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Publié par Richard

Une douce flammeJ’avais beaucoup aimé «La Trilogie berlinoise» et je l’avais recommandé à tous mes amis lecteurs de polars. Avec «Une douce flamme», j’ai retrouvé ce même plaisir, peut-être même amplifié ! Pour deux raisons: le style de Philip Kerr que j’apprécie  et le personnage de Bernie Gunther, de plus en plus attachant. Et il faut également que j’ajoute une 3e raison: la découverte d’une partie de l’histoire du nazisme en Argentine et de l’implication du président Juan Peron et de sa femme Eva.

«Une douce flamme», ce léger frémissement que les nazis ressentaient en présence de leur Führer, nous fait vivre un épisode important de l’histoire allemande du dernier siècle: odeurs prégnantes de défaite, restes de rancoeur et de haine mais retour à la vie, dans un autre pays, les deux pieds en Argentine mais la tête et le coeur encore à Dachau.

L’histoire débute en 1950. Bernhard Gunther, le toujours très cynique policier, débarque du navire SS Giovanni dans sa ville d’adoption, Buenos Aires. Dès ce premier paragraphe, Bernie nous met dans l’ambiance: une allusion aux SS sur un bateau qui se nomme SS, un commentaire sur la nourriture italienne et un «bar bien garni». Connaissant le personnage, il ne manquait qu’une femme et un paquet de  cigarettes, dans l’ordre, évidemment !

Comme beaucoup de ses anciens collègues de la SS, Bernie est accueilli très amicalement en Argentine. Un haut gradé de la police de Buenos Aires reconnaît Bernie, lui avoue une certaine admiration et le charge d’une enquête sur un meurtre qui ressemble étrangement à une histoire non résolue à Berlin, en 1932. Et alors commence un aller-retour entre les souvenirs de cette enquête, sous le signe de la montée du nazisme (Hitler n’est pas encore au pouvoir) et l’enquête contemporaine auprès d’anciens SS résidant maintenant en Argentine.

Graduellement, les liens se tissent, les histoires s’entrecroisent, les personnages re-visitent leurs vérités et les événements retrouvent leurs aigres saveurs d’horreur et de violence. Philip Kerr nous concocte un mélange savamment dosé de personnages fictifs venant jouer leur partition, donnant une saveur tannique de vérité aux personnages réels et aux événements passés. On doute, on espère que l’enquête nous démontrera que l’humain n’est pas si inhumain, qu’il ne peut pas répéter les erreurs  et les horreurs du passé.

Malgré un 5e livre en moins de 2 ans, avec le même contexte et le même personnage, l’auteur réussit le tour de force de maintenir notre intérêt jusqu’au dénouement. Et en plus, à la fin de notre lecture, on espère et on attend le prochain.


Qu’est-ce qui fait donc la force de cet auteur ?


Premièrement, le lecteur ne s’ennuie jamais. Dès le départ, les premiers chapitres campent l’intrigue, les personnages sont bien typés, les enjeux sont clairement définis. Le lecteur découvre graduellement toutes les ficelles de l’enquête, une à une, au rythme imposé par l’auteur. Et l’intérêt ne se perd jamais.


Deuxièmement, le personnage de Bernhard Gunther. Très sympathique, plein de défauts, arrogant et suffisant, fumeur, buveur et amoureux de «la» femme, avec un sens de l’humour et de la dérision, il dédramatise toutes les situations en exprimant ses peurs, en prenant un ton léger même dans les situations les plus dramatiques.


«C’était le genre d’endroit où même le cuir de vos chaussures se sent légèrement nerveux.»


«Certains hommes en pincent pour la guitare ou les dominos. Moi, c’est le derrière des femmes. Il ne s’agit pas d’un passe-temps à proprement parler. N’empêche, dans ce domaine, je suis plutôt bon. Un homme doit être bon dans quelque chose.»


Un petit reproche, cependant. Dix-huit ans séparent les deux époques de cette histoire et on ne remarque aucune évolution dans ce personnage. Même sa maladie, ses cheveux de plus en plus gris et l’âge, n’arrivent pas différencier le Bernie de 1932 de celui de 1950. Il est vrai qu’on l’aime comme il est mais une petite évolution dans le personnage ajouterait sûrement un peu plus de profondeur et de réalisme.


Un troisième élément réussit aussi à nous séduire. Le voyage historique que l’auteur nous fait vivre, cette découverte d’une époque pas si lointaine mais marquante du XXe siècle. Autant les événements que les personnages, tout nous fascine dans cette chronique du nazisme. Comment ne pas réagir au portrait que nous fait l’auteur, de Josef Mengele, d’Adolf Eichmann et surtout, de l’effrayant Hans Kammler? Comment ne pas frémir à la description de leurs actes, de leurs croyances et de leurs visions d’un monde bien particulier ?

Finalement,  il faut souligner la qualité du style de Philip Kerr. Une écriture vive, serrée, un style truculent qui parsème le récit de comparaisons étonnantes et réjouissantes. Et une imagination parfois délirante ! Il le faut pour arriver à décrire une attaque contre un ancien SS... à coup de concombre; et en plus, on y croit !

Quelques citations qui illustrent bien le style de Kerr:


En parlant d’un personnage relativement gros: «Il marchait les bras derrière lui, ce qui n’était guère étonnant non plus avec tout ce qu’il y avait devant.»


Un départ théâtral: «Je me contentai de partir avec mes vêtements, mon sens de l’humour et ma culture classique.»

En forçant une serrure: «J’ai été flic, vous vous souvenez ? Nous faisons tout ce que font les criminels mais pour beaucoup moins d’argent. Ou même pour rien ...»

«J’avais déjà vu des types ayant l’air en meilleure santé dans des cercueils.»

Et tout cela, vous permettra peut-être de découvrir, au tournant d’une page, toute la violence possible d’un «dialogue socratique» !

Philip Kerr, avocat et journaliste écossais,  continue son périple dans l’histoire du nazisme avec beaucoup de plaisir. Déjà, deux autres romans ont été publiés en anglais et seront sûrement traduits et publiés aux Editions du Masque. Personnellement, je vais me lancer dans cette lecture avec autant de plaisir que pour les cinq premiers. Cependant, j’ai une petite demande personnelle, une petite frustration de lecteur boulimique: à quand la publication d’une nouvelle édition de son roman «Une enquête philosophique», absolument introuvable, présentement ?

Pour ceux qui n’auraient pas encore lu Philip Kerr, il serait quand même intéressant de commencer par «La Trilogie berlinoise». Vous pouvez d'ailleurs lire mon billet, ici.

 

Pour les autres, «Une douce flamme» sera une bien bonne lecture de vacances.

Bonnes lectures !

Une douce flamme

Philip Kerr


Éditions du Masque


2010


427 pages

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Commenter cet article

Elodie 15/01/2012 20:12

J'ai découvert l'auteur avec "une douce flamme" et j'ai beaucoup aimé, tant pour le style que pour la découverte de ce côté sombre de l'histoire argentine, que j'ignorais totalement...je pense que
je vais continuer sur ma lancée avec la "trilogie berlinoise" :)

Richard 15/01/2012 20:20



En effet, c'est excellent !!


Tu m'en donneras des nouvelles !!


Au plaisir de te lire !



Gwenaelle 11/12/2010 14:51


Ça y est, je viens de terminer la Trilogie Berlinoise et je n'ai plus qu'une envie, lire la suite des aventures de Bernie! Un style digne des meilleurs écrivains de polar, des épisodes bien
documentés, un personnage pris dans la tourmente de l'Histoire : ces romans ont tout pour plaire!


Richard 11/12/2010 15:02



Merci Gwenaëlle,


Je suis très content que cette lecture t'ait plu !


On se sent toujours un peu responsable des suggestions que l'on fait ! Et quand on frappe dans le mille, et ben, c'est motivant ...


C'est le "salaire" qui nous incite à continuer !


Merci !



alain lanouzière 10/10/2010 11:40


Je ne considère pas Kerr comme un écrivain mais comme un habile faiseur non dépourvu de talent et de style c'est indéniable alliés à une connaissance certaine (quoique stéréotypée et formatée part
la pensée unique )del'histoire contemporaine.Quand on lit Trilogie...il faut bien admettre que c'est très convenu les plans sont prévisibles les scènes de sexe sont les pires clichés rebattus
depuis James Bond ou OSS17...
Relisez Chandler ou Hammett et vous verrez que c'est calqué sur eux En fait c'est un peu ce que Régine Desforge et sa Bicyclette bleue sont à Margaret Mitchell


Richard 10/10/2010 13:13



Il faut quand même admettre le talent de Kerr pour raconter une bonne histoire et garder l'intérêt de son lecteur. Et vous avouerez que son personnage est quand même assez attachant !


Merci de votre commentaire.


Bonne lecture !



Claude Andre 06/08/2010 14:24


Excellente analyse. Vous avez cerné l'essence de son style haletant. Une petite précision toutefois: Kerr n'a pas écrit 5 livres en 2 ans puisque «La trilogie...» est parue une première fois fin
eighties.

Merci et continuer à nous entretenir de votre passion littéraire, c'est apprécié.


Richard 06/08/2010 15:41



C'est vrai ... mais moi (et la plupart des lecteurs) , je les ai lus sur une courte période de moins de 2 ans !


Merci !



rotko 22/07/2010 15:01


Merci pour ce commentaire. Je n'ai pas encore lu ce livre, mais ça ne saurait tarder, vu que ma mediathèque l'a mis en traitement de catalogue. Je le lirai donc et comme nous avons la chance
d'avoir une argentine francophile sur le forum grain de sel; ce sera l'occasion d'échanger avec elle et de montrer que nous ne sommes enfermés, ni dans le seul hexagone, ni dans la littérature dite
blanche. Merci donc et à la prochaine.


Richard 22/07/2010 15:46



Et s'il-te-plaît, fais-moi part des commentaires sur ton forum.


Merci !



*.:。✿*Fleur de soleil*✿。:.* 15/07/2010 08:13


Je suis toujours très interessée par les livres retraçant des évènements historiques, mais j'avoue que tout ce qui concerne le nazisme ne m'attire pas. J'ai bien vu deux films parlant de ce sujet,
que j'ai trouvé très beaux d'ailleurs (la liste de Schindler et la vie est belle), mais les lectures, c'est non.


Richard 15/07/2010 13:26



Il y a tellement de  livres à lire ... Tu as le droit de faire tes propres choix !!!


Des goûts et des couleurs .... !!!!!



David 04/07/2010 10:08


Bonjour Richard, je ne connais pas cet auteur, 5 livres en deux ans !!!, incroyable. Je retiens cette série .... et dés que j'ai le temps, je me jette dessus.
Merci


Richard 04/07/2010 12:51



Cinq livres en deux ans, c'est pour le lecteur !Il faut dire que les trois premiers ont été écrits, il y a quelques temps. La "Kerrmania" est née lors de la réédition de ses trois premiers romans
sous le titre de "La Trilogie berlinoise".


Tu verras, tu ne le regretteras pas.



Marc Lefrançois 02/07/2010 08:24


Merci pour tes encouragements! J'ai enfin terminé! Mais je suis crevé et très content de partir demain en vacances... à bientôt!


Richard 02/07/2010 11:46



Bonnes vacances et surtout bon repos !



Floria 30/06/2010 23:45


c'est mon libraire qui est content!j'ai craqué et acheté la trilogie.
bonne soirée Richard


Richard 30/06/2010 23:56



Et j'espère que tu seras aussi contente que ton libraire, après ta lecture !


J'attends tes commentaires, au fur et à mesure de ta découverte de cet auteur.


Bonne lecture !



Mic 30/06/2010 16:05


Bonjour Richard,

C'est avec beaucoup d'attention que j'ai lu ton billet concernant le dernier roman de Philipp Kerr "Une douce flamme". J'ai hésité longtemps avant de l'acheter, car je me demandais s'il ne valait
pas mieux commencer par sa fameuse "Trilogie Berlinoise". Grâce à toi, j'ai maintenant la réponse. Ce livre m'intéresse beaucoup, fan d'histoire et notamment de cette période, mais tu t'en doute,je
préfère commencer l'histoire d'une façon chronologique. Quant à son livre "une enquête philosophique" je m'étonne que tu ne puisses pas te le procurer, ici il est en vente partout, soit chez
l'éditeur, PriceMinister, Amazon.com etc ... Je te souhaite de bonnes lecture, à bientôt Richard, amitiés MIC.


Richard 30/06/2010 18:51



Alors, bonnes lectures, Mic. J'ai hâte d'avoir ton avis sur La Trilogie berlinoise.Malgré un concert d'éloges, il y a eu quelques voix de dissidence ...


Pour "Une enquête philosophique", c'est en effet, très surprenant !


Je vais me ré-essayer !


Bonne journée


Amitiés



Suzanne 29/06/2010 20:24


Je viens de me procurer «La trilogie berlinoise« mais pas encore lue. Je suis par contre persuadée que je vais poursuivre mes achats pour cette «suite».


Richard 29/06/2010 20:48



Ce sera une très bonne lecture de vacances. J'espère que tu apprécieras !


Tu m'en parleras !


Amitiés



esperance27.over-blog.com 29/06/2010 19:08


Bonsoir!
Un petit coucou en passant!!
Amitiés:CLAIRE


Richard 29/06/2010 20:04



Bonjour Claire,


Merci pour ta visite. Tu écris un blogue littéraire ? J'irai sûrement te visiter.


Au plaisir !



zarline 29/06/2010 14:48


Je ne connais pas du tout cette série mais tu me donnes bien envie de la découvrir.


Richard 29/06/2010 15:16



Et bien, je te la conseille grandement ! Si tu aimes les romans policiers et si l'Histoire t'intéresse, ce sera un plaisir pour toi de découvrir cet auteur et son personnage. Et en plus, Kerr a
un style d'écriture qui nous accroche: efficacité et humour.


Tu m'en donneras des nouvelles. Merci de ta visite sur mon blogue! Au plaisir de te lire encore !



Gwenaelle 28/06/2010 12:10


Je vais commencer par la Trilogie Berlinoise dont j'ai déjà eu de très bons échos. Le contexte historique, l'humour de l'auteur... je pense que ça va me plaire.


Richard 28/06/2010 13:09



Bonjour mon amie,


J'epère que tu me parleras de tes réactions !


Au plaisir !



La ruelle bleue 28/06/2010 08:48


Bonjour Richard !
je viens de finir "la mort, entre autres" et je me suis encore régalée.
Juste une précision : les cinq titres ne s'étalent pas sur deux ans mais sur vingt ! la trilogie berlinoise est en fait une compilation de trois titres dont le premier "l'été de cristal" est paru
en anglais en 1989 et a été publié au masque dès 1993. Les deux autres titres sont sortis dans la foulée puis plus rien. Kerr a ressuscité Bernie seulement 15 ans plus tard. Pour notre plus grand
bonheur !


Richard 28/06/2010 12:03



Bonjour,


C'est vrai, tu as raison, en ce qui concerne l'écriture de ces romans. Mais je me suis mal expliqué! C'est que pour la plupart des gens et pour moi, en particulier, notre contact avec Philip Kerr
a débuté avec la ré-édition de La Trilogie berlinoise, il y a deux ans. C'est à ce moment que la "Kerrmania" a vraiment commencé ! Donc la plupart des personnes auront lu entre mars 2009 et juin
2010 ( donc 16 mois) les cinq romans !


Merci de la précision!


Bonne journée



pichenette 28/06/2010 08:40


Merci Richard. Voilà un livre qui sautera joyeusement dans mon panier à la prochaine visite à la librairie, et qui prendra l'avion pour le Canada cet été!


Richard 28/06/2010 12:03



Et je crois qu'il sera un bon compagnon de voyage !


Bon séjour au Canada !



Ys 27/06/2010 23:53


Ce livre et la trilogie berlinoise bénéficient de plusieurs billets élogieux ces derniers temps. Je n'ai jamais lu cet auteur, mais Berlin et la 2e guerre mondiale (et ses conséquences)
m'intéressent, il se pourrait donc bien que je le découvre prochainement.


Richard 28/06/2010 01:39



Et je suis convaincu, Ys, que tu ne seras pas déçue ! Le coté roman historique agrémenté d'un bon roman policier en font une lecture de choix pour les amateurs de polars historiques.


Bonne lecture!



Floria 27/06/2010 23:50


Bonsoir Richard
je n'ai pas lu la trilogie Berlinoise.Alors il va falloir que je me laisse séduire avant de commencer "la douce flamme".
Dommage que le personnage ne prenne pas plus d'épaisseur au fil du temps.ça ça me gène beaucoup.
Ce qui le sauve à mes yeux c'est l'humour de l'auteur.Je trouve jubilatoire cette façon qu'il a d'écrire.
merci pour cette chronique.
A bientot


Richard 28/06/2010 01:37



Si tu as le moindre intérêt pour l'histoire du XXe siècle, tu vas sûrement apprécier cette lecture qui allie histoire, polar et roman policier. Et oui, le style de Kerr est vraiment intéressant
et humoristique ... Et on lui pardonne ce manque d'évolution de son personnage !