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Polar, noir et blanc

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Le Toutamoi d'Andrea Camilleri

Les personnes qui me connaissent et qui suivent mon blogue depuis longtemps, savent combien j’aime Andrea Camilleri et son magnifique personnage de Salvo Montalbano, ce « sympathique » commissaire sicilien. Auteur de polars mais aussi de romans de littérature blanche, passionné de théâtre, excellent dans les romans historiques, j’avoue une admiration sans bornes pour ce monsieur de 90 ans qui continue à nous étonner avec sa plume si polyvalente.

« Le toutamoi » est une illustration parfaite de ce talent de romancier où, quel que soit le thème, monsieur Camilleri réussit à nous émouvoir. En lisant ce petit roman, nul ne pourrait penser que l’auteur est né en 1925. Et pourtant ! La jeunesse de son écriture, la justesse de ses propos et la sensibilité dans le traitement de ses thématiques, tout cela nous apporte des romans passionnants, sans l’ombre d’une recette et toujours hors des sentiers battus.

Je vous le dis, j’adore Andrea Camilleri !

« Le toutamoi » aborde un sujet délicat, la lente descente vers une folie qui peuple le quotidien, la spirale étourdissante du cerveau qui sombre de plus en plus dans un imaginaire où tout est possible … même l’impossible.

Ariana est une superbe jeune femme. Elle est la femme de Gulio, un homme beaucoup plus âgé, riche, amoureux fou … et impuissant ! Pour satisfaire les désirs et les pulsions de sa femme, il lui propose de choisir des partenaires de jeux sexuels, des hommes beaux et sculpturaux, qu’elle-même choisit. La seule contrainte que le mari émet, jamais, au grand jamais, elle ne peut rencontrer plus de deux fois le même homme.

Tout se passe bien jusqu’au jour où un jeune amant de passage, tombe follement amoureux d’Ariana ; Mario exige de la revoir et veut transgresser la règle. Et voilà le tabou qui tombe et toute la machine se dérègle … Le pire arrivera-t-il ? Peut-être, mais au fur et à mesure du récit, on apprendra le passé de la belle jeune femme et surtout, la signification de ce qu’est « Le toutamoi » !

Contrairement à mes habitudes, je transgresse moi aussi mes habitudes et je vous cite un extrait de la 4e de couverture … parce que je ne pourrais faire mieux :

Ce roman « … confirme s’il en était besoin qu’il n’est pas seulement un grand écrivain de romans noirs, mais un grand écrivain tout court. »

Bonne lecture !

Le toutamoi

Andrea Camilleri

Métailié

2015

188 pages

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Published by Richard -

Dernier meurtre avant la fin du monde

Une chronique de Florence

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais, souvent, la lecture des polars me laisse en mal d’un petit quelque chose de plus, d’une incursion peut-être dans la liberté des univers du surnaturel ou de la science-fiction, ces mondes éclatés des héros de l’enfance. Inversement, les auteurs d’anticipation, de science-fiction et surtout d’horreur (ex : Stephen King), me lassent assez vite, parce que leur histoire souvent m’enferme dans les filets d’une histoire dont je ne parviens pas vraiment à accepter les prémisses souvent tirées par les cheveux ou parce que je renâcle devant des fins trop cruelles pour mon âme sensible.

Avec Dernier meurtre avant la fin du monde, le journaliste et écrivain américain Ben H. Winters parvient à offrir une solide intrigue policière sur fond d’apocalypse qui ne nous lâche pas, y compris quand la dernière page du livre est refermée. L’ouvrage se présente a priori comme un roman de détective classique, avec son enquêteur Palace, un jeune homme têtu, mais très attachant. Pourtant, tout de suite, le roman prend une tangente inattendue, transformé par une réflexion sous-jacente : quelle est, au fond, la véritable valeur d’une vie humaine?

Car le monde dans lequel Palace tente contre vents et marées de faire son métier d’inspecteur vit ses dernières semaines, ses derniers mois. Chacun pense à la mort qui va bientôt frapper. L’humanité entière, la Terre et ses créatures, seront bientôt pulvérisées par un astéroïde géant. Dans ce contexte, à quoi bon s’entêter à élucider une affaire foireuse, pour un quidam sans attaches ou presque?

La force du livre est justement de parsemer une histoire simple, mais efficace d’une foule de réflexions sur le monde, sur la condition humaine, sur la consommation, l’amour, la violence, l’altruisme. A travers cela, la grande humanité du héros se détache comme un nuage blanc dans un ciel d’orage, lui qui avance vers son destin à travers cette société post-moderne déshumanisée à la dérive, et aussi le regard tendre, magnanime, que l’auteur, à travers Palace, pose sur les pauvres humains, ces créatures égoïstes et imparfaites, mais membres d’une race qui, au final, mérite peut-être d’être sauvés.

Très réussi.

Résumé de l’histoire (source : éditeur) :

À quoi bon tenter de résoudre un meurtre quand tout le monde va mourir ?

Concord, New Hamsphire. Hank Palace est ce qu’on appelle un flic obstiné. Confronté à une banale affaire de suicide, il refuse de s’en tenir à l’évidence et, certain qu’il a affaire à un meurtre, poursuit inlassablement son enquête.

Hank sait pourtant qu’elle n’a pas grand intérêt puisque, dans six mois il sera mort. Comme tous les habitants de Concord. Et comme tout le monde aux États-Unis et sur Terre.

Dans six mois en effet, notre planète aura cessé d’exister, percutée de plein fouet par 2011GV1, un astéroïde de six kilomètres de long qui la réduira en cendres. Aussi chacun, désormais, se prépare-t-il au pire à sa façon.

Florence Meney

Collaboratrice

Dernier meurtre avant la fin du monde

Ben H. Winters

Super 8 Éditions

2015

288 pages

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Published by Richard -

"L'encre mauve" de Florence Meney

« L’encre mauve » est le troisième roman de Florence Meney. Je vous le dis dès le départ, je ne serai pas très objectif dans cette chronique ; elle est subjective, biaisée, teintée par mon amitié pour Florence et aussi, connotée par le fait que j’ai eu l’honneur de lire son manuscrit et d’y faire quelques commentaires. Alors, amateurs d’intégrité littéraire, passez votre chemin et allez consulter la critique d’un professionnel, dans le Journal de Montréal !

Maintenant que nous sommes entre nous, je vous le dis, vous allez adorer ce troisième polar de Florence Meney. Toujours en conservant une écriture imagée et riche en traits d’esprit, l’auteure nous présente un récit complexe et haletant. Le roman nous plonge au cœur d’une représentation horrible du Mal prenant vie dans un nouveau personnage terrifiant.

Foudroyé par une crise cardiaque, Aurélien Laflèche, vénérable éditeur, meurt en pleine réunion. Sa mort provoque des changements énormes dans la maison d’édition : son fils hérite de la boîte et commence à lui donner ses propres couleurs … que les employés trouvent criardes et agressantes. Laura (personnage déjà rencontré dans le roman précédent), responsable de l’édition des livres pour adultes, vit difficilement ces changements. De plus, son mari, Bernard Sterling, vit quelques difficultés professionnelles qui affectent leur vie de couple.

Au sortir des funérailles de son patron, Laura est abordé par un homme imposant, au port altier et à la superbe frappante qui, sans autre présentation, demande à la rencontrer. Ce personnage se révèle être le juge Antoine Larivière qui présidera son dernier procès avant la retraite, un procès pour meurtres très médiatisé : un policier est accusé d’avoir tué sa femme et ses deux adolescentes.

Le juge demande à Laura de remplacer son vieil ami décédé et de l’accompagner dans son processus de création littéraire. Projet de retraite, il veut publier un roman et ne veut pas attendre la fin du procès pour s’y consacrer. Mais compte tenu du procès qui fait les manchettes, il exige de Laura que tout ce travail reste confidentiel.

Ballotée dans cette tempête médiatique causée par les meurtres crapuleux et l’enquête de la Brigade des crimes majeurs, la préparation d’un procès qui soulève des passions, les questionnements sur la non-responsabilité criminelle et les changements de mentalité imposés par le jeune Jean-Sébastien dans la maison d’édition de son père, Laura se met à lire cet étrange manuscrit écrit à l’encre mauve. Mauve comme dans la mort qui rôde, mauve comme la couleur du Carême qui précède le Vendredi Saint où la mise à mort du condamné est irréversible et inéluctable.

En plus d’être un très bon polar et un thriller psychologique haletant, « L’encre mauve » est une porte ouverte sur les salles de rédaction et les couloirs des palais de Justice, grâce au passé de journaliste de Florence Meney Enfin, ce qui en fait aussi un excellent roman policier, c’est le plaisir éprouvé à suivre le travail de l’enquêteur Philippe Lécuyer et ses tentatives d’impliquer son patron, Dupin, à renouer avec l’action. Il faut dire que son patron souffre de dépression, liée à la peur de vieillir. Et personnellement, je me régale du mauvais caractère de ce Dupin !

Cependant, ce qui caractérise le plus ce roman de Florence Meney, c’est la qualité de sa plume, la richesse de son style et son écriture fluide. Un double plaisir nous habite : lire une bonne histoire juste assez complexe pour nous apporter un grand plaisir de lire sans négliger un aspect important, la beauté d’une phrase bien écrite et l’émotion créée par une belle image, une comparaison qui vibre.

Florence Meney fait maintenant partie intégrante du paysage romanesque québécois. Amis lecteurs, allez à sa rencontre !

Quelques extraits :

« Si la bête te ronge, araignée ou scorpion, ton pied l'écrasera. »

« En quelques courtes heures, la dépouille encore tiède de feu Aurélien Laflèche avait été engagée dans le mécanisme bien huilé par lequel les humains se débarrassent des morts et les font passer de la surface du sol à l’humus gras déjà de millions d’organismes, prenant ainsi le plus rapidement possible leurs distances par rapport à la preuve flagrante de l’inexorable fin. »

« Le soleil rasait l’horizon, sa clarté incandescente enflammait la neige sans réchauffer l’atmosphère. Il fallait rentrer. Elle accéléra la cadence, s’hypnotisant dans les mouvements de ses skis. À ses oreilles, leur sifflement léger battait, en trois temps, la mesure. Celle d’une phrase qui semblait s’adresser à elle seule. »

« Un rayon de soleil radieux descendait à l’oblique du sommet de la nef pour aller caresser la joue de la statue de saint Matthieu. »

Bonne lecture !

L’encre mauve

Florence Meney

Éditions Druide

2015

352 pages

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Published by Richard -

"L'Archange du chaos" de Dominique Sylvain

D’entrée de jeu, je vous le dis, sans ambiguïté et tout de go … je suis un fan de Dominique Sylvain. Et je serais très heureux qu’elle soit plus connue de ce côté-ci de l’Atlantique. Écrivaine de talent, créatrice de personnages extraordinaires, un style tout en finesse et un humour fin, la lecture de ses romans nous fait du bien.

Depuis le début de sa carrière de romancière, Dominique Sylvain a écrit des séries de romans où elle nous présentait des enquêteurs très attachants. Bien sûr, jamais je n’oublierai le sublime duo d’Ingrid Diesel et de Lola Jost, deux personnages que tout oppose mais que rien ne réussit à désunir. La commissaire ronchonneuse à la retraite et la grande stripteaseuse américaine ont fourni à Dominique, l’occasion de dialogues savoureux et de situations émouvantes pour le lecteur.

Aussi, au fil des ans, j’ai su apprécier Louise Morvan, la privée passionnée, obstinément indépendante et amoureuse. Et il y a un peu plus longtemps, les deux romans d’Alex Bruce.

Mais aujourd’hui avec « L’Archange du chaos », Dominique Sylvain nous présente une toute nouvelle équipe autour du bourru commandant Bastien Carat, véritable sosie de Lino Ventura. Autour de lui, une équipe aux improbables succès :

« Une équipe recomposée. Bergerin, Garut, Kehlmann. Un démotivé, un pépère et une novice. »

Et c’est tout ce qu’il faut à l’imagination de l’auteure pour nous pondre un roman excellent et nous accrocher avec cette drôle de brigade qui nous sera de plus en plus sympathique. Ne soyez pas surpris qu’avant même la moitié du roman, vous vous mettiez à souhaiter un autre récit mettant en scène Carat et Franka Kehlmann.

"L'Archange du chaos" est en même temps un roman sur une équipe, sur l'apprentissage d'un travail en groupe et aussi, un roman de famille ... Pas d'une saga familial, mais des histoires de familles qui déteignent sur la vie de tous les jours.

"L'Archange du chaos", c'est aussi un meurtrier bien particulier, préoccupé par le sort de la planète et par la morale de ses habitants.

Un médecin est retrouvé mort, dans un sous-sol sordide, enchainé, torturé, la langue sectionnée et le bras brûlé. En analysant la scène de crime, les enquêteurs se rendent compte que le meurtrier a soigné les blessures du cadavre et qu’ensuite, il a disposé son cadavre comme un gisant du Moyen Âge.

D’autres meurtres sont perpétrés selon le même mode opératoire. L’enquête se complique, chacun se sent particulièrement ébranlé par des éléments personnels qui compliquent le travail et qui pavent le chemin à une remise en question du processus judiciaire. Et par-dessus tout, la présomption de plus en plus évidente que le meurtrier se donne le droit divin de pratiquer la justice sur les principes des ordalies.

L’enquête est passionnante ! Chaque élément, chaque interrogatoire, nous ouvre la porte vers une plus grande intimité avec chacun des enquêteurs ; au fur et à mesure, on en apprend un petit peu plus sur leur passé, sur leur vie présente, sur leurs préoccupations et sur leurs difficultés. Et nous nous attachons encore un petit peu plus. Les personnages secondaires du début deviennent vite des personnages centraux dans notre univers de lecteur.

Dominique Sylvain a réussi à surmonter le terrible défi de me faire oublier Ingrid et Lola, en me présentant Bastien Carat et la très attachante Franka Kehlmann. Plus encore, Dominique réussit le pari de nous présenter une galerie de personnages aussi sympathiques que ceux qui peuplent son imaginaire du Passage du désir ou qui dînent au bistro « Les belles de jour comme de nuit ».

Évidemment, on retrouve avec plaisir le style de Dominique Sylvain, une écriture toute en finesse, où le lecteur se laisse emporter par des scènes sombres et horribles, écrites avec une poésie urbaine aux accents de tendresse et de violence. Au détour d’une page, le lecteur se délectera d’un dialogue teinté d’humour et même de quelques phrases choc qui le feront sourire … Et même parfois, réfléchir !

On ne lit pas du Dominique Sylvain, on se laisse imprégner par son récit, on apprend à aimer ses personnages et on s’y attache et on se retrouve, à la fin, avec une histoire qui nous a charmé et un goût de « revenez-y » incessant. Voici le seul élément négatif pour un amateur des romans de Dominique Sylvain : l’attente du prochain.

Quelques extraits pour illustrer mon propos admiratif sur le style de l’auteure … :

« - Les cinglés vont rappliquer comme une ruée de mouches sur le cul d’une vache. Avec le ciel qui nous shampouine à tout va, trop d’excités tournent en rond entre leurs quatre murs. »

« Le Roumain avait beau être défoncé et convalescent, il avait oublié d’être idiot. »

« Exigu, rouge sombre, empestant le tabac froid, encombré de livres en piles sauvages, le salon provoquait un sentiment immédiat de claustrophobie. Heureusement, la fenêtre ouverte laissait entrer la danse odorante de la pluie. Leur hôte avait un sens particulier de la décoration. Décapitations, éviscérations, pal, pilori, écartèlements, victimes écorchées vives, des visions horrifiques couvraient un mur : les trois autres accueillaient une extraordinaire bibliothèque. »

Et certaines des plus belles pages du roman sont celles où le tueur parle de lui, de ses œuvres, de ses pensées profondes, de ses motivations :

« Tuer, c’est comme aimer.

Tu entres dans le corps de l’autre. Tu lui offres une part de toi. Cet instant de vérité. Intimité.

Le sang lave tout.

Et nous délivre. Eux, et moi, même si je ne suis pas comme eux. »

Et je m’arrête car j’en avais des dizaines d’autres …

Bonne lecture !

L’Archange du chaos

Dominique Sylvain

Les éditions Viviane Hamy

2015

330 pages

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Published by Richard -

"Déni" d'Anna-Raymonde Gazaille

Anna-Raymonde Gazaille est une nouvelle venue dans le monde du polar québécois. Après un premier roman, « Traces », fort bien réussi, elle nous revient avec « Déni », un excellent roman qui jongle avec une thématique complexe et controversée : le fanatisme religieux, les accommodements raisonnables et les crimes d’honneur.

Le drame s’installe dans un quartier tranquille de la ville de Montréal, Parc-Extension, où vit une communauté importante de Pakistanais. Une jeune fille de 15 ans est retrouvée, pendue par son hijab, au tremplin de la piscine du quartier. Suicide ? Meurtre ? Le mystère est entier.

Appuyée par Josée Fortier, détective au poste 33, l’équipe de l’inspecteur Paul Morel, se voit confier l’enquête. Se heurtant au silence des habitants du quartier, qui se méfient de la police et qui s’opposent aux enquêteurs. Le choc des cultures crée un fossé entre les enquêteurs et la communauté du quartier. Rien n’est simple, tout se complique ! L’opacité la plus totale enrobe l’enquête.

Puis, la liste des suspects s’allonge, quand d’autres meurtres surviennent et élargissent le spectre des coupables présumés. En plus de la possibilité d’un crime d’honneur ou d’une vengeance amoureuse, la prostitution, les guerres de gang et la pègre locale viennent complexifier l’enquête. La lecture devient alors passionnante !

Anna-Raymonde Gazaille construit une trame romanesque complexe, structurée, qui met en valeur une galerie de personnages crédibles, attachants pour certains et parfaitement détestables pour d’autres. De plus, ce deuxième roman met en scène un très beau personnage, mystérieux, qui au fur et à mesure du récit, nous révèle une personnalité riche, une histoire fascinante et un regard pénétrant sur la situation. Anya est vraiment un personnage central important dans le développement de l’histoire et l’auteure a su l’intégrer d’une façon assez originale … pour qu’elle devienne une raison majeure d’aimer ce roman.

Ce roman n’a pas dû être facile à écrire. L’auteure, comme une funambule sur son fil de fer, a pu garder son équilibre au-dessus du vide qui aurait pu l’aspirer et la faire tomber dans les clichés faciles. Anna-Raymonde Gazaille traite ces sujets avec justesse et beaucoup de sensibilité. Elle nous trace (je voulais la placer celle-là …) un portrait fidèle, sans jugement facile, sur les problèmes d’intégration de certaines communautés.

Je vous invite donc à découvrir cette auteure qui mérite grandement le détour. Ce deuxième roman confirme le talent que l’on soupçonnait dans son premier récit. N’hésitez pas à faire cette découverte !

« Une bouffée de colère lui étreint la poitrine. Le ventre des femmes serait encore un frein, une embûche à leur affranchissement ?

Des millions d’entre elles subissaient le déni, sous couvert de religion, de culture. »

Bonne lecture !

Déni

Anna-Raymonde Gazaille

Leméac

2014

290 pages

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Published by Richard -

"Violence à l'origine" de Martin Michaud

Avec « Violence à l’origine », Martin Michaud confirme sa place parmi les grands auteurs de thrillers. De jeune auteur plein de promesses, Martin Michaud est devenu un auteur connu et reconnu et chacun de ses ouvrages devient une valeur sûre. Son lectorat québécois est maintenant bien établi et Martin amorce une percée européenne qui devrait le mener, très bientôt, en tête des favoris de nos cousins français et belges.

Comme pour les trois romans précédents, cette quatrième enquête de Victor Lessard est menée rondement : un véritable page turner ! L’auteur maitrise parfaitement les codes du genre, les utilise avec intelligence et construit chaque chapitre autour de la montée de la tension.

Victor Lessard, toujours assisté par la « subtile » Jacinthe Taillon (que j’adore) remplace son patron à la tête de la section des crimes majeurs de la police de Montréal. On lui confie la difficile mission d’enquêter sur le meurtre d’un haut gradé du SPVM dont on a retrouvé la tête dans un conteneur à déchets.

Le meurtrier semble s’amuser à jouer avec les enquêteurs car il commet d’autres meurtres et les annonce à chaque fois, dessinant un graffiti sur la scène de crime. En plus de donner des indices sur sa prochaine victime, il révèle que le Père Noël sera sa dernière proie, sa dernière œuvre.

L’enquête sera ardue, complexe et les événements pousseront Lessard et son équipe dans leurs derniers retranchements. « Violence à l’origine » (j’aime un peu moins ce titre … un peu convenu…) vous prendra dès le début et l’intrigue ne vous laissera aucun moment pour souffler. On ne lit pas un thriller pour calmer ses nerfs !!

Les amateurs de Lessard le retrouveront avec plaisir après l’excellent intermède de « Sous la surface ». La grande qualité de Michaud réside dans son talent à imaginer des situations complexes, à les placer dans des atmosphères oppressantes et à y faire évoluer une attachante équipe d’enquêteurs.

Un personnage important revient dans ce quatrième roman, un personnage dont le coeur bat au rythme des saisons et dont les veines charrient la beauté comme la violence et où, le lecteur retrouve Montréal, cette ville belle de jour mais dont certains secteurs projettent des ombres inquiétantes, la nuit. Montréal est vivante sous la plume de Martin Michaud, elle vibre au rythme de ses habitants et de son animation. Personnellement, je me suis rappelé l’odeur des hot dogs et des frites du mythique Greenspot de la rue Notre-Dame, à Saint-Henri.

Et ce qui est loin de me déplaire, Martin s’amuse à jouer avec certaines règles pour surprendre ses lecteurs. Ce qui fait en sorte que vous serez un peu décontenancé (positivement) par la numérotation des chapitres, par exemple. En même temps, cela reste le plus grand défi de Martin Michaud de nous ébahir à chaque fois, de nous surprendre avec l’évolution de son personnage principal et de nous faire sourire avec l’apparition de Miles Davis.

Finalement, ce qui ne gâche rien, « Violence à l’origine » est superbement servi par un style et une écriture super efficaces. Près de 450 pages qui filent à la vitesse grand V : de courts chapitres, une écriture nerveuse et un style qui déferle comme un ruisseau de montagne au printemps. On y savoure la noirceur des pensées et des souvenirs sombres de Victor, l’humour et les sarcasmes de Jacinthe et la justesse de l’écriture de l’auteur. Comme toujours, les dialogues sont animés, souvent drôles et toujours justes, surtout les échanges entre Victor et Jacinthe. Parfois, l’auteur nous offre une poésie émouvante, un peu de beauté littéraire venant éclairer la noirceur et le glauque de ces crimes affreux ! Plaisir de lecture !

Alors, amateurs de Martin Michaud (de plus en plus nombreux… ) , n’hésitez pas à vous lancer à la découverte de cette 4e enquête. Et pour ceux qui ne le connaissent pas, vous avez maintenant la chance d’avoir quatre très bons romans pour vous plonger dans le monde des enquêtes de Victor Lessard.

Quelques extraits …

« Mais il y a surtout cette pièce sombre enfouie au plus profond de chacun de nous, dans les entrailles de notre conscience, l’endroit où nous enfermons à double tour tous ces accommodements, ces mensonges et ces demi-vérités qui nous empêchent d’avancer, qui nous forceraient, pour peu que nous envisagions de les regarder en face, à nous observer tels que nous sommes vraiment. Dans toute la magnificence de notre hideur et de notre pureté … »

Petite leçon sur les procédés d’enquête : « Une enquête résulte d’un processus d’élimination. Vous déterminez ce qui doit être en place pour que le drame se produise et, à partir des faits et des éléments connus, vous formulez des hypothèses, vous envisagez les possibilités. Et lorsque vous avez éliminé l’impossible, la vérité se cache quelque part dans la somme des probables. »

Et bien sûr, il n’y a que Jacinthe Taillon pour intégrer cet ingrédient dans son régime : « Eille, avec quoi tu penses qu’y font les trempettes, hein ? Ben oui, avec de la mayonnaise ou de la crème. Sinon ? Ben, qu’est-ce que tu penses ? Y mettent de l’huile hydrogénée, pis, ca, c’est comme du sirop à cancer. Fait que, entre nous, ça change pas grand chose que je mette un peu de crème fouettée sur mes légumes. »

Bonne lecture !

Violence à l’origine

Martin Michaud

Les éditions Goélette

2014

447 pages

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Published by Richard -

"Le mauvais côté des choses" de Jean Lemieux

Par Florence Meney

Jean Lemieux, médecin de métier, est aujourd’hui aussi un écrivain aguerri, en pleine possession de son art. Chacune des pages de son dernier opus, Le mauvais côté des choses, (publié récemment chez Québec Amérique), est le reflet de cet aboutissement. Le Mauvais côté des choses est la quatrième enquête d’André Surprenant. Avec ce roman policier à la facture plutôt classique mais d’une grande efficacité, l’auteur pourra sans crainte mettre le lecteur au défi de trouver une phrase inutile, un paragraphe qui ne constitue pas une brique nécessaire à la construction globale de l’histoire. L’architecture de l’intrigue est impeccable, et les rebondissements sont bien enchainés et très crédibles.

Cette histoire, justement :

Un soir d’automne, un restaurateur de la Petite-Italie est abattu alors qu’il quitte sa pizzeria. Son cadavre a été amputé de la main droite. S’agit-il de l’œuvre d’un psychopathe ou d’un règlement de comptes lié à la mafia sicilienne ?

André Surprenant, nouvellement arrivé au sein de l’escouade des crimes majeurs du SPVM, tentera de démêler l’écheveau de cette enquête, dont les ramifications semblent s’étendre à sa propre histoire familiale. Qui était vraiment son oncle Roger, grâce auquel il a obtenu un poste à Montréal ? Pourquoi son père, dont la présence est de nouveau signalée à Los Angeles, a-t-il disparu en octobre 1970 ?

Tandis que Surprenant essaie de faire la lumière sur son passé mais aussi sur l’identité de celui que la presse a baptisé « l’amputeur des ruelles », les victimes s’accumulent. Et, chaque fois, non loin des cadavres, on trouve une mystérieuse branche d’amélanchier. (Source du résumé : Québec Amérique)

Des ingrédients gagnants

Écrire un bon polar, votre servante en sait quelque chose, est un exercice complexe et délicat, qui exige de combiner rigueur et capacité de s’émanciper du réel, imagination, profondeur et habileté à mener une intrigue tambour battant. Le mauvais côté des choses offre tout cela, une aventure bien ficelée, au rythme des morts et des branches d’amélanchier, approfondie aussi de références sur l’histoire récente du Québec, sur la musique, et riche des mille visages de la métropole québécoise.

Souvent, dans ce genre littéraire, l’intrigue vient vampiriser les personnages, les laissant exsangues et sans étoffe. Ou alors, inversement, l’auteur s’attache trop au vécu de ses créatures de papier, au détriment de l’enquête. Jean Lemieux a bien jonglé avec ce double défi, nous offrant en prime un protagoniste principal très attachant, dont on sent la profondeur à travers ses questionnements personnels, qui sont d’ailleurs intelligemment rattachés à l’intrigue principale.

Franchement, un très bon polar, point à la ligne.

Bonne lecture !

Le mauvais côté des choses

Jean Lemieux

Québec-Amérique

2015

376 pages

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Published by Richard -

L'avocat, le nain et la princesse masquée

En ce qui me concerne, Paul Colize est l’un des auteurs de polars parmi les plus polyvalents. Après les excellents « Back up » et « Un long moment de silence », deux romans complexes avec une intrigue dense et prenante, il nous revient avec une comédie policière qui atteint pleinement ses objectifs : nous faire sourire, nous offrir un bon moment de détente sans mettre de côté la qualité du récit, de l’intrigue et des personnages.

« L’avocat, le nain et la princesse masquée » est une réussite totale, à mettre entre toutes les mains.

Hugues Tonnom est un avocat reconnu de Bruxelles, spécialiste des causes de divorce. Célibataire endurci mais sensible aux charmes féminins, cultivé et maniant une langue ampoulée, il fait de l’argent, s’impose comme un incontournable et gagne généralement ses causes … sans chichi sur les moyens à prendre pour avantager ses clients.

Un jour, la plantureuse Nolwenn Blackwell, top model bruxellois, se pointe à son bureau pour réclamer ses services d’avocat. De champagne en vin rouge en terminant par l’apéro, il lui en donne un peu plus. Il l’amène au restaurant pour discuter de l’affaire et tout cela se termine ( ! ) dans le lit de la belle.

Le lendemain matin, il se lève seul, dans son lit, avec pour seule amante, sa gueule de bois. Et le drame commence pour notre bon plaisir … de lecture. La belle est retrouvée morte dans son lit, deux balles dans la tête. Et qui lui annonce cette nouvelle ? Le très « charmant » inspecteur Witmeur, celui-là même qui, il y a deux ans, s’était vu départir d’une grande partie de ses avoirs, incluant sa moto adorée, dans une cause de divorce où Maître Tonnom représentait sa femme. Inutile de préciser que pour l’inspecteur, la cause est tout entendue : l’avocat est coupable et doit être accusé du meurtre.

Obligé de s’enfuir et de se cacher, l’avocat, aidé ( ?) par une journaliste un peu particulière, devra lui-même résoudre cette énigme où tout l’accuse. Alors commence une enquête savoureuse où les rebondissements se multiplient, où nous rencontrons des personnages truculents mais très crédibles, où nous accompagnons le suspect dans des voyages en France, au Maroc, en Afrique du Sud et même à dos d’âne pour traverser la frontière de l’Algérie !

Aucun ennui, de l’action, des revirements, un sens aiguisé du récit et surtout, un humour désopilant qui donne une touche très agréable à notre lecture.

Paul Colize est aussi habile à nous émouvoir qu’à nous surprendre avec des phrases qui font sourire ou réfléchir. Comment ne pas s’arrêter pour philosopher en lisant cette affirmation et ce, dès les premiers mots du roman :

« Le mariage est la principale cause de divorce.

Sans le premier, le second n’aurait jamais vu le jour. »

Je vous recommande grandement ce dernier ouvrage de Paul Colize comme tous les romans qu’il a écrits. Ce grand auteur (il mesure près de 1 mètre 90) que j’ai eu la chance de rencontrer l’année dernière saura vous charmer par sa plume et par son imagination. Quand on termine un de ses livres, comme pour plusieurs autres, on a hâte de lire son prochain. Cependant, une question s’ajoute toujours dans son cas : mais quelle surprise nous réserve-t-il ? J’espère le savoir très bientôt !

Bonne lecture !

Quelques extraits :

Quand l’avocat rencontre la belle journaliste : « Mon expérience et ma longue pratique des relations humaines me permirent de percevoir le message évanescent qui ondoyait dans son sillage.

Danger ! »

« L’acte était puéril et pulsionnel, mais les hommes sont ainsi faits. Si ce n’est lors d’un passage aux toilettes, ils le font dans les vestiaires de leur club sportif. Ils ne peuvent s’empêcher de comparer, d’évaluer, de soupeser. Si d’aventure le prétendant les surclasse, ils lui trouvent aussitôt une déficience physique ou une tare psychique. En désespoir de cause, ils lui prêtent le quotient intellectuel d’une pince à linge. »

Pour parler d’une prostituée, Hugues Tonnom dira dans sa langue de tous les jours : « Une femme qui entretenait des relations rémunérées. »

L’avocat, le nain et la princesse masquée

Paul Colize

La manufacture de livres

2014

316 pages

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Published by Richard -

Indridason, Grand Maître du polar !

Attention ! Grand Maître à l’œuvre !

Dans son dernier roman paru, « Les nuits de Reykjavik », Arnaldur Indridason nous offre un de ses meilleurs romans, sinon, le meilleur. Et quand on a lu « La cité des jarres », « La femme en vert » et « La voix », il est difficile de concevoir qu’un écrivain puisse faire mieux. Indridason l’a fait ! « Les nuits de Reykjavik » est un grand roman, un polar parfait, qui confirme, même si ce n’était pas nécessaire, l’immense talent de cet auteur islandais.

Ceux qui ont lu « Duel » se rappelleront l’apparition, dans les bureaux de la Criminelle de Reykjavik, d’un jeune policier du nom d’Erlendur Sveinsson. Dans « Les nuits de Reykjavik », on retrouve donc le futur commissaire à ses débuts, policier de proximité accompagné de deux stagiaires pour faire sa patrouille. Violence conjugale, clochards éméchés, péripatéticiennes droguées, accidents de circulation et vols font partie de son quotidien. Puis, le matin, après son quart de travail, il rentre tranquillement dans son petit appartement en sous-sol, solitaire, sans télé, préférant lire et écouter de la musique. Et toujours empêtré dans une vie sentimentale étriquée.

Quatre jeunes adolescents découvrent un cadavre dans un fossé. Appelé sur les lieux, Erlendur reconnait le cadavre : un clochard dont il s’est parfois occupé. Le constat est rapide : le taux d’alcool dans le sang dépasse la norme et ce ne peut qu’être un accident. Affaire classée !

Au cours de la même fin de semaine, une femme disparait mystérieusement à la suite d’une soirée entre femmes. Les deux affaires ne semblent avoir aucun lien. Pourtant, la découverte d’un bijou par une clocharde change la donne et met Erlendur sur la piste d’éventuels responsables. Travaillant de nuit, il amorce une enquête en dehors de son temps de travail. À la Erlendur , tout en douceur, en humanité et en réflexion.

Lentement et avec une sympathie évidente pour le genre humain, Erlendur explore le milieu des clochards de la capitale islandaise : sous-sols crasseux, appartements délabrés, refuges surpeuplés, odeur de gnôle, goût douteux des bouteilles d’alcool à 70% achetées en pharmacie. Indridason nous dépeint d’une façon presque brutale toutes les sensations vécues par ces laissés-pour-compte du genre humain.

Malgré tout, par petites touches précises, l’auteur esquisse quelques traits d’humour qui viendront agrémenter le récit. Plus particulièrement quand il mettra en opposition le conservatisme d’Erlendur avec la modernité de ses deux stagiaires. Comment ne pas sourire quand il parle avec dédain de la « pissa » que l’on reçoit à la maison dans une boîte en carton ?

Tout le talent d’Indridason transcende le roman. Même si on connaît très bien le caractère de son personnage principal, il nous fait découvrir toute la subtilité du commissaire que nous avons suivi dans ses enquêtes ultérieures : son obsession pour les disparitions, son amour de la poésie islandaise, sa solitude, ses difficultés relationnelles et ses méthodes d’enquête nuancées.

Souvent, je me suis posé la question à savoir pourquoi j’aimais tellement cet auteur … Et je pense avoir trouvé. Je me suis surpris à ralentir mon rythme de lecture, en pensant que je voulais étirer mon plaisir. Puis, je me suis rendu compte d’une chose, qui me semble assez exceptionnelle. Un phénomène étrange se produit à chaque fois que je lis un roman d’Indridason, un petit miracle (le mot est peut-être fort mais il me plait) littéraire : le style d’écriture tout en nuances et en lenteur, un personnage réflexif et posé, tout cela influence grandement mon rythme de lecture. Une symbiose particulière s’installe qui fait en sorte que le lecteur, l’auteur et le personnage évoluent au même rythme, en harmonie avec le développement de l’histoire.

Cette magie littéraire fait en sorte qu’Indridason est le Maître du thriller adagio et passionnant. À consommer sans modération !

Bonne lecture !

Quelques extraits :

« Il avait alors compris qu’il détestait voyager avec des gens qui manifestaient en permanence de la gaité. Toute cette joie avait quelque chose d’oppressant. »

« Il ne s’était pas attardé, en réalité il n’y était resté que quelques instants, tout juste le temps de s’emplir les yeux de tristesse. »

« - C’est quand même incroyable, observa Gardar.

- Quoi donc ?

- Que nous ayons eu le courage de rester dans ce pays depuis plus de mille ans. »

Les nuits de Reykjavik

Arnaldur Indridason

Métailié

2015

261 pages

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"Dix petits hommes blancs" de Jean-Jacques Pelletier

Ouvrir un roman de Jean-Jacques Pelletier, c’est se plonger dans une pile de journaux, tous ouverts à la même page, pour suivre une histoire complexe mais aussi y rencontrer des personnages très sympathiques et d’autres beaucoup moins.

Ouvrir « Dix petits hommes blancs », c’est en plus, suivre en direct, sur Facebook ou Twitter, les événements et les commentaires de monsieur Tout le monde, sur l’histoire que nous sommes en train de lire, comme si tous les lecteurs s’étaient réunis autour d’un ordinateur virtuel !

Ouvrir « Dix petits hommes blancs », c’est aussi retrouver avec plaisir Gonzague Théberge en vacances à Paris avec sa femme en convalescence. C’est retrouver Victor Prose toujours prêt à se lancer à l’aventure avec son éternel ami, revoir avec plaisir et un peu de crainte, Natalya Circo (un personnage fascinant !). Et aussi, toujours avec le même appétit, crapahuter dans Paris s’arrêter dans un bistro, prendre un verre et déguster un bon repas avec nos deux enquêteurs gastronomes.

Toujours avec complexité et une grande maîtrise de l’intrigue, Jean-Jacques Pelletier nous trace un portrait réaliste du monde occidental moderne. Le lecteur s’y accroche les pieds dès les premières pages et se voir contraint à l’insomnie jusqu’au bout des 575 pages du roman.

Théberge coule des jours tranquilles à Paris, s’occupant de sa douce moitié, faisant en sorte qu’elle ne pense qu’à sa réadaptation. Victor Prose est à la recherche d’un livre rare mais pendant ses temps libres, il a établi un drôle de contact virtuel avec Phénix, un personnage aux idées bien particulières, qui prévoit la fin de l’Occident.

Enfin, tout Paris, réel et virtuel, s’émoustille sur une drôle de campagne publicitaire. Sur les bus de la capitale, ces mots apparaissent :

"10PHB…

… PLUS QUE DIX JOURS"

À chaque jour, le décompte se fait, inexorablement vers la dixième journée ; que s’y passera-t-il ? Chacun a sa version, son opinion, son idée !

Puis, une première victime est retrouvée dans le 1er arrondissement, « Blanc … Mâle, visiblement … Petit … Lisse comme celui d’un enfant … ». Et comme par hasard, ce mort étrange ne semble pas vouloir faire la une de l’actualité. Comme rien n’est simple et parce que cette première victime est le fils d’une personne haut placée de la société parisienne, un jeu de chat et de souris s’élabore entre la Police judiciaire et la DGSI.

Mais, quelques jours plus tard, deux autres cadavres sont retrouvés … dans le 2e arrondissement. Puis, trois autres, dans le 3e. Où cela va-t-il s’arrêter avant que la police résolve cette affaire ? Dix cadavres dans le 10e ? 16 dans le 16e ? L’affaire se complique ! Gonzague Leclercq, l’ami au même prénom que Théberge lui lance un appel pour l’aider dans cette enquête. « Rien de très prenant ; juste lui donner son avis » … pour débuter !

Et voilà les deux héros de Pelletier qui se retrouvent au centre d’une affaire … pour notre plus grand plaisir. L’enquête est difficile ! La panique gagne facilement les Parisiens. Les réseaux sociaux s’emballent ! Blogues, textos, tweets et statuts Facebook alternent avec les journaux papier ou télévisés. La spirale de l’information attire immanquablement la société occidentale vers le bas, le noir et l’insoutenable. Pièces de théâtre macabres, trafic d’humains et d’animaux, meurtres crapuleux et vengeances peuplent le quotidien.

Jean-Jacques Pelletier, maître de son style « journalistique », nous propose des chapitres courts, comme des flashes qui nous aveuglent et qui tourbillonnent dans la tête du lecteur. Malgré la cadence des événements et la diversité des sources d’information, le lecteur ne se perd jamais dans ce dédale glauque. Notre regard se tourne vers notre monde, dans celui où on vit et on ne peut que porter un jugement négatif sur notre soif d’informations, à tout prix.

Roman noir et pessimiste ? Oui, mais un excellent thriller qui offre aux lecteurs des moments plus joyeux où nous pouvons partager avec ces héros un bon vin et un bon repas et avec un humour. Et quelques clins d’œil qui font sourire !

Amateurs de Jean-Jacques Pelletier, vous ne serez pas déçus par ce roman riche en rebondissements. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, je vous conseille une incursion dans son monde, en commençant par son avant-dernier roman « Les visages de l’humanité ». Sans être une obligation pour comprendre « Dix petits hommes blancs », cela vous permettra de mieux connaître … les méchants ! Et oui !

Un dernier mot, un petit bémol concernant plus l’éditeur que l’auteur : il restait quelques coquilles assez évidentes qui auraient dû être corrigées. C’est un peu dommage, dans un roman de cette qualité !

Quelques extraits :

« Vous allez voir, l’inexistence peut être très agréable. »

« Un barman est par définition un cimetière de confidences. »

« Grand amateur de canard, autant confit qu’enchaîné, il choisit finalement une cuisse d’anatidé. Sa femme, par ailleurs un peu exaspérée par les intarissables critiques de son mari, opta pour la tête de veau … et précisa qu’il ne fallait y voir aucune intention éditoriale. »

« Les seuls secrets que l’on ne peut pas trahir sont ceux que l’on ignore. »

Bonne lecture !

Dix petits hommes blancs

Jean-Jacques Pelletier

Hurtubise

2014

575 pages

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