4 Juillet 2010
Avez-vous déjà eu la sensation d’être
passé à coté de quelque chose qui vous aurait manqué si vous ne l’aviez pas connu ? Après ma lecture de «Sous surveillance», je me suis demandé comment il se faisait que je n’avais pas
encore suivi les aventures de la détective Maud Graham, création de la Québécoise Chrystine Brouillet.
Premièrement, il faut dire que Chrystine Brouillet est très connue ici au Québec; personnage télévisuel et radiophonique, passionnée de gastronomie et d’oenologie, même sans la lire, on pourrait
penser la connaître. Grâce à la maison d’édition de La courte échelle, j’ai pu avoir ce premier contact et je peux affirmer que j’ai beaucoup apprécié ma lecture.
Parlons un peu de l’auteure ! Madame Brouillet est ce genre de personne que l’on voudrait avoir comme amie. Sympathique, aimant la vie, avec beaucoup d’humour, un rire communicatif, une passion
pour la littérature et une propension aux plaisirs de la table, solides et liquides. Bref, on aimerait la recevoir à souper ... et ensuite, être reçu à sa table.
Chrystine Brouillet est une écrivaine prolifique; en plus de sa série sur Maud Graham («Sous surveillance» est le 11e de la série), elle a écrit une trilogie historique, mettant en
vedette le personnage fictif de Marie Laflamme (excellente série !) et des romans pour les adultes et pour la jeunesse. Cependant, selon l’avis général, la série sur Maud Graham et plus
particulièrement son roman «Le collectionneur», sont ses plus grandes réussites.
«Sous surveillance» est un roman puissant ! L’histoire s’installe graduellement; les personnages, nombreux, font peu à peu leur entrée dans l’intrigue; on ne voit pas tout de suite
émerger les liens. Cependant, au cours de notre lecture, l’auteure relie très habilement chaque élément de sa toile pour nous tisser une trame psychologique assez angoissante.
Quels sont les personnages marquants de cette histoire ?
Gabrielle Leland revient à Québec après un exil d’une dizaine d’années; elle avait quitté sa ville natale pour fuir le souvenir d’un sentiment de culpabilité qui hantait ses
jours et ses nuits. Comment sera-t-elle accueillie ? Est-ce que ses démons reviendront la hanter ? Comment son passé viendra-t-il lui faire revivre ce drame ? Employée dans un centre de
conditionnement physique, Gabrielle fera de nouvelles rencontres mais elle sent que, quelque part, derrière elle, quelqu’un la surveille, l’épie et la harcèle. Et tout doucement,
inconsciemment, elle tombera dans les filets d’un amoureux tourmenté.
Alexandre Mercier est à la recherche de la femme parfaite, celle qui ne le décevra pas, comme les autres, celles d’avant, celles qui ont été punies ou qui auraient dû mourir. Au
«hasard» d’une rencontre, il s’amourache maladivement de Gabrielle. Graduellement, il s’en approche, la surveille, l’isole, s’en assure l’exclusivité et commence à bâtir un piège, aboutissement
d’une chasse effrayante, entourant Gabrielle de leurres, de pièges et surtout, en faisant le vide autour d’elle.
Maud Graham, personnage que j’ai découvert avec plaisir, imbue de préoccupations familiales et amicales, son intérêt pour la bonne bouffe et pour son intelligence, ne peuvent que
nous porter à faire un rapprochement avec son auteure. On la sent pleine de sensibilité, humaine, vitaminée à l’empathie et à la compassion. Elle utilise une technique, non une science d’enquête,
basée sur les perceptions, les sentiments et l’intuition et un coté social (Mère Thérésa ...) caractéristique. Quel personnage attachant! Il arrive que le personnage ressemble tellement à
l’auteure que parfois, j’entendais la voix de Chrystine Brouillet quand Maud Graham parlait.
Évoluant autour de ces acteurs principaux, l’auteure met en scène certains personnages récurrents que les habitués de la série retrouvent avec plaisir. André Rouaix et Pierre-Ange Provencher font
partie de l’équipe depuis longtemps; une nouvelle fait son apparition, Tiffany McEwen, personnage qui me semble plein de promesses pour les prochains romans. De plus, une série de personnages
secondaires, habilement introduits dans le développement de l’intrigue, viennent alimenter le suspense et faire monter graduellement l’angoisse et la tension autour de Gabrielle.
Le roman dépeint l’expression d’un instinct de possession excessif, qui porte Alexandre à mentir, à surveiller les moindres gestes de sa proie, à être à l’affut du moindre contact avec les
autres, à contrôler l’entourage, à connaître les moindres commentaires, à écarter toute personne envahissante ou même à éliminer un rival trop entreprenant pour avoir, seul et seulement lui,
accès à l’image de la perfection de son amour. Tous les moyens sont bons, si sa proie se réfugie près de lui pour y retrouver une relative sécurité.
Et voilà, la force de l’écrivaine. Réussir à engluer son lecteur dans un espèce de tourbillon, une intrigue désarmante, une descente en spirale débutant tout en douceur pour nous mener, à la fin,
dans une course vertigineuse vers le moment crucial, où le lecteur attend avec impatience, le dénouement de l’écheveau. «Sous surveillance» débute en douceur mais attention à la
vitesse de croisière ! Sans le savoir, sans avertissement, le coup est parti et le lecteur se met à courir d’un chapitre à l’autre, comme un coureur de cent mètres à quelques foulées de la ligne
d’arrivée.
Le style de Chrystine Brouillet est énergique, simple mais percutant. Le lecteur a intérêt à se reposer dans les premiers chapitres, là où s’installe l’intrigue, à prendre graduellement son
souffle car la fin ne lui laissera aucun répit. L’écrivaine a démontré une habileté remarquable dans la construction d’un personnage, de sa psychologie et des comportements qui en découlent. Le
développement psychologique des personnages est un des éléments majeurs qui m’a fait grandement apprécier ce livre. Tout au long du roman, l’auteure nous dépeint le personnage d’Alexandre Mercier
tout en nuances; graduellement, elle ajoute des couches d’horreur qui viennent alimenter le suspense et surtout augmenter la tension dramatique. Suivre l’évolution de ce psychopathe, apprendre ce
qu’il a fait dans le passé et anticiper le cauchemar du drame éventuel, voilà dans quel genre de tissu d’horreurs, Chrystine Brouillet vous enveloppe.
Et pour bien préparer la table à ces derniers chapitres qui vous transporteront, une série de personnages secondaires:
Hubert Sicotte, l’amoureux silencieux; Jocelyn Vignola, l’enseignant jaloux de son collègue Rémi Bergeron, marathonien mais surtout tombeur de ses plus belles élèves; Nicole Rhéaume (quel beau
personnage ! ) la voisine écornifleuse; Daniel Couture, l’avocat; Anaïs Rancourt, l’escorte de luxe; tous ces personnages ont une place importante dans cette fresque de la montée de la peur.
Un pur plaisir de lecture ! Une lecture d’été idéale !
Je vous présente quelques extraits à titre d’apéro (Il faut bien être dans le ton avec l’auteure ! ):
Et oui, on parle un peu gastronomie ! «Quand Liette, la sommelière, déposa le boudin noir aux pommes caramélisées et la joue de boeuf braisée aux légumes racines, Rouaix
sourit.»
L’expression précoce de la violence . «Très jeune, il avait su faire les gestes nécessaires pour protéger ses intérêts. Il avait réussi à évincer sa soeur Alice qui prenait trop de
place.»
Un peu de publicité pour les polars: « Elle lisait rarement des polars, mais Anaïs avait parlé de Vendetta avec tant d’enthousiasme qu’elle s’était laissé tenter.»
Et la pensée profonde du personnage d’Alexandre: «Il aurait dû maintenir une ligne de conduite plus dure. Avec les femmes, on n’avait pas le choix. La manière forte était la plus
efficace. Les femmes étaient instables; elles avaient besoin d’être dirigées. Il avait été vraiment trop laxiste avec Gabrielle. Quand donc apprendra-t-il à se méfier de sa propre
gentillesse.»
En terminant, j’avoue que j’ai eu un fantasme de lecteur. Voir dans un roman écrit à quatre mains, les personnages de Lola Jost et d’Ingrid Diesel de Dominique Sylvain, assises à la même
table que Maud Graham, tentant de résoudre une affaire de meurtres ayant eu lieu à Paris et à Québec. Le lecteur a toujours le droit de rêver !
Et bonne nouvelle pour mes amis Français, les livres de Chrystine Brouillet sont distribués en France.
Pour plus d'information sur Chrystine Brouillet et la maison d'édition de La courte échelle, allez ici.
Bonnes lectures !
Sous surveillance
Chrystine Brouillet
La Courte échelle
2010
392 pages