Polar, noir et blanc

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"Wildwood" de Johanne Seymour

Sortir des sentiers battus, ouvrir des portes différentes aux lecteurs et surtout, continuer à les charmer, à leur raconter joliment une bonne histoire, tout en laissant son personnage fétiche au placard, voilà le défi que Johanne Seymour s’est donné avec « Wildwood ». Et qu’elle a réussi haut la main.

« Wildwood » est un excellent roman d’apprentissage, un récit où l’atmosphère de la fin des années 60 embaume de musique et d’odeurs de pizza et de hot dogs grillés, où l’auteure nous fait vibrer à travers les réflexions d’une jeune adolescente de 16 ans, vivant le dur passage de l’adolescence vers un monde que l’on dit adulte. De plus, le naturel revenant au galop, elle ne délaisse pas sa plume d’écrivaine de polars pour nous tisser une intrigue passionnante qui enrichit le récit et accroche l’attention du lecteur. Sans lui laisser de pause ! Une journée et j’avais terminé le roman !

« Wildwood » est une réussite sur toute la ligne. Dans ce roman, le talent de Johanne Seymour s’exprime à travers la tendresse et la naïveté de son personnage, immergée dans un monde en folie où la violence de la guerre du Vietnam s’exprime dans les journaux, à la télévision, mais aussi, dans un lieu habituellement consacré aux vacances. Tout au long du récit, on ne peut que se laisser porter par Michelle, cette adolescente qui rêve d’un amour d’été avec un beau life-guard américain, entourée par un père silencieux et une mère qui parle trop. Et un couple d’amis, Denise et Ben, souffrant eux-mêmes de ce monde en mutation, d’un pays en guerre au Vietnam. Choc post-traumatique, angoisse d’un éventuel départ, amère découverte d’un monde qui teinte ce passage obligé vers l’âge adulte et qui jette un nuage noir sur une période qui devrait se vivre dans l’insouciance.

Comme à chaque année, Michelle, fille unique de Rose-Anne et de Rolly Trudel, part avec ses parents, pour un séjour de trois semaines à Wildwood. Cette année-là, à 16 ans, elle a décidé qu’elle en profiterait pour passer à une autre étape de sa vie : quitter l’adolescence et devenir une femme. Évidemment, cela passe par l’amour ! Toute une commande pour une jeune fille rangée, avec un sens du devoir indéfectible et une culpabilité à fleur de peau, exacerbée par une éducation religieuse tricotée serrée.

Elle rencontre Tom, Thomas Riley, un bel Américain charmant et ténébreux, un life-guard autour duquel, tournent les plus jolies filles de la plage. Comment ce gars-là peut l’aimer, elle qui a si peu à offrir, pas belle, peut-être jolie, et sans formes aguichantes ? Qu’est-ce qui se cache derrière ces yeux un peu tristes qui regardent l’horizon, au-dessus de la mer, du haut de son siège surélevé ?

Et le drame survient !

Michelle et ses amis découvrent le corps d’une jeune fille sous le quai. L’enquête est confiée à Sam Garcia, un policier local qui agira avec Michelle comme un père protecteur. Dès ce moment, l’enquête sur la mort de la jeune fille et l’histoire d’amour de Michelle se croiseront et s’entremêleront pour former un récit touchant, sensible et haletant. Mélange parfait pour tout amateur de littérature.

Johanne Seymour a fait le choix de se mettre dans le « cœur » de cette adolescente de 16 ans ; probablement parce qu’elle s’y retrouvait quand même un peu … Un roman écrit au « je » est toujours plus difficile à réaliser. Une auteure adulte, avec une certaine expérience de vie, qui doit se mettre dans la peau d’une adolescente, exprimer ses pensées et ses réflexions, avec son langage particulier et ce, sans laisser de côté son style d’écriture, voilà le pari que l’auteure a surmonté ! Même si parfois, on se demande si la grande maturité du personnage n’est pas un peu exagérée.

Cette incursion dans un passé pas si lointain nous transporte dans une de ces petites villes de la côte est américaine où chaque été, des histoires d’amour se créent et se terminent aussi rapidement qu’une descente dans les montagnes russes. On se prend d’affection pour les personnages, on y reconnaît certains traits de nos parents et on se rappelle ces vacances qui nous ont laissé quelques souvenirs agréables … ou pas.

Un conseil pour compléter le portrait : lisez le roman et tenez votre tablette ou votre téléphone intelligent pas très loin de vous. Tout au long du roman, Johanne Seymour parsème son récit de chansons des années 60 et qui font remonter à l’esprit, des airs, des paroles et un rythme bien particulier de cette époque. Beach Boys, Beatles, Robert Charlebois, Neil Diamond, nous revivons notre jeunesse dans les yeux et les oreilles de ces jeunes. Et pour les plus jeunes, voilà l’occasion d’alimenter votre IPhone de chansons qui vous feront du bien.

« Wildwood » est un excellent roman d’atmosphère où vous assisterez aux hauts et aux bas d’une jeunesse qui apprend à devenir adulte dans un climat qui ne favorise pas nécessairement les apprentissages. À travers les yeux de Michelle, parfois scintillants de bonheur ou à d’autres moments noyés dans une peine aussi immense qu’une ado peut la ressentir, l’auteure vous charmera par cette histoire d’amour d’été doublée d’une enquête sur la mort d’une jeune fille.

Pas un moment où l’on s’ennuie ! Une fois le roman terminé, quand les émotions s’estompent graduellement et que nous nous retrouvons à l’automne 2014, assis dans notre chaise de lecture, on applaudit le défi réussi de l’auteure … Et on en redemande. Sans oublier, évidemment, le plaisir anticipé de retrouver son personnage d’enquêteure fétiche !

Quelques extraits pour vous mettre l’eau (de mer) à la bouche !

« Moi, j’avais seize ans et je n’avais qu’un désir : quitter l’adolescence qui me pourrissait l’existence. »

« Mes parents vivent en vase clos. Parfois, j’ai l’impression de les regarder de l’extérieur du bocal. »

Existe-t-il une personne, n’ayant jamais eu ce genre de réflexion. J’avoue l’avoir vécu comme ado … mais aussi comme parent !!! Ah misère !

« Je maudis l’adolescence. Ce purgatoire par lequel on doit nécessairement passer pour devenir adulte, mais pour lequel il n’existe aucun manuel nous indiquant comment en sortir. Je me demande même si la vie adulte n’est pas un mythe. Si il y a vraiment un « après-adolescence » … »

Bonne lecture !

Wildwood

Johanne Seymour

Libre Expression

2014

245 pages

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Published by Richard -

"La grande liquidation" de Patrick Senécal

Je viens de terminer la lecture du quatrième volet de la série Malphas, « La grande liquidation ».

Ces personnages, tous irréels dans leur réalité, avec un brin de folie, une dose de fantastique et ce petit frisson de peur qui nous surveille pour mieux nous surprendre (comme des corbeaux diaboliques !!!) ; Et ils me manquent déjà ! Oui, je m’en ennuie déjà !

Nicolas Sarkozy, professeur passionné, courageux devant l’adversité, mais si faible devant un soutien-gorge bien garni. Et tellement sympathique ! Ce chevalier des temps modernes qui veut résoudre l’énigme de la cave désenchantée, détruire ce château maléfique, et conquérir la belle Rachel. Tout en découvrant, de plus en plus, une amitié indéfectible avec son Sancho Pança au langage si particulier et au journalisme lyrique comme un rapport de police.

Parlons-en de ce Simon Gracq, fidèle ami, prêt à tout et au pire pour supporter Sarkozy ( et aussi Hollande …). Comme je vais m’ennuyer de ses phrases alambiquées, de sa poésie urbaine et de ses réflexions drôles mais constructives. Ah que j’aime ce personnage ! Tellement plaisant à lire que l’on ne pense pas à la difficulté que doit connaître Patrick Senécal à écrire ces textes !! N’essayez pas ça à la maison, Senécal est un professionnel !!!

Et quel plaisir prend-on à haïr ces affreux Archlax, père et fils, qui ont conçu ce projet maléfique grâce à leurs alliances sardoniques. Ne nous gênons pas pour mettre dans le même panier leurs sous-fifres, pleutres et veules, le médecin Durencroix, le policier Garganruel et le toujours présent garde de sécurité, Fork. Une équipe soumise à la terreur du vieux Archlax, obnubilé par son projet diabolique.

Je réserve un paragraphe spécial aux deux sorcières Fudd : la très vivante Mélusine aux talents limités par ses excès éthyliques et sa mère, Médusa, assise sur le divan depuis sa mort et qui jette un regard vide mais pertinent sur ce qui se passe autour d’elle.

N’oublions pas ces enseignants de la salle de profs, si particuliers mais criants de vérité, cette sympathique Zoé Zazz, ce Davidas qui ne comprend jamais rien, Valaire, le poing dressé, prête à tous les combats et surtout, l’exubérant Mortafer aux désirs sexuels incontrôlables. Et les classeurs qui s’ouvrent tout seuls, difficiles à oublier ! Et au milieu de ce local, la très belle Rachel, intrigante et mystérieuse, mue par un objectif qui nous est insaisissable jusqu’à la fin du roman.

Et enfin, dans une atmosphère de printemps érable marqué par l’affrontement entre les étudiants au carré rouge et ceux qui voudraient franchir les piquets de grève, sous le plancher du rez-de-chaussée, dans cette cave au bout de l’ascenseur au code secret, se vit un drame, dans cette petite société particulière marquée au sceau des difformités et des handicaps mais aux forts accents d’humanité.

Oui, ils vont me manquer mais ils m’auront laissé une bonne histoire, bien racontée où le lecteur accepte de jouer le jeu et de donner toute la crédibilité à ce qui se passe dans ce CEGEP, au centre de la très célèbre ville de Saint-Trailouin. Si on se rappelle, à la fin du 3e tome, Julien Sarkozy quittait Malphas sous la menace des Archlax de s’en prendre à son fils, s ‘il continuait l’enquête. On le retrouve donc à Drummondville, libraire dans un commerce de livres usagés. Le départ de son fils pour l’Europe, réveille en lui le désir de l’intention de vouloir (Simon Grack sort de mon ordinateur !!!) retourner à Malphas pour enfin, reprendre son enquête et arrêter les agissements des Archlax.

Grâce à la magie de Mélusine Fudd et à l’aide précieuse de Simon, il pourra enseigner au CEGEP sans qu’il soit reconnu et peut-être, faire mentir la prédiction que tout se terminera dans les pleurs, son sexe en érection et les mains ensanglantées.

Évidemment, quand on connaît Patrick Senécal, la fin ne pouvait être banale. Je dirais même que ça frôle le grandiose, l’affreux et l’horrible, décrit avec la maestria du maître de l’horreur, sans tomber dans la facilité et le morbide. C’est presque beau ! Et le dernier chapitre !!! Tout en tendresse et en optimisme … mais en nous laissant une petite touche d’amertume et de scepticisme ! Une fin magistrale !

Oui, je vais m’ennuyer des personnages de Malphas, mais aussi de l’humour de l’auteur, des phrases alambiquées de Simon et de ses comparaisons parfois caustiques mais toujours drôles. La série des Malphas est terminée mais heureusement, Patrick Senécal écrira encore ! Et nous fera longtemps profiter de son imaginaire bien à lui !

Pour faire durer le plaisir, voici quelques extraits de ce 4e Malphas :

« N’ayons pas peur des mots : je suis bouleversé. Je ne croyais plus me retrouver devant une classe un jour, alors imaginez. Et même si c’est à Malphas, face à des jeunes qui sont aux étudiants ce que la musique rap est au féminisme, je ne peux m’empêcher d’éprouver le même sentiment proustien que ressent le républicain chez un armurier. »

Celle-là, pour me faire plaisir : « Je crois comprendre où il veut en venir et je le considère avec le même scepticisme que si j’entendais le gouvernement annoncer un investissement majeur en éducation. »

Un clin d’œil de l’écrivain : « Bon, OK, j’avoue que ma comparaison de tout à l’heure provenait de Gracq, mais je ne suis pas le premier écrivain qui pique les phrases de son entourage. »

Du bon Simon Grack : « … mais il a tellement insisté ses acharnements que j’ai fini la conclusion en accédant à l’acceptation. »

Et pour terminer, du grand Simon Grack : « En direction de l’avant, camarade ! On a un blind date avec un rendez-vous de l’Histoire ! »

Bonne lecture !

La grande liquidation

Malphas, tome 4

Patrick Senécal

Alire

2014

587 pages

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Prix de Saint-Pacôme 2014: Andrée A. Michaud

Samedi dernier, se tenait la soirée de gala du Prix Saint-Pacôme 2014 pour récompenser le meilleur polar et le meilleur premier polar québécois.

Encore une fois, charmé par l’accueil chaleureux des Pacômois et des Pacômoises, le milieu du roman policier québécois a démontré toute sa vigueur, sa vivacité, son talent et sa diversité.

La grande gagnante de la soirée a été Andrée A. Michaud avec son excellent roman « Bondrée ». Elle s’est méritée le Prix Saint-Pacôme du meilleur roman policier québécois et, fait assez rare dans l’histoire de la Société du roman policier de Saint-Pacôme, elle a obtenu la faveur du Club de lecture de la bibliothèque Mathilde-Massé et elle a reçu le Prix Coup de cœur des lecteurs. Ainsi, pour une première fois, le jury du grand prix et les lecteurs du club ont choisi le même roman. Félicitations à Andrée A. Michaud.

En ce qui concerne le Prix du meilleur premier roman policier, Hervé Gagnon s’est vu remettre ce prix pour « Jack », dernier roman de l’auteur qui revisite le mythique Jack l’éventreur et qui ose même, le transporter dans le Montréal du XIXe siècle.

Rappelons, que le roman d’Hervé Gagnon était aussi en nomination au Prix du meilleur roman de l’année, de même que « Louise est de retour » de Chrystine Brouillet.

En après-midi, juste avant la table ronde où les auteurs ont échangé sur les styles et le polar avec Éliane Vincent, Morgane Marvier et Norbert Spehner, l’animatrice de la table ronde a souligné (merci beaucoup Éliane !) l’apport et le succès du recueil « Crimes à la librairie », dirigé par votre humble chroniqueur.

Je me permets de mettre quelques photos illustrant cette journée, tout en remerciant les membres de la Société du roman policier de Saint-Pacôme pour leur accueil et leur implication. Votre organisme est essentiel au développement du polar québécois.

Merci !

Et bonne lecture !

Bondrée

Andrée A. Michaud

Québec-Amérique

2014

296 pages

P. S. Pour mes lecteurs européens, je mentionne que "Bondrée" est présentement disponible à la Librairie du Québec à Paris. Il en est de même pour "Jack" et "Louise est de retour". Et pour un survol du polar québécois, vous pouvez également vous y procurer "Crimes à la librairie" !

Comment pourrais-je vous laisser sans deux extraits de « Bondrée », juste pour vous dire qu’il faut absolument le lire et se délecter de l’histoire et du style d’Andrée A. Michaud.

« Ils y avaient tous laissé une part d’eux, un reste de candeur ayant survécu à l’âge adulte, une image, un rêve dans lequel la forêt ne se repliait pas dans une atmosphère d’outre-tombe, dans lequel le monde était encore vivable. Il y avait des lieux maudits et celui-là en était un, qui dissimulait ses pièges depuis des décennies. »

« Ce qu’on aurait voulu, c’est mener notre propre enquête. Avec un adulte en permanence autour de nous, aussi bien se mettre flambant nues et vociférer des obscénités en espérant que ça passe dans le beurre. Le matin, on était parties du principe qu’on était pas plus bêtes que Sherlock Holmes, qui parvenait à résoudre des énigmes tordues en fumant de la cochonnerie entre les quatre murs de son bureau, mais on avait vite déchanté. De un, on n’avait pas de bureau, et de deux, nos trois cigarettes restantes avaient été confisquées par le père d’Emma, qui avait dû les fumer dans notre dos. De toute façon, on était des filles de terrain, plutôt du genre Miss Marple, la corpulence en moins, qui ne serait parvenue à aucun résultat si on lui avait mis trois ou quatre parents dans les pattes. »

La remise du prix du meilleur roman policier québécois à Andrée A. Michaud

La remise du prix du meilleur roman policier québécois à Andrée A. Michaud

Finaliste au Prix de Saint-Pacôme et gagnant du prix du meilleur premier polar !

Finaliste au Prix de Saint-Pacôme et gagnant du prix du meilleur premier polar !

Finaliste au prix de Saint-Pacôme 2014

Finaliste au prix de Saint-Pacôme 2014

Le polar du Québec à l'honneur !

Le polar du Québec à l'honneur !

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"Écrire le mal" de Claude Champagne

« Le mal ne vit pas par lui-même … » dixit André, page 103.

« Écrire le mal »

Une couverture épurée où le mal prend toute la place.

En noir et blanc ! Comme si le mal mesurait tout l’espace à conquérir.

Une touche de rouge comme une tache de sang … qui s’étire, s’allonge et se traîne !

Un premier roman pour adultes de Claude Champagne, un roman noir, très noir ; assez pour qu’on se demande ce qu’il a pu écrire en littérature jeunesse !

Un premier polar qui annonce un talent certain vers une série de thrillers psychologiques à faire trembler d’effroi ses lecteurs.

Un premier roman policier où le criminel étale sans retenue toute l’essence du mal qui le possède, sans possibilités d’exorcisme ou de rémission.

Un premier thriller, signe avant-coureur d’un talent indéniable et d’une plume acérée comme un couteau tranchant.

Jean Royer est un écrivain, un dramaturge et un poète. Cependant, il n’a rien écrit depuis six ans, depuis le jour où sa fille a disparu. Sa belle adolescente de 15 ans s’est évanouie dans la nature. Une fugue ? Sûrement pas. Un enlèvement ? Probablement. Est-elle vivante ? Mystère !

Propriétaire d’une agence de détectives, le père de Jean Royer vient de mourir. Il lègue à son fils son agence où travaillent deux détectives, Fernand Levasseur et Roger Leduc, complices et amis de son père, depuis toujours.

N’étant aucunement intéressé par le travail de « privé », Jean se rend au bureau de son paternel décédé, pour annoncer aux deux détectives, son intention de vendre l’agence mais d’inclure une clause garantissant leur lien d’emploi.

Avant même de faire son annonce, une vielle dame entre et demande de l’aide pour retrouver l’assassin de son chien. En pleurs, la vieille raconte la découverte de son animal préféré, crucifié sur un arbre dans un petit bois près de chez elle. Curiosité d’écrivain oblige, Jean se rend dans la forêt et découvre un véritable carnage, des animaux cloués sur le tronc des arbres, le ventre ouvert de coups de couteau avec acharnement et de férocité. Qui sont les personnes qui ont créé ce « camp de vacances pour futurs tueurs en série » … ?

Se mettant graduellement le doigt dans l’engrenage, l’auteur se transforme petit à petit en enquêteur. Cependant, il n’oublie pas son métier d’auteur et il reprend la plume pour écrire le journal de cette enquête.

Puis, certains signes tendent à relier les événements actuels avec la disparition de sa fille. Sa motivation s’accroit alors et il n’hésite pas à marcher dans les plates-bandes des services de police pour résoudre cette affaire et ainsi, savoir ce qui est arrivé à sa fille. Il sera aidé et conseillé par un policier à la retraite de la brigade canine qui, lui aussi, a vu son chien épinglé cruellement à un arbre.

Tout est donc en place pour entrer dans un récit tricoté serré, ponctué de rebondissements et entrecoupé par la lecture du journal d’un jeune ado à la découverte du mal et des rapports écrits par le père de Jean Royer sur l’affaire de la disparition de la belle Charlotte. À mon avis, le journal de l’ado m’apparaît comme les moments forts de ce roman. J’ai adoré ces chapitres.

Claude Champagne réussit, ici, un très bon roman avec tous les ingrédients pour plaire aux amateurs du genre : une bonne enquête (plutôt deux ou trois…), des personnages complexes, un regard acerbe sur notre société et une tension qui nous agrippe de plus en plus.

Comme sur la page couverture, l’auteur réussit à prendre le mal, à le décliner à plusieurs temps et à en faire un portrait assez juste, de sa naissance jusqu’au moment ultime où la source de mort jaillit … en rouge ! Dans un style équarri au couteau tranchant, l’auteur réussit à rendre les niveaux de langage de chaque personnage et à les rendre crédibles et cohérents.

Un dernier commentaire ! Que j’ai aimé la dernière scène … preuve frappante que les auteurs de romans noirs possèdent une sensibilité qui essaie toujours de se dissimuler derrière la violence de leurs récits.

« En fait, c’est l’écrivain en moi qui souhaitait s’y rendre, comme si ce charognard n’en avait jamais assez de se nourrir du malheur des autres. »

« Le mal ne vit pas par lui-même, qu’il dit. Celui qui l’a doit le chérir, le faire grandir, en prendre soin. Et le transmettre. Comme un cadeau. Non, plus que ça. Une offrande. Les victimes sont pas importantes. En fait, y a pas de victimes. C’est juste des instruments vers la réalisation. »

« Maudit que c’est pas facile de marcher avec son cerveau quand son cœur fait du bruit. »

« Mon père est mort depuis plusieurs années mais c’est à peine s’il a été vivant. »

Bonne lecture !

Écrire le mal

Claude Champagne

Éditions Druide

2014

268 pages

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"Nous étions le sel de la mer" de Roxanne Bouchard

« Nous étions le sel de la mer » : Un moment magique !

« Nous étions le sel de la mer » : Un polar à saveur de poésie maritime !

Commencer la lecture d’un livre, puis après quelques pages se dire que l’on vient de faire une rencontre marquante !

Continuer sa lecture et confirmer ses impressions du début !

Changer son rythme de lecture pour se mettre à déguster chaque phrase, chaque paragraphe qui nous étonne, qui nous charme !

Anticiper la fin du roman, comme un deuil à vivre, mais en courant à sa librairie préférée pour acheter un autre roman de cette auteure qui vient de nous « jeter par terre » juste pour se sécuriser et se dire qu’au moins on aura un autre roman à lire !

Et maintenant, trouver les mots pour traduire les émotions vécues, les plaisirs de lecture, l’extraordinaire humanité des personnages, l’atmosphère incroyable de ce petit village gaspésien et surtout, parler du style de Roxanne Bouchard, vanter son écriture et vous dire combien j’ai aimé ce roman. Voilà le défi qui se pose à moi !

Alors, croyez-moi sur parole. Arrêtez de lire cette chronique et allez vous procurer ce roman. Quand vous l’aurez terminé, revenez lire la suite de ma chronique, que j’écris expressément pour les plus sceptiques de mes lecteurs !

Mais pour la grande majorité qui, comme moi, continuerait à lire la chronique en passant outre les « recommandations » du scribouilleur bloguesque du dimanche, voici donc ma chronique !

L’histoire est très prenante, dessinée à l’aquarelle des mots, remplie des odeurs salines de la mer et racontée avec les images des hommes et des femmes qui habitent en face de la grande bleue. Dans un restaurant-bar du village, une jeune touriste se cherche un endroit pour la nuit. Mais aussi et surtout, elle est à la recherche d’une femme qu’elle n’a jamais connue. Déçue de sa vie à la ville, à la recherche de son identité, Catherine Day pose plein de questions qui réveillent la suspicion toute naturelle et à fleur de peau des habitants du village.

À l’aube d’un matin de pêche, Vital Bujold trouve le corps d’une femme dans ses filets. Cette femme, il y a 30 ans, avait bouleversé la vie de ce village et conquis, par sa beauté et son indépendance, le cœur de beaucoup d’hommes. Tout en alimentant la rancœur de certains autres. Était-ce un accident, une faute de navigation ou même, un meurtre ? Quelle que soit l’explication, la découverte du corps de Marie Garant crée une vague et fait en sorte que la marée des souvenirs refait surface dans la mémoire des habitants. Mais il est de notoriété publique que « … la vérité se fait rare, surtout sur les quais de pêche. »

L’enquête est confiée à un tout nouveau policier qui arrive dans la région. Sa femme qui est sculpteure voulait plus d’espace de création ; la Gaspésie lui offrait des horizons infinis. Tourmenté, en questionnement par rapport à lui et à sa vie de couple, il se retrouve dans un environnement qui ne lui est pas familier mais qui semble être propice à la réflexion, à la remise en question.

Il n’a même pas le temps de commencer à défaire ses boîtes et à s’installer dans sa nouvelle maison en attendant sa femme, que sa chef lui demande de différer ses vacances et de s’occuper de cette enquête qui « devrait » être facile. Joaquim Morales, oui, oui, un Mexicain d’origine, se retrouve donc comme enquêteur dans une région du Québec qui sent le varech et où les pêcheurs réussissent à peine à survivre. Sans parler du silence de ces habitants, aussi trouble et opaque que la brume d’un matin de bord de mer.

Au cours de l’enquête, Moralès et la belle Catherine feront connaissance avec les principaux habitants du village. Le touchant Cyrille qui, en toute générosité, vient en aide à la jeune fille, le coloré aide-cuisinier, Renaud Boissonneau, l’énigmatique amérindien, le curé, ancien bedeau, le coroner Robichaud et les femmes si présentes dans la vie du village. Chacun y va de ses souvenirs, biaisés ou pas, de ses silences et de ses demi-vérités, chacun préserve l’intégrité du village. Et la mer ! Et les bateaux ! On entend presque le bruit des vagues qui roulent sur la plage ou qui se frappent sur les rochers.

"Nous étions le sel de la mer" est le roman du mensonge et de la vérité que l'on veut cacher. Parce que la vérité nous fait mal ou pire, parce que le mensonge cache des histoires que l'on voudrait bien oublier.

Mais ce qui m’a touché le plus, c’est la qualité du style de Roxanne Bouchard. Avec sa plume imagée, chaque personnage possède sa propre langue ou ses tics personnels de langage et chacun y va de sa poésie personnelle. Même les « Saint-ciboire de câlisse » de Vital Bujold empruntent des odeurs de la mer et deviennent des sonnets de cette poésie maritime. Alors, imaginez les phrases et les images que vous rencontrerez durant votre lecture … Et surtout, il faut savourer avec délectation les extraits du testament écrit de la main de Marie Garant ! Un bonheur d’écriture !

Voici quelques extraits qui, je l’espère, vous convaincront de partir à la découverte de cette belle région de la Gaspésie, des personnages sortis de l’imaginaire de Roxanne Bouchard, de cette histoire tout en nuances et en humanité et surtout, du style de cette auteure à découvrir.

« Je me penche par dessus bord. Dans le miroir brisé de l’eau, je suis un vitrail explosé, une mosaïque éclaboussée, une mémoire dysfonctionnelle au temps désajusté, un amas d’images en vrac qu’un orfèvre fou a agencé dans un ordre dyslexique. J’ouvre les mains et laisse glisser sur l’onde la bobine de mes souvenirs qui se déploie une dernière fois dans la vague. »

« Un nuage avale le croissant de lune, et il ne reste plus, dans la fenêtre redevenue miroir par l’obscurité, que le reflet fatigué de son propre visage. Joaquin Moralès se regarde. Cinquante-deux ans. Le poivre et le sel du temps ont strié ses cheveux d’étoiles filantes. Certains disent que ça lui donne un certain charme. Il crois son propre regard. Vieux et … ridicule.

Puis il baisse les yeux. »

« Le ciel s’ennuageait, promettant une pluie lasse. La mer frappait fort les cailloux de la grève qui brisaient leur bruit de verre à mes pieds. Les goélands cassaient les carcasses crispées des crabes sur les rochers. Grise et lourde, sans soleil ni enfant, la mer n’est-elle qu’un tombeau fermé et silencieux qui secoue les ossements du corail ? »

« Ça paraît que ton père était architecte ! Hiiii… Si y’avait été pêcheur, y t’aurait appris à mieux mentir ! »

« Y veulent toujours qu’on soit le sel de la terre ! … Pourquoi, nous autres, on serait pas le sel de la mer ? »

Et j’aurais pu en ajouter tant d’autres …

(Et en passant, permettez-moi de saluer les gens de la Baie des Chaleurs, plus particulièrement ceux de Carleton, de Caplan et de Maria, là où il y a 40 ans, j’ai fait mon dernier stage en vue de l’obtention de mon diplôme en enseignement.)

Bonne lecture !

** Line Allard, voici le roman que j’étais en train de lire, il y 3 semaines, quand nous nous sommes rencontrées chez Marie-Anne. Je t’avais dit que c’était magique, enivrant et tellement bien écrit ! J’espère que la chronique de Richard te convaincra de le lire ! Salutations ! France Lapierre.

Nous étions le sel de la mer

Roxanne Bouchard

VLB éditeur

2014

350 pages

Pour mes lecteurs européens, je mentionne que ce roman est disponible à la librairie du Québec à Paris.

Voir le lien, ci-dessous:

http://www.librairieduquebec.fr/recherche/resultat.html

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Published by Richard -

"Même pas morte" d'Anouk Langaney

Oh que j’aime ce genre de romans!

"Même pas morte" est du genre qui vous sort des sentiers battus ! Qui vous amène ailleurs, dans un endroit pas fréquenté et presque pas fréquentable ! Une auteure qui vous prend par le bout du nez (ou par les yeux mais ça fait plus mal !!) et qui vous lance le défi de la suivre, jusqu’au bout, rien que pour le plaisir de ce qu’on découvre dans son roman. Une romancière « extra-terrestre » dans un vaisseau spécial où le drame côtoie le rire, où l’émotion vous fait frémir et sourire et où les personnages, aussi méchants que sympathiques, vous transportent vers une planète inconnue.

Merci Anouk Langaney pour ce moment de plaisir littéraire !

L’histoire ? Humm ! Pas facile … mais essayons !

Elle s’appelle Gisèle Léonce Mathurine Teillard ou peut-être Minette Galandeau. Elle est née il y a 88 ans, à Melun. Arnaquée par un Vendeur de Salles de Bain, toute nouvellement consciente qu’elle a vieilli, qu’elle est seule et impuissante, qu’elle souffre d’Alzheimer, elle simule un accident d’auto pour passer de vie à trépas. C’était sans compter sur le docteur Granger qui lui a malheureusement sauvé la vie.

« Nous sommes le vendredi 10 novembre. Je suis atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Voilà pour les noms, les dates, et les menus événements.

C’est fou ce que je me sens stimulée. »

De retour à la maison, elle apprend qu’elle a un neveu, Edouard. Et il veut la rencontrer. Il se dit le fils de sa sœur Armande. Cette apparition lui rappelle son lointain passé de cavaleuse avec son mari Maurice qui lui, s’est pendu en prison. Quand même un drôle de hasard qu’il se pointe le bout du nez au moment où elle commence lentement à mourir. Finalement, ce cher neveu s’installera avec elle, pour le meilleur et pour le prix pire.

Entretemps, le docteur Granger lui conseille de prendre Léonie pour une visite quotidienne et pour s’occuper un peu de l’aide ménagère. Gentille, douce, prévenante et belle comme une Madone, elle semble ne vouloir que le bien de la vieille mémé. Son bien ?

Juste de l’autre côté de la rue, le Père Simon, en fin observateur, remarque le manège, doute des bonnes intentions du neveu et avertit la vieille des futurs malheurs « d’avoir accepté sous son toit un « branleur » aussi ostensiblement mal intentionné … ». Lui-même n’étant pas au-dessus de tout soupçon, étant un tueur en série à la retraite. Beau voisinage !

Mémé joue alors la comédie, fait semblant de dépérir chaque jour, tragédienne jouant le rôle de la p’tite vieille en perte de tout, elle planifie de se débarrasser de l’un avec l’aide de l’autre, ou de l’autre avec l’aide de l’un, ou des deux avec l’aide de Dieu ! Le projet se met en marche, avec ses hauts et ses bas, ses drôleries, les commentaires impertinents de la grand-mère indigne et les soubresauts d’un plan un peu bancal mais toujours … presque efficace !

Anouk Langaney, en faisant de cette grand-mère le narrateur de l’histoire, nous donne un accès privilégié aux raisonnements et aux pensées de cette vieille chipie au passé un peu trouble. Jamais on ne sait ce que les autres personnages pensent ; le lecteur se contente de la version de la grand-mère pour son plus grand plaisir.

Avec un langage déjanté, une écriture solide et dans un ton parfait, l’auteure nous donne le droit de lire ce journal quotidien, parsemé de tendresse un peu spéciale (ou spatiale ?), aussi drôle qu’impertinent. En écrivant le journal intime de son quotidien, la mémé gardera toute sa dignité dans son combat pour flouer ceux qui l’entourent mais surtout, pour faire un pied de nez à la maladie, pour en rire et se tourner elle-même en dérision. Comment ne pas aimer cette Ma Dalton si sympathique ? On en redemanderait !

Tout au long de notre lecture, on retrouvera de petites perles d’écriture qui nous charment, qui nous séduisent ou qui nous font sourire.

Inutile de vous dire que je vous recommande ce roman juste pour le plaisir qu’il vous procurera. Et aussi pour rencontrer ce personnage qui saura vous passionner, cette vieille criminelle à l’aube de son dernier grand coup où tous les lecteurs lui donneront l’absolution.

Voici quelques extraits qui vous donneront, je l’espère, une bonne idée du style d’Anouk Langaney :

« Ce qui est drôle au fond, c’est que j’ai conçu tout ça comme le déguisement ultime, consciencieusement, avec toute l’attention aux détails d’une cavaleuse professionnelle ; mais en définitive je suis déguisée en moi, si on y réfléchit. Je suis une vieille veuve peinarde et solitaire déguisée en vieille veuve peinarde et solitaire. »

« … l’individu en question est aussi pastoral qu’une bretelle du périphérique. »

« À chaque fois que je joue les vieilles folles je ne fais que prendre un peu d’avance sur ce qui m’arrive réellement, c’est passablement déprimant. »

« Ce gars a dû servir de prototype pour le dépôt légal du label « brave garçon », c’en est presque gênant. À cinquante ans passés, il sent encore le scout. »

Voici ce qu'en pensent l'oncle Paul, Hervé Sard, Claude Le Nocher et Jeanne Desaubry .

Bonne lecture !

Même pas morte

Anouk Langaney

Albiana

2013

135 pages

Anouk Langaney nous présente son livre

Pour ceux qui ont lu le roman ou pour ceux qui le liront ... Une petite balade en auto ?

Pour ceux qui ont lu le roman ou pour ceux qui le liront ... Une petite balade en auto ?

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Published by Richard -

La loi sauvage de Nathalie Kuperman

Dès le début de l'été, j'ai eu la chance de participer aux "Explorateurs de la rentrée" du site "Les lecteurs.com". Comme 49 autres participants, j'ai donc lu quatre romans qui sortiront (ou sont déjà sortis, cet automne et j'ai le plaisir de vous faire connaitre mon opinion sur chacun d'eux.

Avant de commencer, j'aimerais remercier Karine Papillaud, chroniqueure littéraire, qui m'a supporté et conseillé durant toute cette expérience. Merci Karine !

Bonne rentrée !

« La loi sauvage » est un roman dérangeant qui ne laissera personne indifférent. D’une construction très éclatée et d’un imaginaire déjanté, on en sort, en se demandant si on a vraiment aimé et même si on a vraiment tout compris. Nathalie Kuperman a réussi à me déstabiliser comme lecteur et aussi, à me maintenir sur le qui-vive, jusqu’à la dernière page.

J’ai aimé ? Je ne le sais pas.

J’ai eu du plaisir à le lire ? Oui, très souvent.

Je le recommanderais ? Oui, mais pas à tout le monde.

Alors débutons par l’histoire.

Comme à chaque matin, maman reconduit sa fille à l’école. Elle rencontre la maitresse qui lui dit, tout de go, sans ménagement : « Votre fille, c’est une catastrophe. »

Dans l’esprit fragile de Sophie, cette phrase réveille de vieux démons qui hantaient silencieusement son esprit. Et des nouveaux qui profitent des circonstances pour squatter sa conscience : son rôle de mère, la fadeur de son travail, sa vie amoureuse et son enfance troublée. Cette phrase, jetée comme une insulte, comme un jugement sans appel, cette phrase bouleverse tous les aspects de sa vie. Et la pousse vers des réflexions, parfois saugrenues, souvent intenses et toujours remplies de culpabilité et de remords.

S’amorce alors un dialogue intérieur prenant forme autour de trois époques, ou plutôt trois éléments importants de la vie de Sophie : son rôle de mère et ses relations avec l’école (ces chapitres portent le tire de « La Maîtresse ») ; sa vie professionnelle et sa relation avec les objets et son rapport à la cuisine (ces chapitres portent le titre de « Mode d’emploi ») et enfin, son enfance et sa propre vie d’enfant rejetée à l’école (Sous le titre de « Sauvagerie »).

En ce qui me concerne, les chapitres sur « La Maîtresse » et sur la « Sauvagerie » m’ont beaucoup ému. Ce rappel de l’enfance de la mère donnait une charge émotive grandissante au développement de l’histoire avec la maîtresse d’école et plus tard avec la directrice. Cependant, j’ai parfois eu tendance à décrocher dans les chapitres traitant du mode d’emploi. J’ai tenté d’interpréter symboliquement ces longues digressions sur la cuisson d’un agneau au four, lui donnant la valeur de l’animal sacrifié pour expier les péchés du monde. J’ai parfois eu tendance à m’ennuyer un peu. Même la finale n’a pas réussi à racheter mon déplaisir.

Vous comprendrez donc mes hésitations à fournir une notre très satisfaisante à ce roman et à le recommander sans conditions. On y prend un certain plaisir mais à la longue, même si les légumes d’accompagnement étaient excellents, que le vin coulait à flots, même si le dessert clôturait de façon grandiose le repas, il aurait quand même fallu faire cuire l’agneau !

Bonne lecture !

La loi sauvage

Nathalie Kuperman

Gallimard

2014

208 pages

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Published by Richard - - Rentrée littéraire

"Repentir(s)" de Richard Ste-Marie

Richard Ste-Marie est un auteur qui prend une place de plus en plus importante dans le paysage du polar québécois. Son personnage de flic philosophe, Francis Pagliaro, ce policier honnête, sans histoire, amoureux de sa femme et cultivé comme un professeur de CEGEP, charme de plus en plus, les nombreux lecteurs qui ont la chance de le rencontrer, au cours de ses enquêtes.

J’avais beaucoup aimé « L’Inaveu » et je me suis régalé en lisant les deux versions de « Un ménage rouge » ! Cet exercice, pas du tout désagréable m’avait permis de sentir l’évolution du style et de l’écriture de l’auteur. « Repentir(s) », son dernier roman qui sort cette semaine chez votre libraire préféré, confirme le tout : Richard Ste-Marie est maintenant un incontournable de la littérature québécoise.

Dans « Repentir(s) », l’auteur nous fait découvrir le milieu des arts et des galeristes. Au fil de l’enquête, en même temps que Pagliaro, le lecteur arpente les méandres de ce milieu un peu hermétique mais tellement fascinant. Et ce, sous le thème des « Repentir(s) » ! Au pluriel pour souligner ces moments de vie que l’on veut effacer, que l’on cache sous une nouvelle couche d’images ou de souvenirs, que l’on voudrait bien masquer mais qui ressortent au simple regard d’un œil averti.

Tout cela commence par un double meurtre à la galerie Arts Visuels Actuels. Le galeriste Gaston « Faby » Lessard (aucun lien avec le Victor de Martin Michaud !) et le lieutenant de police, Frédéric Fortier, sont retrouvés assassinés. Aucun lien ne semble rattacher les deux victimes. Dans la galerie, une série de tableaux sont accrochés. Le peintre, Andrew Garisson avait donné à son exposition le titre de Repentir.

L’enquête est confiée à Pagliaro ! Le meurtre d’un policier est toujours une affaire délicate et le sens de la justice de l’enquêteur est une garantie que l’affaire sera bien menée.

Tout en douceur et en nuances, le Spinoza des enquêteurs se rend compte que le marchand d’art possédait un arsenal de méthodes assez peu orthodoxes et qu’il laissait sur son passage beaucoup de frustrations, de haine et d’ennemis potentiels : magouilles de toutes sortes, ventes virtuelles pour faire monter les prix, production de faux et de copies, etc. En bref, son entourage possédait toutes les raisons pour le détester et pour le tuer … avant que la peinture ne sèche ! Et ce qui complique les choses, c’est que contrairement au galeriste véreux, l’enquête ne révèle aucun élément pouvant justifier le meurtre du policier Fortier !

La solution se trouve peut-être à l’hiver 1966 où un jeune garçon découvre, à son lever, une horreur qui le hantera toute sa vie ou quelque part, dans les années 70, où il fait le dur apprentissage de l’adolescence ? Quel lien y-a-t-il avec ces histoires de jeunesse et les meurtres actuels ? Richard Ste-Marie joue brillamment avec toutes les nuances de sa peinture pour nous faire un diptyque tout en émotions, des événements qui relieront les deux époques.

Comme à son habitude, le philosophe-enquêteur base son travail sur la réflexion. Imaginez la scène : Pagliaro, au centre de la galerie, scrutant les toiles de peintre et essayant de percer les mystères qui s’y cachent, faisant parler les objets, les harmonies de couleur, essayant de retrouver le fil de la possible histoire que voulait, peut-être raconter l’artiste. Absolument passionnant ! Et très instructif ! Cette scène revient quelques fois et on l’attend, on la veut et on l’apprécie ! Petite note en passant, j’ai bien aimé la page couverture qui nous donne une idée assez juste de cette scène et qui dégage l’atmosphère du roman de façon très prégnante.

Richard Ste-Marie réussit ici un excellent roman où l’auteur fait appel à l’intelligence du lecteur. Le récit est fluide, l’enquête bien ficelée, Pagliaro est égal à lui-même (presque parfait !) autant comme mari, comme homme et comme policier. Même comme complice et patron, on sent encore toute l’humanité du bonhomme : sa relation avec son adjoint, Martin Lortie en est la preuve.

Comme à son habitude, ce troisième roman de l’auteur est superbement écrit : du style, de l’humour bien dosé, des phrases bien tournées et tout cela, enrichit l’intrigue pour le plus grand plaisir du lecteur. De plus, compte tenu de l’histoire et des personnages qui l’habitent, Richard Ste-Marie réussit le difficile pari de jouer avec différents niveaux de langage. L’auteur manipule la langue d’un ado d’un petit village de campagne aussi bien que celle d’un critique d’art ou d’un policier philosophe avec justesse et sans ostentation. Cet équilibre donne aux personnages toute la crédibilité et la vraisemblance nécessaires à l’intérêt soutenu de lecture. On y croit et ça marche !

Si vous ne connaissez pas encore Richard Ste-Marie, il est grand temps de remédier à cette lacune. Parce que chacune des enquêtes est complète et autonome, vous pouvez commencer par n’importe lequel de ses trois premiers romans. Et ensuite, faire comme la majorité de ses lecteurs, attendez impatiemment, le prochain !

Voici quelques extraits que j’ai plus particulièrement appréciés :

« Il y a toujours dans les chambres des joueurs ou dans les salles de réunion une espèce de climat discernable provoqué par la cohésion ou la solidarité des participants. Il existe alors une harmonie gestuelle perceptible, équivalente à l’unisson à la musique, une rondeur des gesticulations, une fluidité dans les déplacements des personnes et un alignement des sourires qui en dit long. »

« À l’instar de l’auteur, Francis Pagliaro croyait que si les gens, en parlant d’eux-mêmes ou de leur vie, s’entourent de structures qu’ils finissent par croire, les lieux qu’ils habitent disent tout d’eux. »

« Les maisons ne mentent jamais. »

Et ici, juste pour ne pas dévoiler des éléments importants de l’histoire, je vous fais une citation en blanc, sans texte, juste le numéro des pages. Parce que j’ai tellement aimé ces pages que j’ai relues trois fois, juste pour le plaisir de les relire … !

« Cherche avec ce que tu as en main. »

« … page 273 … page 274 … page 275 … page 276 »

À vous de les découvrir !

Et une dernière, que j’ai appréciée de façon très personnelle !!!

« C’est pourquoi les meilleures critiques – elles sont rares, je peux vous le dire – sont celles qui nous apprennent quelque chose à propos de notre propre travail. Quelque chose qui est présent dans l’œuvre, mais que nous n’avons pas vu, qui nous est occulté, par nous-mêmes. C’est l’ordre caché de l’art. »

Et les dernières pages de « Repentir(s) » vous feront frissonner de plaisir et influenceront sûrement les comportements de Francis Pagliaro dans ces prochaines enquêtes. Et je pense que vous l’aimerez encore plus !! Je n’en dis pas plus. Même que j’en ai déjà trop dit …

Bonne lecture !

Repentir(s)

Richard Ste-Marie

Alire

2014

336 pages

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Published by Richard -

Les sept vies du Marquis

« Ce n’est pas ma façon de penser qui a fait mon malheur, mais celle des autres. »

Marquis de Sade

« Les sept vies du Marquis » est un roman inclassable !

Il n’est pas un polar … mais peut-être un roman biographique à saveur de polar !

Il n’est pas un thriller … mais plutôt un roman historique haletant et prenant !

Il n’est pas un roman noir … et pourtant, son portrait de Paris, de ses rues sombres et glauques, de ses habitants et de la Bastille d’avant la Révolution …

Il n’est même pas un roman policier … malgré la présence de célèbres enquêteurs qui ont traversé l’histoire … l’inspecteur Marais, Joseph Fouché et le lieutenant général de la Police, monsieur de Sartine. Et d’une enquête qui a duré toute une vie.

À vrai dire, on s’en fiche de ce qu’est « Les sept vies du Marquis », car Jacques Ravenne nous présente un excellent roman, une visite passionnante de la France du XVIIIe siècle, un portrait détaillé de la société parisienne avant, pendant et après la Révolution et nous raconte la vie rocambolesque d’un certain Donatien Alphonse François de Sade, mieux connu sous le nom du divin Marquis de Sade.

Hôtel de Condé, à Paris, le 2 juin 1740, le divin Marquis fait son apparition sur la terre. Son père quitte le lit de sa maîtresse pour aller faire connaissance avec ce fils qui marquera l’imaginaire de bien des personnes … et cela, au fil des siècles.

Le jeune François grandit dans une atmosphère trouble au milieu d’une famille dysfonctionnelle et criblée de dettes. Magouilles, tromperies, adultères, voilà le quotidien du jeune Marquis. Puis devenu adulte ( ? ), sa famille organise un mariage de convenance pour obtenir une dot qui lui permettra de renflouer les finances des Sade. Commencent alors une suite d’allers retours entre la recherche de la liberté pure, les plaisirs de toutes sortes et des séjours en prison plus ou moins longs.

Ombre furtive dans la noirceur des coulisses, tout près de sa proie, Joseph Fouché, ministre de la Police pour les Rois, pour l’Empire et même pour les Révolutionnaires, surveille, enquête, questionne tout ce qui bouge autour du divin Marquis. Il nous entraîne dans les imprimeries illégales, les cafés les plus sordides et les bordels les plus lugubres … ou les plus chics !

Tout au long de la vie mouvementée du plus connu des auteurs de romans érotiques, le lecteur découvre les multiples facettes des 74 années truculentes du célèbre Marquis de Sade. Et même si nous connaissons les grands moments de sa carrière, Jacques Ravenne réussit à maintenir notre intérêt en nous racontant chaque moment avec talent est suspense.

« Les sept vies du Marquis » est un régal pour les lecteurs ! Vous y découvrirez les différentes facettes de ce personnage complexe et étonnant : « un libertin à scandales sous Louis XV, un prisonnier rebelle sous Louis XVI, un politique redouté sous la Révolution, un écrivain à succès sous le Directoire, réputé fou sous l’Empire, Sade a été aussi et surtout un grand amoureux … »

Amateurs de polars ou fans de romans historiques, passionnés de thrillers ou de romans noirs, lancez-vous à la découverte de ce personnage fascinant dans ce roman inclassable mais tellement intense. Sous la plume de Jacques Ravenne, avec ses talents de raconteur et sa verve d’auteur de romans à succès, vous passerez un excellent moment de lecture.

Quelques citations :

« Le duc hoche respectueusement de la perruque. Petit et sec, il a une tête d’oiseau empaillé sur laquelle sa femme plante de vigoureuses cornes. »

La philosophie de l’inspecteur Marais :« Il faut toujours laisser crier le peuple, ça le calme, ça l’épuise. Mieux vaut qu’il vive l’insulte à la bouche que la colère au bout des poings. »

« La Gothon est une des beautés du village. Des formes opulentes, des jambes de marbre. Bref, des arguments à tous les étages. »

Sade, en parlant de Choderlos de Laclos : « Que voulez-vous, c’est un constipé. Il a déféqué un livre, il y a une éternité et il croit qu’il a écrit l’étron du siècle. »

Bonne lecture !

Les sept vies du Marquis

Jacques Ravenne

Fleuve éditions

2014

492 pages

Jacques Ravenne présente "Les sept vies du Marquis"

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Published by Richard -

Une illustration de Mika !
Une illustration de Mika !

Bonjour à vous tous !

Je vous fais un petit rappel !

Demain le 12 août, c'est la journée spéciale où vous vous rendrez dans une librairie pour acheter un livre québécois !

J'aimerais bien qu'à votre retour, vous me laissiez un commentaire sur le blogue pour nous révéler quel(s) livres(s) vous vous êtes procurés. Allez vite à la fin de cette chronique et dites-nous votre coup de coeur de la journée.

Et si cela est possible, il serait génial que vous preniez une photo de vous avec votre livre, votre libraire et la devanture de votre librairie. Ou mieux encore, les trois ! Je vous invite à mettre votre photo sur la page Facebook de l'événement ou sur la page Facebook du blogue Polar, noir et blanc.

Alors, demain, on se retrouve à la librairie !

Moi, j'irai à la librairie Monet; mes livres sont déjà réservés ! Et j'en profiterai pour bouquiner quelques livres d'auteurs d'ici.

Et comme j'ai déjà fait mettre de côté deux imagiers de Mika (pour ma belle Héloïse !), j'espère qu'elle me pardonnera si j'emprunte son illustration pour enjoliver cette publication !

Bonne journée et surtout bonne découverte !

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Published by Richard -

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