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Polar, noir et blanc

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La vérité peut vous reconstruire, elle peut aussi vous détruire.

Tout n'est pas perdu

Étant une fervente lectrice de polars, j’aime tout autant me plonger dans un bon thriller psychologique. J’attendais avec impatience ce petit dernier... et je me suis bien délectée !

« Tout n’est pas perdu » nous transporte dans la petite ville cossue de Fairview au Connecticut. La scène inaugurale nous plonge au cœur d’une soirée organisée par les jeunes du lycée de la ville. Jenny Kramer, 15 ans, sera victime d’un viol odieux. Elle sera donc amenée à suivre un traitement post-traumatique pour rayer de sa mémoire toute trace de cette horrible agression. Rangeant et compartimentant ses souvenirs, le traitement n’arrivera pas à effacer les émotions reliées à cette agression, tapies au fond de sa psyché celles-ci erreront en elle, car seul son esprit a oublié.

Le psychiatre Alan Forrester entrera alors en scène, il recevra Jenny en consultation en s’insinuant séance après séance dans les méandres de son esprit. À tour de rôle, les membres de sa famille dont Charlotte sa mère, qui dès le départ était en faveur du traitement afin d’éviter à sa fille les abominables cauchemars récurrents de cette soirée. Tom, son père, de son côté s’y opposant, trop obsédé par sa traque du violeur, car sans mémoire, sans souvenirs, aucun indice possible sur le mystérieux agresseur. Graviteront autour d’eux, d’autres membres de cette communauté tissée serrée, dont un ancien combattant de l’Irak ayant reçu le même traitement que Jenny. Chacun connaît chacun dans cette petite ville où les secrets ne restent jamais bien longtemps enfouis. Nous connaîtrons chaque petit travers, chaque petit mystère des protagonistes jusqu’au plus profond de leur intimité.

Lentement, les masques vont tomber, l’intrigue accroître, jusqu’au dénouement inattendu et surprenant. Est-ce que le psychiatre réussira à raviver la mémoire de Jenny ? Est-ce que le coût en vaut la chandelle ?

Un huis clos comme je les aime. Un roman puissant à multiples tiroirs où se cachent de petites boîtes à secret que nous ouvrirons une par une. Un thriller psychologique certes, mais différent avec une enquête menée non par les forces de l’ordre, mais par le psychiatre. La réussite de ce roman siège dans la précision de sa construction, la psychologie et la profondeur de ses personnages mis en scène. On est surpris, parfois un peu chamboulé, dérouté par la complexité des mécanismes complexes de la psyché de chacun de ses personnages.

"Tout n’est pas perdu" est le premier roman de Wendy Walker traduit en français. Un film est en cours d’adaptation par la Warner Bros et l’équipe de production de « Gone Girl » de David Ficher, et ce avant même sa parution. En espérant que celui-ci sera à la hauteur du roman.

Et vous, si vous aviez l’opportunité, préféreriez-vous tout oublier ?

En attendant, n’hésitez pas et plongez... une bonne lecture de vacances.

Extraits ;

« Ce que je tiens à préciser pour le moment, au début de cette histoire, c’est que ça n’a pas été un miracle pour cette belle jeune fille. Ce qui avait été effacé de son esprit a continué de vivre dans son corps et dans son âme, et je me suis senti obligé de lui rendre ce qu’on lui avait pris ça peut paraître parfaitement étrange. Tellement insensé. Tellement perturbant. »

« Nous sommes tous fascinés par les incidents sordides, par la violence et l’horreur. Nous faisons semblant de ne pas l’être, mais c’est dans notre nature. L’ambulance au bord de la route, les voitures qui ralentissent pour apercevoir le corps d’une victime. Ça ne fait pas de nous des personnes mauvaises."

“Elle a pris une profonde respiration. Elle a refermé les yeux. Ses larmes ruisselaient, formant une petite flaque sur le cuir à côté de sa joue. Et quand elle a parlé, la façon dont elle a prononcé les mots et les émotions brutes qui se sont échappées de son corps et ont empli la pièce m’ont donné la sensation que non seulement je la comprenais, mais que j’étais elle ce soir-là.”

Tout n’est pas perdu.

Wendy Walker

Sonatine

2016

340 pages.

Chronique écrite par Sylvie Langlois, collaboratrice à Polar, noir et blanc

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Published by Sylvie - - Romans étrangers

Red Light. Adieu Mignonne.

Marie-Ève Bourassa est une découverte !

On retrouve dans « Adieu Mignonne » tous les ingrédients d’un excellent polar : un personnage principal typique de la littérature noire, une intrigue superbement ficelée, une écriture fluide et parfois crue, une atmosphère aussi glauque que dans les meilleurs romans américains du début du XXe siècle. Vous trouvez que j’exagère en mettant cette nouvelle auteure sur le même pied que les Jim Thompson, Raymond Chandler, Dashiell Hammett ou David Peace ? Oui peut-être un peu. Mais ce que je peux vous dire c’est que Marie-Ève Bourassa possède tout le talent pour atteindre les sommets et qu’elle sera une auteure à suivre dans les prochaines années.

Mais avant de la couronner, voici donc l’histoire de ce deuxième roman sorti de l’imagination de cette experte en cocktails de tous genres. (Ne soyez donc pas surpris si vous vous sentez un peu secoué … !)

Eugène Duchamp, de retour des tranchées de la Première Grande Guerre, demeure à Montréal, dans un taudis du bas de la ville avec sa femme Pei-Shan. À longueur de journée, ils vivent au rythme de ses prises d’héroïne et de ses beuveries d’alcoolique pas du tout anonyme. Un jour qui ressemblait à tous les autres, une prostituée vient le voir pour lui demander d’enquêter sur la disparition de son enfant dans des circonstances nébuleuses. Tout d’abord, il refuse. L’ancien policier manifeste ses réticences. Après mures réflexions, connaissant le peu d’intérêt pour ses ex-collègues de la police à résoudre des affaires touchant les habitants du Red Light, il prend sa canne, surnommée Mignonne, qui le supporte dans ses déplacements et se lance dans ces endroits mal famés où il plane dans ses paradis artificiels.

Suivez le guide, car il vous fera découvrir les rues, les bordels, les piqueries et les cabarets d’un quartier mythique du Montréal des années 20. Malgré l’air peu rassurant de notre cicerone à canne, il est sûrement le meilleur pour vous montrer à quoi ressemble l’enfer sur une partie de cette terre. Ah oui, n’oubliez pas de vous essuyer les pieds sur le paillasson de l’entrée quand il vous transportera dans les belles maisons sur le mont Royal, rencontrer ceux qui profitent des profits immenses de ce qui se passe dans les quartiers mal famés.

L’enquête se déroule à toute vitesse (même si notre enquêteur boite …), il y a de l’action, on ne s’ennuie jamais. En prime, vous assisterez à une superbe histoire d’amour qui selon toute vraisemblance ne devrait pas exister dans ce terreau infertile.

Marie-Ève Bourassa ne fait aucune concession au réalisme de ce monde aux effluves d’alcool pour Américains assoiffés par la Prohibition. Des descriptions taillées à la hache, des dialogues percutants souvent teintés d’humour et de sarcasme et des personnages aux couleurs nuancées de gris et de noir. Et malgré leurs gestes, leur langage et leurs motivations, même les «acteurs» secondaires sont crédibles et attachants. Et c’est là une des grandes forces de cette nouvelle auteure, situer ses personnages dans la complexité de leur situation. Son Eugène est fascinant; ce petit côté Robin des Bois mélangé à son allure de mauvais garçon junkie ... Adorable ! Quelques fois, il nous fait pitié, mais souvent on éprouve de l’admiration pour son courage et son humanité.

Et ce qui ne gâche rien, on apprécie le style d'écriture, ce langage aux accents du Québec de l'après-guerre et les tournures parfois géniales et toujours pertinentes. Je me suis régalé de quelques phrases qui avaient le don de me "r'virer à l'envers" ...

Et chacune de ces prostituées nous touche par leur humanité.

Découvrez Marcelle, cette marchande d’amour tellement émouvante ... !

Je ne sais pas si l’auteure a fait beaucoup de recherche, mais sa description du Montréal des années 20 et du milieu des petites mafias montréalaises m'a semblé tout à fait réaliste.

À tout moment, on se sentait dans le "vrai" Montréal !!

Inutile de dire que j'ai été happé par l'histoire, par l'enquête de ce "détective" et la capacité de cette nouvelle auteure à maintenir l'intérêt du lecteur. En aucun moment, j’ai ressenti de longueurs. Ça coule comme une source au printemps.

Alors, allez vite vous procurer ce roman ou mettez-le sur votre liste d’achats pour la journée du 12 août « J’achète un livre québécois ». Vous n’aurez qu’un seul problème … attendre la suite des péripéties de ce détective pas du tout comme les autres.

Plaisirs de lecture garantis ! Et quelques extraits :

« N’y avait pas que les hommes qui lui étaient passés dessus : le temps, la misère aussi. »

« Le problème, lorsqu’on vit comme s’il n’y avait pas de lendemain, c’est justement qu’il y a toujours un lendemain, et, en témoignent mes mains, il n’est pas des plus indulgents. »

« À l’unisson, nos faux éclats de rire ont empli la pièce. Symphonia hypocrita en lassitude majeure. »

« Les habitants, pratiquement tous anglais, étaient totalement coupés du pauvre monde. Le genre d’endroit où même les domestiques noirs vous regardent de haut parce que vous avez sali le trottoir devant la demeure, avec vos semelles souillées de réalité. »

J’en passe et des meilleures.

Bonne lecture !

Adieu Mignonne

Red light

Marie-Ève Bourassa

VLB éditeur

2016

305 pages

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Published by Richard - - Romans québécois

Les anges sacrifiés

Sous la canicule, au bord de votre piscine ou bien assis sur une plage de sable chaud, vous cherchez un livre pour vous détendre, ressentir quelques frissons intérieurs et combattre la chaleur extérieure ? Vous rédigez votre liste d’achats pour le 12 aout et vous désirez ajouter un bon roman policier écrit au Québec par une auteure d’ici ? Ou tout comme moi, vous êtes un admirateur de Sylvie-Catherine de Vailly et vous attendez toujours la sortie de la prochaine enquête de Jeanne Laberge ? Toutes les réponses sont bonnes si vous vous procurez « Les anges sacrifiés », son dernier roman, paru un peu plus tôt.

Efficacité, imagination, personnages attachants et complexes, une excellente histoire très bien racontée, voici les premiers commentaires qui me viennent à l’esprit en terminant ma lecture. Sylvie-Catherine de Vailly sait écrire et elle le prouve à chaque roman. Et ce qui est aussi important, l’auteure, n’ayant pas choisi la facilité, elle situe son personnage dans les années 70. Comme première inspectrice de police au Québec, Jeanne Laberge porte discrètement l’étendard de l’émancipation de la femme, sans slogan, sans violence. Juste par sa compétence, sa passion et son acharnement.

Jeanne est enceinte et son patron lui offre de continuer à diriger son équipe, mais en restant à son bureau. Comme nous tous qui la connaissons, il sait pertinemment que ce sera une bien grosse commande pour notre héroïne. Elle est donc de retour après les incidents de sa dernière enquête et elle est reçue avec beaucoup de chaleur par son équipe. Mais un membre est absent ! James Nixon, son fidèle adjoint a demandé son transfert dans une autre équipe. Voilà donc un premier mystère à élucider pour Jeanne, très affectée par cette nouvelle.

Cependant, un crime crapuleux vient troubler le retour de Jeanne. Un cadavre a été retrouvé dans les conteneurs de déchets, dans la ruelle derrière un restaurant. Le corps est celui d’un jeune homme en position fœtale. L’analyse du pathologiste judiciaire révélera que l’assassin a retiré les yeux, le foie et le cœur de sa victime.

Dès les premiers moments de l’enquête, on découvre des similitudes avec une série de meurtres semblables qui ont eu lieu en 1968 : trois jeunes garçons d’une quinzaine d’années ont été retrouvés avec les mêmes caractéristiques macabres que celles du cadavre trouvé. Il faudra donc faire appel à l’inspecteur Gaétan Longpré qui était responsable de ce dossier non résolu. Huit ans séparent les crimes ; a-t-on affaire au même meurtrier ? Pourquoi aurait-il arrêté pendant toutes ces années ? Pire encore, va-t-il récidiver pour répéter la séquence de trois meurtres ? Toutes ces questions alimentent le sentiment d’urgence pour résoudre l’énigme.

L’enquête piétine un peu, Jeanne vit des moments difficiles avec son conjoint David et cherche toujours la raison de l’abandon de Nixon. Et tout cela part en vrille, dans un tourbillon, jusqu’à la finale. Une fin qui nous frappe en pleine figure et qui nous fait dire :

« Vous êtes diabolique, madame de Vailly ! En plus de nous maintenir dans le doute pendant toute notre lecture, vous commencez maintenant, à cultiver la tension entre vos livres ? Vous êtes démoniaque ! Mais quelque part, c’est ce qu’on appelle le talent. Et c’est pour cela que nous vous aimons »

Alors, lecteurs de polars, n’hésitez pas à vous plonger dans le monde de Jeanne Laberge et de sa créatrice, Sylvie-Catherine de Vailly. Un plaisir de lecture assuré !

Deux extraits …juste pour vous mettre l’eau à la bouche :

« La dernière chose qu’il vit avant de basculer dans l’obscurité totale et définitive fut une lumière blanche, aveuglante.

Et toujours cette musique et ces chants.

Sa dernière pensée fut pour sa mère. C’était celle d’un regret. »

« - Vous m’croyez pas quand j’vous dis que c’est l’diable, hein, mais chus pas folle ! Satan y a pas toujours des cornes pis des sabots, des fois il prend l’apparence de quelqu’un qui a l’air ben smatte. »

Bonne lecture !

Les anges sacrifiés

Sylvie-Catherine de Vailly

Recto-Verso

2016

222 pages

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Published by Richard - - Romans québécois

Le mercato d'hiver

Philip Kerr est un auteur archiconnu grâce à sa Trilogie berlinoise. Chacun des romans qui la composent avait été publié individuellement et n’avait remporté qu’un succès mitigé. Édités entre 1989 et 1991, ce qui est devenu la célèbre série Bernie Gunther, les romans ont été réunis en mars 2009. Ce fut un succès instantané ! Par la suite, j’ai été complètement séduit par un de ses romans pratiquement inconnu, écrit en 1992, « Une enquête philosophique » mettant en scène un policier bien particulier, Jake Jocowicz. Celui-ci doit enquêter sur un serial killer qui donne des noms de philosophes à ses victimes et qui force l’inspecteur à se tremper dans le monde de l’horreur … et de la philosophie. Tout à fait passionnant !

Avec en tête, cette expérience de lecture d’un auteur qui n’a pas peur de sortir de sa zone de confort, je me suis lancé avec confiance dans ce nouveau roman « Le mercato d’hiver » en ne sachant pas trop dans quoi je m’embarquais.

Et moi qui n’ai jamais été capable de regarder un match de foot jusqu’à la fin, qui ne s’explique pas comment on peut se passionner pour un sport si lent (bien que je le comprenne de mieux en mieux), moi qui n’ai vraiment aucun référent culturel ou sportif autre que Pelé, j’avoue que j’ai apprécié ce roman.

Bien sûr, toutes les références aux personnes, aux athlètes, aux exploits et aux magnifiques buts de l’un et de l’autre m’ont laissé de glace (j’aime mieux le hockey). Et question gazon, je préfère le football américain. Mais l’histoire racontée par Philip Kerr, l’intrigue super bien ficelée et surtout, le personnage fascinant de Scott Manson m’ont convaincu. Assez, que parfois, j’allais chercher ma tablette, je me branchais sur le « tube » rouge et je regardais quelques séquences de jeux.

Revenons donc à l’histoire. Scott Manson est l’entraineur d’un club de football de la Premier league anglaise. Grande vedette de ce sport, il est maintenant l’assistant du gérant Joao Zarco, une autre icône du football anglais. Sa carrière de joueur s’est arrêtée subitement, quand il a été accusé d’un crime qu’il n’avait pas commis. Sa haine viscérale de tout ce qui porte un insigne provient de cette histoire où la police a tout fait pour l’inculper sans chercher le vrai coupable. Et lui, pour sauver un ami, par solidarité, il s’est laissé accuser de .....

Le trio de dirigeants est complété par Victor Sokolnikov, un riche homme d’affaires ukrainien qui semble avoir fait fortune d’une manière peu orthodoxe. Et c’est peu dire !

En plein mercato de janvier (le moment de l’année où les clubs peuvent réaliser des transferts ; au Québec, on parlerait de la période des échanges …), lors d’un match important pour l’équipe, le gérant manque à l’appel. On le retrouve, quelques heures plus tard, mort, possiblement assassiné entre la structure du stade et les loges d’affaires.

Le propriétaire du club, voulant empêcher les journalistes (et probablement les policiers) de découvrir des squelettes cachés derrière son organigramme, donne à Scott Manson une promotion, faisant de lui le gérant intérimaire de l’équipe et le charge de mener une enquête parallèle pour trouver le criminel. Ce nouveau personnage récurrent de Philip Kerr, devra donc gérer le club et en plus, sans que cela paraisse, enquêter dans les coulisses de l’organisation. Pour ce faire, il se fera aider par son complice de toujours, Maurice McShane, un avocat radié de son ordre professionnel pour avoir utilisé des moyens illicites dans la pratique de sa profession. McShane est le comparse idéal pour faire les basses œuvres nécessaires à une telle enquête. Et il ne s’en gênera pas, bien évidemment !

On pénètre très rapidement dans ce monde un peu particulier du sport professionnel où les joueurs sont les grands prêtres d’une religion où la papauté essaie d’être le plus infaillible possible, tout en prenant des moyens pas très catholiques. Comme dans tous les ouvrages de Philip Kerr, l’enquête est menée tambour battant ; on ne s’ennuie pas une seule seconde et on se laisse porter par son sens de l’humour décapant et son langage parfois cru, mais toujours juste et pertinent. L’auteur parsème son texte de répliques savoureuses, de dialogues bien sentis et d’allégories qui marquent le point chaque fois.

Et même si vous n’êtes pas amateur de foot ou si comme moi, vous n’y connaissez rien, vous vous laisserez prendre au jeu et vous suivrez avec plaisir les dribles criminels de ces sportifs transformés en enquêteurs.

Alors, entrez dans la Couronne d’Épines (le surnom du stade) du London City Club, assoyez-vous aux premières loges et assistez à cette partie entre les possibles suspects et les détectives amateurs … et laissez-vous porter par le talent de Philip Kerr. Personnellement, j’ai bien hâte de voir jusqu’où il mènera ce personnage de Scott Manson. Réussira-t-il à nous faire oublier Bernie Gunther ? Y aura-t-il tirs de barrage, victoire à l’arraché ou partie nulle ! Ce sera nous, les lecteurs, qui aurons le plaisir de frapper un coup franc !

Bonne découverte … et au jeu !

Quelques extraits :

« L’objectif d’un bon manager de football, c’est de montrer à onze trous du cul la manière de jouer comme un seul homme. »

« De hideux bâtiments sombres, abandonnés et si vieux que certains avaient peut-être connu les pieds de Dickens, voire la main de Shakespeare. »

« Je pouvais entendre le chagrin étouffer sa voix. Elle hocha la tête d’un air las, retira ses lunettes, essuya ses yeux bleu pâle, puis se moucha avec un mouchoir qui paraissait trop petit pour faire face à autant de malheur. »

À un joueur pris en flagrant délit de dopage :
« - Est-ce que tu avais oublié le contrôle ou est-ce que tu n’es qu’un idiot ?

  • Un idiot, j’imagine, patron. »

« Son visage ne disposait que d’une seule expression, et elle était stoïque. Même son sourire ressemblait à du verglas en train de se former sur une rangée de pierres tombales. »

Bonne lecture !

Le mercato d’hiver

Une enquête de Scott Manson

Philip Kerr

Éditions du Masque

2016

447 pages

Philip Kerr nous présente son roman "Le mercato d'hiver"

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Published by Richard - - Roman anglais

Par Florence Meney

 

Pendant des pages et des pages de ma lecture de L’envers de l’espoir, de l’Allemande Mechtild Borrmann, j’ai eu du mal à discerner en quoi le roman pouvait être étiqueté comme policier. Et pourtant, il n’y a pas à dire, l’intrigue policière y est bel et bien présente, complète et bien étayée. Mais c’est sans doute qu’elle s’intègre avec une parfaite harmonie et même qu’elle se subordonne à la richesse d’un récit qui suit avant tout les destins humains, d’hommes et surtout de femmes qui se croisent, s’aiment et se tuent, évoluant à travers les décennies marquées par l’apogée puis la chute du Bloc communiste. Avec, symbole ultime de l’absurdité mortifère du totalitarisme, la tragédie de Tchernobyl.

 

L’histoire

 

Une femme vieillie avant l’âge par la solitude et la souffrance, Valentina, vit ou plutôt survit dans l’indigence absolue, au coeur de la zone interdite de Tchernobyl. Elle y attend désespérément le retour de sa fille disparue dans le sillage d’autres jeunes femmes, parties pour échapper aux ruines de leur monde vers des promesses de cieux plus cléments et d’une vie facile en Allemagne. Dans un cahier, à la lumière rare et pour tromper l’angoisse de l’absence, Valentina relate pour sa fille les années d’horreur et de mensonges qui ont entouré la catastrophe de la central nuclaire, dont la gravité a longtemps été niée par les autorités soviétiques et dont les consequences se ressentent encore aujourd’hui. Loin de là, dans une campagne allemande, un homme solitaire recueille une jeune fille traquée par un groupe de malfaiteurs sans merci. En Ukraine, un enquêteur brave l’interdit de ses patrons pour tenter de remonter à la source d’un traffic humain. Le passé des protagonistes, leur present et puis leur avenir ou plus souvent son absence se déploieront sous nos yeux pour se rejoindre en un paroxysme implacable et désespérant de lucidité.

 

L’envers de l’espoir est un roman magnifique, tracé d’une plume poétique qui jamais ne succombe au lyrisme facile. L’auteure parvient à faire surgir des ruines dévastées de la campagne entourant Tchernobyl la beauté d’un soleil hivernal et la grandeur d’une âme droite qui tente de survivre, contre toutes probabilités. Celle qui s’est aussi distinguée à travers quatre autres romans semble trouver sans effort les liens légers et forts qui vont nous attacher à ses personnages, ces êtres lourds de leur passé et de leur origine, tous, dont l’étoffe est tissée dans les larmes et l’abandon, dans la lâchetés des gouvernants aussi. Car L’envers de l’espoir est aussi et peut-être avant tout un réquisitoire sans appel contre les régimes politiques des pays de l’Est de l’après-guerre, l’auteure renvoyant dos à dos communistes et régimes du monde dit libre.

 

Au passage et sans jamais trop s’appesantir, le roman touche une foule de sujets encore brûlants d’actualité, de l’enfance martyrisée aux disparités sociales, en passant par la force du mensonge et l’incommunicabilité entre les êtres.

 

À lire, absolument.

 

L’envers de l’espoir
Mechtild Borrmann

Éditions du masque

2016

L'envers de l'espoir

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Published by Florence Meney - - Roman allemand

Le mariage de plaisir

Tahar ben Jelloum est un écrivain que j’ai toujours lu avec plaisir. J’ai encore en mémoire le magnifique « L’Enfant de sable » ou l’angoissant "Cette aveuglante absence de lumière ». Cet auteur nous plonge en plein centre d’un monde magrébin qui nous est inconnu avec une langue tellement belle et une poésie aux odeurs de cannelle.

« Le mariage de plaisir », comme à peu près toute la production littéraire de Tahar ben Jelloum, jette un regard critique sur la société marocaine. Il se penche sur un aspect méconnu de nous, Américains du Nord, le racisme entre les personnes de race blanche arabe et les Noirs de l’Afrique subsaharienne.

Amir est un marchand d’épices à Fès ; il y vit avec son épouse et ses enfants. Son dernier fils est un enfant trisomique qui en peu de temps, devient le soleil de tous ceux qui l’entourent même si au début de sa vie, son père veut le jeter à l’eau comme un vulgaire déchet.

Chaque année, Amir quitte Fès pour se rendre au Sénégal afin de faire provision des épices qu’il vend dans sa boutique. Et comme l’islamisme le permet, il s’y marie avec une très belle femme noire, le temps d’un « mariage de plaisir ». Cette notion un peu particulière autorise les voyageurs musulmans à se marier en toute légalité, pour une durée bien définie, afin d’éviter toute tentation aux hommes de fréquenter les prostituées.

Tous les ans, Amir épouse donc Nabou et il découvre passion, liberté et créativité sexuelle. Pour ce séjour, il amène Karim, son fils trisomique, autant pour lui faire connaitre un autre monde que pour lui présenter sa « femme temporaire ». Mais cette fois-ci, l’échéance de son mariage lui pèse … et il décide de ramener la belle Nabou pour en faire son épouse permanente. Cependant, il est bien conscient que ce ne sera pas facile. Lalla Fatma, sa première épouse légitime, ne voit pas la chose du même œil et décide de faire toutes les misères du monde à cette « femme de mauvaise vie » !

Ce n’est que le début des problèmes de la belle Sénégalaise ; elle sera victime de nombreuses manifestations de racisme et d’ostracisme. Et tout devient encore pire à la naissance de ses jumeaux, un garçon blanc comme son père et l’autre, aussi noir que sa mère.

Cette histoire, extraordinairement bien écrite, nous trace un portrait assez sombre de l’ouverture à la différence d’une certaine catégorie de personnes marocaines. Sans généraliser outrageusement, on imagine bien cette société peu ouverte, refermée sur elle-même et capable de hiérarchiser les gens en fonction de l’intensité de la couleur de la peau. Tahar Ben Jelloum pose un regard perçant et dur sur l’homme raciste, incapable d’accepter l’autre pour des raisons futiles.

Comme dans chacun de ses textes, Tahar Ben Jelloum décrit le monde magrébin avec un style et un langage bien personnels. On le lit pour ses qualités de conteur, mais aussi pour la beauté de sa langue. Pour mieux connaitre ce monde si éloigné du nôtre. Autant quand il décrit les rues étroites et achalandées de la ville impériale, autant quand il nous balade dans les rues de Dakar, l’auteur réussit à nous faire vivre, voir et sentir l’atmosphère des endroits que ses personnages foulent.

Prenez plaisir à suivre Tahar Ben Jelloum et ses personnages attachants et tellement humains. Marchez avec Amir ! Admirez Nabou ! Écoutez Karim ! Vous ne regretterez pas ce voyage au pays des mariages de plaisir.

Quelques extraits

« Le corps de Nabou, d’une souplesse magnifique, se donnait avec force et élégance aux fantaisies d’Amir. C’était comme si un être invisible leur dictait ce qu’il fallait faire et leur suggérait qu’ils étaient en train de vivre une expérience qu’ils ne revivraient jamais. »

« Tu sais, un vieux sage disait qu’il faut rendre grâce à Dieu d’avoir inventé le cheval, sinon, les Blancs auraient utilisé les Noirs comme monture. »

« Fès était le tombeau du Temps, la source enchantée de l’Esprit, le refuge des repentis et le divan des poètes qui tissaient de leurs vers les ruelles sombres et étroites. »

« L’heure fatidique était venue. L’heure où l’absent est présent dans tous les esprits. »

Bonne lecture !

Le mariage de plaisir

Tahar Ben Jelloum

Gallimard

2016

261 pages

Tahar Ben Jelloum nous présente son roman.

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Published by Richard - - Romans magrhébins

Les enfants désobéissants finissent toujours par être abandonnés.

Les enfants indociles

Les enfants indociles de Marie Charrel

Toujours dans ma veine de m’éloigner un peu (pas trop loin, quand même …) du polar, j’ai eu le grand plaisir de lire « Les enfants indociles » de Marie Charrel. Quelle belle et bonne surprise ! J’ai tout simplement adoré ! Autant j’ai aimé l’histoire (presque un thriller …), autant j’ai aimé le style et l’écriture de Marie Charrel.

Je vous le dis d’entrée de jeu, je vous recommande fortement la lecture de ce merveilleux roman qui saura vous charmer de bien des façons.

Claire Jarnon est une jeune femme taciturne, solitaire et sans grandes ambitions. Sa vie tourne autour de son emploi de rédactrice d’horoscope quotidien et de sa grand-mère, une auteure à succès, excentrique et anticonformiste. Madeleine Jarnon vit dans une résidence pour personnes âgées depuis plus d’un an. C’est elle qui a élevé Claire, sa mère et son père ayant tour à tour quitté le foyer sans un mot d’avertissement. La grand-mère a tenté, avec plus ou moins de succès, de combler ce vide, cet abandon, en offrant à Claire, une enfance déjantée, peuplée de surprises et de défis à surmonter.

Un jour, Claire apprend que sa grand-mère a disparu. Évaporée dans la nature. Plus aucune trace d’elle. Serait-elle abandonnée encore une fois ? Est-ce son unique destin d’être quittée par les gens qu’elle aime ? Cela lui semble impossible ! Elle décide donc de partir à sa recherche.

Et comme son extravagante grand-mère ne fait rien comme les autres, très rapidement, Claire recevra une série de lettres, lui offrant des défis à surmonter. Et cela, en se servant de la phrase qui animait toujours les jeux de sa jeunesse : "cap ou pas cap ?"

À travers des épreuves qui semblent parfois loufoques, parfois effrayantes, Claire partira à la recherche d’elle-même, de ses peurs et de ses ambitions secrètes. Rencontrant des personnages farfelus, dépassant ses propres limites, elle se plongera dans l’imaginaire littéraire de sa grand-mère pour combattre graduellement, l’héritage particulier de sa jeunesse marquée par l’abandon. Comme un poussin naissant, Claire brisera sa coquille, son armure, en réalisant chaque épreuve de son parcours. Entre autres, porter des chaussures zombies pendant toute une journée, poser nue, démissionner de son emploi, etc.

Marie Charrel nous propose ce conte moderne comme une chronique consacrée à la vie. Et en même temps, elle met en scène une allégorie, preuve vivante des bienfaits de la littérature. Claire, c’est un peu, beaucoup nous, qui grâce aux personnages, au récit et à l’imaginaire des auteurs que nous rencontrons, nous permettent d’enjoliver la vie et d’apprendre ce qui nous habite vraiment. La littérature demeure un miroir fidèle de ce que nous sommes, mais surtout, de ce que nous devrions ou voudrions être.

En prime, Marie Charrel nous charme avec une écriture toute en nuances, avec une poésie intime et inspirante. Les extraits des romans de la grand-mère Magda (surnom de Madeleine) mettent une touche onirique au récit et participent grandement à la beauté de l’écriture. Préparez-vous à passer par une gamme d’émotions fort variées, du ludique au tragique, de l’excentrique au dramatique, et ce, toujours avec une écriture créative et limpide. Marie Charrel réussit le défi de nous amener au-delà des mots et de s’adresser directement à nos sentiments.

Je vous recommande grandement ce roman pour le plaisir de lire, pour découvrir une auteure remarquable et surtout, pour jouir du bonheur qu’apportent les idées et les phrases de ce récit.

En voici quelques exemples, juste pour vous mettre l’eau à la bouche, vous mes lecteurs, enfants indociles !

« Cet enfant-là avait un don très spécial. Il murmurait à l’oreille des anges. »

« - Maman, murmura Claire et le mot lui écorcha les lèvres.

Les « m » comme des petits poignards. Les « a » tels des épines.

Maman. »

« Alors que certains nourrissent cette illusion longtemps, parfois même toute leur vie, Claire avait compris qu’elle n’était pas une personne spéciale. »

« Elle avait des seins comme des brioches chaudes à peine sorties du four, des hanches comme celles d’une contrebasse enchantée. Et ses fesses ! Je vais vous confier quelque chose, souffle-t-il en se penchant un peu plus. Ces fesses étaient aussi belles que la croupe des Brésiliennes. »

Et un titre formidable : « De l’art d’oser la folie pour trouver la sagesse. »

Et enfin, je m’arrête ici, car j’en aurais des dizaines d’autres … : "Ta grand-mère était une enfant indocile. Elle est devenue une femme libre. »

Bonne lecture !

Les enfants indociles

Marie Charrel

Rue Fromentin

2016

236 pages

Une présentation du roman

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Published by Richard - - Romans français

Inhumaine de Patricia Cornwell

Par Florence Meney

Les amateurs de l’univers sombrissime des enquêtes de l’experte médico-légale de Virginie Kay Scarpetta retrouveront avec plaisir leur héroine, ce quasi alter-égo de l’auteure américaine Patricia Cornwell, dans son roman Inhumaine, publié en français chez Flammarion. Fidèle au reste de son œuvre substantielle (plus d’une vingtaine de romans tous plus touffus les uns que les autres), la maitresse du polar médico-légal offre au lecteur un plongeon haletant dans un univers oppressant où règne le crime et où le mal rôde dans les moindres recoins, n’accordant aucun repos aux protagonistes.

Le Mal est partout et il est féminin

Kay Scarpetta enquête cette fois encore sur une mort pas ragoutante (à quand un macchabé appétissant ?) et hautement suspecte. Un cadavre bien juteux est retrouvé dans une vieille demeure de Cambridge. Jusque là, rien que de la routine pour l’experte, jusqu’à ce qu’une glaçante vidéo impossible à arrêter surgie sur son téléphone ne vienne plonger Scarpetta dans l’horreur de la menace faite à ses proches. Quel esprit maléfique cible-il ainsi dans ces images la nièce adorée de l’enquêteuse ? Les vieux fantômes de Scarpetta sont-ils revenus la hanter sous les traits de Carrie Grethen, psychopathe de génie ? Thème récurrent chez l’auteure, son héroine se retrouvera entièrement seule pour affronter les forces des ténèbres qui menacent de pulvériser son monde et d’anéantir ses êtres chers. Inhumaine nous ramène, un peu vieilli mais guère assagi, le comparse malcommode de Scarpetta, le détective Pete Marino, cet attachant malotru, en plus du mari de l’experte, l’agent du FBI Benton Westley. Bien sûr, comme toujours chez Cornwell, le fil complexe de l’intrigue se nouera et se dénouera jusqu’aux ultimes pages, faisant au passage la terre brûlée sur toutes les certitudes. Car le monde de Scarpetta (et sans doute celui de Cornwell) est un monde de complot, de violence et de cruauté, où l’homme est un loup pour l’homme et où les technologies de pointe sont mises au service des violations de la vie privée des individus.

Hymne à la froideur

Au fil de ses ouvrages, Patricia Cornwell a prouvé son impeccable maitrise du genre ainsi que sa capacité à renouveler les intrigues et à conserver intact l’intérêt des lecteurs pour ses écrits. Cependant, la froideur de son approche et la distance infranchissable qu’elle impose vise à vis de son personnage de tête et dans une moindre mesure de tous les autres (hormis Marino, dont le corps empâté semble touché par une sorte de grâce) empêche dans Inhumaine comme dans les romans précédents l’auteure de cette chronique d’éprouver une quelconque empathie, ce qui, avouons-le, limite un peu le plaisir de la lecture. Sans avoir à offrir des personnages roses et bleus, un roman policier, pour susciter l’adhésion du lecteur, doit savoir insuffler à son héros (ou son anti-héros) des caractéristiques, positives ou négatives, mais accrocheuses, qui donneront envie de s’y attacher, même si ce n’est que pour mieux le détester. C’est à mon sens le défaut principal de l ‘œuvre de Patricia Cornwell, mais cette réserve est toute personnelle et sa valeur est tout à fait relative quand on sait que la romancière a vendu 100 millions de livres traduits en 36 langues.

A propos de Patricia Cornwell

Patricia Cornwell est née à Miami, en Floride. Chroniqueur judiciaire, elle fut informaticienne au bureau du médecin légiste (Chief Medical Examiner) de l'État de Virginie, où elle assista à ce titre à un nombre considérable d'autopsies. Elle est membre émérite de l'Académie internationale du John Jay College de justice pénale dédié à l'étude des scènes de crime, et a contribué à fonder l'Institut de sciences médico-légales de Virginie..

Inhumaine

Patricia Cornwell

Une enquête de Kay Scarpetta

Flammarion

2016

Derrière un roman, il y a beaucoup de travail !

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Published by Florence -

« Elle avait envie d’avoir mal partout et néanmoins de continuer, elle aurait voulu que son corps ne soit plus qu’une immense douleur, parce que c’était la seule façon qu’elle connaissait de rester en vie. »

"Jusqu'à la chute"

Jusqu'à la chute de Catherine Lafrance

Attention ! Derrière cette couverture, qui semble tout innocente, tranquille, se cache un roman noir profond, une lente descente aux enfers qui vous fera frémir! « Jusqu’à la chute » est le roman du deuil, le deuil d’une personne qui part et dont l’absence enlève tout désir de vivre. Mais ce roman de Catherine Lafrance est aussi le roman de l’espoir, celui qui nourrit notre résilience et nous transporte vers la lumière. Celle qui éclaire, de loin, les jours trop sombres.

« Jusqu’à la chute » est le troisième roman de Catherine Lafrance ; je n’ai pas lu les deux premiers, mais j’avoue que la tentation est forte d’aller voir la progression de cette auteure. Auteure qui, je pense, aime prendre des risques … et les assumer. Et à qui cela réussit bien.

« Jusqu’à la chute » est construit autour de trois personnages principaux.

Laura est cadre des ressources humaines dans une entreprise bien cotée. Son fils de 20 ans meurt tragiquement d’une façon très particulière (aucunement question de dévoiler cette partie de l’histoire !). Depuis sa mort, elle s’est lancée corps et âme dans le travail, l’alcool et la course à pied.

Lors d’une ballade à vélo, Éric est épargné par un accident fatal qui frappe sa femme, son frère et son meilleur ami. Au moment de ses crises d’angoisse, il monte sur le toit de l’édifice où il habite avec l’intention de se jeter dans le vide. Après quelques minutes, il hésite, laisse passer un moment, la crise s’atténue et il fait marche arrière. Jusqu’à la prochaine fois !

Joe est un jeune Amérindien qui a dû quitter sa réserve pour fuir un passé qui le poursuit et le hante. Après avoir provoqué un incident grave, mais surtout pour fuir une mère aussi maternelle qu’un AK47, il décide de se rendre dans la grande ville, au Sud, retrouver un oncle qui lui a promis un emploi. Le voyage sera difficile, ponctué d’embûches et d’espérances.

Et l’auteure, par ses mots et son style très sensuel, arrive à nous faire partager ses sentiments, son empathie pour des personnages au bord du précipice. On s’identifie rapidement à ces personnes ordinaires qui un jour, voient leur vie basculer. D’un seul coup! Catherine Lafrance entoure ses lecteurs dans un cocon de sensualités enveloppantes et nous plonge, sans avertissement, au cœur du malheur de ses personnages.

Grâce aux talents de l’auteure et malgré la noirceur de ces trois êtres malheureux, on s’attache aux personnages pour ne leur souhaiter que du bien. Tout au long de ces trois histoires racontées parallèlement, on sent l’inéluctable chute, la descente dans le précipice vertigineux du destin. Même s’ils n’ont rien en commun sauf leur malheur, leurs courts moments de joie si furtifs et leur fragile résilience, nous devinons qu’une rencontre est inévitable. Et que probablement, ce sera un choc !

Et pour nous, amateurs de polars et de thrillers, nous terminons notre lecture en appréciant le sens du suspense de l’auteure. Le roman est haletant, les fins de chapitres nous poussent toujours à continuer notre lecture et le rythme demeure effréné malgré quelques descriptions quand même fort nécessaires.

Catherine Lafrance est une auteure à découvrir et je crois que le public friand de polars trouverait un roman à la mesure de ses attentes. J’ai commencé ce roman en pensant que je me reposerais du polar ; au contraire, j’ai été convaincu que l’auteure pourrait être avantageusement comparée à nos auteurs de thrillers préférés.

Je vous recommande « Jusqu’à la chute ». Vous serez conquis !

Et moi, comme amateur de polars, je me souhaite vraiment que Catherine Lafrance se lance dans l'écriture d'un polar. Je suis convaincu qu'elle y réussirait très bien ...pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Voici quelques extraits qui ont retenu mon attention :

« C’était facile, au fond. Il n’aurait qu’à se laisser emporter, le corps libre de toute entrave, l’esprit en apesanteur. Le souffle de l’été, chaud et humide, serait comme une caresse sur sa peau durant la descente, et peut-être sentirait-il même le parfum des fleurs accrochées aux balcons devant lesquels il passerait forcément. Qui sait ce que l’on perçoit dans des moments comme celui-là … »

« Bien sûr, c’était un bonheur timide, un bonheur qui marchait sur la pointe des pieds, mais c’était du bonheur. »

Et une très belle phrase de l’auteure dans sa présentation, à la fin du roman : « … même devant la mort nous ne sommes pas tous égaux. Les laissés-pour-compte, les marginaux, ceux qui portent leur misère tout au long de leur vie, les sans-papiers, les sans-espoirs, ceux qu’on a blessés, stigmatisés, écartés, ceux devant qui l’on passe sans les voir, les invisibles à nos yeux… ceux-là n’ont pas de deuxième chance. »

Bonne lecture !

Jusqu’à la chute

Catherine Lafrance

Druide

2015

324 pages

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Published by Richard - - Romans québécois

Dernière escale de Sandra Martineau

Sur la page couverture de « Dernière escale » de Sandra Martineau, il est indiqué … « Roman policier, mais pas que… »! Déjà, cela annonce quelque chose de spécial et le futur lecteur commence à se poser toutes sortes de questions. Très vite, dès les premières pages, on ressent l’impression d’être plongé dans un roman qui transcende le genre.

« Dernière escale », c’est une histoire d’amour qui s’achève. Mais pas que ! C’est aussi un drame psychologique angoissant, une lente mais irréductible descente aux enfers. C’est aussi, un très bon roman policier, un polar passionnant ! Écrit par une auteure aux talents de plus en plus reconnus, quelqu’un que je suivrai avec beaucoup de plaisir.

Richard (non, ce n’est pas moi !), ex-footballeur professionnel, habitué aux honneurs de la gloire, voit sa carrière se terminer dans le scandale de sa vie personnelle. Drame familial dans sa jeunesse, aventures extra-conjugales, drogue et alcool s’additionnent pour former un cocktail explosif qui finit par lui sauter au visage.

Cette croisière à bord d’un paquebot luxueux lui permettra peut-être de chasser ses démons. Malgré tous les plaisirs qui s’offrent à sa famille, à sa femme et à ses deux adolescents, ce sont plutôt ses propres démons qui le pourchasseront. La croisière pourrait-elle rapiécer toutes les brèches de sa vie ? Pourra-t-il oublier qu’il a été responsable de la disparition de sa sœur dont il avait la garde ? Et se pardonner ?

Sera-t-il capable de recréer le contact avec sa femme, ses enfants ?

Sandra Martineau réussit à merveille à précipiter ses lecteurs dans cette spirale angoissante où ses personnages sont aspirés vers l’abime de leurs souvenirs. Le lecteur participe à cette croisière, assis dans son transat préféré sur le pont supérieur. Impuissant, il assiste aux événements qui préparent cette « Dernière escale ». Enfilez votre ceinture de sauvetage … ça va brasser ! Va y avoir de la vague !

Des dialogues percutants, un style sans fioritures inutiles, direct comme un coup de poing de boxeur et une analyse fouillée de la fragilité psychologique des personnages bien développés et crédibles, font de ce huis clos maritime, un thriller passionnant qui saura vous plaire … et vous faire frémir ! L’écriture et l’imaginaire de Sandra Martineau nous dépeignent un environnement bien particulier : le drame humain qui se joue, au milieu de gens qui s’amusent et qui sont inconscients de la tragédie qui se joue, juste à côté d’eux.

Montez à bord mais gardez votre esprit éveillé ! On ne sait jamais qui pourrait être notre voisin de cabine. Et surtout, méfiez-vous de la « Dernière escale » !

Quelques extraits :

Ce qui est angoissant, c’est que cette vérité peut nous arriver à tout moment : « Quelques secondes d’inattention, pour que ma vie se transforme à jamais … »

« Je me laisse submerger par un flot de souvenirs que j’avais emmurés dans un coin de ma tête pour éviter de souffrir. Un chapitre douloureux de mon passé que j’ai tenté de refermer pour vivre ma vie. Cet homme vient de jeter une pierre dans la mare. L’onde de choc se propage et le barrage vient de céder. Tout le chagrin que j’avais réussi à canaliser jusqu’à maintenant est en train de m’envahir. »

Après une violente gifle administrée à sa femme : « En proie à un violent désarroi qui me dévore les entrailles, les mots restent coincés dans ma gorge et je les laisse s’éloigner sans rien dire. »

Bonne lecture !

Dernière escale

Sandra Martineau

Lajouanerie

2016

300 pages

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Published by Richard - - Polar français

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