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Publié par Richard

Une-femme-fuyant-l-annonce.jpgIl y a bien longtemps en Galilée, l’ange Gabriel annonçait à Marie qu’elle serait mère, et que cet enfant serait le Messie (et bien plus encore pour certains……. bien moins pour d’autres)

 

2000 ans plus tard, Ora, femme juive et mère de deux enfants, refuse de voir par la porte vitrée de l’entrée, les chaussures noires de ceux qui viendraient lui annoncer qu’Ofer, son benjamin, soldat de Tsahal, est mort.

 

En Grèce, on tuait les messagers porteurs de mauvaises nouvelles.

 

En Israël, Ora a décidé que le meilleur moyen de conjurer le message c’est de fuir le messager, de lui soustraire son destinataire et de raconter …. Et raconter encore.

 

Parler pour vivre, ou se taire pour vivre encore.

 

C’est pour protéger son fils avec ses mots qu’elle court retrouver son ami d’enfance, Avram, celui qu’elle avait rencontré adolescente dans un hôpital en compagnie d’Ilan (qui deviendra son mari et le meilleur ami d’Avram, mais aussi tant d’autres choses ….)

 

Au cours des 650 pages de cette randonnée au travers de la Galilée, de cette fuite, se déploie sous la plume de Grossman, le destin des ces enfants juifs, jouets d’une histoire qui les dépasse et les transcende.

 

Ora se raconte, raconte sa vie, ses enfants, à celui qu’elle n’a plus vue depuis des années, celui à qui elle a interdiction de parler de LUI.

 

C’est un livre dont on ignore l’existence des mystères qu’il recèle avant qu’ils ne vous explosent au visage, au détour d’un mot, d’un signe.

 

Car Ora croit aux signes, elle aussi.

 

Les signes qu’on conjure, les hasards qui n’en sont pas, les regrets et les remords qui hantent une vie, celle d’une femme, d’une mère et, encore plus, d’une mère juive en Israël.

 

Et puis les questions …. Tellement de questions….

 

Une mère peut/doit elle accepter de voir ses enfants devenir des hommes tellement durs, tellement loin des espoirs qu’ils portaient à 3, 5, 10 ans ?

 

Une mère peut elle accepter de voir l’homme que devient son fils, tuer l’enfant qu’il a été, ou ceux qui sont nés du mauvais côté de la foi ou de la frontière ?

 

Une mère peut-elle, doit-elle, soutenir envers et contre tout, contre sa raison et sa conscience, la chair de sa chair, quand elle s’égare ?

 

Est-ce cela être une femme, une mère ?

 

« On ne fait pas de littérature avec des bons sentiments » disait Gide. 

 

Alors assurément ce livre est écrit à l’encre de la grande littérature.

 

Quand l’auteur va au-delà de l’histoire superficielle, quand il conte les sentiments tels que nous refusons de nous les avouer à nous même, pourtant dans le secret de notre âme.

 

Quand tout à l’air tellement nu, tellement brut, et pourtant tellement complexe et sophistiqué qu’il n’existe pas de mots assez denses pour décrire ce livre.

 

Il y a des livres qui vous prennent aux tripes et vous assènent des coups de poings au visage, comme « Le voyage au bout de la nuit » ; et puis il y a ceux qui sont une implosion sourde aux creux de nos ventres comme cette « femme fuyant l’annonce ».

 

Et par dessus tout, il y a le courage et l’humanité d’un écrivain juif, qui n’oublie jamais les souffrances du peuple palestinien qui partage cette Terre et son destin.

 

Mais il y a surtout la dignité et la force d’un père,  dont le fils a payé le plus cher des tribus alors que le livre était déjà presque terminé.

 

La vraie question est de savoir où David GROSSMAN a trouvé le courage de vivre au-delà de ces pages et de porter le poids des signes qu’il a lui-même écrit de sa main.

 

Si on me demande une fois encore, « qu’est ce que la littérature », je répondrai c’est « le voyage au bout de la nuit d’une femme fuyant l’annonce ».

 

Une femme fuyant l'annonce

David Grossman

Seuil

2011

 

Cette chronique a été écrite par Attila qui je l'espère deviendra chroniqueure régulière sur "Polar, noir et blanc"

R. M.

 

 Voici une excellente entrevue donnée par David Grossman au Nouvel Observateur

 

Et pour mieux connaître ce personnage qu'est David Grossman, regardez cette vidéo:

 

 


 

 

 

 

 

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Eeguab 30/04/2012 10:03

Un très grand roman sur mère et fils,sur ce pays pas comme les autres,un grand livre vraiment.

Attila 30/04/2012 12:33



nous sommes bien d'accord !


A bientôt Eeguab



christine Roy 29/04/2012 19:52

Bonjour Attila,
Extrêmement touchée par ta chronique. David grossman est un homme admirable à mes yeux. Je trouverai dans quelques temps, le bon moment pour lire ce coup de coeur. je ne suis pas prête, je sais ce
que ce livre délivre. Il mérite que l'on choisisse le bon moment, la bonne écoute, et le courage des coups à recevoir. c'est qui est important, c'est de ne pas l'oublier.

Attila 29/04/2012 20:52



Merci Christine, à montour de te dire que je suis touchée par ton commentaire.


Tu as raison, les livres (et surtout les grands livres) sont comme les grands personnages de notre vie : il faut les rencontrer au bon moment, sous peine de passer à côté.


Et même si je voulais, je ne crois pas que je pourrais oublier ce livre, et son auteur.


après avoir lu celui-ci, je viens de m'offrir "le sourire de l'agneau", histoire de continuer mon chemin avec David GROSSMAN.


je te souhaite de belles lectures, et de belles émotions.



zazy 28/04/2012 14:13

Un magnifique billet pour un très beau livre. Il me faudrait avoir le courage de le lire

Attila 28/04/2012 19:02



Merci beaucoup Zazy. Ce livre m'a vraiment touchée et donnée envie d'en parler et de susciter chez les autres l'envie de le lire.


selon la formule consacrée c'est un livre " à lire absolument" !



Alex-Mot-à-Mots 28/04/2012 12:32

N'en dites pas plus, je le note.

Attila 28/04/2012 18:58



Merci Alex. Et surtout revenez nous dire ce que vous en aurez pensé ...



Malika 28/04/2012 08:39

Quel magnifique billet !!! Je me pécipiterais sur ce roman si ce n'avait pas déjà été fait !!!
Alors mon sentiment tu le connais déjà, la narration très lente et très anecdotique rende la lecture assez lourde et ne m'a pas permise d'être touchée par un récit qui aurait dû être chargé de sens
et d'émotion ...Bien dommage pour moi, j'en attendais peut-être trop !

Attila 28/04/2012 08:54



merci Malika, ton avis de blogeuse avertie me flatte.


Je connais ton avis de lectrice sur ce roman,  et c'est la démonstration, s'il en était besoin de la subjectivite et de la relativité des avis des lecteurs que nous sommes tous ... certains
seront conquis et bouleversés par ce roman et d'autres coeurs de lecteurs ne seront pas touchés par ce récit. Comme je te l'ai dit, je n'ai vu aucune lourdeur ou lenteur dans ce récit que j'ai
dégusté de la première à la dernière lettre, le coeur en bandoulière ...et comme disait Gracq le lecteur "va à ce qui le hante ... il tient à si peu". A chacun ses
fantômes ...


et après tout, ce serait dommage que nous soyons toujours d'accord !


Merci et à très bientôt Malika



Anne 27/04/2012 21:01

J'ai très envie de lire ce livre, Attila presse ma curiosité !!

Attila 28/04/2012 08:37



et contrairement à ce que dit le proverbe, la curiosité n'est pas toujours un vilain défaut !


j'attends donc ton avis sur ce merveilleux livre.


bon week end



Catherine 27/04/2012 19:57

"le voyage au bout de la nuit d’une femme fuyant l’annonce", bien trouvé, j'adore ! Bon weekend.

Attila 27/04/2012 20:04



Merci Catherine. je crois que la formule résume assez bien ce que vit Ora, et sur le plan de la qualité littéraire et de l'émotion, il me semble que ce livre peut être sur la même marche du
podium que "le voyage au bout de la nuit" (s'il fallait faire un classement ...)



pichenette 27/04/2012 18:18

Bravo! tu en parles très bien et je suis d'accord avec toi, c'est un livre remarquable et mémorable.

Attila 27/04/2012 20:00



merci Pichenette ! ce livre m'a bouleversé et je suis ravie de savoi que tu as partagé cette émotion. Il est de la trempe de ceux qu'on ne peut oublier.



sophie57 27/04/2012 17:07

Si Attila crée un blog, je serai la première à la suivre! j'aime déjà beaucoup le titre de ce livre, un titre, c'est très important, et la vidéo me fait découvrir un écrivain engagé que je ne
connaissais pas...La littérature, un combat, oui, mais je me demande parfois si tout cela n'est pas vain, voué à l'échec...quand on voit depuis combien de temps le conflit israélo-palestinien
perdure...et tant d'autres injustices qui demeurent...ici aussi, en France...au fond, que peut vraiment la littérature? pour ceux qui comme nous ont l'habitude de lire, oui, mais les autres, tous
les autres? Je te l'avoue, Attila, je suis parfois un peu découragée, j'ai parfois envie de me laisser aller au pessimisme...il est encore loin le temps où les hommes comprendront combien il est
bon de se tenir la main. Merci pour cette chronique!

Attila 27/04/2012 18:56



Merci Sophie. Mais je vais rester dans l'écurie de Richard : on est très bien traité .... et on travaille pas trop : une chronique par mois et des avantages sociaux indéniables !


Connaissant un peu tes goûts et dégoûts pour te suivre régulièrement sur ton blog, je pense que ce livre pourrait te toucher, c'est un livre dont la lecture nous amène à nous demander si, en
fait, David Grossman n'est pas une femme ??? C'est le livre d'une mère écrit par un homme ... et la personnalité de l'écrivain transparaît complétement dans son livre : c'est un pacifiste mais
pas un doux-dingue .... j'ai beaucoup de respect et d'admiration pour l'homme et l'écrivain. je crois qu'il fait partie des "nobelisables" . je serais ravie de savoir ce que tu en as pensé
lorsque tu le liras ... car tu le liras, dis ?


et je comprends la lassitude qui te gagne parfois mais lorsqu'elle m'envahit, je repense à cette phrase de Harper Lee dans "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" :


"Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu’est le vrai courage, au lieu de
t’imaginer que c’est un homme avec un fusil à la main. Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter.  Tu gagnes rarement mais cela peut
arriver"


Merci Sophie



Éliane 27/04/2012 16:32

Ouf! Voilà qui commande la ecture au plus vite! Je problème israléo-palestinien est si complexe, si inextricable, il faut toutes les analyses du monde pour arriver à se faire une idée. Et la
littérature n'est le moindre des outils essentiels pour mieux comprendre.

Richard 27/04/2012 17:07



Et Attila me disait, il y a quelques minutes, que c'est un livre qui touchera encore plus les mères.


Alors, chère amie Éliane, je crois que tu peux t'y mettre avec toute topn émotion de maman !!


Bonne lecture !!


Amitiés



Oncle Paul 27/04/2012 16:23

Bonjour Richard
et très belle chronique d'Attila qui, je l'espère, aura son propre blog. Si ce n'est pas déjà fait. Tu n'est pas égoïste Richard, puisque tu partages tes colonnes, mais tu abuses des petites mains
depuis un certain temps. Tu es pardonné puisque tu donnes le nom de tes nègres !!!
Amitiés et à bientôt

Richard 27/04/2012 16:41



Merci Paul,


Attila écrit merveilleusement bien ! Et moi, j'espère qu'elle continuera à écrire ses chroniques de lecture, sur mon blogue ou sur le sien.


Les lectrices qui écrivent sur mon blogue sont des collaboratrices très spéciales, qui méritent toutes les réactions positives qu'on leur fait et qui n'écrivent que pour partager leurs coups de
coeur.


Mon seul mérite et il est bien mince, c'est de partager mon espace d'écriture et de mettre en ligne leurs excellents textes. Pour le plus grand plaisir de mes lecteurs et dans un souci de
diversité !! et on aime bien la diversité !!


Je nous souhaite donc de bonnes lectures


Amitiés, cher oncle Paul !