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Publié par Richard

Les-villages-assoupis-Tome1-copie-2.jpgUn des grands plaisirs de la littérature est de découvrir un ou une nouvelle auteure. On regarde la jaquette, on lit la 4e de couverture et on commence à lire les premières lignes. On se laisse porter par les premières pages jusqu’au moment où on s’arrête et on pose un premier regard. Une première opinion se construit.

Les premiers chapitres de "Transtaïga. Les villages assoupis", je l’avoue, m’ont un peu décontenancé; l’atmosphère, le climat étrange, ces descriptions d’une terre de mon pays mais qui ne ressemble pas du tout au coin où j’habite. Ces paysages du grand Nord québécois et ses humains qui l’habitent, les véritables peuples qui vivent au froid, font en sorte que nous les Québécois du Sud, on se prend à visiter notre propre pays comme des touristes étrangers.

Puis, dans un deuxième souffle, j’ai été charmé par le style bien particulier d’Ariane Gélinas. L’auteure est capable de peindre un tableau plein de douceurs, avec toutes les nuances du spectre de la violence. Comme l’image de la jaquette, Ariane Gélinas nous dépeint un  monde où la brutalité, la douceur et la spiritualité se côtoient et même s’entrechoquent au rythme des croyances et des superstitions. Regardez ce personnage sur la couverture, habillée comme une petite fille qui s’en irait faire ses dévotions à l’église mais qui tient une hache, instrument mortel au fond de ce bois clairsemé et inhospitalier.

Ce voyage initiatique, cette lente progression d’Anissa vers sa destinée, est jonchée de cadavres et de meurtres, décrits tout en douces nuances. Pour le plaisir, juste pour le plaisir d’une comparaison boiteuse et contestable, je dirais qu’Ariane Gélinas pourrait devenir une Stephen King dont la plume de corbeau a trempé dans une encre poétique.

L’histoire est relativement simple ! Anissa se rend à Combourg, un petit village fantôme dont sa grand-mère est le pasteur. Cette route du Nord du Québec, Anissa l’a parcourue dans le sens inverse quand elle avait trois ans. Sa mère avait alors quitté le village pour fuir sa grand-mère et ses pratiques religieuses très singulières. Cependant Anissa a toujours su que sa grand-mère l’attendait pour prendre sa relève, à la tête du village et perpétuer les croyances et les pratiques qui ont fait les fondations de sa communauté.

 

Ah oui, et n'oublions pas une donnée intriguante à souhaite: cette route qu'emprunte Anissa vers son étrange destin mesure réellement "666" kilomètres.

 

Elle entend donc cet appel et nous lecteurs, découvrons la genèse du village, grâce à un carnet écrit par la grand-mère, sorte d’héritage spirituel à l’intention de sa petite fille.
Tout au long de la route qui l’amène vers son nouveau «royaume», elle cueille cette nourriture indigeste et inhabituelle qui servira à nourrir sa terre et à renforcer les protections mystiques et sécuritaires du village.

Mais est-ce que ce sera suffisant ? Comment Anissa trouvera-t-elle cette communauté, ce village qui l’attend ? Sera-t-il conforme à l’image qu’elle s’en est faite ?

Ariane Gélinas nous livre avec ce premier tome d’une trilogie, un premier roman puissant, dérangeant et parfois même assez prenant. Sans nous donner un récit haletant avec de multiples rebondissements, elle nous trace plutôt une arantèle diabolique, avec un fil de soie qui semble fragile mais qui nous attrape et nous laisse prisonnier de son atmosphère. Ne cherchez pas l’intrigue haletante, le thriller angoissant, laissez-vous simplement emprisonner par la suavité du style de l’auteur et par son écriture en demi-teintes.

Ariane Gélinas possède cette façon de nous faire avaler des couleuvres d’horreur en les emballant dans un emballage cotonneux. Un exemple concret, pendant une scène de pêche où il se passe un événement tragique: témoin de la noyade de quelqu’un de très important pour elle, Anissa reste de glace, immobile, ne tente aucune action pour sauver cette personne. Elle pense cependant:  «J’avais songé au poisson qui se débattait encore au bout de sa canne, à l’hameçon qui transperçait l’une de ses orbites.»

J’ai beaucoup aimé être toujours assis entre ces deux chaises en me disant que j’étais peut-être inconfortable mais toujours à l’aise. Et jusqu’à la fin, dans une poésie un peu morbide mais tellement belle, l’auteure nous laissera nager dans cette ambiguïté qu’elle a habilement montée. Les dernières phrases de l’avant-dernier chapitre sont d’une élégance toute délicate; on se laisse envahir par cette finale en s’abandonnant aux mots et aux images.

Un livre à lire, une auteure à découvrir !!Ariane_Gelinas_petite.jpg

Avant de vous quitter, une petite anecdote pour accompagner cette chronique. J’ai rencontré Ariane Gélinas par hasard, en assistant au lancement du recueil de nouvelles de mon amie Suzanne Myre. J’ai pu, avant le début du lancement, parler avec Ariane et me rendre compte que son roman était exactement dans mes gouts de lecteur de romans noirs. Je me suis donc procuré son livre et demandé une dédicace ... pour apprendre que c’était la première fois qu’elle dédicaçait ... son premier roman. Alors, j’ai la chance d’avoir la première signature de sa carrière d’auteure. Je lui en souhaite une très longue avec beaucoup de séances de dédicaces!

Et enfin, un dernier mot sur le livre comme tel, l’objet. Je tiens à féliciter la maison d’édition Marchand de Feuilles pour la qualité physique du roman. Si la collection Lycanthrope garde cette qualité ... : une page couverture superbe, un papier et une calligraphie agréable et aussi, une découpe des coins de pages tout en rondeur !
Un très bel objet !


Félicitations aux artisans !

Quelques extraits pour terminer:

«La fumée s’élève vers le ciel, tel un serpent éthéré. J’ai envie de me mêler à lui, de devenir immatérielle pour un instant.»

«Sa beauté m’apparaît à ce moment, encore plus parfaite, comme si l’effroi magnifiait ses traits. C’est décidé: je ne manquerai pas de le supplicier moi-même. À cette idée, l’impatience me gagne.»

«je me sens devenir sentimentale. Le jeune homme me rejoint sur le tabouret voisin, un corbeau juché sur l’épaule. Les griffes de l’oiseau ont déchiqueté le haut de son complet, taché de sang autour des déchirures. Il me sourit néanmoins, mais un tic nerveux trahit son inquiétude. Il me dit ensuite:
- La route vers Combourg est pavée de signes invisibles. L’aine escortera tes pas jusque là-bas.»

«Le vent impudique s’enroule autour de mes chevilles, poursuivant son ascension sur mes cuisses et mon ventre, puis sur mes seins. Malgré moi, je songe aux étreintes d’Aurélien, en bordure de la Transtaïga. Le désir me galvanise.»

Et le dernier paragraphe du roman ... une finale ... toute en ... douceur?
Je résiste à la tentation de l’écrire.

Bonne lecture !


Transtaïga
Les villages assoupis
Tome 1
Ariane Gélinas
Lycanthrope
Les éditions Marchand de feuilles
2012
152 pages

 

Lien vers le site de l'auteur:  Interférences

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Wistiti 01/09/2016 23:01

Un écriture peu subtile aux qualités littéraires très moyennes : les poncifs narratifs sont nombreux.

Il y en a qui doivent encore suivre des études de lettres avant de faire de l'analyse critique de la littérature !

Les blogs consacrés au polar par de simples amateurs de livres pullulent, et donc la qualité de l'analyse fait souvent défaut.

«Le vent impudique s’enroule autour de mes chevilles, poursuivant son ascension sur mes cuisses et mon ventre, puis sur mes seins. Malgré moi, je songe aux étreintes d’Aurélien, en bordure de la Transtaïga. Le désir me galvanise.» !!!

Lystig 02/07/2012 06:33

(indisponible en France ce livre !!)

Richard 02/07/2012 12:47



Message secret en MP !!!



Lystig 02/07/2012 06:32

toi, tu es la plus belle pépite du Québec ! :))

Richard 02/07/2012 12:47



Ouh là là !


Mais quel compliment !!



Lystig 01/07/2012 19:47

mais bien sûr à un moindre niveau que toi !!!!

Richard 02/07/2012 03:37



Ah oui ??



Lystig 01/07/2012 16:48

mais il y a des pépites au Québec !

Richard 01/07/2012 18:47


En plus de moi ???? OUI !!!!


zazy 02/05/2012 18:21

Quelle chance cette jeune auteure a eu de te rencontrer, ta chronique, comme à chaque fois, donne envie de lire ce livre.
Allez, je t'envoie un petit bouquet du muguet de mon bois !!!!

Richard 02/05/2012 20:07



Merci Zazy,


Quelle chance j'ai eu de rencontrer cette jeune auteure qui a su, par ses mots et son imaginaire, me faire passer un excellent moment de lecture !


Mais, j'accepte avec plaisir ton petit bouquet !


Amitiés



pichenette 01/05/2012 21:53

C'est curieux. Je n'aurais jamais pris le livre en main au vu de la couverture! D'où l'avantage de te lire, ça m'oblige à sortir de mes goûts habituels!

Richard 01/05/2012 22:02



Je te le conseille grandement, chère amie !


Et pourtant la couverture est magnifique !!


Bonne lecture !



Allie 01/05/2012 20:42

J'hésite encore avec ce roman. Le mieux serait que je le lise pour m'en faire une idée. Je ne sais pas à vrai dire. Certains éléments m'attirent, d'autres me freinent. Ton billet est intéressant en
tout cas!

Richard 01/05/2012 21:57



Oui, Allie, tu devrais tenter le coup ! Je pense qu'Ariane deviendra est très bonne écrivaine. Elle possède une belle imagination et elle écrit de façon superbe.


Moi, je crois beaucoup en elle !


Bonne lecture !!



Missycornish 01/05/2012 15:04

Bonjour Richard,
Quelle chance que tu ai pu la rencontrer, effectivement son roman a l'air tres bien. Il semble que l'auteur est un vrai talent. La couverture kitsh me plait. De plus une histoire un peu mystique
s'inspirant des croyances, ca me rappelle les romans chiliens d'Isabelle Allende. J'aime ce genre de romans qui nous transporte dans une autre dimension, une autre culture depaysante. Je le garde
en memoire peut-etre le lirai-je. Il me plait bien.
Bonne journee.
Amitie

Richard 01/05/2012 21:55



Bonjour mon amie,


Oui, je crois qu'il te plairait ! Il est vraiment dépaysant, même pour un Québécois.


Et en plus, cette jeune auteure est vraiment gentille.


Je serais content de te la faire découvrir.


Amitiés sincères !



christine Roy 30/04/2012 20:17

Curieuse sensation... Celle de se retrouver dans une contrée hostile et un envoutement irrésistible vous emporte: la contrée des songes où rêves et cauchemars ne font qu'un ? Univers des pays et
des régions où la nature n'a rien de bucolique où la dureté des élèments est source d'un imaginaire ou toutes les sensations se mêlent où la réalité et l'imaginaire, la sorcellerie et la féérie se
courtisent? Univers fantasmagorique qui me fascinera toujours, tout comme ses légendes de la Bretagne, Bretagne de la mer, caillou qui n'est plus terre mais déjà un navire sur la mer qui vous
emporte dans la tourmente. L'auteure, à la vue de sa photo, invite déjà au pays de la légende, où l'on croise, lutins, gnômes, fées, sorcières, chaudrons, serpents, démons..... Un imaginaire qui
m'attire et m'envoute et je me retrouve. Parce que c'est un univers qui permet de magnifier la noirceur, la dureté, de la réalité, notamment celle de la vie des gens des pays de grand froid. Ou
tout simplement parce que certaines personnes sont hypersensibles au chaud, au froid, aux éléments extérieurs, qui pour se protéger doivent se fabriquer un univers imaginaire étrange et singulier.
c'est l'impression que j'éprouve à travers cette chronique qui ne me laisse pas indifférente et qui va m'entraîner vers la découverte de transtaïga. Une trilogie ? c'est déjà un pied dans la magie,
et la magie dans un roman noir ....j'en frémis à l'avance

Richard 30/04/2012 23:06



Chère Christine,


Quel beau texte ! Quelle belle interprétation d'une chronique qui n'en méritait pas autant. Quel ressenti sur un texte qui parlait de la beauté de l'écriture d'une auteure de talent.


Je remettrai ton texte, si tu me le permets, à Ariane qui en sera sûrement bien contente.


Merci Christine pour toute cette sensibilité d'une amante de la terre, d'une grande amie de l'humanité !


Amitiés



Éliane 30/04/2012 18:33

Je te suis à moitié dans ton appréciation. La beauté de l'objet m'a tout à fait séduite moi aussi et la qualité de la plume d'Ariane Gélinas est incontestable. Ça fait plaisir de découvrir une
auteure qui sait écrire et installer une atmosphère bien particulière.

Là où je décroche, c'est dans l'ésotérisme un peu gratuit qui se dégage du récit. Comme si ce territoire commandait une part de chamanisme. Ariane n'est pas la première à jouer sur cette
patinoire-là : André Pratte avait fait la même chose avec sa trilogie amérindienne et à mon avis, l'intégration du surnaturel y était plus acceptable. Je dois être allergique à la magie!

Richard 30/04/2012 19:11



Bonjour Éliane,


Comme je n'ai pas lu André Pratte, je ne peux juger de la pertinence des choix de l'un et de l'autre. je te fais confiance.


Mais contrairement à toi, malgré quelques réticences à ce que la magie explique une enquête, j'aime bien voir "apparaître" un peu d'ésotérisme dans le développement d'une histoire ... Surtout
dans un roman noir. Je pense par exemple à "Bizango" de Stanley Péan ... que j'avais beaucoup aimé.


 


Et en ce qui concerne le talent d'écriture d'Ariane et la qualité de son imaginaire, j'aime à penser que c'est un premier roman ... et que les prochains pourraient être encore meilleurs. Je crois
que l'auteure n'a pas fini de nous étonner.


Bonne journée !


Et n'oublions pas de fêter la "magie de l'amitié" ...



Alex-Mot-à-Mots 30/04/2012 18:03

J'aime beaucoup ta façon de rentrer dans le sujet : le Grand Nord, le tourisme. Mais une route jonchée de cadavres...

Richard 30/04/2012 19:04



Bonjour Alex,


Et oui, "Transtaïga" est un roman noir ... avec des cadavres ... mais tellement bien écrit !


Allez, lance-toi !


Amitiés



Marine 30/04/2012 14:49

Une bien belle chronique Richard !
Amitiés

Richard 30/04/2012 15:03



Merci beaucoup, Marine,


C'est très gentil !!


Au grand grand plaisir de te lire !


Amitiés sincères



attila 30/04/2012 13:40

tout pour plaire ce livre : de la poésie noire, un univers étrange qui confine à la légende, la promesse de voir revenir les personnages dans les tomes suivants ..... et si en plus l'objet est un
beau livre !!! que demande le peuple ??? et cerise sur le gâteau : l'auteur est rousse .....ben oui : la crinière de feu des sorcières !!!! Cette jeune auteure a trouvé un ambassadeur de talent,
gageons que cela lui portera chance !! en tout cas, je me laisserai volontiers tenter !

Richard 30/04/2012 14:56



Bonjour Attila,


En effet, je crois qu'il te plairait !!!


Il pourra sûrement traverser l'Atlantique .... et toi, te retrouver, dans les forêts mythiques de ce Grand Nord québécois par la magie du talent d'Ariane.


Amitiés



Catherine 30/04/2012 13:24

C'est vrai que la couverture est très belle, il me fait envie mais je crois qu'il n'est pas paru en France...

Richard 30/04/2012 15:00



Et pour une fois, cette page couvertrure reflète parfaitement l'atmosphère du récit !!


Si tu aimes la couverture, tu seras charmée par le roman !


Bonne lecture !


Amitiés