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Publié par Richard

Sukkwan IslandSukkwan Island est un très grand roman.

 

Un roman des grands espaces mais aussi, un roman de la petitesse humaine ! Dès les premières pages, j’ai ressenti un inconfort, un malaise semblable à celui éprouvé par la lecture de  La route de Cormack MacCarthy. Un sentiment de désespoir, de froid dans le dos provoqué par une atmosphère très noire ! Mais là s’arrête les comparaisons. Autant la beauté de la relation père-fils adoucissait ce climat d’après catastrophe dans le roman de MacCarthy, autant l'échec constant et résigné de la relation entre le père et le fils de Sukkwan Island noircit un paysage grandiose de beauté et de grandeur. La route était le roman de l’après cataclysme, Sukkwan Island est l’histoire tragique d’un drame annoncé.

Mais parlons un peu de l’auteur, ce qui expliquera en grande partie le sujet de ce premier roman; son premier livre étant un recueil de nouvelles. David Vann est né sur une île de l’Alaska. Très jeune, il est fasciné par ces grands espaces et attiré par la mer. Après le divorce de ses parents, chaque année, son père l'amène à la pêche. Au cours de son adolescence, son père l’invite à passer une année avec lui. Il refuse, préférant demeurer avec sa mère, en Californie. Quinze jours plus tard, il apprend que son père s’est suicidé. Événement marquant pour un adolescent fragile ! Voilà donc un terreau fertile pour un roman et surtout pour un homme qui a toujours voulu être écrivain et qui a «grandi dans une famille de menteurs».

Le roman s’amorce à l’arrivée sur cette île où il n’y a qu’une petite cabane et évidemment aucun service « ... une vraie solitude sans personne autour». Le père, on le sent, fuit quelque chose, quelque chose comme une vie ratée. Il a proposé à son fils de vivre une année sur cette île et de se nourrir de chasse et de pêche. L’adolescent, c’est clair, a accepté à contrecoeur. Très rapidement, le jeune comprend que le père n’a pas préparé correctement ce périple: au quotidien, il vit au milieu de la confusion, de l’improvisation et des hésitations de celui qui l’a noyé dans cet enfer et qui  ne sait pas  comment s’en sortir. Et le père va de mal en pis.

Un premier événement vient ajouter à ce projet perdu d’avance,: un ours vient faire des ravages dans les provisions apportées et met en péril la survie du père et du fils. Et à partir de là, le lecteur s’attend au drame qui se prépare, qui, jour après jour se précise et qui, effectivement, arrive ... tout en nous surprenant. En dire plus vous révélerait une partie trop importante du livre et vous enlèverait tout le plaisir de la découverte.

Sukkwan Island
est un drame bouleversant; on en ressort marqué. Ce roman est noir, très noir, sans repos, sans aucun moment de répit. On entre dans ce roman comme dans une labyrinthe d’incompréhension, de dialogues de sourds, de haine et de lâcheté. David Vann a décrit de façon magistrale la fuite et la lâcheté de l’homme pris au piège de sa propre vie. Comme lecteur, on le sent dès les premières pages, il nous prépare à un événement terrible, on semble deviner lequel et l’auteur arrive à nous surprendre en étant encore plus diabolique qu’on l'appréhendait.

Les personnages sont extrêmement bien campés. Leurs pensées, les non-dits, leurs histoires , tout fait en sorte que les deux caractères sont bien établis. Le père est un pleutre de la pire espèce, manipulateur sans remord, malheureux dans ses amours, empêtré dans des problèmes professionnels et financiers, rêveur mais sans ressources et surtout, incapable de faire face à la vie.

Le fils, emprisonné entre l’amour et la haine pour son père, accepte la situation pour faire plaisir, pour acheter l’amour de son père ... ou pour «acheter du temps». «Il avait l’impression qu’il était seulement en train d’essayer de survivre au rêve de son père.» Le dialogue, entre eux, est inexistant; ils se parlent mais ne s’écoutent pas.

Et un troisième personnage, absolument gigantesque, le paysage de l’Alaska. On sent dans ses descriptions du paysage sauvage, un amour incommensurable de l’auteur pour son pays. On imagine bien cette grandeur, cette immensité effrayante, ce décor de rêve qui encadre ce cauchemar éveillé.

Quelques phrases marquantes:
«Observant l’ombre noire qui bougeait devant lui, il prit conscience que c’était l’impression qu’il avait depuis trop longtemps; que son père était une forme immatérielle et que s’il détournait le regard un instant, s’il oubliait ou ne marchait pas à sa vitesse, s’il n’avait pas la volonté de l’avoir là à ses cotés, alors son père disparaîtrait, comme si sa présence ne tenait qu’à la seule volonté de Roy.»

« Vous venez de tuer quelqu’un ? demanda-t-il.
Juste ma vie ...»


«Chaque événement rendait le suivant inévitable, mais l’ensemble ne faisait pas bonne impression.»


Il faut absolument lire Sukkwan Island car c’est un très grand roman. Cependant, assurez-vous d’être en forme moralement pour pouvoir digérer ce roman apocalyptique.

 

Encore une fois, les éditions Gallmeister nous offrent une littérature de qualité.

 

Bonnes lectures !

Sukkwan Island

 
David Vann


Gallmeister


2010


192 pages

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defense 23/07/2014 09:19

Ce que j'ai trouvé fort dans ce livre, c'est la façon dont Vann nous présente cette relation père-fils, sans nous expliquer vraiment les raisons du comportement du fils, ce qui nous fait nous mettre à la place du père et nous interroger nous-même comme il le fait.

Richard 23/07/2014 13:58

Très bonne analyse !
Merci de votre visite !
Au plaisir de vous lire ...

gridou 08/04/2011 14:01


salut Richard.
Je suis en train de le lire. Je viens de finir la 1ère partie (!)et du coup je fais un petit tour des autres lecteurs...
Tu résumes parfaitement bien le début. J'ai aussi pensé à 'la route'...
Je te mettrai en lien qd j aurais pondu mon article!


Richard 08/04/2011 15:54



Bonne lecture ... de la 2e partie !!!!


J'ai hâte de lire ton article !!!


Amitiés



leslivresdesophie.over-blog.com 07/11/2010 00:21


je suis entrain de le lire, et je suis scotchée(je viens de découvrir ton blog, je le mets en lien sur le mien (tout jeune!)


Richard 07/11/2010 00:37



Bienvenue sur mon blogue !


J'irai faire un tour sur le tien. Au plaisir de te lire !


En effet, Sukkwan Island est un bien grand roman !!!


Bonne lecture



Mic 20/08/2010 13:30


Bonjour Richard,

Je me suis un peu absenté "vacances oblige!", me voilà de retour. Pour ma nouvelle intervention, je tenais à participer aux commentaires du livre de David Vann "Sukkwan Island". J'ai adoré ce
livre, alors qu'au départ j'avais une petite appréhension je l'avoue, à savoir : L'Alaska, c'est peut-être un lieu froid et désolé où l'on s'ennuie quelque peu. Tu vois Richard, comme tout le monde
j'ai malheureusement des "à priori" à tort j'en conviens. J'ai adoré la fin, le père utilise son fils comme bouée de sauvetage pour soigner ses maux, Et David Vann (à mon avis) trace un portrait
psychologique des différents personnages bouleversants. Un grand moment de lecture, un jeune auteur à suivre. Bonne rentrée Richard, à bientôt, amitiés, MIC.


Richard 20/08/2010 15:39



Bonjour Mic,


Bien content que tu sois de retour !


Oui, nous sommes tout à fait en accord en ce qui concerne ce grand roman de David Vann.


Bon retour Mic


Amitiés



Lystig 15/08/2010 22:48


effectievement, c'est un livre qui marque !
et longtemps après !


Richard 15/08/2010 23:03



Vous avez tout à fait raison ! Ce livre m'habite encore !


Merci pour votre visite.


Au plaisir de lire vos commentaires !



Emeraude 08/08/2010 17:48


Après ma visite et ta visite je reviens pour prendre un peu plus le temps de te lire. Et je vois que tu lis le livre sans nom : un grand coup de coeur pour moi ! Vraiment génial. J'ai également lu
"employé modèle" qui est un très très bon policier !


Richard 08/08/2010 18:00



Je viens de terminer "Le livre sans nom" ... il y a deux minutes ! OUF !!


Tout un roman ! J'ai adoré ce petit côté irréel mélangé à une histoire drôlement bien racontée, des personnages assez particuliers et un décor hallucinant !


Foisonnant et magique !


J'écrirai ma chronique demain ... après avoir respiré un peu ...



l'or des chambres 26/07/2010 18:35


Je ne remets pas du tout ton avis en question, et j'espère que tu ne prends pas mon commentaire comme tel... En fait je voulais juste dire que cela prouve juste que nous avons tous et toutes notre
façon personnelle d'appréhender un livre... Je me pose souvent cette question essentielle, qu'est ce qui fait qu'un livre va nous toucher, nous emporter et nous faire rêver et d'autres pas du tout
??? Qu'est ce qui fait que le style de l'auteur va nous faire vibrer et nous émouvoir alors qu'un autre ne nous fera ni chaud ni froid ??? Je crois que c'est là le mystère de la lecture (et tu as
raison, comme toi je trouve que c'est ça qui est formidable, que nous avons tous des avis différents). Je pense que la réponse est dans notre sensibilité, dans notre façon d'appréhender la vie,
quelque chose qui se cache dans notre être profond, dans notre personnalité, dans notre essence même...
Qu'en penses tu toi même ???
Merci Richard pour ce formidable échange que j'apprécie de plus en plus
Bises


Richard 26/07/2010 19:36



Non non, pas du tout !


Je vais me faire un plaisir de répondre à tes questions !


 



l'or des chambres 26/07/2010 18:14


J'ai été complètement à contre-sens pour ce bouquin, en fait il ne m'a pas du tout emballé, j'ai trouvé les descriptions de l'Alaska pas du tout enthousiasmantes, la psychologie des personnages pas
assez poussés et le pire c'est que le style de l'auteur ne m'a pas du tout accroché... Et je ne parle même pas du sujet qui m'a vraiment semblé trop trop noir, mais tu en parles toi même aussi.
Bref un vrai déception. Certaines comme moi, n'ont pas aimées mais en général ce livre a été un coup de coeur... Un emballement que je n'ai pas compris...
Qu'importe, quand on lit beaucoup, les déceptions font partie du jeu... Je suis contente que toi tu l'as apprécié au moins.
Bises et à bientôt


Richard 26/07/2010 18:24



Une chance que tous les goûts sont dans la nature ! Cette diversité d'avis, d'opinion et de plaisirs fait en sorte que la vie est pleine de couleurs ...


Et ce qui est plaisant, quand je lis des avis contraires au mien (pour certaines personnes en qui j'ai confiance, seulement ... à qui je reconnais un bon sens de l'analyse et d'intelligence ...
comme toi !), je retourne à mon billet et je remets en question ma propre analyse, à partir de l'argument de l'autre. La plupart du temps, je maintiens mon avis mais parfois, vu sous cet autre
angle, je suis prêt à nuancer mon avis !


Et c'est comme cela qu'on améliore sons sens critique.


Merci mon amie de me "challenger" !



Vonnette 21/07/2010 19:47


Bonjour Richard,
J'ai beaucoup aimé la première partie qui m'a bouleversé, par contre dans la deuxième les états d'âme de ce père immature m'ont laissé sceptique et j'avoue qu'en définitif je suis plutôt
déçue...
A bientôt,
Vonnette


Richard 21/07/2010 22:26



C'est vrai que la 2e partie était très différente de la première; cependant, moi, j'ai apprécié toute l'expression de la lacheté et de la folie du père. Elle était peut-être trop longue ... ou
notre déception par rapport au drame de la première partie, faisait peut-être en sorte de nous décontenancer !


Merci pour ton commentaire !



Morrison 18/07/2010 09:26


Quel bel avis! Je ne peux résister à l'envie de me procurer ce roman qui m'attire à chaque fois en librairie, sans vraiment savoir de quoi il retourne. Maintenant que tu as confirmé la qualité de
ce récit, je me lance à corps perdu et il s'agira à coup sûr de mon prochain achat. Merci Richard pour ce beau billet.

Amicalement,

Morrison/Tristan.


Richard 18/07/2010 22:24



C'est un plaisir pour moi de pousser les gens dans le "vice de la lecture". Au plaisir de le partager !


Bonne lecture !



Lilibook 17/07/2010 19:03


Oh la, celui-ci est inscrit à ma lal depuis quelques temps maintenant ;-) hâte de le lire.


Richard 18/07/2010 22:23



Tu m'en redonnes des nouvelles !!!


Bonne lecture !



Catherine 16/07/2010 22:09


J'ai eu l'occasion de le lire et puis je n'ai pas eu le temps alors je l'ai rendu, dommage...
Bon weekend !


Richard 16/07/2010 22:14



Bonjour Catherine, je suis convaincu que tu sauras bien te reprendre ...


 



David Mourey 16/07/2010 20:38


Bonjour Richard, je te felicite pour ta manière de raconter un livre et de comparer avec d'autres. Cela m'inciterait à lire ce roman alors que ce n'est pas visiblement pas le type de livre que je
lis habituellement.
Bel été !!!


Richard 16/07/2010 20:53



Bonjour David, je t'encourage grandement à lire ce livre ! Et merci pour ton appréciation. J'aime bien aussi ton blogue. Cependant les livres sur l'économie me passionne peu: je suis et je
resterai un littéraire !


Bonne journée et au plaisir de te lire !



mimi 16/07/2010 11:41


Je trouve que tu en parles remarquablement bien! Je serai tentée pour l'évocation de l'Alaska, mais le reste me fait un peu peur;serai-je assez forte? si je le vois en médiathèque, j'y jetterai un
coup d'oeil.
Dis-moi, ce livre, tu l'as lu en plein soleil, sur la plage? Dans ce cas, quel choc!...


Richard 16/07/2010 12:01



Chère Mimi, tu peux y jeter plus qu'un coup d'oeil ... Je suis convaincu que, au solei ou sous la pluie, ce roman saura te charmer malgré son côté noir !


Bonne journée mon amie !



Floria 16/07/2010 10:25


bonjour Richard.
Je t'ai peu "délaissé" ces temps mais je me rattrape aujourd'hui.Et là je me tâte..Ton commentaire rend vraiment bien compte me semble t il de l'ambiance de ce livre mais si c'est aussi dur que tu
le dis...je suis extrêmement tentée cela dit l'Alaska n'étant pas si souvent le terrain de "jeu" des livres (enfin pas à ma connaissance).Et ces grands espaces où se perdent ces personnes elles
mêmes égarées,c'est assez fascinant.Comme une sorte d'agoraphobie.
les relations père fils ,le drame dont tu ne nous parles qu'à demi mots (un vrai diable!!!)..vraiment je me tâte...Bon,à la limite si ça me bouleverse trop..je peux toujours le remettre dans ma
pile pour plus tard...
bonne journée Richard.Chez nous c'est encore une chaleur accablante.


Richard 16/07/2010 11:59



Allez, ne crains rien ... dès les premières pages, tu seras happée par le climat de cet excellent livre et tu te rendras jusqu'au drame ... et à la fin du livre.


Bouleversée mais heureuse d'avoir passé un bon moment de lecture !



Pichenette 15/07/2010 18:37


Il est au programme de notre cercle littéraire pour l'année prochaine


Richard 15/07/2010 18:43



Alors, j'ai très hâte d'avoir les avis des personnes de ton cercle littéraire.



Pierre FAVEROLLE 15/07/2010 09:43


Sur le blog, on trouve de bonnes et de mauvaises critiques. Un roman controversé. Je l'avais mis sur ma liste d'achat puis enlevé. Je verrais si j'ai du temps, mais il n'est pas dans mes priorités
!


Richard 15/07/2010 13:31



Je suis comme toi! Après la lecture de certains articles sur la planète blogue, j'hésite souvent à ajouter certains livres sur ma liste d'achats ... Aurais-je le temps ? Restera-t-il sur ma pile
à lire ? Etc.


De toute façon, tout me tente mais on ne peut lire qu'un livre à la fois .... Malheureusement !



*.:。✿*Fleur de soleil*✿。:.* 15/07/2010 08:28


Je me le note pour plus tard...


Richard 15/07/2010 13:28



Parfait ! Tu m'en reparles.



Isa 15/07/2010 07:32


Il ne m'a pas du tout laissé la même impression qu'à toi et Sophie, je suis beaucoup plus négative vis à vis de ce livre ! Bonne journée Richard !


Richard 15/07/2010 13:19



Je peux comprendre ! Une chance que nous nous entendons sur d'autres livres ...



Suzanne 15/07/2010 03:45


«La Route» m'a déplu mais je suis déjà persuadée qu'il en sera autrement de Sukkwan Island. Merci de ce très beau commentaire.


Richard 15/07/2010 13:18



Oui Suzanne, je suis certain que tu vas plus apprécier ce bouquin ! Tu m'en reparles ...