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Publié par Sonia

Retour à la croisée des mondes

Par SONIA SARFATI

 

La question est revenue, souvent, lorsque J.K. Rowling a connu le succès que l’on sait avec les Harry Potter. « Tu n’es pas jalouse? » Jalouse de son succès? Cela ne me serait pas passé par la tête, même pas une fraction de seconde. Parce qu’elle écrit des romans que je ne suis pas « équipée » pour écrire. Poudlard, le Quidditch, les Animagus et autres Choipeaux, je n’aurais jamais pu inventer cela.

 

Mon imaginaire est ailleurs.

 

Dans un ailleurs qui, ai-je découvert en 1995 (donc deux ans avant que je ne « rencontre » le jeune sorcier à lunettes), flirte avec celui de Philip Pullman.

 

De lui, j’ai été jalouse en lisant Les royaumes du nord, premier tome de sa trilogie « À la croisée des mondes ». Parce qu’il est arrivé avec une histoire – je l’avoue hors de ma portée – au cœur de laquelle se trouve une idée que j’aurais voulu avoir. Que j’aurais pu avoir. Oui, ça semble prétentieux. Mais c’est la vérité.

 

Les dæmons.

 

Dans l’univers où vivent Lyra, Lord Asriel et Madame Coulter, chaque humain possède, dès la naissance, un être de forme animale qui le suivra toute sa vie et disparaîtra au moment de sa mort. Les dæmons sont en quelque sorte la manifestation physique de l’âme. Ceux des enfants changent d’ailleurs d’apparence selon les émotions et les situations, pour finalement se fixer au moment de la puberté. Reflétant alors à jamais la personnalité de « son » humain.

 

Dans la logique de ce concept éblouissant, aussi puissant en signification que riche en possibilités, on comprend qu’un homme accompagné d’une hyène ne sera pas le plus sympathique des personnages.

L’exemple n’est pas pris au hasard.

 

Cet homme « existe » et il occupe une place prédominante dans La belle sauvage, premier tome de « La trilogie de la Poussière ». Parce qu’après une éclipse de 17 ans, Philip Pullman a décidé de revenir à cet univers que chérissent des millions de lecteurs.

 

Un retour inattendu. Une emballante surprise, même si le récit est, à l’arrivée, plus simple, moins déroutant, que le voyage au long cours effectué dans « À la croisée des mondes ». Il y avait en effet tellement à découvrir, à apprivoiser, à explorer dans ce monde si semblable au nôtre par bien des points, si différent par d’autres! Il y avait aussi cette charge politique, ce discours critique sur la science, cet aveuglement auquel peut mener la religion.

 

C’était troublant et éclairant, dérangeant et pertinent. Complexe et enivrant.

 

Plus familier

 

Même s’il contient les mêmes ingrédients, les mêmes qualités, La belle sauvage ne pouvait être « tout cela » pour ceux qui n’accosteront pas innocents sur ce continent littéraire : « À la croisée des mondes » les a préparés au voyage.

 

En fait, chanceux dans leur « virginité » sont ceux qui auront le bonheur de découvrir l’œuvre de Philip Pullman avec ce livre-ci. Il est l’introduction parfaite à « À la croisée des mondes », d’autant que les événements qui y sont racontés se déroulent avant ceux que l’on découvre dans Les royaumes du nord (un peu comme, chez Tolkien, Le Hobitt est un prélude au « Seigneur des anneaux »).

 

Lyra, qui avait une dizaine d’années dans la trilogie originale, est ici un bébé. Un bébé aux origines troubles, confié aux religieuses d’un prieuré où passe régulièrement Malcolm. Il a 11 ans, il est le fils des propriétaires de l’auberge voisine où travaille une adolescente appelée Alice. Alors que le pouvoir religieux se fait de plus en plus lourd sur les habitants de Londres, alors que le ciel crache des trombes et que la crue dévaste tout, alors qu’un homme accompagné d’un dæmon mutilé tente de s’emparer du nouveau-né, les deux jeunes se retrouvent responsables de Lyra. À bord d’un fragile esquif, La belle sauvage, ils plongent dans un périple semé de dangers afin de sauver Lyra.

 

C’est une intrigue qui va du point A au point B. Un récit sombre, dur, qui met en scène des personnages – enfants comme adultes – auxquels il est facile de s’attacher ou qu’il est aisé de détester. Une histoire qui lève le voile sur des points qu’« À la croisée des mondes » n’avait pas éclaircis.

 

En ce sens, La belle sauvage est très réussi… même si, inévitablement, le lecteur familier avec cet univers y restera un peu sur sa faim.

 

Sauf que ce n’est pas un cas de famine : deux autres tomes sont de cet alléchant programme. On sait déjà que le deuxième, dont le manuscrit est terminé, s’intitulera The Secret Commonwealth en version originale et se déroulera 10 ans après les événements survenus dans « À la croisée des mondes ».

 

Aucune date de publication n’a encore été annoncée mais, une chose est sûre : après avoir tourné la dernière page de La belle sauvage, il y a le temps, avant cette autre sortie, de relire Les royaumes du nord, La tour des anges et Le miroir d’ambre. Et c’est tout sauf une corvée.

 

LA BELLE SAUVAGE

LA TRILOGIE DE LA POUSSIÈRE – Livre un

PHILIP PULLMAN

(TRADUIT PAR JEAN ESCH)

GALLIMARD,

544 PAGES

2017

 

 

 

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