Polar, noir et blanc

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>
La loi sauvage de Nathalie Kuperman

Dès le début de l'été, j'ai eu la chance de participer aux "Explorateurs de la rentrée" du site "Les lecteurs.com". Comme 49 autres participants, j'ai donc lu quatre romans qui sortiront (ou sont déjà sortis, cet automne et j'ai le plaisir de vous faire connaitre mon opinion sur chacun d'eux.

Avant de commencer, j'aimerais remercier Karine Papillaud, chroniqueure littéraire, qui m'a supporté et conseillé durant toute cette expérience. Merci Karine !

Bonne rentrée !

« La loi sauvage » est un roman dérangeant qui ne laissera personne indifférent. D’une construction très éclatée et d’un imaginaire déjanté, on en sort, en se demandant si on a vraiment aimé et même si on a vraiment tout compris. Nathalie Kuperman a réussi à me déstabiliser comme lecteur et aussi, à me maintenir sur le qui-vive, jusqu’à la dernière page.

J’ai aimé ? Je ne le sais pas.

J’ai eu du plaisir à le lire ? Oui, très souvent.

Je le recommanderais ? Oui, mais pas à tout le monde.

Alors débutons par l’histoire.

Comme à chaque matin, maman reconduit sa fille à l’école. Elle rencontre la maitresse qui lui dit, tout de go, sans ménagement : « Votre fille, c’est une catastrophe. »

Dans l’esprit fragile de Sophie, cette phrase réveille de vieux démons qui hantaient silencieusement son esprit. Et des nouveaux qui profitent des circonstances pour squatter sa conscience : son rôle de mère, la fadeur de son travail, sa vie amoureuse et son enfance troublée. Cette phrase, jetée comme une insulte, comme un jugement sans appel, cette phrase bouleverse tous les aspects de sa vie. Et la pousse vers des réflexions, parfois saugrenues, souvent intenses et toujours remplies de culpabilité et de remords.

S’amorce alors un dialogue intérieur prenant forme autour de trois époques, ou plutôt trois éléments importants de la vie de Sophie : son rôle de mère et ses relations avec l’école (ces chapitres portent le tire de « La Maîtresse ») ; sa vie professionnelle et sa relation avec les objets et son rapport à la cuisine (ces chapitres portent le titre de « Mode d’emploi ») et enfin, son enfance et sa propre vie d’enfant rejetée à l’école (Sous le titre de « Sauvagerie »).

En ce qui me concerne, les chapitres sur « La Maîtresse » et sur la « Sauvagerie » m’ont beaucoup ému. Ce rappel de l’enfance de la mère donnait une charge émotive grandissante au développement de l’histoire avec la maîtresse d’école et plus tard avec la directrice. Cependant, j’ai parfois eu tendance à décrocher dans les chapitres traitant du mode d’emploi. J’ai tenté d’interpréter symboliquement ces longues digressions sur la cuisson d’un agneau au four, lui donnant la valeur de l’animal sacrifié pour expier les péchés du monde. J’ai parfois eu tendance à m’ennuyer un peu. Même la finale n’a pas réussi à racheter mon déplaisir.

Vous comprendrez donc mes hésitations à fournir une notre très satisfaisante à ce roman et à le recommander sans conditions. On y prend un certain plaisir mais à la longue, même si les légumes d’accompagnement étaient excellents, que le vin coulait à flots, même si le dessert clôturait de façon grandiose le repas, il aurait quand même fallu faire cuire l’agneau !

Bonne lecture !

La loi sauvage

Nathalie Kuperman

Gallimard

2014

208 pages

Voir les commentaires

Published by Richard - - Rentrée littéraire

"Repentir(s)" de Richard Ste-Marie

Richard Ste-Marie est un auteur qui prend une place de plus en plus importante dans le paysage du polar québécois. Son personnage de flic philosophe, Francis Pagliaro, ce policier honnête, sans histoire, amoureux de sa femme et cultivé comme un professeur de CEGEP, charme de plus en plus, les nombreux lecteurs qui ont la chance de le rencontrer, au cours de ses enquêtes.

J’avais beaucoup aimé « L’Inaveu » et je me suis régalé en lisant les deux versions de « Un ménage rouge » ! Cet exercice, pas du tout désagréable m’avait permis de sentir l’évolution du style et de l’écriture de l’auteur. « Repentir(s) », son dernier roman qui sort cette semaine chez votre libraire préféré, confirme le tout : Richard Ste-Marie est maintenant un incontournable de la littérature québécoise.

Dans « Repentir(s) », l’auteur nous fait découvrir le milieu des arts et des galeristes. Au fil de l’enquête, en même temps que Pagliaro, le lecteur arpente les méandres de ce milieu un peu hermétique mais tellement fascinant. Et ce, sous le thème des « Repentir(s) » ! Au pluriel pour souligner ces moments de vie que l’on veut effacer, que l’on cache sous une nouvelle couche d’images ou de souvenirs, que l’on voudrait bien masquer mais qui ressortent au simple regard d’un œil averti.

Tout cela commence par un double meurtre à la galerie Arts Visuels Actuels. Le galeriste Gaston « Faby » Lessard (aucun lien avec le Victor de Martin Michaud !) et le lieutenant de police, Frédéric Fortier, sont retrouvés assassinés. Aucun lien ne semble rattacher les deux victimes. Dans la galerie, une série de tableaux sont accrochés. Le peintre, Andrew Garisson avait donné à son exposition le titre de Repentir.

L’enquête est confiée à Pagliaro ! Le meurtre d’un policier est toujours une affaire délicate et le sens de la justice de l’enquêteur est une garantie que l’affaire sera bien menée.

Tout en douceur et en nuances, le Spinoza des enquêteurs se rend compte que le marchand d’art possédait un arsenal de méthodes assez peu orthodoxes et qu’il laissait sur son passage beaucoup de frustrations, de haine et d’ennemis potentiels : magouilles de toutes sortes, ventes virtuelles pour faire monter les prix, production de faux et de copies, etc. En bref, son entourage possédait toutes les raisons pour le détester et pour le tuer … avant que la peinture ne sèche ! Et ce qui complique les choses, c’est que contrairement au galeriste véreux, l’enquête ne révèle aucun élément pouvant justifier le meurtre du policier Fortier !

La solution se trouve peut-être à l’hiver 1966 où un jeune garçon découvre, à son lever, une horreur qui le hantera toute sa vie ou quelque part, dans les années 70, où il fait le dur apprentissage de l’adolescence ? Quel lien y-a-t-il avec ces histoires de jeunesse et les meurtres actuels ? Richard Ste-Marie joue brillamment avec toutes les nuances de sa peinture pour nous faire un diptyque tout en émotions, des événements qui relieront les deux époques.

Comme à son habitude, le philosophe-enquêteur base son travail sur la réflexion. Imaginez la scène : Pagliaro, au centre de la galerie, scrutant les toiles de peintre et essayant de percer les mystères qui s’y cachent, faisant parler les objets, les harmonies de couleur, essayant de retrouver le fil de la possible histoire que voulait, peut-être raconter l’artiste. Absolument passionnant ! Et très instructif ! Cette scène revient quelques fois et on l’attend, on la veut et on l’apprécie ! Petite note en passant, j’ai bien aimé la page couverture qui nous donne une idée assez juste de cette scène et qui dégage l’atmosphère du roman de façon très prégnante.

Richard Ste-Marie réussit ici un excellent roman où l’auteur fait appel à l’intelligence du lecteur. Le récit est fluide, l’enquête bien ficelée, Pagliaro est égal à lui-même (presque parfait !) autant comme mari, comme homme et comme policier. Même comme complice et patron, on sent encore toute l’humanité du bonhomme : sa relation avec son adjoint, Martin Lortie en est la preuve.

Comme à son habitude, ce troisième roman de l’auteur est superbement écrit : du style, de l’humour bien dosé, des phrases bien tournées et tout cela, enrichit l’intrigue pour le plus grand plaisir du lecteur. De plus, compte tenu de l’histoire et des personnages qui l’habitent, Richard Ste-Marie réussit le difficile pari de jouer avec différents niveaux de langage. L’auteur manipule la langue d’un ado d’un petit village de campagne aussi bien que celle d’un critique d’art ou d’un policier philosophe avec justesse et sans ostentation. Cet équilibre donne aux personnages toute la crédibilité et la vraisemblance nécessaires à l’intérêt soutenu de lecture. On y croit et ça marche !

Si vous ne connaissez pas encore Richard Ste-Marie, il est grand temps de remédier à cette lacune. Parce que chacune des enquêtes est complète et autonome, vous pouvez commencer par n’importe lequel de ses trois premiers romans. Et ensuite, faire comme la majorité de ses lecteurs, attendez impatiemment, le prochain !

Voici quelques extraits que j’ai plus particulièrement appréciés :

« Il y a toujours dans les chambres des joueurs ou dans les salles de réunion une espèce de climat discernable provoqué par la cohésion ou la solidarité des participants. Il existe alors une harmonie gestuelle perceptible, équivalente à l’unisson à la musique, une rondeur des gesticulations, une fluidité dans les déplacements des personnes et un alignement des sourires qui en dit long. »

« À l’instar de l’auteur, Francis Pagliaro croyait que si les gens, en parlant d’eux-mêmes ou de leur vie, s’entourent de structures qu’ils finissent par croire, les lieux qu’ils habitent disent tout d’eux. »

« Les maisons ne mentent jamais. »

Et ici, juste pour ne pas dévoiler des éléments importants de l’histoire, je vous fais une citation en blanc, sans texte, juste le numéro des pages. Parce que j’ai tellement aimé ces pages que j’ai relues trois fois, juste pour le plaisir de les relire … !

« Cherche avec ce que tu as en main. »

« … page 273 … page 274 … page 275 … page 276 »

À vous de les découvrir !

Et une dernière, que j’ai appréciée de façon très personnelle !!!

« C’est pourquoi les meilleures critiques – elles sont rares, je peux vous le dire – sont celles qui nous apprennent quelque chose à propos de notre propre travail. Quelque chose qui est présent dans l’œuvre, mais que nous n’avons pas vu, qui nous est occulté, par nous-mêmes. C’est l’ordre caché de l’art. »

Et les dernières pages de « Repentir(s) » vous feront frissonner de plaisir et influenceront sûrement les comportements de Francis Pagliaro dans ces prochaines enquêtes. Et je pense que vous l’aimerez encore plus !! Je n’en dis pas plus. Même que j’en ai déjà trop dit …

Bonne lecture !

Repentir(s)

Richard Ste-Marie

Alire

2014

336 pages

Voir les commentaires

Published by Richard -

Les sept vies du Marquis

« Ce n’est pas ma façon de penser qui a fait mon malheur, mais celle des autres. »

Marquis de Sade

« Les sept vies du Marquis » est un roman inclassable !

Il n’est pas un polar … mais peut-être un roman biographique à saveur de polar !

Il n’est pas un thriller … mais plutôt un roman historique haletant et prenant !

Il n’est pas un roman noir … et pourtant, son portrait de Paris, de ses rues sombres et glauques, de ses habitants et de la Bastille d’avant la Révolution …

Il n’est même pas un roman policier … malgré la présence de célèbres enquêteurs qui ont traversé l’histoire … l’inspecteur Marais, Joseph Fouché et le lieutenant général de la Police, monsieur de Sartine. Et d’une enquête qui a duré toute une vie.

À vrai dire, on s’en fiche de ce qu’est « Les sept vies du Marquis », car Jacques Ravenne nous présente un excellent roman, une visite passionnante de la France du XVIIIe siècle, un portrait détaillé de la société parisienne avant, pendant et après la Révolution et nous raconte la vie rocambolesque d’un certain Donatien Alphonse François de Sade, mieux connu sous le nom du divin Marquis de Sade.

Hôtel de Condé, à Paris, le 2 juin 1740, le divin Marquis fait son apparition sur la terre. Son père quitte le lit de sa maîtresse pour aller faire connaissance avec ce fils qui marquera l’imaginaire de bien des personnes … et cela, au fil des siècles.

Le jeune François grandit dans une atmosphère trouble au milieu d’une famille dysfonctionnelle et criblée de dettes. Magouilles, tromperies, adultères, voilà le quotidien du jeune Marquis. Puis devenu adulte ( ? ), sa famille organise un mariage de convenance pour obtenir une dot qui lui permettra de renflouer les finances des Sade. Commencent alors une suite d’allers retours entre la recherche de la liberté pure, les plaisirs de toutes sortes et des séjours en prison plus ou moins longs.

Ombre furtive dans la noirceur des coulisses, tout près de sa proie, Joseph Fouché, ministre de la Police pour les Rois, pour l’Empire et même pour les Révolutionnaires, surveille, enquête, questionne tout ce qui bouge autour du divin Marquis. Il nous entraîne dans les imprimeries illégales, les cafés les plus sordides et les bordels les plus lugubres … ou les plus chics !

Tout au long de la vie mouvementée du plus connu des auteurs de romans érotiques, le lecteur découvre les multiples facettes des 74 années truculentes du célèbre Marquis de Sade. Et même si nous connaissons les grands moments de sa carrière, Jacques Ravenne réussit à maintenir notre intérêt en nous racontant chaque moment avec talent est suspense.

« Les sept vies du Marquis » est un régal pour les lecteurs ! Vous y découvrirez les différentes facettes de ce personnage complexe et étonnant : « un libertin à scandales sous Louis XV, un prisonnier rebelle sous Louis XVI, un politique redouté sous la Révolution, un écrivain à succès sous le Directoire, réputé fou sous l’Empire, Sade a été aussi et surtout un grand amoureux … »

Amateurs de polars ou fans de romans historiques, passionnés de thrillers ou de romans noirs, lancez-vous à la découverte de ce personnage fascinant dans ce roman inclassable mais tellement intense. Sous la plume de Jacques Ravenne, avec ses talents de raconteur et sa verve d’auteur de romans à succès, vous passerez un excellent moment de lecture.

Quelques citations :

« Le duc hoche respectueusement de la perruque. Petit et sec, il a une tête d’oiseau empaillé sur laquelle sa femme plante de vigoureuses cornes. »

La philosophie de l’inspecteur Marais :« Il faut toujours laisser crier le peuple, ça le calme, ça l’épuise. Mieux vaut qu’il vive l’insulte à la bouche que la colère au bout des poings. »

« La Gothon est une des beautés du village. Des formes opulentes, des jambes de marbre. Bref, des arguments à tous les étages. »

Sade, en parlant de Choderlos de Laclos : « Que voulez-vous, c’est un constipé. Il a déféqué un livre, il y a une éternité et il croit qu’il a écrit l’étron du siècle. »

Bonne lecture !

Les sept vies du Marquis

Jacques Ravenne

Fleuve éditions

2014

492 pages

Jacques Ravenne présente "Les sept vies du Marquis"

Voir les commentaires

Published by Richard -

Une illustration de Mika !
Une illustration de Mika !

Bonjour à vous tous !

Je vous fais un petit rappel !

Demain le 12 août, c'est la journée spéciale où vous vous rendrez dans une librairie pour acheter un livre québécois !

J'aimerais bien qu'à votre retour, vous me laissiez un commentaire sur le blogue pour nous révéler quel(s) livres(s) vous vous êtes procurés. Allez vite à la fin de cette chronique et dites-nous votre coup de coeur de la journée.

Et si cela est possible, il serait génial que vous preniez une photo de vous avec votre livre, votre libraire et la devanture de votre librairie. Ou mieux encore, les trois ! Je vous invite à mettre votre photo sur la page Facebook de l'événement ou sur la page Facebook du blogue Polar, noir et blanc.

Alors, demain, on se retrouve à la librairie !

Moi, j'irai à la librairie Monet; mes livres sont déjà réservés ! Et j'en profiterai pour bouquiner quelques livres d'auteurs d'ici.

Et comme j'ai déjà fait mettre de côté deux imagiers de Mika (pour ma belle Héloïse !), j'espère qu'elle me pardonnera si j'emprunte son illustration pour enjoliver cette publication !

Bonne journée et surtout bonne découverte !

Voir les commentaires

Published by Richard -

"Métastases" un premier roman pour David Bélanger

Quel plaisir de lire un premier roman et de se dire, une fois le livre terminé: " je pense que cet auteur ira loin !" Non pas que je vienne de lire un chef-d’œuvre ni un roman sans défaut ! Non, non ! Mais un auteur plein de talents, avec une imagination débordante, un sens de l’ironie surprenant et une facilité à jouer avec la langue, tout cela réuni dans un premier roman plein de promesses.

Dans «Métastases», David Bélanger prend plaisir à torturer toutes les règles du polar et d’en faire une agréable salade de clichés, épicée par des personnages saugrenus et dégustée par des lecteurs au sourire continu. Voilà le menu ! Assez apétissant pour en demander une deuxième portion !

Éva Burns, une jeune femme à la réputation douteuse, est retrouvée assassinée. Elle a un défaut majeur : elle est belle et cela se voit !

L’enquête est confiée à deux policiers : Norman Petiroux, vieux flic typique des romans policiers, seul dans la vie. Il accompagne allégrement sa solitude avec les nombreux goulots des bouteilles d’alcool. Guy Descars (tiens, tiens !!), jeune flic, apprenti dans le métier, vient de se faire larguer par sa femme (les policiers de roman ont toujours beaucoup de succès auprès de leur douce…) et a connu un passé trouble, abusé sexuellement.

Et un troisième personnage intervient à quelques occasions, passant un commentaire sur l’enquête, échangeant un clin d’œil avec le lecteur, anticipant une réaction du lecteur, rappelant un moment important ou même jetant un regard amusé sur une situation : l’auteur, incognito ou presque, se glisse donc entre les moments d’action ou de réflexion pour nous accompagner dans notre lecture. J’adore ces moments !

Le lecteur est donc invité à participer à une enquête complètement déjantée où nos deux policiers font preuve de compétences suspectes et de raisonnement à l’emporte-pièce. Interrogatoires créatifs, enquêtes sur des terrains minés, raisonnements plus ou moins logiques, nos deux loustics avancent vers une résolution incertaine du crime.

« Métastases » est un plaisir de lecture différent ! Le Québec connaît peu d’auteurs qui se consacrent aux polars amusants. À part Patrick Senécal et sa série sur Malphas et les romans de François Barcelo, il y a de la place pour un auteur de romans policiers qui fait sourire … ou même rire.

Au même titre que Donald Westlake aux Etats-Unis, Arto Paasilinna en Finlande, Samuel Sutra en France et le Catalan Eduardo Mendoza, David Bélanger pourrait faire sa marque au Québec. Il possède déjà de nombreuses qualités essentielles à ce genre de romans, une facilité déconcertante à jouer avec la langue, un style jouissif, une imagination sans limite pour tourner habilement une phrase qui nous fait sourire et un sens de l’humour très efficace.

Pour ses prochains romans, j’aurais maintenant un défi à lancer à David Bélanger. Pour devenir un auteur complet de polars, il faudra, dans ses futurs romans, donner une place importante à l’enquête, au crime, au criminel et aux enquêteurs. Pour rejoindre les grands nommés plus hauts, il faudra installer un équilibre entre le polar et la comédie. Mais surtout, David, je me laisse aller à dire le contraire de ce que je viens de mentionner, ne quitte jamais les bois pour retourner dans les sentiers battus.

Amis lecteurs, ensoleillez les jours de pluie par cette lecture rafraîchissante et donnons-nous rendez-vous autour du prochain roman de cet auteur à découvrir !

Pour vous donner une idée du style de David Bélanger, quelques extraits :

« On voit de la satisfaction sur le visage de Petitroux : tous les policiers ne savent user du mot vétille avec autant d’à-propos. »

« Leurs deux visages reçoivent par grandes décharges d’images de lueurs diverses – parfois la lumière se fait crue et souligne les cernes de Descars, parfois elle s’apaise et tombe, duveteuse, sur la texture de gâteau dont semble être faite la joue de l’inconnue. »

« … elle garde tout de même ce parfum d’incohérence – mais qu’est-ce que ça sent, une incohérence ? »

« Il ne pousse pas la discussion, il la laisse s’étouffer sans égard pour nous, on s’ennuie à les regarder ne pas se parler, à concevoir l’abattement de Petitroux, à pénétrer ses pensées qui macèrent dans le jus de la fatalité, alourdies du pathos de se savoir à l’article de la mort – vous voyez, juste à en parler, on tombe dans le stéréotype, mais ne traitons pas de chute ici, ça porte malheur d’aborder ce sujet dans un ascenseur. »

Et juste pour mon plaisir, en espérant que l’auteur me le pardonnera, voici quelques titres de chapitre qui m’ont fait sourire … :

  • Au pied dans les plats ;
  • Là où nous voulions offrir un titre métaphorique sur le repas afin d’assurer une étrange continuité ;
  • L’agneau pleure dans une assiette ;
  • Le chemin des toilettes ;
  • Des avec plusieurs s ;
  • Épargnons-nous l’ellipse.

Bonne lecture !

Métastases

David Bélanger

L’instant même

2014

231 pages

Voir les commentaires

Published by Richard -

Le 12 août, j'achète un livre québécois

Bonjour à vous tous,

Je me permets, aujourd'hui, de copier un texte que j'ai pris sur Facebook, de deux auteurs québécois qui ont amorcé un mouvement pour faire du 12 août prochain, une journée spéciale pour la littérature québécoise.

Je vous transmets donc cette invitation en vous invitant à adhérer à ce mouvement et à vous rendre dans une librairie de votre quartier, encourager un auteur d'ici, en achetant un livre écrit ici, au Québec.

Vous mes lecteurs habituels, vous savez que je trouve important d'encourager le polar québécois en particulier et la littérature québécoise, en général. Alors, profitez de cette journée pour faire une découverte et faites-le moi savoir. Le 12 août, je ferai une chronique spéciale où vous pourrez nous parler de votre achat en me laissant un commentaire.

Je remercie Patrice Cazeault et Amélie Dubé pour cette initiative géniale !

Voici donc son message:

Le 12 août, j'achète un livre québécois.

Une amie auteure m'a récemment fait remarquer qu'il serait facile de dynamiser le marché du livre québécois. On lit partout que la situation est précaire, que les éditeurs en arrachent et que les auteurs ne vendent plus. Facile, me confie mon amie, on n'a qu'à acheter plus de livres!

Oh, si ce n'est que ça! Réglons le problème maintenant!

Donc, le 12 août, je me déplace chez mon libraire préféré et j'achète un livre québécois. Si je ne trouve pas celui que je veux? Je le commande. S'ils ne peuvent pas me le commander? Je fais une crise. Ou je l'achète en numérique, tiens.

Parce que, sérieusement, c'est le noeud du problème. Stimulons la demande et observons le résultat...

Il y a des plumes extraordinaires à découvrir au Québec. Des univers à explorer, des mots pour nous faire rêver, pour nous secouer, nous surprendre, nous tirer des larmes ou nous faire éclater de rire. Des mots soigneusement choisis pour nous faire vivre quelque chose de précieux, de différent.

Si un gars peut amasser 50 000$ sur Kickstarter pour préparer un grand bol de salade de patate... je dis qu'on peut transformer le marché du livre, ne serait-ce qu'une journée, grâce à nous tous.

Oh, et si ça fonctionne bien, l'année prochaine, je créerai l'événement «Le 12 août, j'achète DEUX livres québécois».

(Patrice Cazeault et Amélie Dubé, auteurs québécois)

Voir les commentaires

Published by Richard -

"Ombres et soleil" de Dominique Sylvain

Certains personnages nous habitent, d’autres nous émeuvent, quelques-uns nous touchent plus que d’autres ; Ingrid Diesel et Lola Jost font tout cela et en plus, on voudrait bien les avoir comme amies, à notre table ou dans notre salon, pour parler de tout et de rien.

Voilà une des grandes forces de cette extraordinaire auteure qu’est Dominique Sylvain, nous plonger au cœur des aventures de ces deux pétroleuses et quand notre lecture est terminée, se demander quand on se reverra ! Le plus vite possible, évidemment !

« Ombres et soleil » est la suite de « Guerre sale » (cliquez ici), publié en janvier 2011.

Les amateurs de Dominique Sylvain et ceux qui « devraient » le devenir, retrouveront dans ce roman, les nombreuses qualités de l’auteure : une intrigue complexe mais toujours bien ficelée, des personnages attachants, une histoire touchant les relations internationales, des dialogues savoureux et un sens de l’humour intelligent. Une bien belle recette ! Cependant, je conseille à tous, et c’est loin d’être un problème mais plutôt une excellente suggestion de lecture, de commencer par « Guerre sale » afin de bien comprendre le déroulement de la petite et de la grande histoire de ces deux romans.

Alors, de quoi est fait « Ombres et soleil » ?

Lola Jost s’ennuie ! Entre deux verres de porto, un plat de coquillettes au jambon et quelques pièces de puzzle, Lola tourne en rond, pense à Ingrid. Puis, un jour, elle reçoit la visite d’un ancien collègue qui lui apprend l’assassinat d’Arnaud Mars, retrouvé en Côte d’Ivoire, avec une balle dans la tête. Et le pire, tout semble accuser le commandant Sacha Duguin, le grand ami de Lola : l’arme du crime, les circonstances et quelques conclusions … rapides. Sacha, l’obsession maladive de Philippe Hardy, chargé de l’enquête.

Très rapidement, Lola informe Ingrid qui vit le bonheur parfait dans son Amérique natale, danseuse dans un chic cabaret de Las Vegas. « Fini le striptease, vive les paillettes et le french cancan. »

L’équipe du tonnerre est recréée, la chimie opère encore et Ingrid est toujours très habile à torturer joliment la langue française. Commence alors la recherche de la vérité pour disculper le commandant Duguin et pour retrouver les véritables coupables. La course commence ! Très rapidement l’enquête prend des allures de conflits de relations internationales que le lecteur suit avec un intérêt certain. L’intrigue est tellement bien ficelée que jamais, on ne se sent perdu et toujours, on suit le développement, grâce au style et au talent de l’auteure.

Et évidemment, Dominique Sylvain, dans un équilibre parfait, nous plonge dans un récit d’enquête qui prend souvent l ‘allure d’un excellent roman noir. Puis, par la magie de son imagination, une réplique « dieselesque » ou une répartie « jostienne », allègent l’atmosphère et provoque le sourire du lecteur.

J’adore !

Et comme je le disais en début de chronique, à quand le prochain ? Lola et Ingrid, restez donc pour le dîner ! On sortira une bonne bouteille !

Et en guise d’amuse-gueule, voici pour vous, chers lecteurs de Polar, noir et blanc, quelques extraits qui, je l’espère, rendront hommage à l’immense talent de Dominique Sylvain.

Une citation qui m’a fait rire … en me regardant dans un miroir : « Il avait perdu des cheveux mais gagné des sourcils. »

« Le quai du métro était bondé et la rame parfumée au stress matinal. »

« … Ingrid avait échangé son accoutrement brésilien contre une tenue « sobre » : bonnet tyrolien rose, veste en fausse fourrure, pantalon kaki moulant, Doc Martens montantes. »

Et évidemment, nous les amateurs de Dominique Sylvain, on espère tous qu’elle « ne changera pas d’une Toyota » même si elle s’améliore de roman en roman … ! Et moi, personnellement, parce que j'aime beaucoup Dominique Sylvain, j'encourage tous mes lecteurs québécois à lire cette auteure qui saura vous charmer (voir mes suggestions sur Rue des libraires, à la fin de cet article)

Bonne lecture !

Ombres et soleil

Dominique Sylvain

Vivian Hamy

2014

295 pages

Dominique nous présente son roman

Voir les commentaires

Published by Richard -

La fascinante histoire de Victoria Bergman: "Persona"

Je me méfiais de cette couverture noire m’annonçant un autre auteur suédois (même s’ils sont deux) qui pourrait captiver l’amateur de polars en moi. Est-ce que je me dirigeais vers une déception ou plutôt vers la découverte d’un digne descendant de Maj Sjöwall et Per Wahlöö ? La réponse se situe quelque part entre ces deux possibilités.

Mais ce qui est clair, c’est que j’ai très hâte de lire le deuxième tome (que je n’ai malheureusement pas !!)

Au début de ma lecture, j’ai été un peu décontenancé par la façon dont les personnages évoluaient dans l’action. L’enquête piétinait, la psy tergiversait et je me demandais ce que j’allais faire avec ce roman ! Mais au fur et à mesure de ma lecture, les deux auteurs m’ont carrément emberlificoté dans cette intrigue complexe. La découverte des personnages, de leur vie, de leur passé et de leur présent, me poussait à la recherche de leur avenir … et peut-être vers l’explication et la résolution des crimes commis.

Et me voilà pris dans le tourbillon. Accroché et scotché. Et en plus, cette fin ouverte, malgré la révélation finale, ouvre un champ vaste de possibilités … passionnantes.

Bon, il y a quand même une histoire … que j’essaierai de vous raconter sommairement.

Sofia Zetterlund est psychothérapeute. En plus de ses nombreuses occupations professionnelles, elle suit deux cas très difficiles : un ancien enfant-soldat et une femme, Victoria Bergman, ayant eu une enfance marquée par la violence. Les deux semblent avoir des signes de personnalités multiples.

Jeanette Kihlberg est chargée de l’enquête sur le meurtre d’un jeune garçon retrouvé près d’une station de métro. Le corps du garçon est sauvagement mutilé et étrangement, il est momifié. Très rapidement, un deuxième corps est retrouvé. Un tueur en série rôde donc dans la ville.

Les deux femmes ont des vies personnelles assez compliquées et nagent difficilement dans les eaux troubles de leur vie. En plus, les drames qu’elles côtoient à chaque jour, influencent grandement leurs actions au quotidien. Mais, inexorablement, on sent que ces deux femmes vont se rencontrer et que le choc ne sera pas banal. Loin de là !

Dans des allers-retours complexes entre l’enquête de la policière et les thérapies de la psychologue, on plonge dans les méandres de la pensée humaine, troublée et perturbée et, bribe par bribe, on voit se matérialiser les étranges portraits des victimes qui peuvent devenir des bourreaux. Jusqu’où ces personnes aux psychologies multiples et aux comportements déviants peuvent-elles se rendre dans la spirale du mal ?

« Persona » est un roman difficile d’approche mais une fois maitrisé, il devient tout à fait passionnant. Malgré une structure un peu complexe, on réussit à bien suivre le déroulement. L’approche que je vous conseille est de le commencer comme un roman qui compte trois tomes et non comme un récit de 500 pages. Les auteurs prennent le temps d’installer les personnages, nous montrent toutes les nuances de leurs pensées profondes et nous amènent graduellement vers des moments très prenants, avec des rebondissements étonnants.

J’attendrai donc avec impatience la sortie du 2e tome en livre de poche pour retrouver cette vie passionnante de Victoria Bergman.

Voici quelques extraits … pour vous mettre l’eau à la bouche :

« Combien de souffrance un être humain peut-il infliger aux autres avant de cesser lui-même d’être un être humain et de devenir un monstre ? se demanda-t-elle. »

« Dans l’album qu’elle a sous les yeux, elle vieillit à chaque page qu’elle tourne. Les saisons et les gâteaux d’anniversaire se succèdent. »

« Les mythes sont tangibles. »

« Elle voulait faire la différence entre mal tourner et mal agir. »

Bonne lecture !

Persona

Les visages de Victoria Bergman, tome 1

Erik Axl Sund

Actes noirs

2013

475 pages

Une présentation de "Persona"

Voir les commentaires

Published by Richard -

Un roman incontournable : "Bondrée"

Andrée A. Michaud m’avait déjà séduit par son roman « Rivière tremblante » et la lecture de « Bondrée » vient me confirmer que cette auteurs a un talent fou, qu’elle écrit des romans atypiques et passionnants et qu’à chaque fois, elle prend des risques littéraires énormes et toujours, elle réussit à nous donner d’ excellents romans qui nous laissent bouche bée.

Je vous le dis, sans réserve, il faut lire Andrée A. Michaud pour se plonger dans des polars d’atmosphère où les pensées des personnages vous habitent pendant et après la lecture.

« Bondrée », c’est l’histoire d’un lac et des estivants qui l’entourent.

« Bondrée », c’est « Boundary Pond», lac frontalier où se regroupent, chaque été des familles américaines et des familles québécoises

« Bondrée », c’est le rappel d’une légende, Pierre Landry qui hante les bois entourant le lac depuis les années 40. L’image de ce trappeur qui s’est suicidé à cause d’une femme trop belle qui lui refusait son amour. C’est aussi Little Hawk, cet amérindien qui a connu la violence du débarquement dans Omaha Beach, en Normandie.

« Bondrée », c’est le passé, celui du crime de Esther Conrad et son fameux cœur de pierre.

« Bondrée », c’est aussi le destin de Zaza Mulligan et de Sissy Morgan mais aussi ceux de Andrée Duchamp et de Françoise (Frenchie) Lamar, des jeunes filles innocentes qui jouent à être adolescentes.

« Bondrée », c’est un endroit où on craint la forêt et les pièges qui ressortent de la terre.

Mais avant tout, « Bondrée » est un roman magnifiquement écrit, qui vous prendra aux tripes et qui vous chavirera pas les émotions, les peurs et les angoisses qu’il dégage.

Été 1967, tout le Québec vibre pour l’Exposition universelle de Montréal et les jeunes chantent « Lucy in the sky with diamonds ». Les familles arrivent l’une après l’autre et les habitudes reviennent très rapidement.

Le 21 juillet, Zaza revient chez elle à travers bois. La nuit est belle et sa tête tourne sous l’effet de l’alcool. Tout à coup, un craquement dérange la quiétude de la nuit. L’ivresse se transforme en peur. Le surlendemain, on retrouve le corps de la jeune fille, la jambe prise dans un piège à ours rouillé. Accident ou meurtre ?

Stan Michaud, l’inspecteur chargé de l’enquête est américain ; il sera secondé par Cusack, son adjoint. Dès que Michaud apprend les circonstances de la mort de la jeune adolescente, il se rappelle immédiatement le crime, non-résolu, d’Esther Conrad, « … seize ans, l’un des boomerangs qui le frappaient de plein fouet chaque fois qu’un autre était lancé. »

Puis, quelques jours plus tard, Sissy Morgan disparaît à son tour ! Le village est secoué ! On la retrouve dans la même position que son amie, la jambe arrachée à son corps par un autre piège à ours et les cheveux arrachés, scalpée comme au premier temps de la colonie. Ce n’était donc pas un accident ! « Un tueur vivait parmi nous. »

Sans indices, sans mobiles, avec un climat de légende et une violence incompréhensible, l’enquête de Stan Michaud sera difficile.

Andrée A. Michaud nous présente un roman d’une construction très particulière. Comme dans son roman « Rivière tremblante », il n’y a aucun dialogue. Le roman alterne entre un narrateur omniscient et une narration remplie de candeur par la jeune Andrée Duchamp qui pourrait être la prochaine victime. Le lecteur est plongé dans les profondeurs de la psychologie des personnages et envahi par les pensées et réflexions des habitants, des victimes et de l’assassin. En plein jour mais aussi, au milieu de la nuit, fréquentée régulièrement par l’insomnie.

L’auteure nous donne l’impression d’habiter ce bord de lac, de vivre au quotidien l’émoi de ses habitants, tout en assistant au développement progressif de l’enquête des policiers. Tout en nuances et en subtilités, l’écriture de l’auteure nous enchante et les phrases nous charment par leur musicalité et leur tendresse. Au fil des pages, on ressent la douce torpeur des sous-bois, la fraicheur de l’eau sur la plage, l’odeur de la viande qui grésille sur le BBQ et l’inquiétante paranoïa des habitants.

Assis dans la cuisine avec l’homme et la femme, on se doute, plus que les parents, que les enfants écoutent aux portes et participent à la peur collective. Les propos et le point de vue de la jeune adolescente sont rafraichissants, même dans ce climat d’horreur et d’angoisse. À chaque intervention, elle est un peu plus vieille que lors du chapitre précédent ; à chaque chapitre, elle apprend de la vie comment se construire une maturité.

Comment vous dire le plaisir que j’ai eu à lire ce roman ? En vous disant seulement que vous vous devez de le lire !

« Bondrée », c’est aussi un titre incontournable !

Et pour apprécier le style d’Andrée A. Michaud, voici quelques extraits :

« Quand elle prenait cette voix, on entendait le futur qui se précipitait vers nous avec ses gros sabots et on avait envie de se cacher six pieds sous terre, comme si le futur ne savait pas où nous trouver. »

« Ils y avaient tous laissé une part d’eux, un reste de candeur ayant survécu à l’âge adulte, une image, un rêve dans lequel la forêt ne se repliait pas dans une atmosphère d’outre-tombe, dans lequel le monde était encore vivable. Il y avait des lieux maudits et celui-là en était un, qui dissimulait ses pièges depuis des décennies. »

« La mère et la fille n’avaient que leur colère à opposer à la mort et elles se réfugiaient dans une haine sans véritable objet pour éviter de tomber dans le gouffre où vous entraînent les larmes. »

Et enfin, une superbe réflexion de la petite Andrée Duchamp :

« Ça me faisait trop mal de penser que la vieillesse rabotait les matins et laissait des éclisses de bois neuf à l’entrée de votre chambre. »

Bonne lecture !

Bondrée

Andrée A. Michaud

Québec Amérique

2014

296 pages

Voir les commentaires

Published by Richard -

"La sélection naturelle" de Sylvie-Catherine de Vailly

L’année dernière, Sylvie-Catherine de Vailly publiait la première enquête de l’inspecteure Jeanne Laberge, « La valse des odieux », roman que j’avais beaucoup aimé. Cette année, l’auteure nous revient avec un autre roman mettant en vedette son personnage fétiche, la première inspectrice du Service de police de la communauté urbaine de la ville de Montréal. Si « La valse des odieux » était plein de promesses, « La sélection naturelle » les tient toutes et nous donne un très bon moment de lecture, un récit prenant et une inspectrice qui prend une profondeur des plus intéressantes.

Jeanne Laberge est confrontée à quatre morts qui semblent à tout le monde, naturelles ou accidentelles : un obèse morbide meurt d’une crise cardiaque pendant un repas pantagruélique, un bébé naissant meurt d’une façon tout à fait inexplicable, une femme est plongée dans un coma profond après un accident de la route et une prostituée est morte dans une ruelle glauque de Montréal. Aucun lien ne semble relier ces quatre morts mais pour Jeanne Laberge, son instinct lui dicte de fouiller un peu plus ces quatre affaires.

Finalement, elle rencontre un médecin qui lui fait certaines révélations, lui trace le chemin vers une enquête plus ciblée. Un certain symbole, retrouvé près des quatre victimes, vient appuyer les réflexions de Jeanne et la conforte dans son opinion. Ces morts semblent être criminelles ! Mais quel est le lien qui les relie ? Quatre modes opératoires différents peuvent-ils appartenir à un seul meurtrier ?

Intuitive et intelligente, l’inspecteure Laberge se lance sur la piste ne sachant pas trop ce qu’elle trouvera au bout de ses recherches. Envers et contre tous, dans une société encore très machiste mais quand même supportée par son patron l’inspecteur-chef Claude Levasseur, l’inspecteure Laberge se met à la poursuite des criminels, accompagnée de ses adjoints qui croient plus ou moins en ses capacités. L’auteure nous dresse un portrait réaliste du Montréal des années 60, ce qui donne un charme particulier au roman.

Sylvie-Catherine de Vailly réussit encore à nous offrir un roman intéressant, haletant, une histoire complexe et bien ficelée. Malgré le titre, qui selon moi en dit un peu trop, elle réussit à semer les indices tout au long de son enquête pour maintenir notre intérêt et alimenter notre esprit de lecteur de polars.

L’auteure continue à nous dépeindre un personnage d’inspectrice sympathique, qui prend de la profondeur et à qui on s’attache de plus en plus.

Quand la dernière ligne est lue, un mot nous revient en tête : encore ! Surtout cette dernière phrase … porteuse de nouvelles aventures bien particulières ! À vous de la découvrir …

Avant de passer aux quelques extraits, je ne peux que vous parler d’une scène géniale qui m’a beaucoup marqué. Sans rien révéler du personnage et de l’action, je vous avertis, chers lecteurs, qu’à un certain moment, sur un lit d’hôpital, l’auteure nous décrit parfaitement le réveil d’une conscience, avec ses allers-retours et cette lumière qui guide parfois l’inconscient vers le réel. Ou l’irréel ! À ne pas manquer !

« Ce n’était plus le brouillard qui se refermait sur elle, mais la noirceur qui envahissait sa conscience. »

« Il pensait alors oublier son passé, mais il avait vite compris que l’on efface rien, on apprend seulement à vivre avec ses souvenirs. »

Bonne lecture !

La sélection naturelle

Sylvie-Catherine de Vailly

Recto-Verso

2014

220 pages

Voir les commentaires

Published by Richard -

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>
Haut

Hébergé par Overblog

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog