprécié par les lecteurs et les lectrices de romans policiers. Son petit côté rebelle, sa personnalité et son obstination devraient bien lui servir. Déjà, au fur et à mesure du roman, Emma prend de la profondeur et devient de plus en plus complexe et attachante. Enfin, si elle nous revient, nous aurons l’occasion de mieux connaître l’équipe qui l’entoure.

Je vous recommande ce premier roman de Claire Cooke. Ce nouveau visage dans le ciel de plus en plus étoilé du polar québécois me semble plein de promesses. Ce premier roman est définitivement une réussite.

Un dernier mot ! J’aimerais féliciter la maison d’édition pour la superbe couverture de ce roman : originale, une symbolique fort pertinente et de l’audace. Parsemer des ouvertures dans la grille représentée en page couverture donne du punch à la présentation de bouquin. Bravo aux Éditions Goélette !

Quelques extraits :

« Redevable depuis bien trop longtemps déjà, l’imposteur n’a eu que ce qu’il méritait. Sa gorge n’aura plus le loisir de raconter, de débiter ou de propager quoi que ce soit.

Favete linguis ! »

« La minuterie sonna dans la cuisine, la délivrant des images obsédantes qui se succédaient derrière ses yeux et qui s’acharnaient à lui empoisonner l’existence. À l’emmurer dans le secret de son secret. »

« … il vit des arbres aussi échevelés que leur propriétaire, des arbustes nécessitant une bonne coupe et des fleurs disparates tentant de se tailler une place dans ce fouillis de verdure. »

Bonne lecture !

Le cruciverbiste

Claire Cooke

Les éditions Goélette

2015

494 pages

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Published by Richard -

"L'empire du scorpion" de Sylvain Meunier

Sylvain Meunier possède toujours, dissimulé dans sa petite poche de côté, l’énorme talent de surprendre son lecteur. Et son dernier roman, "L'empire du scorpion" en est la dernière preuve. Quel plaisir !

Percival Imbert (J’adore ce nom !) accompagne sa femme au centre commercial de son quartier. Tout un pensum pour ce linguiste devenu réviseur par choix et par amour de la langue, de se traîner dans cet autel commercial qui rend hommage à la consommation, en plein mois de décembre … juste avant Noël.

Assis sur un banc, au centre de l’allée, regardant passer cette faune besogneuse, il pense, commente et s’inquiète ! Que fait-elle ? Il me semble qu’elle devrait être revenue. Depuis longtemps. Paniqué, il se rend au bureau d’information pour que la préposée fasse un appel général. Pas de réponse ! Il ne lui reste qu’une alternative, la police.

Et l’évidence le devient de plus en plus, Marie Doucet, sa femme, a disparu !

Commence alors une enquête qui nous conduira bien plus loin que l’on pense. Mais bien sûr, il faut poser des questions qui peuvent faire mal. Est-ce une fuite ou un départ précipité d’une future ex-amoureuse ? Un enlèvement ? Un meurtre ? Le ciel de Percival Imbert se remplit des doutes et des suspicions des gens qui l’entourent. Surtout au moment où il cherche le passeport de sa femme et ne le trouve nulle part dans la maison. Encore plus grave, la penderie et les tiroirs des meubles de madame sont vides. Tout témoigne de « la présence de l’absence » de sa douce moitié.

Très rapidement, toutes les questions tournent autour de : mais qui sont ces deux personnages, Percival Imbert et Marie Doucet ? Malgré les doutes et les jugements, contre vents et marées, seule Jacynthe Lemay soutiendra la quête de Percival, à la recherche de sa femme disparue. L’étrange Percival et l’entêtée enquêtrice découvriront des événements et des personnes mais aussi, une révélation qui les surprendra (et le lecteur aussi !).

Voilà tout le talent de Sylvain Meunier ! Une banale histoire d’une femme disparue dans un centre d’achats se transforme en une saga familiale, une histoire d’espionnage, tout en y ajoutant quelques faits politiques, en passant par Ottawa et Tracadie, tout en mêlant la signification d’un lazaretto avec un plat italien. Absolument passionnant !

Sylvain Meunier est un raconteur extraordinaire. Le lecteur est accroché dès le début, et par l’histoire, par son développement et la qualité de ses personnages. Percival Imbert possède tous les ingrédients d’un personnage inoubliable, attachant et complexe. On le découvre avec ravissement !

Le style de l’auteur est fluide, concis et surtout, truffé de petites pointes d’humour et de clins d’œil moqueurs. On se laisse transporter en conservant tout l’intérêt de l’enquête ; pas de temps mort, pas de phrase inutile. Et plaisir ultime, Meunier nous offre une finale à l’avenant. On referme le roman, content et satisfait d’avoir passé un bien beau moment de lecture.

Alors, pour le plaisir, n’hésitez pas à lire « L’empire du scorpion » ! Et en prime, vous pourrez comprendre la signification de ce titre étrange … et surprenant !

Quelques extraits :

« Elle s’était cloitrée dans un couvent intérieur, elle s’était interdit d’aimer. »

« … à l’impossible, nul n’est tenu, et au possible non plus, si le nul en question travaille au gouvernement ! »

Cette superbe phrase décrivant un paysage de chez nous : « … ils roulent en terrain vallonneux, avec tantôt le fleuve qui se déploie par intermittence sur la gauche, sans prévenir, large à s’y perdre, avec des collines à droite, qui défilent comme un troupeau désordonné de bêtes blanches, et devant, toujours, des courbes en points d’interrogation inachevés, jamais suivis de réponses, l’inconnu perpétuel, en somme, c’est un terrible tourment. »

« Si le mal triomphe si souvent, c’est qu’il va toujours au-delà de ce que peuvent imaginer les gens de bien. »

Bonne lecture !

L’empire du scorpion

Sylvain Meunier

Guy Saint-Jean éditeur

2014

482 pages

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Crédit: Magnus Shaw
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Polar, noir et blanc n'a qu'une chose à dire, aujourd'hui !

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