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Polar, noir et blanc

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Serre-moi fort de Claire Favan

Après avoir lu un très bon thriller psychologique, comment réussir à le résumer, sans en révéler les éléments clés et ainsi gâcher le plaisir des futurs lecteurs?

Certains auteurs machiavéliques (oui, oui, on les connaît !) se plaisent à nous faire découvrir très rapidement le criminel et nous tiennent en otage malgré tout jusqu’à la dernière page. Il y en a d’autres qui, en toute impunité, nous bluffent, parsèment leur récit de rebondissements, jouent avec nos peurs et nous charment quand même. Et puis, on se dit, à la fin de l’intrigue : À quand le prochain ?

Claire Favan réussit ce tour de force dans son dernier roman « Serre-moi fort » et encore une fois, la collection La bête noire nous présente un excellent bouquin qui remplit toutes les promesses de la 4e de couverture :

« … horriblement bon ! »

« … l’intrigue s’enroule autour du lecteur tel un serpent. »

« Une des grandes du polar français ! »

« Serre-moi fort » porte bien son nom. Je me permets d’emprunter l’image d’Olivier Norek : « Le lecteur se sent pris au piège d’un serpent qui s’enroule autour de la victime, mais il réagit en lui disant … serre-moi plus fort. » Et Claire Favan se le permet.

Tout commence en août 1994, dans une famille américaine typique, bien tranquille, un père, une mère, deux enfants. Puis le drame s’abat sur la famille : l’ainée disparaît. Les parents sont dévastés, leur vie est bouleversée et à partir de ce jour, tout tourne autour des efforts pour retrouver leur fille, au détriment de leur fils qui lui est bien vivant. Ils orientent leurs recherches vers l’Origamiste, un tueur en série qui hante la région depuis quelques années. Il faut toutefois se rendre à l’évidence : l’enquête ne mène nulle part.

Vingt ans plus tard, des enfants découvrent un charnier où plusieurs corps de femme sont momifiés. Adam Gibson est chargé de l’enquête et doit redonner à chacune de ces momies, l’identité et la sépulture qu’elles méritent … et surtout, il doit retrouver l’auteur de cette tuerie, de cette mise en scène sordide.

Et à partir de ce moment, même si la première partie du roman était passionnante, Claire Favan nous embarque dans un tourbillon incessant où le lecteur est au centre d’un combat à mort, entre le meurtrier et la police. L’auteure ne ménage aucun effort pour nous entrainer dans ses filets, nous aiguiser diaboliquement les nerfs et pourquoi pas, nous précipiter dans l’expression d’une violence non contenue.

Bienvenue dans la tête de ce tueur ! Profitez donc de cette visite pour explorer la noirceur d’un cerveau dérangé. S’il vous plaît, soyez forts, ce que vous verrez, vous habitera pendant quelque temps. Car Claire Favan, en toute simplicité, est capable de vous décrire le pire, de vous faire peur en utilisant des mots justes, précis et tranchants.

Et si vous voulez continuer votre visite au plus profond de l’humanité sordide, attendez-vous à quelques passages douloureux, qui m’ont fait frémir. Ne manquez pas les chapitres où Adam Gibson, l’enquêteur, est coincé dans une révolte des prisonniers d’une institution carcérale à sécurité maximale. Sueurs froides garanties ! Il y a des histoires que l’on oublie rapidement, d’autres qui nous hantent très longtemps.

Amateurs de romans noirs, de thrillers psychologiques, ce roman vous plaira assurément. Faites confiance à votre guide pour vous faire visiter les méandres d’un cerveau malade ! Et comptez bien sur le talent de Claire Favan pour vous surprendre et vous concocter une finale époustouflante.

Voici quelques extraits, juste pour mon plaisir de les relire :

« Ma sœur a disparu, mais au fond, c’est moi qui suis mort. »

« Avec lui, ils ont fait preuve d’un sadisme épuré, d’une douceur écoeurante, d’une lenteur savante, d’un empressement malsain, d’une onctuosité désespérante. »

« J’ai l’impression de voir deux vieux pneus crevés qu’on aurait jamais cru pouvoir dégonfler. »

« Et un jouet, ça ne se rebelle pas. Jamais. Même si son ennemi est vaincu, il doit comprendre qui est le maître. »

Bonne lecture !

Serre-moi fort

Claire Favan

La bête noire

Robert Laffont

2016

368 pages

Claire Favan nous présente son roman

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Published by Richard - - Polar français

Quand j'étais Théodore Seaborn

J’aime beaucoup les personnages récurrents, suivre leur évolution et les retrouver dans de nouvelles aventures et de nouveaux récits. Mais j’aime bien aussi qu’un auteur, de temps en temps, ose sortir de « ses sentiers battus » et me surprenne par quelque chose d’inventif, de nouveau et même d’inattendu. « Quand j’étais Théodore Seaborn » fait partie de ces surprises qui offrent un bien bon moment de lecture, même si tout n’est pas parfait.

Voyons donc ce qui ressort de ce roman,

Théodore Seaborn est un publicitaire de talent, de très grand talent. Quand un jour, il devient moins à la mode, ses idées ne passent plus auprès d’un certain client, son patron le jette à la porte. Cette descente du piédestal est terrible ; plus on est haut, plus la chute fait mal ! C’est la dépression ! Théodore passe tout son temps à regarder les auditions de la Commission Charbonneau et à manger des Coffee Crisp. Sa femme essaie tant bien que mal de le pousser à agir, sa fille lui manifeste toujours son amour inconditionnel, rien n’y fait. Théodore est plongé dans son état dépressif et aucun moyen ne semble fonctionner pour qu’il se relève.

Puis, un matin, se rendant compte que la source de sa drogue préférée était tarie, il se rend voir son « pusher de chocolat », au dépanneur du coin de la rue, avant de souffrir d’une crise de manque,

Il fait alors une rencontre qui va changer sa vie : il croise par hasard une personne qui lui ressemble comme deux gouttes … de chocolat chaud. S’amorce alors une recherche obsédante sur ce sosie, une recherche qui mènera Théodore dans une vie qui n’est pas la sienne, une vie empruntée qui le projettera dans l’enfer du Jihad islamiste en Syrie.

Amis lecteurs, il faut accepter dès le départ que cette situation est un peu tirée par les cheveux, Ma première réaction, mon premier ressenti en a été un de frustration. Non, la coïncidence est trop grosse, ça manque de crédibilité, on repassera pour la vraisemblance ! Mais ensuite, dans un deuxième temps, je me suis dit qu’un auteur pouvait se donner le droit de jouer avec la plausibilité, de la torturer un peu. Et j’ai refusé de bouder mon plaisir pour continuer ma lecture.

J’ai eu de l’intérêt et beaucoup de plaisir à voir ce personnage ordinaire, placé dans une situation de « super héros », se dépêtrer avec ses propres moyens. Bien sûr, il y a eu certains moments où la « force de caractère » de Théodore était sur-vitaminée par rapport au mangeur de Coffee Crisp du début mais plus j’avançais dans le roman et plus j’aimais le récit !

Pour vous le dire franchement, j’ai continué ma lecture parce que l’auteur était Martin Michaud. Aurais-je donné la même chance à un auteur à son premier roman ? Je ne le sais pas. Mais je n’ai pas regretté ma décision. Quoi que l’on dise sur le récit, il demeure que le style et le talent de Martin Michaud sont toujours présents. Des chapitres courts, des rebondissements, une intrigue haletante et une montée en tension digne d’un très bon thriller. Bref, comme toujours avec le père de Victor Lessard, on ne s’ennuie pas et on passe un bon moment de lecture.

Et petit plaisir coupable, j’ai adoré les deux dernières pages, intitulées « Quand j’étais Martin Michaud ». J’aime ces petits moments de folie où l’auteur devient complice avec ses personnages … et ses lecteurs !

Si vous cherchez des citations de ce roman, vous serez déçus. Comme Théodore Seaborn m’accompagnait sur la playa Ensenachos de Cuba, je n’ai pas pris le temps (vacances obligent !) de souligner les passages les plus significatifs. Lecteur, excuse-moi ; auteur pardonne-moi ! On se reprend au prochain ! Promis ! (Je ne veux surtout pas que Jacinthe Taillon ma fasse la peau !)

Bonne lecture !

Quand j’étais Théodore Seaborn

Martin Michaud

Les éditions Goélette

2015

422 pages

Une rencontre avec Morgane Marvier, à la librairie Monet

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Published by Richard -

Les Belges reconnaissants

Castellac est un petit village tranquille Il pourrait se situer partout dans le monde, même ici au Québec. Toutefois, il est situé en France et c’est le jour des élections municipales. Sans grande surprise, Ludovic Galliani est réélu à la mairie. Comme son père. Comme son grand-père. Castellac est le village des Galliani.

Mais cette année, il a dû combattre une nouvelle opposition. Marianne Grangé, une jeune femme venue d’ailleurs, avec des idées trop différentes et des revendications incongrues pour la majorité des villageois.

Évidemment, elle perd ses élections. Elle décide de rentrer chez elle pour vivre sa déception. En chemin, quatre « gros bras » l’agressent, la violent et lui lancent le message très clair : « Dehors, les étrangers. »

Elle décide de ne rien révéler à personne de ce crime crapuleux, de ne pas porter plainte mais elle songe à un moyen de se venger.

Quelques jours plus tard, le maire nouvellement réélu, est retrouvé mort dans la garrigue près du village. Assurément, il a été assassiné. Pour la majorité des gens du village, l’équation est simple, même elle est déjà résolue. Ça ne peut être que cette étrangère !

Pénélope Cissé, officier de police, nommée à Sète par mesure disciplinaire, est chargée de l’enquête. Pénélope est une belle et athlétique africaine, avec un caractère qui l’amène souvent à s’opposer à la hiérarchie et à adopter certaines méthodes de travail peu orthodoxes. Et la voilà, parachutée dans ce petit village de « Gaulois » qui cachent des secrets légendaires, liés par la consanguinité et sont habitués de bénéficier des avantages de la famille Galliani. L’enquête sera ardue pour cette policière atypique dans ce village homogène qui refuse tout élément extérieur.

J’ai pris un grand plaisir à lire ce récit et à découvrir cette nouvelle auteure, Martine Nougué. Une écriture toute en nuances, des dialogues percutants et des personnages très bien typés font de ce polar un agréable moment de lecture. Rien pour renouveler le genre mais tout pour satisfaire tous les lecteurs du genre. « Les Belges reconnaissants » est ce genre de roman que tout le monde peut apprécier.

Je vous le recommande donc et moi, j’attends le prochain ouvrage de Martine Nougué avec beaucoup de plaisir.

Ah oui, j’oubliais … Et les Belges dans tout ça ? Et bien c’est à vous de le découvrir en lisant ce premier roman, très prometteur.

Bonne lecture !

Les Belges reconnaissants

Martine Nougué

Éditions du Caïmam

2014

215 pages

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Published by Richard -

Des garçons bien élevés

C’est toujours avec un immense plaisir et avec une curiosité avide que j’aime découvrir un nouvel auteur de polar (celle-ci étant plus que satisfaite depuis quelque temps, le nombre d’auteurs augmente plus vite que ma liste.)

Cette fois-ci, un polar à la sauce « british » avec une couverture qui m’a bien plu et fait sourire au grand dam de certains. J’ai été attiré par son image glauque. Des cochons dans un champ sombre avec pour titre « Des garçons bien élevés, » le nom de l’auteur tout en rose sur fond noir. Et cette quatrième de couverture qui m’appelle : vous avez le cœur bien accroché ?

Ils sont sept. Ils se connaissent depuis vingt ans, tous anciens élèves de la très prestigieuse école de Potter’s Field. Des hommes venus des meilleures familles, riches et privilégiés. Et voilà, je me suis laissé convaincre.

La scène inaugurale du livre s’ouvre d’une façon intense et très efficace. Une petite gifle dès les premières lignes. Une jeune fille tente tant bien que mal de s’évader d’un sous-sol où elle vient d’être violée et molestée par une bande de sept étudiants bien bourrés et gelés.

« Ils en avaient fini avec elle. Gisant sur le matelas, à plat ventre, elle semblait déjà morte. Une meute de garçons forts comme des hommes, cruels comme des enfants. Ils avaient pris tout ce qu’ils voulaient et, maintenant, il ne restait plus rien. »

Dès le départ, nous sommes directement au cœur de la trame. Le mobile du crime est dévoilé. Ce qui n’est pas sans me déplaire, car tout au long du récit, nous savons ce qui s’est passé. Une victime, sept agresseurs potentiels. Qui sont justement ses sept garçons si bien élevés ?

Le crime s’est déroulé en 1988, non loin du pensionnat des jeunes gens et voilà que 20 ans plus tard, les agresseurs deviennent à leur tour la proie d’un tueur. Le premier de la liste, a passé sous le couperet est Hugo Buck, banquier prospère, retrouvé dans son bureau, la gorge tranchée de façon presque chirurgicale. Le meurtrier laissant en guise d’offrande une photo de sept jeunes hommes en tenue militaire posant fièrement devant l’objectif, pris à l’époque où l’homme fréquentait le prestigieux collège, ainsi qu’une inscription taguée au sang séché : PORC.

L’enquête est léguée à l’inspecteur Max Wolfe, anciennement de la brigade contre le terrorisme, nouvellement affecté aux homicides. Un policier boxeur souffrant d’insomnie qui élève seule sa fille dont la mère est partie paître dans de nouveaux pâturages. Un personnage rafraîchissant contrastant avec d’autres flics déjà rencontrés qui naviguent dans leurs vapeurs éthyliques. Un deuxième meurtre ne va pas tarder, un sans-abri sera retrouvé dans ses débris, la gorge tranchée, similaire au premier. Même indice, le mot PORC sur le mur. Mais sous le couvert de ce SDF accro à l’héroïne se cache un fils à papa aux origines aisées, qui avait toutes les cartes en main pour un avenir réussie.

Qu’est-ce qui peut bien relier un banquier d’investissement prospère à un SDF junkie ? L’enquête sera orientée sur l’identification des sept jeunes hommes de la photo. Qui peut bien pourchasser et égorger ses hommes après tant d’années ? Qui exerce cette vengeance ? En parallèle, sur les réseaux sociaux, un inconnu surnommé « Bob le boucher » enflamme le web avec ses hashtag, revendiquant les crimes, se disant le vertueux vengeur des dépossédés. #mortauxporc.

L’attrait et l’habileté de ce roman sont dans l’alternance et la fluidité entre les scènes. Les séquences d’actions et de violence, les plans du quotidien, les visites du Black muséum du New Scotland Yard (petite visite fort intéressante), les coulisses de la police anglaise. L’écriture coule agilement, bien rythmée et sans chichis. Il est intéressant de pénétrer au sein de la haute sphère de la société anglaise, de regarder ce qui se mur derrière les fenêtres des ses écoles de prestiges.

Certes, la facture est assez classique, mais dans l’ensemble assez bien réussie. Un meurtre, un tueur, une enquête jusqu’au dénouement final. C’est parfois dans la simplicité que se cache la subtilité. Et non ! Je n’ai pas deviné la fin ! Une bonne lecture, qui se laisse savourer jusqu’a la dernière page.

J’ai bien aimé le petit clin d’œil très imagé de l’avant — dernière page ;)

Quelques extraits :

« Parce qu’on lui a coupé la trachée. Pas de trachée, pas de cri. »

« À cause de cette haine de classe très ancrée dans la mentalité britannique. On plaint les petits garçons entassés dans leur pensionnat, qui font pipi au lit et pleurent en appelant leur mère, mais on finit par les envier, car ils ont quelque chose que nous autres n’aurons jamais. »

« “Leur visage partageait la même expression stupéfaire, béante et figée par le choc, comme des enfants qui viennent de trouver leur canari mort dans sa cage, ou de percer à jour le déguisement du Père Noël et qui comprennent pour la première fois combien le monde peut être cruel.”

“Ils vous cassent et, après, ils vous reconstruisent. Voilà ce qu’ils font, dans ces vieilles écoles anglaises si réputées. C’est ça que vos parents paient si cher. Ils vous démolissent morceau par morceau puis ils vous refaçonnent à leur image. Ils prennent des petits garçons craintifs et ils en font des capitaines d’industrie, des décideurs, des premiers ministres...”

“– Et juste avant de mourir à un âge encore jeune, il nous a laissé une leçon inestimable.
- Laquelle chef ?
- Les morts ne mentent
pas”

Des garçons bien élèves.

Tony Parsons

Éditions de la Martinière.

428 pages

2014

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Published by Sylvie -

Les temps sauvages de Ian Manook

Quand j’ai vu sur les gondoles de ma librairie préférée, il y a presque deux ans maintenant, ce drôle de patronyme « Yeruldelgger » avec ce bizarre de nom, Ian Manook, j’ai été franchement intrigué. Mais quel était donc cet objet littéraire dont le titre donnait plus de 100 points au Scrabble ?

Cédant à ma curiosité et à ma maladie incurable d’acheteur compulsif de livres (que ma libraire entretient sardoniquement !), je me suis procuré ce livre et je l’ai dévoré. D’un seul coup ! Avec grand plaisir et surtout en découvrant un auteur fascinant et un univers étrange.

Puis, en mai, j’ai eu la chance de rencontrer Ian Manook pendant le week-end des Printemps meurtriers de Knowlton. Tous les participants ont découvert un auteur avec un talent immense, mais aussi, une personne très sympathique qui s’est créé une longue liste d’amis québécois.

Ce n’est que le manque de temps et surtout l’abondance de la production littéraire qui ont fait en sorte que je n’ai pu lire son deuxième récit, "Les temps sauvages", avant aujourd’hui. Très rapidement, j’ai retrouvé avec plaisir les personnages du premier roman et cette terre bien spéciale de la Mongolie. En hiver ! Avec le froid ! Deux concepts chers au Québécois que je suis ! Mais sous la plume du créateur de Yeruldelgger, l’hiver et le froid mongolien possèdent une saveur bien particulière, parfumés aux odeurs de cette gastronomie bien originale.

Le ciel de la Mongolie est imprévisible ! On le sait, pendant l’hiver, c’est généralement de la neige qui tombe, mais cette année-là, le ciel mongolien réserve à ses habitants de bien drôles de surprises. Oyun, la collègue de Yeruldelgger reste perplexe devant une sculpture un peu particulière : un homme a été enseveli sous son cheval et par dessus, un yack s’est carrément écrasé sur le cavalier et sa monture.

Pendant ce temps, Yeruldelgger (permettez-moi de ne pas écrire ses prénoms !!!) se rend, à la demande d’un ami, dans un endroit où les gypaètes laissent tomber des os d’une falaise pour pouvoir les briser et en manger la moelle. Cependant, malgré la force de ces oiseaux, aucun ne serait assez fort pour transporter et laisser choir le corps d’une personne, tombée du ciel. Décidément, l’hiver est assez mortel.

De plus, le policier des steppes mongoliennes traverse une période difficile. Depuis sa dernière enquête, la colère ne le lâche plus, il en oublie les principes spirituels de sa formation du Septième Monastère et développe des désirs de vengeance. Accusé du meurtre d’une de ses indics, vivant des problèmes avec sa fille, il a tendance à s’éloigner de son équipe, à se perdre dans ses enquêtes et à se refermer sur lui-même.

Les enquêtes s’entremêlent. On découvre de plus en plus le personnage d’Oyun et on suit avec plaisir les relations entre Solongo, la médecin légiste et amoureuse de Yeruldelgger avec la fille de celui-ci, Saraa.

« Les temps sauvages » est une réussite complète ! Ian Manook remplit les promesses nées du succès de son premier roman et fait vivre au lecteur des émotions et des plaisirs diversifiés. L’amateur de polar embarque dans le récit et poursuit avec délice les méandres des enquêtes ; le lecteur friand des us et coutumes de ce pays exotique traverse les steppes les cinq sens en alerte et l’amoureux de littérature se gave des mots et des phrases bien tournées et bien écrites. Tout en se délectant de ses dialogues percutants souvent chargés d’humour. Un plaisir de lire complet !

Ian Manook possède le talent pour nous décrire les paysages époustouflants de la Mongolie. Comme les Inuits d’Amérique du Nord qui ont près de 200 mots pour décrire la neige, ce diable d’homme est capable de vous décrire le froid intense et mordant d’une façon tellement réaliste que le lecteur se gèle les doigts, juste à tenir le livre pendant sa lecture.

Vous avez aimé le premier roman de Yeruldelgger ? Alors, enfilez vos bottes, couvrez-vous d’un manteau chaud et confortable et sautez dans le premier avion pour les steppes mongoliennes ; par beau temps ou en plein coeur d’une « dzüüd », Ian Manook sera un guide parfait. Et autour d’un bol bouillant de raviolis au ragout de mouton, on se demandera quelle sera la prochaine enquête de ce sympathique policier.

Je lève mon verre de lait de yack à la santé de Ian Manook et de sa belle Françoise.

Signé Richard

Ou plutôt Robert ! (une belle histoire de dédicace entre Ian et moi…)

Quelques extraits :

« Yeruldelgger avait déambulé dans la ville, en colère contre lui-même. Il n’aimait pas ce qu’il devenait. Ce chef colérique. Plus rien de l’enseignement du Septième Monastère ne semblait avoir prise sur lui. La charge des émotions, la force du silence, la puissance de la patience, il ne maîtrisait plus rien. Il avait cru s’en faire une forteresse invisible et imprenable, mais son métier avait eu raison de sa force comme le vent, avec le temps, des plus hautes falaises. »

Oyun, devant un soldat un peu niais : « Yeruldelgger lui avait déjà parlé de ces nomades devenus fonctionnaires. Tout ce qui faisait la qualité des nomades faisait les défauts des fonctionnaires. Surtout s’il était militaire. »

« Tu es l’homme dont elle parlait en silence, n’est-ce pas ? »

Et pour me faire plaisir … « Je vais te montrer qui c'est, Rebroff. Aux quatre coins de la toundra qu'on va te retrouver, congelé par petits bouts, façon glace pilée. Moi, quand on cherche le brassage, je ne cogne plus: je slap shot, je drop le puck, je pète la rondelle.»

Je me retiens pour ne pas vous citer la recette de la tête de chèvre de la page 359. Mais j’ai tellement ri que je vous encourage à la lire … Mais si vous la faites, ne m’invitez pas !

Bonne lecture !

Les temps sauvages

Ian Manook

Albin Michel

2015

524 pages

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Published by Richard -

Machine God de Jean-Jacques Pelletier

Lire Jean-Jacques Pelletier, c’est comme ouvrir un journal et suivre des éléments de l’actualité, en direct, tout en furetant sur Internet et les réseaux sociaux pour compléter sa recherche d’informations. « Machine God », le dernier roman de l’auteur est un feu roulant, une explosion de mises en scène macabres qui nous entrainent dans les méandres pervers de l’intégrisme des religions. Dès la première page, on entre, que dis-je, on nous pousse dans la folie meurtrière qui nait, parfois, chez certains esprits troublés. Dieu demande-t-il que l’on tue pour que sa grandeur soit reconnue ?

L’action démarre à toute vitesse. Sur les immenses écrans de Times Square, tous les passants peuvent assister à la crucifixion de Monseigneur Ignatius Felgood, archevêque de New York. La voix et la musique de James Brown, « I Feel Good », accompagnent ces images macabres.

Une pub ? Tous se questionnent. Est-ce vérité ou mensonge ?

Puis, un message apparaît : « Bientôt dans une église près de chez vous. »

Cet auguste prélat avait démissionné à la suite de sa gestion laxiste d’un scandale de pédophilie, pour sauvegarder la sacro-sainte image de l’Église.

Avec des mises en scène tout aussi macabres que la première, deux autres exécutions ont lieu : un imam et un rabbin sont les victimes de ce qui ressemble à une guerre « contre les religions ».Très rapidement, les réseaux sociaux s’emparent de l’événement … et ça devient viral.

Dans les bureaux des enquêtes criminelles de New York, Calvin Chase est chargé de l’enquête. Tout accuse Victor Prose qui semble relié aux trois meurtres ; les preuves s’accumulent, mais il reste toujours introuvable.

La troublante Natalya, cette tueuse à gages humanitaire, amoureuse de Victor n’en croit pas un mot et avec l’aide des amis de Victor, du fidèle Gonzague Théberge entre autres, elle part à la recherche de celui qui est devenu « l’ennemi public numéro 1 ». Où se trouve-t-il ? Est-ce qu’il se cache ou est-il prisonnier ? Recherché par la police, traqué par certains politiciens, poursuivi par les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans, Victor Prose pourra-t-il s’en sortir ?

L’enquête officielle et celle, plus officieuse, sont passionnantes. Et avec le style de Jean-Jacques Pelletier, ne vous attendez pas à un petit moment de repos. Les chapitres sont courts, les dialogues percutants, les réseaux sociaux présents, et ça donne un rythme haletant au récit. On assiste à un feu roulant d’informations et parfois à de belles entourloupettes pour manipuler l’opinion publique !

Ça déménage, comme un très bon thriller qui doit vous secouer.

Alors si vous aimez les sensations fortes et êtes un fan de Jean-Jacques Pelletier, lancez-vous sans crainte. Si vous cherchez une lecture divertissante, un bon suspense, un roman écrit avec beaucoup d’efficacité, Machine God répondra largement à vous attentes et vous passerez un excellent moment.

Voici quelques extraits :

« Il y avait des lois naturelles dont il ne sert à rien de contester l’existence. Les mécanismes de protection des élites en faisaient partie. »

« - Non, mais… Pour qui vous prenez-vous, espèce de coléoptère rachitique de l’encéphale ? »

« - On s’habitue à ne pas exister, vous savez. »

« La violence religieuse n’a rien à voir avec le fait d’être juif, chrétien ou musulman. Mais elle a beaucoup à voir avec le phénomène de la croyance. Car la croyance a pour triple effet : de remettre la vérité entre les mains de quelques-uns, de soustraire cette vérité réputée inaltérable à la critique et au jugement des individus ; et de pourfendre tous ceux qui refusent de se soumettre à la vérité révélée. »

Bonne lecture !

Machine God

Jean-Jacques Pelletier

Hurtubise

2015

480 pages

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Published by Richard - - Roman québécois

Faims de Patrick Senécal

Après nous avoir fait rire et sourire avec les quatre tomes de la très bonne série du cégep Malphas, le naturel de Patrick Senécal revient au galop, refait surface, monte la grande tente et caracole au centre de la piste !

Patrick Senécal nous fait passer du rire à l’effroi avec son nouveau roman « Faims ».

Après cette pause collégiale, l’auteur scrute la nature humaine d’un œil impitoyable en nous montrant la facilité à tomber des deux mauvais côtés du fil de fer. Il n’y a que dans l’imaginaire de Patrick Senécal qu’une soirée au cirque peut déclencher une représentation dramatique du côté noir de l’être humain.

Bienvenue dans les méandres tordus de l’humain !

Kadpidi est une petite ville tranquille dans une région tout aussi tranquille, habitée par des citoyens tranquilles. La ville est l’image même d’un long fleuve tranquille où s’écoule lentement la vie d’une population sans histoire. Ce soir-là, c’est le Bal du Chien-Chaud. La température est idéale en cette douce soirée de juillet ; les habitants de la ville arrivent, les kiosques à hot dogs sont ouverts, la fête se déroule bien. Joël Leblanc, policier, y assiste avec sa femme et ses deux adolescents.

Un peu plus loin, dans les champs environnants, le « Humanus Circus » installe ses pénates pour quelques semaines. Et son spectacle transformera l’esprit de la ville et de ses habitants.

La vie paisible se transformera, après chaque spectacle, en un volcan au bord de l’éruption ; le clou du spectacle passera insidieusement de la piste du cirque aux multiples drames de la vraie vie. Et avec le talent de l’auteur, attendez-vous à ressentir quelques frissons.

Pas d’effusion de sang (ou très peu), un peu de violence (et quelques meurtres), mais ce qui est le plus sordide, c’est de voir ces personnes se transformer … ou pire, de les voir reprendre leur véritable personnalité cachée. Inconsciemment ou non !

Dès le départ, le doute s’installe ! D’un côté, les saltimbanques de ce petit cirque « pas ordinaire » semblent tous posséder un passé peu ou pas recommandable. De l’autre, des spectateurs qui semblent trouver matière à faire ressortir leur côté glauque. Quel que soit l’endroit, sur la scène ou dans les gradins, chacun possède ses propres « Faims » qu’il assouvit ou non.

Et vous, futurs lecteurs, quelles seraient vos « Faims » ? Seriez-vous bien assis sous la tente et surpris de voir votre âme projetée sur le grand écran ?

Comme bon amateur de romans noirs, j’ai nettement apprécié les nomades du chapiteau, une galerie de personnages aux passés obscurs, aux présents ténébreux et aux intentions louches, dessinés avec talent par la plume affutée de l’auteur: la grande rousse, l’énorme colosse, le jeune maladif, la grande Noire inquiétante et superbe, l’Espagnol et le grassouillet quinquagénaire.

Patrick Senécal réussit à nous livrer un roman bouleversant où un petit village prend des airs d’enfer, pavé de mauvaises intentions. D’un simple paradis, le ver de la pomme pourrit toute une population pour en faire un maelström maléfique. Du plaisir de lire à son meilleur !

Et même, si au début, on a l’impression que l’histoire ne lève pas, que ça sera moins bon que les autres … attention ! Vous ne vous en rendez pas compte, mais Senécal est en train de vous enfirouparer (berner, pour mes lecteurs français). La toile se tisse tout doucement et quand vous ne vous en doutez pas, vous êtes dans son filet et vous tournez les pages à la vitesse grand V.

Mesdames et messieurs, le spectacle va commencer !

Entrez donc sous le chapiteau, dans ce monde étrange où le mieux est souvent remplacé par le pire. Dans cette petite ville de Kadpidi où la pirouette du clown pourrait faire virevolter votre vie, où le dompteur et le « diseur de bonne aventure » s’infiltreront dans votre esprit pour réveiller votre côté obscur. Frissons garantis !

En plus de ses grandes qualités de conteur, il ne faut pas oublier la qualité d’écriture de l’auteur. Patrick Senécal écrit bien, son écriture est efficace et son style nous réserve souvent de belles surprises, des petits trésors d’écriture. Au détour d’un paragraphe, une phrase vous étonnera, une comparaison vous ravira.

En voici d’ailleurs deux extraits :

« Comme s’il l’approuvait, l’animal grogna avec plus d’intensité, le corps tendu, les babines retroussées. L’enfant soutenait son regard et, tout à coup, il n’eut plus l’âge d’un gamin de huit ans, mais celui de l’humanité.

En rugissant, le prédateur bondit sur sa proie. »

« Je vous vois dans plusieurs années, je vous vois vieillard… Vous aurez continué à suivre votre régime raisonnable durant toute votre vie, mais votre âme sera rachitique, presque morte d’inanition …

… vous serez toujours entouré de votre respectabilité… mais votre faim vous aura bouffé de l’intérieur. Vous serez vide. Vivant, mais vide. »

Bonne lecture !

Faims

Patrick Senécal

Éditions Alire

2015

593 pages

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Published by Richard -

Alexi Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant

Oh que j’ai aimé ce livre !

Juste le titre m’aurait incité à me le procurer (car c’est bien un roman ?).

Et quand, Gérard Collard de la librairie Griffe Noire en a parlé à son émission de télé, je n’ai pas pu résister.

MAIS !

Et oui, un gros MAIS car ce roman n’est pas disponible au Québec !

Alors, comme je suis débrouillard (merci aux éditions Bayard), j’ai contacté l’auteur et dans sa grande gentillesse, Bernard Prou m’a fait parvenir un exemplaire de son roman … dédicacé !

Voilà ! J’ai reçu le bouquin et l’ai lu pendant les vacances.

Je vous le dis, mes efforts en valaient la peine.

« Alexi Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant » est un roman inclassable et même si je le voulais, je n’arriverais pas à lui trouver une case. Et c’est tant mieux ! Après ma lecture, je me suis posé quelques questions qui heureusement sont restées sans réponse. Est-ce une biographie ? Une biographie romancée ? Une fiction basée sur des faits véritables ?

Comme je le dis souvent : je n’en ai aucune idée !

Tout ce que je sais, c’est que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce récit.

Lançons-nous donc dans l’histoire.

1891. À travers son œuvre, une jeune femme tombe en amour avec l’écrivain qu’elle admire. Liouba Vassilkov décide de lui avouer son admiration et commence alors une relation épistolaire passionnée entre elle et Guy de Maupassant. Faisant fi des ragots ou des racontars, elle décide de lui rendre une visite ; elle cogne à sa porte, à l’improviste. L’accueil est chaleureux et très rapidement cette relation épistolaire devient une relation, tout court.

Grâce à son talent de peintre, Loubia devient vite la coqueluche du monde artistique de Paris tout en continuant à fréquenter l’écrivain vieillissant. Maupassant devient de plus en plus malade et la fin approche. Ravagé par la maladie, il apprend la nouvelle : Loubia est enceinte. Un enfant de lui.

En septembre 1892, Alexis Vassilkov voit le jour pendant que son père s’enfonce de plus en plus dans les ténèbres de la mort. Moins d’un an plus tard, Guy de Maupassant meurt et laisse un héritage substantiel à son amour et à son fils.

Et c’est ce fils que nous suivrons dans son voyage à travers le XXe siècle. Élevé par sa mère en Russie, Alexis ne sait rien de son père. Il fait des études en médecine, devient par la suite psychiatre et sera remarqué par Staline qui l’engage comme médecin personnel. Sa position privilégiée (?) fait en sorte qu’il connaît mieux le vieil ours que lui-même. Il sait pertinemment qu’un jour, victime de la paranoïa de son unique patient, il subira ses foudres, accusé de trahison.

Sa prédiction devient réalité en juillet 1936, lorsqu’il est arrêté à Leningrad et déporté au Goulag, condamné à l’exil pour une période indéterminée. L’auteur nous guide alors, à travers les yeux de son personnage, dans l’horreur des convois vers l’est de la Russie, dans le monde violent de la Sibérie, au milieu des horreurs du Goulag jusqu’au périple de son héros vers la liberté. Enfin, en mai 1940, en pleine tourmente de l’invasion allemande, Alexis et sa famille débarquent à Marseille, en route vers Paris.

Finalement, abordant une autre partie de sa vie, le lecteur verra Alexis, reprendre sa nationalité française et retrouver ses racines grâce aux tableaux de sa mère et il partagera ces informations avec son fils Amagät.

Je vous le dis, ce roman est passionnant ! Je ne sais pas si tout est vrai (Gérard dit que oui …), mais cette lecture dépasse grandement la simple biographie. L’histoire de ce personnage est digne des meilleurs romans d’aventures, à la hauteur des très bons romans d’histoire et aussi prenante que les meilleurs « road books » ! Vous ne vivrez aucun moment d’ennui à vous (faire ?) balader dans la Russie d’avant la Révolution, dans les loges mystérieuses de la Franc-Maçonnerie, dans les officines de Staline, dans le goulag de l’URSS et aussi, dans les recoins de la résistance française de la Seconde Guerre mondiale.

Et, en plus, ce qui ne gâche rien, Bernard Prou nous raconte cette histoire avec un style très agréable, parfois cru, mais toujours en cohérence avec le récit.

Mais, car il y a un mais … je vous disais en début de chronique que ce roman n’était pas disponible au Québec. Et bien, il semblerait qu’il est tout aussi difficile de mettre la main sur ce livre en France ! Si j’ai réussi à vous convaincre de lire ce roman, je vous invite à contacter la maison d’édition en envoyant un courriel à cette adresse :

brouette.editions@free.fr

ou

bernard.polignac@gmail.com

Ainsi, comme moi, vous pourrez partir à la découverte de cet homme fascinant et le suivre dans ses aventures rocambolesques à travers l’histoire du XXe siècle.

Et je profite de cette chronique pour remercier Bernard Prou pour cet excellent roman, mais aussi de m’avoir facilité la tâche et de m’avoir fait parvenir le livre … par-delà l’Atlantique. Je me permets de citer la dédicace de monsieur Prou: « Je suis très fier d’être votre premier lecteur canadien. »

Quelques extraits :

En parlant de la faim qui régnait en Sibérie : « On aurait bouffé le cuir de nos bottes, si on en avait eu ! »

« Sur cette terre de nulle part, sur cette île de naufragés médusés dans un océan de solitude, les corps abdiquaient et les esprits divaguaient, au cours des jours inachevés et des nuits avortées. »

Et la magnifique invective que voici : « Par la bite du Christ ! Que Dieu vous encule tous ! »

« Ce fut un insigne morceau d’anthropologie, une de ces scènes qui égayent les mornes études notariales de province. »

Bonne lecture !

Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant

Bernard Prou

Brouette éditions

2014

360 pages

La chronique de Gérard Collard

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Published by Richard -

"Intérieur nuit" de Marisha Pessl

Le polar est un genre littéraire en pleine croissance et ce qui est extraordinaire avec lui, c’est que les auteurs peuvent se permettre d’en transgresser les règles en et repousser les limites. Marisha Pessl, à son deuxième ouvrage, nous offre ce genre de roman, tout à fait hors-norme, passionnant et rempli d’éléments surprenants.

J’avais adoré son premier opus, « La physique des catastrophes » un roman atypique où les personnages (le père professeur d’université et sa fille) nous faisaient voltiger dans des échanges philosophiques et scientifiques qui nous transportaient au royaume du plaisir de lire. Dans ce nouvel ouvrage, « Intérieur nuit », l’auteure se lance dans une entreprise « casse- gueule », un roman de plus de 700 pages où elle doit accrocher l’intérêt de son lecteur, lui donner matière à continuer sa lecture et surtout, lui fournir tous les indices pour l’amener à la finale de son histoire. Et quand on y arrive, on en voudrait encore !

Et je peux vous dire qu’elle a parfaitement réussi… Grâce à son style, à son talent. Marisha Pessl vous attrape au premier chapitre et vous embobine jusqu’à la dernière page, sans jamais vous ennuyer. Au contraire, elle vous surprend presque à chaque chapitre. Lire « Intérieur nuit » c’est une explosion de plaisirs, un feu d’artifice sur une musique de Mozart que l’on regarde de son siège avec un verre de Sancerre. Rouge, évidemment !

Scott McGrath est journaliste d’investigation, celui « … qui irait en enfer uniquement pour interviewer Lucifer ». Très populaire, il était de toutes les tribunes, on le craignait, il voyait tout. Un jour, dans une émission de télévision, emporté par son succès, il dit des choses infâmes sur un cinéaste marginal ayant une grande influence dans le monde. Le réalisateur, Stanislas Cordova, lui intente une poursuite, McGrath perd et se fait fermer les portes par de tous les grands journaux du pays. C’est la déchéance !

Un jour, la fille du metteur en scène, Ashley Cordova, est retrouvée morte dans un entrepôt d’un quartier industriel. De l’avis général, c’est un suicide ; mais pas pour McGrath. Son « obsession » contre le cinéaste Stanislas Cordova le pousse à enquêter sur toute cette histoire, sans moyen, juste avec son intuition. Et ce, même si la dernière fois qu’il s’est attaqué à cet homme, il a tout perdu: son job, sa famille, son argent.

Le journaliste déchu fouillera donc tous les éléments de la vie de la fille de son ennemi et remontera la filière, parfois dangereuse, de la vie de ce cinéaste qui est resté terré dans son domaine depuis trente ans.

Quel prix, Scott McGrath est-il prêt à payer pour démasquer l’homme qui l’obsède ? Jusqu’où est-il prêt à aller ? Réussira-t-il à découvrir tous les mystères de ce personnage adulé et les messages que cache sa filmographie ?

Marisha Pessl nous entraîne dans un tourbillon hallucinant de faits, d’articles de journaux, de photos, de sites Iinternet et de scènes de film qui alimentent l’obsession de McGrath et notre intérêt pour le récit. On se laisse embarquer et parfois même, nous sommes subjugués … tellement que l’on se met à douter de la ligne qui sépare la fiction d’une possible réalité. Le lecteur participe vraiment à l’intrigue en lisant ce que les personnages lisent, en regardant ce que les personnages regardent, en voyant les photos et les articles de journaux ; bref, le lecteur devient acteur de ce roman et s’en imprègne facilement.

Quand la fiction frôle la réalité, cela donne des scènes absolument fascinantes où le lecteur s’invite dans la pensée du personnage, vit avec lui son parcours et les émotions qui l’accompagnent et frissonne de plaisir à la fin d’un chapitre. Futur lecteur, tu me diras comment tu as vécu avec Scott McGraw, la visite des studios de cinéma. Une scène d’anthologie !

« Ces décors étaient des narcotiques ; ils gouvernaient mon cerveau à un point tel que je n’avais pu penser à rien d’autre. »

Du grand art ! Un excellent polar !

Marisha Pessl nous offre un roman qui devrait plaire à la grande majorité des lecteurs de polars. Tous les ingrédients y sont pour aller titiller la fibre de curiosité des polardeux que nous sommes. De plus, elle possède un style qui permet une lecture facile, fluide; elle peut, au détour d’une page, vous impressionner par une phrase pleine de poésie, une analogie frappante, une idée géniale. Marisha Pessl vous séduira autant par son écriture que par la construction de son intrigue.

Malheureusement, cette auteure est victime de la qualité de ses romans. Comme ce sont des pavés qui demandent des recherches imposantes, le lecteur doit attendre très longtemps avant de se plonger dans le prochain livre. Après « La physique des catastrophes », il a fallu attendre huit ans avant de lire « Intérieur nuit ». Mais l’attente en valait la peine !

Je vous conseille ce roman avec beaucoup de conviction, car je suis presque certain qu’il pourra plaire aux lecteurs de polars qui aiment se plonger dans un pavé … et non dans la mare!

Quelques extraits :

En parlant de sa fille : « Elle semblait déjà savoir ce que j’avais mis quarante-trois ans à comprendre : même si les adultes étaient grands, ce qu’ils savaient, y compris d’eux-mêmes, était petit. À trois ans, elle avait découvert le pot aux roses. Et telle une prisonnière innocente qui avait eu le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, Sam était résignée à purger sa peine (l’enfance) avec ses geôliers ineptes (Cynthia et moi) en attendant sa libération conditionnelle. »

"Il semblait qu’à l’âge d’Internet les pianos, comme les livres, devenaient une espèce en voie de disparition. Ils le resteraient sans doute, à moins qu’Apple invente l’iPiano, qui tiendrait dans la poche et pourrait être joué par SMS interposés. Avec l’iPiano, vous deviendrez un iMozart. Vous pourrez alors composer votre propre iRequiem pour votre iEnterrement, le tout vu par des millions d’iAmis qui vous iAimaient."

« Il parlait délicatement comme si le moindre mot était un objet qu’il fallait épousseter et brandir à la lumière. »

« C’est facile d’être soi-même dans le noir. »

Bonne lecture !

Intérieur nuit

Marisha Pessl

Gallimard

2015

715 pages

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Published by Richard -

Bonne année 2016

Comme il n'y a pas juste la lecture dans la vie, j'ai pensé vous offrir ces voeux de la part d'un poète, d'un homme de coeur, d'un passionné ...

Malgré le fait que Jacques Brel ait écrit ces voeux il y a bien longtemps (en 1968), il me semble qu'ils sont encore très pertinents.

"Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir et l'envie furieuse d'en réaliser quelques uns. Je vous souhaite d'aimer ce qu'il faut aimer et d'oublier ce qu'il faut oublier. Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences, Je vous souhaite des chants d'oiseaux au réveil et des rires d'enfants. Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir. Je vous souhaite de résister à l'enlisement, à l'indifférence et aux vertus négatives de notre époque, Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l'aventure, à la vie, à l'amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille. Je vous souhaite surtout d'être vous, fier de l'être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable."

Jacques Brel

Janvier 1968

Adieu 2015 !

Et nous espérons que 2016 soit bien meilleure que toi !

Amicalement

Richard

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Published by Richard -

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