Polar, noir et blanc

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"Ombres et soleil" de Dominique Sylvain

Certains personnages nous habitent, d’autres nous émeuvent, quelques-uns nous touchent plus que d’autres ; Ingrid Diesel et Lola Jost font tout cela et en plus, on voudrait bien les avoir comme amies, à notre table ou dans notre salon, pour parler de tout et de rien.

Voilà une des grandes forces de cette extraordinaire auteure qu’est Dominique Sylvain, nous plonger au cœur des aventures de ces deux pétroleuses et quand notre lecture est terminée, se demander quand on se reverra ! Le plus vite possible, évidemment !

« Ombres et soleil » est la suite de « Guerre sale » (cliquez ici), publié en janvier 2011.

Les amateurs de Dominique Sylvain et ceux qui « devraient » le devenir, retrouveront dans ce roman, les nombreuses qualités de l’auteure : une intrigue complexe mais toujours bien ficelée, des personnages attachants, une histoire touchant les relations internationales, des dialogues savoureux et un sens de l’humour intelligent. Une bien belle recette ! Cependant, je conseille à tous, et c’est loin d’être un problème mais plutôt une excellente suggestion de lecture, de commencer par « Guerre sale » afin de bien comprendre le déroulement de la petite et de la grande histoire de ces deux romans.

Alors, de quoi est fait « Ombres et soleil » ?

Lola Jost s’ennuie ! Entre deux verres de porto, un plat de coquillettes au jambon et quelques pièces de puzzle, Lola tourne en rond, pense à Ingrid. Puis, un jour, elle reçoit la visite d’un ancien collègue qui lui apprend l’assassinat d’Arnaud Mars, retrouvé en Côte d’Ivoire, avec une balle dans la tête. Et le pire, tout semble accuser le commandant Sacha Duguin, le grand ami de Lola : l’arme du crime, les circonstances et quelques conclusions … rapides. Sacha, l’obsession maladive de Philippe Hardy, chargé de l’enquête.

Très rapidement, Lola informe Ingrid qui vit le bonheur parfait dans son Amérique natale, danseuse dans un chic cabaret de Las Vegas. « Fini le striptease, vive les paillettes et le french cancan. »

L’équipe du tonnerre est recréée, la chimie opère encore et Ingrid est toujours très habile à torturer joliment la langue française. Commence alors la recherche de la vérité pour disculper le commandant Duguin et pour retrouver les véritables coupables. La course commence ! Très rapidement l’enquête prend des allures de conflits de relations internationales que le lecteur suit avec un intérêt certain. L’intrigue est tellement bien ficelée que jamais, on ne se sent perdu et toujours, on suit le développement, grâce au style et au talent de l’auteure.

Et évidemment, Dominique Sylvain, dans un équilibre parfait, nous plonge dans un récit d’enquête qui prend souvent l ‘allure d’un excellent roman noir. Puis, par la magie de son imagination, une réplique « dieselesque » ou une répartie « jostienne », allègent l’atmosphère et provoque le sourire du lecteur.

J’adore !

Et comme je le disais en début de chronique, à quand le prochain ? Lola et Ingrid, restez donc pour le dîner ! On sortira une bonne bouteille !

Et en guise d’amuse-gueule, voici pour vous, chers lecteurs de Polar, noir et blanc, quelques extraits qui, je l’espère, rendront hommage à l’immense talent de Dominique Sylvain.

Une citation qui m’a fait rire … en me regardant dans un miroir : « Il avait perdu des cheveux mais gagné des sourcils. »

« Le quai du métro était bondé et la rame parfumée au stress matinal. »

« … Ingrid avait échangé son accoutrement brésilien contre une tenue « sobre » : bonnet tyrolien rose, veste en fausse fourrure, pantalon kaki moulant, Doc Martens montantes. »

Et évidemment, nous les amateurs de Dominique Sylvain, on espère tous qu’elle « ne changera pas d’une Toyota » même si elle s’améliore de roman en roman … ! Et moi, personnellement, parce que j'aime beaucoup Dominique Sylvain, j'encourage tous mes lecteurs québécois à lire cette auteure qui saura vous charmer (voir mes suggestions sur Rue des libraires, à la fin de cet article)

Bonne lecture !

Ombres et soleil

Dominique Sylvain

Vivian Hamy

2014

295 pages

Dominique nous présente son roman

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La fascinante histoire de Victoria Bergman: "Persona"

Je me méfiais de cette couverture noire m’annonçant un autre auteur suédois (même s’ils sont deux) qui pourrait captiver l’amateur de polars en moi. Est-ce que je me dirigeais vers une déception ou plutôt vers la découverte d’un digne descendant de Maj Sjöwall et Per Wahlöö ? La réponse se situe quelque part entre ces deux possibilités.

Mais ce qui est clair, c’est que j’ai très hâte de lire le deuxième tome (que je n’ai malheureusement pas !!)

Au début de ma lecture, j’ai été un peu décontenancé par la façon dont les personnages évoluaient dans l’action. L’enquête piétinait, la psy tergiversait et je me demandais ce que j’allais faire avec ce roman ! Mais au fur et à mesure de ma lecture, les deux auteurs m’ont carrément emberlificoté dans cette intrigue complexe. La découverte des personnages, de leur vie, de leur passé et de leur présent, me poussait à la recherche de leur avenir … et peut-être vers l’explication et la résolution des crimes commis.

Et me voilà pris dans le tourbillon. Accroché et scotché. Et en plus, cette fin ouverte, malgré la révélation finale, ouvre un champ vaste de possibilités … passionnantes.

Bon, il y a quand même une histoire … que j’essaierai de vous raconter sommairement.

Sofia Zetterlund est psychothérapeute. En plus de ses nombreuses occupations professionnelles, elle suit deux cas très difficiles : un ancien enfant-soldat et une femme, Victoria Bergman, ayant eu une enfance marquée par la violence. Les deux semblent avoir des signes de personnalités multiples.

Jeanette Kihlberg est chargée de l’enquête sur le meurtre d’un jeune garçon retrouvé près d’une station de métro. Le corps du garçon est sauvagement mutilé et étrangement, il est momifié. Très rapidement, un deuxième corps est retrouvé. Un tueur en série rôde donc dans la ville.

Les deux femmes ont des vies personnelles assez compliquées et nagent difficilement dans les eaux troubles de leur vie. En plus, les drames qu’elles côtoient à chaque jour, influencent grandement leurs actions au quotidien. Mais, inexorablement, on sent que ces deux femmes vont se rencontrer et que le choc ne sera pas banal. Loin de là !

Dans des allers-retours complexes entre l’enquête de la policière et les thérapies de la psychologue, on plonge dans les méandres de la pensée humaine, troublée et perturbée et, bribe par bribe, on voit se matérialiser les étranges portraits des victimes qui peuvent devenir des bourreaux. Jusqu’où ces personnes aux psychologies multiples et aux comportements déviants peuvent-elles se rendre dans la spirale du mal ?

« Persona » est un roman difficile d’approche mais une fois maitrisé, il devient tout à fait passionnant. Malgré une structure un peu complexe, on réussit à bien suivre le déroulement. L’approche que je vous conseille est de le commencer comme un roman qui compte trois tomes et non comme un récit de 500 pages. Les auteurs prennent le temps d’installer les personnages, nous montrent toutes les nuances de leurs pensées profondes et nous amènent graduellement vers des moments très prenants, avec des rebondissements étonnants.

J’attendrai donc avec impatience la sortie du 2e tome en livre de poche pour retrouver cette vie passionnante de Victoria Bergman.

Voici quelques extraits … pour vous mettre l’eau à la bouche :

« Combien de souffrance un être humain peut-il infliger aux autres avant de cesser lui-même d’être un être humain et de devenir un monstre ? se demanda-t-elle. »

« Dans l’album qu’elle a sous les yeux, elle vieillit à chaque page qu’elle tourne. Les saisons et les gâteaux d’anniversaire se succèdent. »

« Les mythes sont tangibles. »

« Elle voulait faire la différence entre mal tourner et mal agir. »

Bonne lecture !

Persona

Les visages de Victoria Bergman, tome 1

Erik Axl Sund

Actes noirs

2013

475 pages

Une présentation de "Persona"

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Published by Richard -

Un roman incontournable : "Bondrée"

Andrée A. Michaud m’avait déjà séduit par son roman « Rivière tremblante » et la lecture de « Bondrée » vient me confirmer que cette auteurs a un talent fou, qu’elle écrit des romans atypiques et passionnants et qu’à chaque fois, elle prend des risques littéraires énormes et toujours, elle réussit à nous donner d’ excellents romans qui nous laissent bouche bée.

Je vous le dis, sans réserve, il faut lire Andrée A. Michaud pour se plonger dans des polars d’atmosphère où les pensées des personnages vous habitent pendant et après la lecture.

« Bondrée », c’est l’histoire d’un lac et des estivants qui l’entourent.

« Bondrée », c’est « Boundary Pond», lac frontalier où se regroupent, chaque été des familles américaines et des familles québécoises

« Bondrée », c’est le rappel d’une légende, Pierre Landry qui hante les bois entourant le lac depuis les années 40. L’image de ce trappeur qui s’est suicidé à cause d’une femme trop belle qui lui refusait son amour. C’est aussi Little Hawk, cet amérindien qui a connu la violence du débarquement dans Omaha Beach, en Normandie.

« Bondrée », c’est le passé, celui du crime de Esther Conrad et son fameux cœur de pierre.

« Bondrée », c’est aussi le destin de Zaza Mulligan et de Sissy Morgan mais aussi ceux de Andrée Duchamp et de Françoise (Frenchie) Lamar, des jeunes filles innocentes qui jouent à être adolescentes.

« Bondrée », c’est un endroit où on craint la forêt et les pièges qui ressortent de la terre.

Mais avant tout, « Bondrée » est un roman magnifiquement écrit, qui vous prendra aux tripes et qui vous chavirera pas les émotions, les peurs et les angoisses qu’il dégage.

Été 1967, tout le Québec vibre pour l’Exposition universelle de Montréal et les jeunes chantent « Lucy in the sky with diamonds ». Les familles arrivent l’une après l’autre et les habitudes reviennent très rapidement.

Le 21 juillet, Zaza revient chez elle à travers bois. La nuit est belle et sa tête tourne sous l’effet de l’alcool. Tout à coup, un craquement dérange la quiétude de la nuit. L’ivresse se transforme en peur. Le surlendemain, on retrouve le corps de la jeune fille, la jambe prise dans un piège à ours rouillé. Accident ou meurtre ?

Stan Michaud, l’inspecteur chargé de l’enquête est américain ; il sera secondé par Cusack, son adjoint. Dès que Michaud apprend les circonstances de la mort de la jeune adolescente, il se rappelle immédiatement le crime, non-résolu, d’Esther Conrad, « … seize ans, l’un des boomerangs qui le frappaient de plein fouet chaque fois qu’un autre était lancé. »

Puis, quelques jours plus tard, Sissy Morgan disparaît à son tour ! Le village est secoué ! On la retrouve dans la même position que son amie, la jambe arrachée à son corps par un autre piège à ours et les cheveux arrachés, scalpée comme au premier temps de la colonie. Ce n’était donc pas un accident ! « Un tueur vivait parmi nous. »

Sans indices, sans mobiles, avec un climat de légende et une violence incompréhensible, l’enquête de Stan Michaud sera difficile.

Andrée A. Michaud nous présente un roman d’une construction très particulière. Comme dans son roman « Rivière tremblante », il n’y a aucun dialogue. Le roman alterne entre un narrateur omniscient et une narration remplie de candeur par la jeune Andrée Duchamp qui pourrait être la prochaine victime. Le lecteur est plongé dans les profondeurs de la psychologie des personnages et envahi par les pensées et réflexions des habitants, des victimes et de l’assassin. En plein jour mais aussi, au milieu de la nuit, fréquentée régulièrement par l’insomnie.

L’auteure nous donne l’impression d’habiter ce bord de lac, de vivre au quotidien l’émoi de ses habitants, tout en assistant au développement progressif de l’enquête des policiers. Tout en nuances et en subtilités, l’écriture de l’auteure nous enchante et les phrases nous charment par leur musicalité et leur tendresse. Au fil des pages, on ressent la douce torpeur des sous-bois, la fraicheur de l’eau sur la plage, l’odeur de la viande qui grésille sur le BBQ et l’inquiétante paranoïa des habitants.

Assis dans la cuisine avec l’homme et la femme, on se doute, plus que les parents, que les enfants écoutent aux portes et participent à la peur collective. Les propos et le point de vue de la jeune adolescente sont rafraichissants, même dans ce climat d’horreur et d’angoisse. À chaque intervention, elle est un peu plus vieille que lors du chapitre précédent ; à chaque chapitre, elle apprend de la vie comment se construire une maturité.

Comment vous dire le plaisir que j’ai eu à lire ce roman ? En vous disant seulement que vous vous devez de le lire !

« Bondrée », c’est aussi un titre incontournable !

Et pour apprécier le style d’Andrée A. Michaud, voici quelques extraits :

« Quand elle prenait cette voix, on entendait le futur qui se précipitait vers nous avec ses gros sabots et on avait envie de se cacher six pieds sous terre, comme si le futur ne savait pas où nous trouver. »

« Ils y avaient tous laissé une part d’eux, un reste de candeur ayant survécu à l’âge adulte, une image, un rêve dans lequel la forêt ne se repliait pas dans une atmosphère d’outre-tombe, dans lequel le monde était encore vivable. Il y avait des lieux maudits et celui-là en était un, qui dissimulait ses pièges depuis des décennies. »

« La mère et la fille n’avaient que leur colère à opposer à la mort et elles se réfugiaient dans une haine sans véritable objet pour éviter de tomber dans le gouffre où vous entraînent les larmes. »

Et enfin, une superbe réflexion de la petite Andrée Duchamp :

« Ça me faisait trop mal de penser que la vieillesse rabotait les matins et laissait des éclisses de bois neuf à l’entrée de votre chambre. »

Bonne lecture !

Bondrée

Andrée A. Michaud

Québec Amérique

2014

296 pages

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"La sélection naturelle" de Sylvie-Catherine de Vailly

L’année dernière, Sylvie-Catherine de Vailly publiait la première enquête de l’inspecteure Jeanne Laberge, « La valse des odieux », roman que j’avais beaucoup aimé. Cette année, l’auteure nous revient avec un autre roman mettant en vedette son personnage fétiche, la première inspectrice du Service de police de la communauté urbaine de la ville de Montréal. Si « La valse des odieux » était plein de promesses, « La sélection naturelle » les tient toutes et nous donne un très bon moment de lecture, un récit prenant et une inspectrice qui prend une profondeur des plus intéressantes.

Jeanne Laberge est confrontée à quatre morts qui semblent à tout le monde, naturelles ou accidentelles : un obèse morbide meurt d’une crise cardiaque pendant un repas pantagruélique, un bébé naissant meurt d’une façon tout à fait inexplicable, une femme est plongée dans un coma profond après un accident de la route et une prostituée est morte dans une ruelle glauque de Montréal. Aucun lien ne semble relier ces quatre morts mais pour Jeanne Laberge, son instinct lui dicte de fouiller un peu plus ces quatre affaires.

Finalement, elle rencontre un médecin qui lui fait certaines révélations, lui trace le chemin vers une enquête plus ciblée. Un certain symbole, retrouvé près des quatre victimes, vient appuyer les réflexions de Jeanne et la conforte dans son opinion. Ces morts semblent être criminelles ! Mais quel est le lien qui les relie ? Quatre modes opératoires différents peuvent-ils appartenir à un seul meurtrier ?

Intuitive et intelligente, l’inspecteure Laberge se lance sur la piste ne sachant pas trop ce qu’elle trouvera au bout de ses recherches. Envers et contre tous, dans une société encore très machiste mais quand même supportée par son patron l’inspecteur-chef Claude Levasseur, l’inspecteure Laberge se met à la poursuite des criminels, accompagnée de ses adjoints qui croient plus ou moins en ses capacités. L’auteure nous dresse un portrait réaliste du Montréal des années 60, ce qui donne un charme particulier au roman.

Sylvie-Catherine de Vailly réussit encore à nous offrir un roman intéressant, haletant, une histoire complexe et bien ficelée. Malgré le titre, qui selon moi en dit un peu trop, elle réussit à semer les indices tout au long de son enquête pour maintenir notre intérêt et alimenter notre esprit de lecteur de polars.

L’auteure continue à nous dépeindre un personnage d’inspectrice sympathique, qui prend de la profondeur et à qui on s’attache de plus en plus.

Quand la dernière ligne est lue, un mot nous revient en tête : encore ! Surtout cette dernière phrase … porteuse de nouvelles aventures bien particulières ! À vous de la découvrir …

Avant de passer aux quelques extraits, je ne peux que vous parler d’une scène géniale qui m’a beaucoup marqué. Sans rien révéler du personnage et de l’action, je vous avertis, chers lecteurs, qu’à un certain moment, sur un lit d’hôpital, l’auteure nous décrit parfaitement le réveil d’une conscience, avec ses allers-retours et cette lumière qui guide parfois l’inconscient vers le réel. Ou l’irréel ! À ne pas manquer !

« Ce n’était plus le brouillard qui se refermait sur elle, mais la noirceur qui envahissait sa conscience. »

« Il pensait alors oublier son passé, mais il avait vite compris que l’on efface rien, on apprend seulement à vivre avec ses souvenirs. »

Bonne lecture !

La sélection naturelle

Sylvie-Catherine de Vailly

Recto-Verso

2014

220 pages

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Reflex de Maud Mayeras

Certains livres vous marquent plus que d’autres ! On referme la dernière page, on prend quelques secondes pour souffler, réfléchir et on se demande si on a aimé ou non, et jusqu’à quel point on recommande la lecture que l’on vient de terminer.

Généralement, c’est de cette façon que votre dévoué blogueur se comporte à la fin de sa lecture !

Cependant, après avoir terminé la lecture de « Reflex » de Maud Mayeras, jamais je ne me suis demandé si j’avais aimé ou pas. Non ! Tout ce qui émergeait, c’était les émotions vécues, l’empathie envers les personnages et la boule de sentiments qui bloquait impérativement ma respiration. Ce roman n’est pas truffé de sang et de violence ; ce roman s’adresse au lecteur par le biais de son cœur et de sa compréhension de la misère humaine qui se transmet de génération en génération comme un héritage de douloureux malheurs. Ce roman n’est pas un roman policier, il est un formidable thriller psychologique, du genre de ceux qui vous clouent sur votre chaise de lecture et qui vous serrent le cœur dans un étau de fièvre et d’émotions.

Iris Baudry est une photographe judiciaire, appelée à toute heure du jour et de la nuit sur les scènes de crimes les plus atroces. Un appel la ramène sur les lieux de son enfance, à l’endroit même où il y a quelques années, son fils a été assassiné. Troublée, elle revoit sa mère qui a pourri son enfance, habite temporairement la maison où elle a vécu et se rend compte que les circonstances du meurtre du jeune garçon ressemblent à celles de son fils.

Tous ces éléments déclenchent un pénible retour en arrière, une succession d’images où le père trop vite parti, la mère, croque-mitaine despotique et la perte tragique de son fils hantent les jours et les nuits de la photographe. Les murs de la maison familiale deviennent l’écran où le film de son enfance se déroule comme une succession de violences physique et morale.

Quelque part en septembre 1919, Julie Carville vit une enfance normale. Heureuse. Elle fêtera bientôt ses 13 ans ! Tout bascule quand elle rencontre sur sa route, trois soldats qui l’agressent et la violent sauvagement ! Enceinte, elle se fait jeter à la porte de la maison par son père parce qu’elle a entaché l’honneur de la famille. Ostracisée par sa famille et répudiée par les gens du village qui la traitent de trainée, elle se retrouve quelques mois plus tard, dans un pensionnat pour jeunes filles où la tendresse, la compréhension, la douceur et le pardon ne faisaient pas partie des qualités exigées aux religieuses qui y oeuvraient.

Lucie y est née et sa descendance viendra assurément rejoindre l’histoire des meurtres des jeunes garçons.

« Reflex » est un roman passionnant ! En plus, il est superbement bien écrit ! Maud Mayeras semble posséder une plume qui glisse sur le papier avec une douceur toute en contradiction avec le ton et la noirceur de son roman. En plus, elle a commencé une grande partie des quelques 58 chapitres du roman par une phrase qui revient, d’une façon lancinante, comme un mantra obsédant : « Je n’aime pas … »

J’ai trouvé cette idée géniale … pour son pouvoir d’évocation et sa capacité à situer un personnage envoûtant ! Et au fur et à mesure, ces incipits de chapitre se transforment en un clin d’œil triste et désolant, entre l’auteur et le lecteur. En prime, ces premières phrases nous donnent de beaux moments de poésie, une écriture qui souvent nous charme par sa beauté et son pouvoir d’envoûtement

Inutile de vous dire que je vous conseille grandement ce roman, complexe et haletant qui vous transporte vers une finale pleine de rebondissements. Et ce, malgré une petite erreur (une grossesse qui dure 11 mois !) que le travail d’édition aurait dû corriger ! Mais les grandes qualités du roman et de son auteure compensent grandement cette coquille.

Quoi de mieux pour vous illustrer le style et le ton de Maud Mayeras dans ce roman, que de terminer cette chronique en citant le premier paragraphe du dernier chapitre :

« Je n’aime pas les adieux. Ils ne me font rien. Ni bien, ni mal. Que dalle. Les adieux sont une foutue perte de temps. »

Et voici quelques autres extraits, avant de vous souhaiter une bonne lecture !

« La mort donne dans le détail, elle ne cherche pas à faire beau, elle fige l’homme dans toute sa plus ridicule simplicité. »

« Je n’aime pas les lueurs vives du matin, celles qui rendent vos peurs moins visibles. Elles les planquent jusqu’à la nuit tombée, où elles vous abandonnent avec délectation à vos terreurs délaissées. »

« Il faut que je la voie. Je veux contempler sa déchéance, la regarder danser au milieu des fous, rire en la regardant crever à petit feu. Peut-être alors serai-je enfin soulagée. »

Bonne lecture !

Reflex

Maud Mayeras

Éditions Anne Carrière

2013

364 pages

Maud Mayeras présente "Reflex" !

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Une enquête d'Aloysius Pendergast: Tempête blanche

Vous ne connaissez pas encore cet élégant agent du FBI, aux cheveux blonds presque blancs, aux yeux bleus perçants, habillé de noir et portant un drôle de prénom, Aloysius Pendergast ? Vous n’avez jamais lu ce duo extraordinaire, Douglas Preston et Lincoln Child, qui donne vie à ce personnage hors du commun, souvent imprévisible mais toujours efficace ? Vous n’avez jamais été happé par les récits bien montés, thrillers époustouflants qui passionnent le lecteur dès les premières pages ?

« Tempête blanche » sera donc pour vous, une excellente porte d’entrée donnant accès à la découverte de romans écrits à quatre mains, complices, harmonieuses et parfaitement synchronisées. Ce roman vous transportera dans l’univers d’Arthur Conan Doyle, au sein d’un riche village du Colorado et dans l’histoire sordide d’un ours mangeur d’hommes, ayant fait son repas d’onze prospecteurs, en 1876. Comment une enquête de Sherlock Holmes, totalement inconnu jusqu’à maintenant, peut-elle aider à résoudre deux enquêtes autour de meurtres crapuleux pendant qu’un pyromane embrase toute la région ?

Corrie Swanson est étudiante à l’Institut John Jay de justice criminelle ; de plus, elle est la protégée d’Aloysius Pendergast, qui l’a prise sous son aile. À la recherche d’un sujet de thèse, elle se penche vers une histoire sordide qui a eu lieu en 1876 et veut analyser les ossements des hommes qui ont été dévorés par un ours, dans la montagne près du petit village de Roaring Fork, une station de ski pour gens très, très riches.

Ses recherches réveillent des souvenirs chez quelques résidents du village qu’ils voudraient bien garder enfouis, au plus profond de la montagne. Et pendant ce temps, des personnes meurent dans des incendies criminels, allumés par un pyromane impitoyable. L’enquête bouleversera la quiétude de cette petite ville, dépassera grandement les compétences du chef de police locale, nous fera rencontrer une galerie de personnages assez intrigants dont une dame aux pouvoirs qui semblent illimités, Betty Brown Kermode, propriétaire de l’agence immobilière.

Au centre d’un complot contre elle, Corrie est emprisonnée et son protecteur devra intervenir pour la sortir des filets de la justice et lui donner un coup de main pour qu’elle puisse continuer son enquête. Commencent alors deux enquêtes extraordinairement intelligentes où en provenance de l’au-delà, Conan Doyle, par une information que lui aurait révélée Oscar Wilde (comme vous voyez, j’ai de la suite dans mes lectures … !) viendra aider Pendergast dans son enquête.

Une remarque qui m’apparaît être assez révélatrice du talent de ces deux auteurs : ils ont le chic pour développer les « acteurs de soutien » ! Corrie Swanson, que l’on a déjà rencontrée dans un autre roman, prend la place première dans cette aventure et Pendergast, joue un rôle plus effacé, plus en nuances (même si à un moment donné, il touche au fantastique) … et le lecteur l’accepte et s’en réjouit. À cause de sa prestance, son style, Aloysius prend beaucoup de place mais il laisse quand même à sa protégée quelques rayons de soleil qui la mettent en valeur.

Comme dans tous les romans que j’ai lus de ces deux auteurs, j’ai retrouvé une bonne histoire, un mystère complexe et une enquête finement brodée. Le personnage de Pendergast à lui seul, vaut le détour. Quand on commence la lecture d’une enquête de Preston Child, il faut s’attendre à dormir peu … toujours à l’affut du prochain chapitre, victime du syndrome du « encore quelques minutes avant d’éteindre la lumière ».

Alors, si vous ne les connaissez pas, partez à leur découverte ; et si vous les avez déjà rencontrés, « Tempête blanche » mérite un petit détour !

Bonne lecture !

Quelques extraits :

Une description de Pendergast :

« Son visage, d’une blancheur irréelle, semblait sculpté dans un bloc d’albâtre. Il avait les cheveux d’un blond tirant sur le blanc et ses yeux bleu argenté lui donnaient des allures d’extraterrestre. Jenny se demanda un instant s’il s’agissait d’une star. »

« L’exaspération qui habillait ses traits céda peu à peu la place à un sentiment bien différent : l’admiration. »

« Corrie devait choisir entre la peste et le choléra. »

Tempête blanche

Preston & Child

L’Aechipel

2014

427 pages

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Published by Richard -

"Jack" revu par Hervé Gagnon

Pas encore un autre livre sur Jack l’éventreur ?

Ben oui !

Et ?

C’est très, très bon !

Avec « Jack », Hervé Gagnon a réussi une mission presque impossible, intéresser un lecteur de polars avec une histoire qui nous parle encore de Jack the Ripper ! Oui, oui, intéressant et même passionnant !

Il est évident que cet auteur a du métier. Hervé Gagnon possède une feuille de route riche et bien remplie. Historien et muséologue, il a écrit quelques séries historiques pour la jeunesse et pour les adultes. J’avais plus particulièrement adoré les deux tomes de "Malefica", l’histoire de cette belle rousse aux prises avec l’inquisition et l’ignorance.

Bref, soyez certain que vous ne vous ennuierez pas en lisant les romans de cet auteur : de l’action, des rebondissements, de l’histoire, grande et petite et des personnages attachants. La finale de ce premier polar était tellement pleine de renversements que je me suis senti comme une crêpe !

Mais d’abord, situons l’histoire !

Montréal, 6 août 1891, peu avant minuit. Dans les quartiers sales et glauques du sud de la ville, un meurtre est commis. Une prostituée est assassinée ! Comme dernière pensée, dans les mains de son cruel assassin, elle se demande si mourir fera mal, habituée qu’elle est, aux pires souffrances de la vie. Elle meurt, et ça n’intéresse personne ! Ni la police ni la presse et encore moins les ouvriers de ces quartiers qui se battent pour leur survie.

Joseph Laflamme est journaliste ou du moins, il espère être engagé par un journal. Il survit en vendant ses articles à la pige. Il demeure avec sa sœur, Emma qui, elle, essaye de joindre les deux bouts en faisant de la couture à la maison. Joseph est amoureux de Mary O’Gara, une jeune péripatéticienne qu’il s’achète de temps en temps. Quand il en a les moyens et quand la boisson lui laisse un peu d’énergie.

Ce matin, au journal, il apprend le meurtre d’une prostituée. Effrayé par la possibilité que ce soit sa belle Mary, il court à l’hôpital et se rend compte que la victime lui est complètement inconnue. Cependant, il apprend alors les circonstances de l’agression sauvage et conclut, de concert avec le médecin, qu’un tueur fou se cache à Montréal. Il y voit, enfin l’occasion de faire ses preuves. Il se lance donc dans une enquête personnelle, à l’encontre des recommandations des policiers, à la poursuite de bons sujets d’articles et probablement, de l’assassin.

Quels sont les liens entre le tueur de Montréal et celui de Whitechapel, disparu il y a trois ans ? Jack The Ripper aurait-il traversé l’Atlantique ? Cette série de meurtres dans la métropole québécoise ressemblent étrangement à ceux commis dans la capitale anglaise.

Tout au long de cette quête de vérité à saveur de scoops journalistiques, Joseph Laflamme se frottera à une police municipale laxiste, à un pouvoir politique qui n’aime pas qu’on fouille dans ses affaires et à de mystérieux Francs-Maçons qui semblent être impliqués dans cette histoire.

Hervé Gagnon répond à toutes ces questions en nous concoctant une intrigue bien ficelée et en installant une tension qui augmente au fil des pages. En plus, il nous dépeint d’une façon fort réaliste, l’atmosphère de cette fin de siècle dans les quartiers mal famés du Red Light montréalais. Pas une page d’ennui, pas un chapitre inutile, une écriture efficace qui emporte le lecteur vers une finale imprévisible.

L’auteur s’amuse même à jouer avec le lecteur. À un certain endroit, j’ai remarqué une incohérence (plaisir de lecteur !!!) ; immédiatement, je l’ai notée dans la marge. Puis un peu plus loin, sans avertissement et avec finesse, une explication venait éclaircir la chose ! L’incohérence s’était transformée en un fait réaliste, parfaitement en accord avec le temps, l’espace et les faits du roman… J’étais victime de mon désir de prendre en défaut un auteur qui réussissait à me clouer sur ma chaise de lecture. Bravo l’artiste !

Alors, inutile de vous dire que je vous recommande grandement ce premier polar d’Hervé Gagnon. Vous y découvrirez des personnages sympathiques, attachants à cause de leur humanisme, malgré leurs défauts. Et comme moi, vous souhaiterez retrouver ce journaliste dans une prochaine enquête.

Bonne lecture !

Voici quelques extraits :

« Le plus vieux métier du monde, disait-on. Martha Gallagher n’était peut-être pas instruite, mais elle n’était pas stupide non plus. Si le premier client avait eu de quoi payer, c’est qu’il existait forcément au moins un métier plus vieux que celui de prostituée. »

« Avec un frisson d’appréhension, il se rendit soudain compte que la distance qui le séparait de la prison s’était considérablement réduite. »

« God save the Queen, Great Britain and Ireland, and our Order. »

Jack

Hervé Gagnon

Expression noire

2014

400 pages

« L'historien travaille avec les faits connus. Le romancier remplit les vides. »

Hervé Gagnon

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Oscar Wilde et le mystère de Reading

Je l’avoue, cette série écrite par Gyles Brandreth est devenu un petit plaisir coupable. Après « Oscar Wilde et les crimes du Vatican », je me suis procuré le dernier en date de la série, « Oscar Wilde et le mystère de Reading » et je suis maintenant un amateur et un fan convaincu. J’adore cette série et j’ai commandé les premiers.

On retrouve dans ce roman, le flamboyant Oscar Wilde, perdant de sa superbe quand il est emprisonné à Reading, accusé de sodomie et condamné aux travaux forcés (Un fait réel !). Le roman commence à sa sortie de prison, il se rend à Dieppe où il rencontre un mystérieux étranger, très intéressé à connaître l’histoire de ses deux dernières années, comme prisonnier.

Commence alors, ce long récit, des jours sombres du poète, emmuré dans une prison lugubre et entouré de compagnons tout aussi condamné au silence et aux durs travaux. Sur cette terrasse du Café Suisse, l’atmosphère généreusement arrosée d’un flot continu de Perrier-Jouet, le volubile Oscar Wilde racontera les misères et les souffrances qu’il a subies.

Un récit passionnant qui m’a rappelé, parfois, l’extraordinaire roman de Sam Millar, « On the Brinks » où l’inconfort des prisons britanniques et la violence des gardiens se vivent au quotidien des prisonniers.

Rien de banal dans l’histoire de Wilde !

« Tout dans ma tragédie est hideux, infâme, repoussant, dénué de style. »

Les longues journées de travaux qui écorchent la peau des doigts, le silence et l’isolement à tous les moments de la journée, les repas infects, le manque de contact humain et tout ce temps, à ne rien faire, ce temps perdu dans la noirceur de sa cellule sale et froide. Et d’étranges discussions avec un autre prisonnier, A. A. ; inquiétant, manipulateur, à l’esprit tordu et aux amitiés calculatrices.

Deux années éprouvantes pour le dandy de la littérature anglaise, 24 mois de torture physique et mentale, avec peu d’espoir d’en sortir vivant !

Heureusement (?), un des gardiens est assassiné et Oscar se met à enquêter, à essayer de faire la lumière sur les circonstances nébuleuses de cet acte de violence perpétré sur un des gardes les plus violents et profiteurs.

L’espoir renait ! Oscar Wilde semble revivre.

Quelques extraits pour vous convaincre … :

« … avant sa chute et son incarcération Oscar Wilde était un homme heureux. Le bonheur était, pour ainsi dire, l’essence même de sa personnalité. Oscar Wilde était une fête – c’était une fête d’être avec lui, une fête de le connaître. Il aimait la vie : il la savourait. »

« Je méprise les journalistes : ils passent leur temps à s’excuser en privé de ce qu’ils ont écrit en public. »

« Mon séjour à Pétonville fut un enfer. Pendant quatre semaines, j’endurai la torture du moulin. Heure après heure, jour après jour, nous étions trente-deux malheureux anonymes, silencieux, sans visage, enfermés dans une gigantesque roue en bois où nous marchions, marchions, marchions – sans autre but que notre humiliation. »

Bonne découverte et bonne lecture !

Oscar Wilde et le mystère de Reading

Gyles Brandreth

Grands détectives 10-18

2013

402 pages

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"Un voyou exemplaire" de Jacques Savoie

Et voilà que Jérôme Marceau quitte les profondeurs du Montréal souterrain pour nous emporter vers la Floride, les Îles Vierges et les chauds pays des paradis fiscaux. Notre policier, spécialiste des couloirs du métro montréalais, se transforme pour une enquête, en une espèce de James Bond handicapé, traquant les méchants à col blanc et à cravate de soie.

« Un voyou exemplaire » est la quatrième enquête du policier métissé de Jacques Savoie. Cette aventure semble marquer un tournant dans la carrière de son héros. Plus complexe, un peu plus sûr de lui, souvent empêtré dans ses histoires d’amour mais toujours fidèle à ce fils emprunté, Jérôme Marceau prend d’assaut, entêté et seul, le monde de la finance et du blanchiment d’argent.

Haut dirigeant d’une banque internationale, Fernand Gervais, est retrouvé mort dans son bureau. Il a été pulvérisé par une bombe insérée dans un colis piégé : sa tête a été désintégrée, ses mains, arrachées ! À quelques rues de là, un groupe de contestataires du mouvement « Occupy Wall Street » paraissent d’excellents suspects. Soucieux de fermer le dossier au plus vite, tous sont convaincus de leur culpabilité. Un des manifestants revendique même le crime. Jérôme Marceau, doué d’un sixième sens, a un doute, un soupçon .

Malgré les difficultés que vit son équipe à la suite de la fusillade de la précédente enquête ( voir Le fils emprunté ), il se fait aider par Tom O’Leary, son fidèle second en congé de maladie et par Isabelle Blanchet, sa policière spécialiste de l’informatique … aux méthodes frôlant parfois l’illégalité

De plus, sa vie sentimentale prend un tournant assez questionnant. Jérôme semble de plus en plus s’éloigner de Jessica. Au cours de l’enquête, il sera hanté par l’image de Sonia Ruff, la greffière aux lèvres pulpeuses, qui comme lui, a témoigné à la commission d’enquête Teasdale sur les agissements du juge Adrien Rochette et sur son assassinat.

Tout est alors en place pour cette enquête complexe où certains fantômes semblent réapparaître dans des endroits inattendus. L’action débute lentement ; Marceau trébuche parfois et sa hiérarchie ne semble pas vouloir l’ aider. On se demande même si l’affaire sera élucidée. Mais au moment où notre enquêteur décide de se cacher dans la presque illégalité, l’action part sur les chapeaux de roues (la chronique étant écrite pendant la fin de semaine du Grand Prix de Montréal…) et le lecteur pénètre avec Marceau dans le monde étrange des grandes banques et du blanchiment d’argent. D’une petite enquête « pépère », on passe, tout à coup à un film de James Bond … sans effets spéciaux, évidemment !

J’aime beaucoup l’écriture de Jacques Savoie. Son métier de scénariste transcende ses phrases pour les transformer en images dans la tête de son lecteur. Chaque roman de cet auteur ferait un très bon film. On espère encore voir « Cinq secondes » au grand écran !

Laissez-vous happer par ce récit qui commence lentement et qui au fil des pages, vous emportera dans un tourbillon d’actions et de surprises. Sans jamais ressentir la recherche documentaire derrière ce monde assez étrange des grandes banques internationales, j’ai vraiment apprécié suivre ces « messieurs en habit trois morceaux », sous des airs de personnes fort respectables, qui semblent travailler honnêtement et profitent éhontément de leurs crimes économiques.

« Un voyou exemplaire » s’avère une bonne lecture d’été et saura vous emporter dans un monde qui nous était inconnu ! Et ce, jusqu’à la fin !

Quelques extraits :

« Ses mots auraient été des cubes de glace se fracassant sur les murs sans émettre le moindre son. »

« Les voisins étaient des retraités bedonnants branchés sur la télé, une bière à la main, tellement médicamentés qu’ils confondaient leur état végétatif avec le paradis terrestre. »

« Des dizaines de montagnes pointues s’élançaient vers le ciel comme des mamelles gonflées de l’abondance de la terre. Certaines descendaient jusqu’à la mer, où les vagues les taquinaient de leurs caresses ininterrompues. »

Bonne lecture !

Un voyou exemplaire

Jacques Savoie

Expression noire

2014

367 pages

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Published by Richard -

"D'autres fantômes" de Cassie Bérard

« Il faudrait que tu m’expliques d’où te vient le talent d’entortiller ainsi la fiction »

D’autres fantômes

Page 406

Quel plaisir de commencer une chronique en posant une question à l’auteure avec ses propres mots ! Interpeler celle qui nous a offert ce roman qui mérite grandement notre attention.

Cassie Bérard publie un premier roman, « D’autres fantômes » où son écriture a déjà atteint un niveau de maturité impressionnant. Portée par une musicalité et un pouvoir d’évocation déroutant, l’histoire nous précipite dans un abyme délirant. Je me suis senti happé par le vent de l’histoire, soulevé par la richesse de la langue et comme les feuilles à l’automne, je me suis pris dans le tourbillon, virevoltant entre les personnages étranges, les fausses pistes et les surprenantes rencontres.

Albert assiste au suicide d’une jeune fille à la station Trocadéro du métro parisien. Sa vie de père et de mari en sera bouleversée. Compulsivement, en dehors de toute logique, il se mettra à la recherche du passé de cette jeune femme. Sa vie, tout comme celle des gens qui l’entourent, tournera au cauchemar. Comme si un cauchemar n’arrivait jamais seul, son enfance, sa relation avec sa famille et la complicité avec sa sœur Juliette viennent hanter les rares moments où sa quête de la vérité le laisse en paix.

Le fossé se creuse entre lui et sa femme, Viviane ; il ressent l’éloignement, la chute, l’effondrement mais rien, absolument rien ne peut l’arrêter dans sa quête obsessionnelle. Qui se cache derrière cette morte du métro ? Mais aussi, que s’est-il passé dans cette enfance si obscure qui a fait en sorte qu’il s’est senti abandonné par Juliette, sa sœur tant aimée ? Quel est ce secret qui semble avoir imprégné la vie de ses parents et de ses grands-parents ?

Mais surtout, qui est-il, lui, l’enfant, le frère, l’homme et celui qui veut percer les secrets de ce corps désarticulé sur les rails du métro ?

En plus de la mort et de l’absence, « D’autres fantômes » est un roman de l’obsession où à chaque page, on sent l’inexorable descente des personnages vers un ailleurs plus noir ! Le style envoutant de Cassie Bérard donne encore plus de poids à cet enfer de plus en plus présent. Chaque mot, chaque phrase, donne l’impression que les murs se rapprochent et privent l’arrivée d’air qui étouffe les personnages. Comme lecteur, on assiste, impuissant, à ce spectacle désolant mais comme amoureux de la littérature, on se délecte des mots et des images de l’auteure.

Vous aimez les romans d’atmosphère et les histoires bien écrites ? Pour vous, une belle phrase bien tournée, est un moment magique que vous aimez collectioner ? Voici un premier roman très réussi ! Alors laissez-vous hanter par « D’autres fantômes » et découvrez cette jeune auteure qui vous surprendra par son talent … à vous surprendre.

Quelques extraits …

« Les larmes, peut-être, agissent comme de l’engrais pour l’herbe des cimetières. Cela expliquerait le gazon si vert et si droit. »

« Comme ces visages de la nécrologie. Ces gens ont à peine franchi le sol et voilà qu’on rencontre leur regard pour la première fois. On croirait qu’ils sont nés le jour même où ils devaient mourir. »

« Nous inventions, sous notre tente de couvertures, des mondes où les parents dormaient enlacés et où la famille était un grand lit, rassurant et douillet. »

« Il y aurait lieu de se croire dans un parc, de s’asseoir sur le banc de bois verni qui patiente en bordure du chemin dallé et de s’offrir un sandwich, un orchestre, de respirer l’air frais en profitant du calme, si ce n’était de ces arbres, leur feuillage terne, couvrant d’un champ d’ombre l’allée qui mène en serpentant à la porte principale du bâtiment de brique brune. La morgue. Pardon. L’institut médico-légal. Parce que ça sonne moins glauque, que ça évoque moins les morts, qui pourtant gèlent à l’intérieur, que ça laisse l’impression que c’est davantage une spécialité qu’une fatalité, mourir. »

« C’est un refrain vicieux, cette enfance qui revient me chercher. »

Bonne lecture !

D’autres fantômes

Cassie Bérard

Druide

2014

421 pages

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