Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Polar, noir et blanc

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>
Le héros discret de Mario Vargas Llosa

Vous le savez, je suis un mordu de polars et de romans noirs. Mais je suis aussi un amateur de littérature blanche et je ne boude jamais mon plaisir quand, sur la gondole des nouveautés de ma librairie préférée, je vois un bouquin d’Umberto Eco (une de mes prochaines chroniques), d’Éric Dupont, de Jean d’Ormesson, de Gabriel Garcia Marquez ou de Suzanne Myre. Alors quand j’apprends que Mario Vargas Llosa vient de publier un nouveau roman, je me précipite.

« Le héros discret » m’a tellement plu, je l’ai lu comme un formidable thriller. Deux histoires qui m’ont passionné, une écriture fluide et accomplie et des personnages plus vrais que nature. Un grand plaisir de lecture en compagnie d’un auteur génial !

Quel plaisir !

Après quelques incursions au Congo, à Saint-Domingue et à Tahiti, Vargas Llosa, prix Nobel de littérature en 2010, revient dans son Pérou natal et nous raconte le destin de deux pères qui pourraient être ce héros discret du titre.

Qui sont ces deux hommes ?

Felicito Yanaqué a réussi à développer une affaire de transport et est maintenant à la tête d’une entreprise florissante. Passant presque inaperçu dans la petite ville où il habite, du jour au lendemain, il devient une vedette locale quand il refuse de céder à l’intimidation et au chantage mafieux. Ce geste de bravoure (?) lui apporte la célébrité, mais elle est accompagnée de soucis, de menaces, de peur … et chamboule sa petite vie tranquille avec sa famille et sa superbe maîtresse, Mabel.

Plus au sud, à Lima, Ismael Carrera est le patron d’une compagnie d’assurances. Devant la fainéantise de ses deux fils, des jumeaux, il leur remet une très bonne somme d’argent, les déshérite, se marie avec sa jeune servante et part en voyage de noces en Europe. Au grand dam de ces deux fils qui le croient cinglé et voient la fortune de leur père voguer allégrement vers sa nouvelle épouse.

Au milieu de ces deux intrigues qui ne se croiseront qu’à la toute fin du récit, nous rencontrerons des personnages hauts en couleur qui alimenteront notre bonheur de lecture par leur originalité, leur justesse et surtout leur capacité à nous faire sourire. Adelaida la voyante et le pulpero Lao seront de bon conseil pour Don Yanaqué. J’avoue un plaisir coupable à suivre l’enquête du sergent Lituma et du capitaine Silva, l’amateur de derrière féminin proéminent.

Dans l’entourage de Carrera, on rencontre son homme de confiance, le très important don Rigoberto. Lui aussi rencontre quelques problèmes avec son fils Fonfon mais il vit une belle histoire d’amour avec sa femme, Armida. Arrivés à l’âge de la retraite, ils rêvent à un voyage en Europe pour visiter églises et musées avec leur fils. Mais le mariage de son patron change la donne, les jumeaux de son patron obtiennent une injonction et sa retraite est différée.

Il ne faut pas oublier également l’énigmatique Edilberto Torres qui apparaît et disparaît comme par enchantement ; et Fonfon qui semble connaître beaucoup de choses de la vie de cette famille tranquille. Intrigant ou charmeur, ange ou démon ?

En toile de fond, l’auteur nous trace à grands traits, un portrait du Pérou d’aujourd’hui, un pays en croissance extraordinaire, ce qui provoque souvent la corruption et le crime.

Comme beaucoup de romans sud-américains, ce récit est foisonnant. Mario Vargas Llosa joue avec les éléments de suspense en alternant les histoires rocambolesques de Felecito et d’Isamel. Ce dialogue entre les deux intrigues est mené de main de maître. Dans un style qui se rapproche du roman-feuilleton, Vargas Llosa interpelle notre intelligence et notre esprit avec ses rebondissements étonnants et les émotions de ses personnages. Les plus belles pages de ce roman riche et touffu, vous les retrouverez dans les scènes d’amour et d’émotions érotiques entre Rigoberto et sa femme Lucrecia. C’est beau et touchant !

En filigrane, Mario Vargas Llosa nous parle de paternité, de relations père-fils, d’amour et de haine. Comme Rigoberto, Yanaqué et Carrera sont des pères, pas toujours présents, ni complètement compétents, mais leurs rapports avec leurs fils prennent une grande importance dans leur vie.

Et le style ! Et l’écriture ! Certaines pages sont structurées magnifiquement : sans avertissement, l’auteur nous transporte successivement dans trois scènes présentées comme une poupée gigogne. Un personnage raconte ce qui s’est passé, puis on entre dans ce dialogue au présent, puis encore une fois, on se retrouve au fond du miroir qui nous transporte dans un troisième endroit. Comme lecteur, on ressent alors un vertige tout à fait agréable et on en redemande !

J’étais tellement charmé par ce roman que j’aurais accepté une mauvaise finale, une fin banale. Mais c’est mal connaître l’imagination et la créativité de Vargas Llosa. On referme le roman avec un sourire béat, en regrettant de l’avoir terminé trop vite et en espérant que ce grand romancier continue de nous faire rêver très longtemps.

Mario Vargas Llosa est un grand parmi les grands. Il nous offre une œuvre romanesque fabuleuse tout comme son ami-ennemi, Gabriel Garcia Marquez. La littérature sud-américaine vaut la peine qu’on s’y attarde. « Le héros discret » en est un exemple frappant.

Quelques extraits :

Parlant du sexe de son vieil ami : « Ça m’émeut d’imaginer le bonheur que dut éprouver Ismael quand il sut qu’il avait encore, ce petit oiseau, et que, malgré un si long temps de silence, il recommençait à chanter – divagua Rigoberto, en s’agitant sous les draps. »

Quand les deux frères un peu crétins, demandent à Rigoberto si il a lu tous les livres de sa bibliothèque. Il répond : « Non, pas tous, encore … Mais j’estime qu’il y a plus de possibilités de lire un livre si on l’a à la maison que s’il est dans une librairie. »

« La fonction du journalisme à notre époque, ou, du moins dans notre société, n’était pas d’informer, mais de faire disparaître toute distinction entre le mensonge et la vérité, de remplacer la réalité par une fiction où se manifestait la masse abyssale de complexes, de frustrations, de haines et de traumatismes d’un public rongé par le ressentiment et l’envie. »

« Dans ce pays, on ne peut construire un espace de civilisation, même minuscule, conclut-il. La barbarie finit par tout dévaster. »

Bonne lecture !

J’ai eu l’immense plaisir d’acheter ce roman à la librairie TuLiTu de Bruxelles. En passant je voudrais inciter mes lecteurs de toute l’Europe à encourager cette oasis où il fait bon retrouver une grande sélection des meilleurs romans québécois. Je salue donc Dominique Janelle, libraire-propriétaire de cette superbe librairie et lui souhaite tout le succès possible dans ce lieu que j’ai beaucoup aimé.

Le héros discret

Mario Vargas Llosa

Gallimard

Du monde entier

2015

480 pages

Voir les commentaires

Published by Richard -

Sur ses gardes

« Sur ses gardes » est le deuxième roman de Stéphane Ledien mais le premier de la trilogie "Les phalanges d’Eddy Barcot" , édité par la collection À l’étage noir de La Courte Échelle. Et pour moi, cet auteur sera à suivre !

Malgré une première impression négative, attribuable en majeure partie à l’affreuse page couverture où tout semble brouillé, la lecture de cette première aventure d’un boxeur à la retraite, recyclé en agent de sécurité est très agréable. Ce personnage nous offre une petite pause du policier paumé, alcoolique, ayant des troubles familiaux et rouspétant contre sa hiérarchie. Eddy Barcot est intelligent, humain, cultivé ; il aime lire et anime un ciné-club dans son quartier. Pas nécessairement le portrait que l’on se fait d’un ange du ring.

Menant une vie pépère, il reçoit un matin sa meilleure amie Malika qui lui annonce que son frère (un peu beaucoup délinquant) a disparu. Barcot est leur unique « famille » et son seul recours. Malgré lui, il se lance à la recherche du jeune homme et se retrouve dans un panier de crabes assez bien rempli : le silence des jeunes du secteur, un cadavre avec les papiers du petit frère et quelques indices qui orientent son enquête vers le milieu de l’islamisme radical.

Malgré un début un peu lent, le lecteur patient se fera happer par l’histoire, les nombreux rebondissements et surtout, l’écriture et le style de Stéphane Ledien. Des dialogues savoureux, des phrases bien tournées et un humour ravageur enrichissent le récit et nous promettent des lendemains littéraires qui devraient nous étonner et nous plaire.

Même si l’ensemble du roman m’a beaucoup plu et que je vous le recommande comme une excellente lecture d’été, j’ai noté deux ou trois points négatifs qui m’ont agacé: l’allusion aux problèmes d’agressions sexuelles de DSK alors que le roman se passe en 1999 ; quelques notes de bas de page me semblaient inutiles (comme celle qui nous donne la signification de « beurs » dans « black, blancs, beurs », surtout que cette définition se révèle erronée, au quotidien.)

Mais n’accordez pas trop d’importance à ces petites maladresses, laissez vous aller à suivre les aventures de ce boxeur pas ordinaire. Avant la sonnerie du dernier round, voici quelques trouvailles qui m’ont particulièrement plu:

En parlant du métro : « … ce convoi de condamnés à l’indifférence. »

« Ah », fais-je en imitant un politicien du Front national à qui son cuisinier présenterait, quelle outrecuidance, un tajine de mouton à la marocaine. »

« À côté de ses grognements, les répliques de Mike Tyson passent pour des conversations de salon littéraire. »

« Nous gelions tout en marchant, encore que je brûlais d’impatience. »

Bonne lecture !

Sur ses gardes

Les phalanges d’Eddy Barcot

Stéphane Ledien

À l’étage noir

2015

278 pages

Voir les commentaires

Published by Richard -

Le gagnant du Prix Tenebris 2015

Les Printemps meurtriers de Knowlton se sont tenus au mois de mai dernier. Ma collègue Morgane de « Carnets noirs » en a fait une super chronique qui vous plongera dans l’atmosphère de fête de cet événement, devenu un incontournable de la littérature québécoise et francophone. Je vous invite donc à lire son texte ( ici ) et à écouter les entrevues qu’elle a réalisées pendant le weekend.

La remise du Prix Tenebris soulignant le meilleur roman policier écrit en français et distribué au Québec, est toujours un des moments importants de cette fin de semaine. Cette année, le prix a été attribué à Emmanuel Grand pour « Terminus Belz ».

Comme l’auteur n’était pas présent à Knowlton et comme j’avais prévu passer quelques jours à Paris, j’ai eu l’immense plaisir de lui remettre la statuette et le chèque de 1 500$ qui accompagne ce prix.

J’ai donc le plaisir de vous faire un petit reportage photographique de cette remise de prix … sous la tente du festival de Saint-Maur-en-Poche, le 20 juin dernier.

Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous informe que le roman est maintenant disponible en livre de poche.

Félicitations à Emmanuel Grand !

Remise de la statuette du Prix Tenebris

Remise de la statuette du Prix Tenebris

Remise de la bourse de 1 500$

Remise de la bourse de 1 500$

Le bandeau annonçant les prix que s'est mérité le roman !

Le bandeau annonçant les prix que s'est mérité le roman !

L'auteur dédicace son roman !

L'auteur dédicace son roman !

Voir les commentaires

Published by Richard -

De retour !

« Polar, noir et blanc » a pris une pause d’écriture qui me semblait bien méritée. En effet, depuis avril dernier, votre scribouilleur du dimanche a beaucoup lu, peu écrit. Peu écrit de chroniques, mais beaucoup travaillé au deuxième recueil de nouvelles « Crimes à la bibliothèque » qui sortira en septembre aux Éditions Druide. Vous y rencontrerez dix-sept autres auteurs de polars québécois qui s’ajouteront aux seize de « Crimes à la librairie » pour former un panorama presque complet de la littérature policière québécoise. Et j’ai tellement hâte de vous présenter la couverture de ce recueil qui saura charmer votre regard !

En mai, les Printemps meurtriers de Knowlton ont occupé mon esprit et mobilisé mon temps. J’ai ai vécu un weekend mémorable : des rencontres d’auteurs, des séances de signature, des classes de maître passionnantes, des activités amusantes, des tables rondes captivantes et souvent des moments magiques.

Puis, finalement, en juin, récompense plaisante, je suis parti en Europe, à la rencontre des vieux pays, de la mère Patrie, et des amis ; avec un petit détour à Saint-Maur, en banlieue de Paris, pour assister au festival Saint-Maur-en-Poche, une fin de semaine littéraire bien spéciale. Je vous en reparlerai très bientôt.

Dans mes valises, j’avais un passager, pas du tout clandestin, qui effectuait un second voyage en France : la statuette du prix Tenebris ! Après Caryl Ferey, il y a deux ans, Emmanuel Grand succédait à Sylvain Meunier et à Martin Michaud, comme quatrième lauréat de ce prix, de plus en plus prestigieux. Dans une prochaine chronique, je vous montrerai quelques photos de cette remise !

Prochainement sur votre écran, je vous parlerai aussi de mes rencontres européennes et de certaines visites qui ont touché l’amateur de polars et le passionné de littérature que je suis. Je vous présenterai une libraire exceptionnelle et une librairie extraordinaire où le livre québécois est présent, aimé, animé et offert aux lecteurs bruxellois de la Librairie Tulitu. Autre moment agréable, une visite à la Bilipo, la Bibliothèque de Littérature Policière de Paris, une véritable caverne aux trésors où tout amateur de polars voudrait être séquestré.

Puis, évidemment, je reviendrai avec quelques chroniques sur mes lectures des trois derniers mois. Elles seront sûrement plus courtes car la mémoire du blogueur est envahie par toutes ces pages lues et appréciées, ces souvenirs et ces bons moments que je m’empresserai de partager avec vous. Ce sera simple et concis, je laisserai parler mes émotions ou du moins ce qu’il en reste, mais vous saurez ce que j’ai aimé de chacun de ces romans.

Alors, à très bientôt !

Mon clavier d’ordinateur est un peu rouillé après ces trois mois de pause « bloguesque » mais il est toujours aussi enthousiasmé à l’idée de partager avec vous, des lectures passionnantes !

Bonne lecture !

De retour !

Voir les commentaires

Published by Richard -

Le Prix Tenebris 2015: "Terminus Belz"

En grande primeur pour les lecteurs de Polar, noir et blanc, je vous annonce que "Terminus Belz" d'Emmanuel Grand s'est mérité le prix Tenebris 2015, meilleur roman policier francophone distribué au Québec.

Ce premier roman de l'auteur français a été sélectionné parmi une soixantaine de romans québécois et européens, soumis au jury. De cette cuvée, cinq finalistes ont été sélectionnés:

"Angor" de Franck Thilliez chez Fleuve noir:

"Jack" d'Hervé Gagnon chez Libre Expression:

"Nous étions le sel de la mer" de Roxanne Bouchard chez vlb éditeur:

"Repentir(s)" de Richard Ste-Marie chez Alire:

"Terminus Belz" d'Emmanuel Grand chez Liana Levi.

Félicitations à cet auteur qui a charmé les membres du jury par ce huis clos passionnant, l'originalité de son histoire, la qualité de ses personnages, le style efficace et l'audace d'avoir introduit les légendes qui hantent ces insulaires.

Voici donc ma chronique sur ce roman:

Ça vous arrive parfois de ne rien attendre d’une lecture, de commencer un roman en vous disant, on verra bien ? Voilà l’état d’esprit dans lequel j’étais quand j’ai commencé la lecture de « Terminus Belz » d’Emmanuel Grand. Cependant, comme il m’avait été conseillé par un grand connaisseur de polars, Raymond Pédoussault du blogue Sang d’encre polars, je me suis attelé à la tâche ! Pour mon plus grand plaisir !

Première découverte : « Terminus Belz » est un roman complexe, d’une structure achevée, un récit écrit avec maturité et assurance, avec des personnages crédibles et attachants. La tension monte graduellement, le lecteur ne s’ennuie jamais et il est attaché par les amarres de fil de caret tissées par l’auteur.

Deuxième découverte : « Terminus Belz » est un premier roman ! Toute une surprise !

« Terminus Belz » est un magnifique polar aux odeurs de mer des côtes de la Bretagne. Et chose assez étrange, il vient rejoindre un autre roman de pêcheurs des eaux froides de la Gaspésie, « Nous étions le sel de la mer » de la Québécoise Roxanne Bouchard qui selon moi, sont parmi les meilleurs polars de l’année. Inutile de vous dire que je vous conseille les deux … et croyez-moi, ce n’est pas de la vantardise de pêcheurs !

Retournons donc sur les berges de la Bretagne pour voir ce qui s’est passé … Marko Voronine quitte son Ukraine natale, à la recherche d’une vie meilleure. Il laisse derrière lui, sa mère et sa sœur, qu’il espère rapatrier un jour. Malheureusement, le transport clandestin vire au drame : certains passeurs sont tués, l’argent du paiement des passages est subtilisé et la mafia ukrainienne exige vengeance. Dragos, un des survivants de la tuerie est chargé de régler les comptes : tuer les quatre évadés (dont fait partie Marko) et rapporter l’argent au Parrain.

Marko Voronine trouve refuge sur une petite île des côtes bretonnes ; les habitants la nomment l’Île des fous. Cette île, habitée par des pêcheurs depuis des générations, oscille entre une timide modernité et l’empreinte prégnante des légendes bretonnes. Beau programme pour un étranger qui y débarque et qui ne veut pas se faire remarquer. Aussi visible qu’une pleine lune dans un ciel dégagé au-dessus d’une mer calme, le nouveau pêcheur craint de plus en plus l’arrivée des tueurs de la mafia.

Mais, ce n’est pas le seul problème de Marko. La découverte d’un mort (ou d’une partie d’un mort), correspondant à l’arrivée de l’Ukrainien (qui se fait passer pour un Grec !), fait en sorte que toutes les têtes sont tournées vers lui, comme meurtrier potentiel. Celui-là même qui vient voler un emploi aux gens d’ici. Heureusement, il est protégé par le capitaine Caredec, propriétaire d’un chalutier qui l’a engagé à bord.

Commence alors, un aller-retour hallucinant entre la réalité d’une enquête complexe, pleine de sous-entendus, marquée par le mutisme des habitants de l’île et la peur viscérale d’un monstre de légende, l’Ankou, l’ange de la mort. Tout le monde le craint car il a été longtemps, le coupable idéal de tout ce qui se passait de négatif sur cette île de fous.

Emmanuel Grand manie cette intrigue avec un doigté hors du commun pour un premier roman. Dans un huis clos presque étanche, il réussit à nous plonger dans un monde oppressant où les non-dits et la promiscuité se partagent la scène avec les vents d’une tempête bretonne et les vagues d’une mer déchainée. À l’aube d’une journée de pêche, chaque marin se lève aux aurores pour vivre en symbiose avec la mer autant nourricière que meurtrière, au cœur de cette relation amour-haine. Puis le soir, au retour, les marins se retrouvent dans un bar pour oublier l’effort de la journée, qui rapporte de moins en moins.

Il faut souligner un autre coup de maître de l’auteur, celui d’avoir réussi à naviguer entre les eaux du réalisme et celles, très prenantes, de la légende et des monstres qui peuplent l’imaginaire de ces insulaires. Même l’étranger, exempt de tout atavisme, se laisse envahir par ces histoires tellement effrayantes.

Enfin, il faut souligner la diversité des personnages, même si parfois, certains ressemblent à des clichés. Le commissaire Fontana, le curé omniprésent, la libraire alcoolique, le capitaine grincheux et le vieux marin impotent, enrichissent quand même le récit.

« Terminus Belz » est un excellent roman qui saura vous passionner et vous donner des bons moments de lecture. Cet excellent premier ouvrage place la barre très haute pour le suivant… que j’attendrai avec plaisir !

Quelques extraits … pour notre plaisir :

« Sa tête pesait une tonne et lui faisait un mal de chien. Le sang, sous ses tempes, tapait comme un torrent de montagne et des centaines de micro-décharges électriques convergeaient vers son front pour s’évanouir brutalement dans une sorte de trou noir. »

« Sans littérature, sans chimères, sans métaphysique, nous ne sommes rien de plus qu’un tube digestif avec deux pattes, des chimpanzés avec le bac. Dans le meilleur des cas … Ah non ! Le père Darwin n’avait pas prévu ça, nom de Dieu … »

« Il y avait à Belz de nombreuses maisons touchées par le malheur. Un malheur qui prenait toujours, quelle qu’en soit la forme, la couleur de l’eau. L’eau trouble, l’eau noire, l’eau déchaînée et hurlante contre ces hommes qui avaient fait le vœu de la braver chaque jour que Dieu fait pour nourrir leurs familles et gagner leur vie.

Chaque maison pleurait un père, un fils, un cousin … Et quand elle ne pleurait pas, c’était qu’elle ne pleurait pas encore. »

Bonne lecture !

Terminus Belz

Emmanuel Grand

Liana Levi

2014

488 pages

Voir les commentaires

Published by Richard -

150 000 visiteurs !!! 150 000 fois "Merci"

Polar, noir et blanc est très fier d'accueillir aujourd'hui, son 150 000 e visiteur !

Que de chemins parcourus depuis 5 ans ... !

Merci à tous et j'espère que vous serez encore nombreux à venir me visiter et à vous abreuver aux 570 chroniques publiées depuis le début !

Bonne lecture !

Et surtout, n'hésitez pas à me laisser vos commentaires et suggestions !

Au plaisir de vous lire !

Richard

Voir les commentaires

Published by Richard -

"Quand j'avais cinq ans je l'ai tué" de Laurent Chabin

Je m’en confesse, j’adore cet homme à la moustache tombante ! Et bien plus, j’aime l’écrivain, son écriture, son style, ses personnages, son monde. Laurent Chabin possède un style, un imaginaire propre à lui ; mais jamais on ne sent qu’il veut faire du Laurent Chabin. Il est lui-même, vrai, dur, doux et sensible, généreux et équarri à la hache, sans compromis mais plein de nuances.

Découvrir Laurent Chabin, c’est découvrir une littérature crue, noire, un monde de violence mais des émotions profondes. Lire du Chabin, c’est se plonger dans des quartiers glauques, des piqueries malpropres et des appartements infestés de misère humaine.

« Quand j’avais cinq ans, je l’ai tué ! » est le dernier tome d’une trilogie où l’auteur nous raconte les histoires de deux personnages fascinants : Lara Crevier et Serge Minski.

Amorcée dans « Le corps des femmes est un champ de bataille » et suivie par l’excellent « Apportez-moi la tête de Lara Crevier », l’histoire se poursuit (même si chacun des romans peut être lu indépendamment…) entre cette jeune étudiante en littérature comparée, assoiffée de sexe et de justice et son amant au passé mystérieux, sardonique et machiavélique.

Ce troisième tome est le roman de l’introspection pour Lara. Dès le début, on apprend la triste histoire de son enfance. Toute l’histoire ? Oh non ! Juste une partie, celle dont elle se souvient. Ou plutôt, celle dont elle pense se souvenir ?

Oui, elle se rappelle très bien de sa mère … celle qui lui a légué ce « goût immodéré pour le sexe », sur un testament tellement sale, notarié par des clients qui profitaient de sa jeunesse et graissaient la patte de sa mère, ignoble.

Ce qu’elle sait avec certitude, c’est le bonheur qu’elle ressentait quand elle visitait ses voisins, Véra et Milan Svislotch, dans leur maison pleine de livres, un monde plein d’imaginaires différents qui lui a donné, gratuitement, cette passion de la littérature.

Et enfin, dans ses souvenirs, cet incendie qui a tout détruit, où Milan et Véra sont morts. Suicide ? Meurtre ? Accident ?

Pourquoi ces souvenirs suscitent-ils tant l’intérêt de l’horrible Minski ? Que s’est-il passé réellement ? Que sont devenues ces peintures qui apparaissaient et disparaissaient dans la maison des voisins, au fil des jours ? Est-ce que l’amant aurait eu quelque chose à voir dans ces événements ? Qui étaient vraiment les Svislotch ?

Lara s’embarque donc dans une enquête qui la mènera au plus profond de sa mémoire et la ramènera dans le village de son enfance, où tout le drame s’est joué.

Absolument passionnant !

Ce qui me charme de cette série de Chabin, c’est sa capacité à se mettre dans la tête, le cœur et la mémoire de son personnage féminin central. Rien n’est plaqué, tout est crédible et malgré sa marginalité, on s’attache à cette Lara.

Mais c’est surtout le style de l’auteur qui nous accroche, sa plume sans concession et sa poésie urbaine à la versification aux accents des rues des quartiers pauvres de Montréal. Un roman ni violent ni sanguinaire, mais une rudesse du sexe dans des corps en souffrance qui recherchent le plaisir pour occulter leurs douleurs. L’émotion à fleur de page, les sens en alerte, la quête se terminera-t-elle dans la paix ?

Il faut lire cette trilogie de Laurent Chabin, le romancier-poète des bas-fonds montréalais.

Quelques extraits … pour vous montrer la puissance des mots :

« La campagne n’est pas la nature, c’en est le dépotoir. Les oiseaux ou les renards ne me dérangent pas, mais je hais ces champs où marinent les sercets de famille, où l’homme pourrit avant que de vivre, où la femme se dégrade avant que de bourgeonner, où les deux confondent la survie avec l’agonie sans cesse prolongée. »

« Quand il te baise, la plupart du temps, un homme ne te voit pas. Il ne pense pas. Il n’est plus là. Il est tout entier dans ses couilles, noyé dans le brouillard de ses hormones, ce n’est pas le moment de lui demander d’inventer l’eau tiède… »

« Ce n’est pas nécessairement l’utérus dont on sort qui conditionne ce qu’on deviendra. »

Bonne lecture !

Quand j’avais cinq ans, je l’ai tué !

Laurent Chabin

Expression noire

2015

263 pages

Voir les commentaires

Published by Richard -

Le Toutamoi d'Andrea Camilleri

Les personnes qui me connaissent et qui suivent mon blogue depuis longtemps, savent combien j’aime Andrea Camilleri et son magnifique personnage de Salvo Montalbano, ce « sympathique » commissaire sicilien. Auteur de polars mais aussi de romans de littérature blanche, passionné de théâtre, excellent dans les romans historiques, j’avoue une admiration sans bornes pour ce monsieur de 90 ans qui continue à nous étonner avec sa plume si polyvalente.

« Le toutamoi » est une illustration parfaite de ce talent de romancier où, quel que soit le thème, monsieur Camilleri réussit à nous émouvoir. En lisant ce petit roman, nul ne pourrait penser que l’auteur est né en 1925. Et pourtant ! La jeunesse de son écriture, la justesse de ses propos et la sensibilité dans le traitement de ses thématiques, tout cela nous apporte des romans passionnants, sans l’ombre d’une recette et toujours hors des sentiers battus.

Je vous le dis, j’adore Andrea Camilleri !

« Le toutamoi » aborde un sujet délicat, la lente descente vers une folie qui peuple le quotidien, la spirale étourdissante du cerveau qui sombre de plus en plus dans un imaginaire où tout est possible … même l’impossible.

Ariana est une superbe jeune femme. Elle est la femme de Gulio, un homme beaucoup plus âgé, riche, amoureux fou … et impuissant ! Pour satisfaire les désirs et les pulsions de sa femme, il lui propose de choisir des partenaires de jeux sexuels, des hommes beaux et sculpturaux, qu’elle-même choisit. La seule contrainte que le mari émet, jamais, au grand jamais, elle ne peut rencontrer plus de deux fois le même homme.

Tout se passe bien jusqu’au jour où un jeune amant de passage, tombe follement amoureux d’Ariana ; Mario exige de la revoir et veut transgresser la règle. Et voilà le tabou qui tombe et toute la machine se dérègle … Le pire arrivera-t-il ? Peut-être, mais au fur et à mesure du récit, on apprendra le passé de la belle jeune femme et surtout, la signification de ce qu’est « Le toutamoi » !

Contrairement à mes habitudes, je transgresse moi aussi mes habitudes et je vous cite un extrait de la 4e de couverture … parce que je ne pourrais faire mieux :

Ce roman « … confirme s’il en était besoin qu’il n’est pas seulement un grand écrivain de romans noirs, mais un grand écrivain tout court. »

Bonne lecture !

Le toutamoi

Andrea Camilleri

Métailié

2015

188 pages

Voir les commentaires

Published by Richard -

Dernier meurtre avant la fin du monde

Une chronique de Florence

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais, souvent, la lecture des polars me laisse en mal d’un petit quelque chose de plus, d’une incursion peut-être dans la liberté des univers du surnaturel ou de la science-fiction, ces mondes éclatés des héros de l’enfance. Inversement, les auteurs d’anticipation, de science-fiction et surtout d’horreur (ex : Stephen King), me lassent assez vite, parce que leur histoire souvent m’enferme dans les filets d’une histoire dont je ne parviens pas vraiment à accepter les prémisses souvent tirées par les cheveux ou parce que je renâcle devant des fins trop cruelles pour mon âme sensible.

Avec Dernier meurtre avant la fin du monde, le journaliste et écrivain américain Ben H. Winters parvient à offrir une solide intrigue policière sur fond d’apocalypse qui ne nous lâche pas, y compris quand la dernière page du livre est refermée. L’ouvrage se présente a priori comme un roman de détective classique, avec son enquêteur Palace, un jeune homme têtu, mais très attachant. Pourtant, tout de suite, le roman prend une tangente inattendue, transformé par une réflexion sous-jacente : quelle est, au fond, la véritable valeur d’une vie humaine?

Car le monde dans lequel Palace tente contre vents et marées de faire son métier d’inspecteur vit ses dernières semaines, ses derniers mois. Chacun pense à la mort qui va bientôt frapper. L’humanité entière, la Terre et ses créatures, seront bientôt pulvérisées par un astéroïde géant. Dans ce contexte, à quoi bon s’entêter à élucider une affaire foireuse, pour un quidam sans attaches ou presque?

La force du livre est justement de parsemer une histoire simple, mais efficace d’une foule de réflexions sur le monde, sur la condition humaine, sur la consommation, l’amour, la violence, l’altruisme. A travers cela, la grande humanité du héros se détache comme un nuage blanc dans un ciel d’orage, lui qui avance vers son destin à travers cette société post-moderne déshumanisée à la dérive, et aussi le regard tendre, magnanime, que l’auteur, à travers Palace, pose sur les pauvres humains, ces créatures égoïstes et imparfaites, mais membres d’une race qui, au final, mérite peut-être d’être sauvés.

Très réussi.

Résumé de l’histoire (source : éditeur) :

À quoi bon tenter de résoudre un meurtre quand tout le monde va mourir ?

Concord, New Hamsphire. Hank Palace est ce qu’on appelle un flic obstiné. Confronté à une banale affaire de suicide, il refuse de s’en tenir à l’évidence et, certain qu’il a affaire à un meurtre, poursuit inlassablement son enquête.

Hank sait pourtant qu’elle n’a pas grand intérêt puisque, dans six mois il sera mort. Comme tous les habitants de Concord. Et comme tout le monde aux États-Unis et sur Terre.

Dans six mois en effet, notre planète aura cessé d’exister, percutée de plein fouet par 2011GV1, un astéroïde de six kilomètres de long qui la réduira en cendres. Aussi chacun, désormais, se prépare-t-il au pire à sa façon.

Florence Meney

Collaboratrice

Dernier meurtre avant la fin du monde

Ben H. Winters

Super 8 Éditions

2015

288 pages

Voir les commentaires

Published by Richard -

"L'encre mauve" de Florence Meney

« L’encre mauve » est le troisième roman de Florence Meney. Je vous le dis dès le départ, je ne serai pas très objectif dans cette chronique ; elle est subjective, biaisée, teintée par mon amitié pour Florence et aussi, connotée par le fait que j’ai eu l’honneur de lire son manuscrit et d’y faire quelques commentaires. Alors, amateurs d’intégrité littéraire, passez votre chemin et allez consulter la critique d’un professionnel, dans le Journal de Montréal !

Maintenant que nous sommes entre nous, je vous le dis, vous allez adorer ce troisième polar de Florence Meney. Toujours en conservant une écriture imagée et riche en traits d’esprit, l’auteure nous présente un récit complexe et haletant. Le roman nous plonge au cœur d’une représentation horrible du Mal prenant vie dans un nouveau personnage terrifiant.

Foudroyé par une crise cardiaque, Aurélien Laflèche, vénérable éditeur, meurt en pleine réunion. Sa mort provoque des changements énormes dans la maison d’édition : son fils hérite de la boîte et commence à lui donner ses propres couleurs … que les employés trouvent criardes et agressantes. Laura (personnage déjà rencontré dans le roman précédent), responsable de l’édition des livres pour adultes, vit difficilement ces changements. De plus, son mari, Bernard Sterling, vit quelques difficultés professionnelles qui affectent leur vie de couple.

Au sortir des funérailles de son patron, Laura est abordé par un homme imposant, au port altier et à la superbe frappante qui, sans autre présentation, demande à la rencontrer. Ce personnage se révèle être le juge Antoine Larivière qui présidera son dernier procès avant la retraite, un procès pour meurtres très médiatisé : un policier est accusé d’avoir tué sa femme et ses deux adolescentes.

Le juge demande à Laura de remplacer son vieil ami décédé et de l’accompagner dans son processus de création littéraire. Projet de retraite, il veut publier un roman et ne veut pas attendre la fin du procès pour s’y consacrer. Mais compte tenu du procès qui fait les manchettes, il exige de Laura que tout ce travail reste confidentiel.

Ballotée dans cette tempête médiatique causée par les meurtres crapuleux et l’enquête de la Brigade des crimes majeurs, la préparation d’un procès qui soulève des passions, les questionnements sur la non-responsabilité criminelle et les changements de mentalité imposés par le jeune Jean-Sébastien dans la maison d’édition de son père, Laura se met à lire cet étrange manuscrit écrit à l’encre mauve. Mauve comme dans la mort qui rôde, mauve comme la couleur du Carême qui précède le Vendredi Saint où la mise à mort du condamné est irréversible et inéluctable.

En plus d’être un très bon polar et un thriller psychologique haletant, « L’encre mauve » est une porte ouverte sur les salles de rédaction et les couloirs des palais de Justice, grâce au passé de journaliste de Florence Meney Enfin, ce qui en fait aussi un excellent roman policier, c’est le plaisir éprouvé à suivre le travail de l’enquêteur Philippe Lécuyer et ses tentatives d’impliquer son patron, Dupin, à renouer avec l’action. Il faut dire que son patron souffre de dépression, liée à la peur de vieillir. Et personnellement, je me régale du mauvais caractère de ce Dupin !

Cependant, ce qui caractérise le plus ce roman de Florence Meney, c’est la qualité de sa plume, la richesse de son style et son écriture fluide. Un double plaisir nous habite : lire une bonne histoire juste assez complexe pour nous apporter un grand plaisir de lire sans négliger un aspect important, la beauté d’une phrase bien écrite et l’émotion créée par une belle image, une comparaison qui vibre.

Florence Meney fait maintenant partie intégrante du paysage romanesque québécois. Amis lecteurs, allez à sa rencontre !

Quelques extraits :

« Si la bête te ronge, araignée ou scorpion, ton pied l'écrasera. »

« En quelques courtes heures, la dépouille encore tiède de feu Aurélien Laflèche avait été engagée dans le mécanisme bien huilé par lequel les humains se débarrassent des morts et les font passer de la surface du sol à l’humus gras déjà de millions d’organismes, prenant ainsi le plus rapidement possible leurs distances par rapport à la preuve flagrante de l’inexorable fin. »

« Le soleil rasait l’horizon, sa clarté incandescente enflammait la neige sans réchauffer l’atmosphère. Il fallait rentrer. Elle accéléra la cadence, s’hypnotisant dans les mouvements de ses skis. À ses oreilles, leur sifflement léger battait, en trois temps, la mesure. Celle d’une phrase qui semblait s’adresser à elle seule. »

« Un rayon de soleil radieux descendait à l’oblique du sommet de la nef pour aller caresser la joue de la statue de saint Matthieu. »

Bonne lecture !

L’encre mauve

Florence Meney

Éditions Druide

2015

352 pages

Voir les commentaires

Published by Richard -

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>
Haut

Hébergé par Overblog