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Publié par Richard

Palais de glaceImaginez qu’en ouvrant ce livre, les gymnopédies de Satie commencent lentement à résonner à vos oreilles ;

 

Imaginez, qu’imperceptiblement, la température se mette au diapason de l’automne norvégien ;

 

et enfin, laissez doucement l’enfant de 10 ans, tapi en vous, gagner vos sens, vos émotions, vos peurs et vos désirs.

 

Si vous ne pouvez faire ce chemin à l’envers, alors, passez au large, la porte du "Palais de glace" ne s’ouvrira pas à votre approche, et vous risqueriez de vous ennuyer médiocrement dans cet univers de ce qui ne peut se dire.

 

Mais si cet enfant oublié, endormi au creux de vos souvenirs, peut sortir de son engourdissement ;

si vous pouvez encore sentir le vertige de l’absolu de vos 10 ans ;


si vous avez su autrefois, qu’on pouvait mourir d’amour autrement qu’en chanson, et que le compromis n’était pas une façon de vivre;


si vous vous êtes déjà senti «semblable à une goutte sur une branche »;


si les signes invisibles aux yeux d’adultes ont un jour peuplé votre univers ;


et si enfin, vous n’avez pas tout à fait oublié la route pour y revenir.

 

Alors plongez maintenant sans retenue dans le monde de VESSAS, « le magicien de l’indicible ».

 

Venez à la rencontre de Unn et Siss, «cœurs d’amour épris qui reviennent naturellement à l’essence de leur hantise de perfection ».

 

Deux petites filles dont le cœur va connaître l’amour absolu tel qu’il ne peut exister qu’à 10 ans. Et c’est la crainte de la perte de cet amour, ou la certitude que rien, jamais, ne pourra le surpasser, qui ouvrira à Unn la porte du "Palais de glace".

 

Siss devra à son tour choisir entre ce mausolée de la pureté, ou l’appel du monde, celui des adultes, celui d’un amour moins pur, ce monde dans lequel les petites filles n’ont plus peur la nuit, car les hautbois claironnent sur les côtés de la route.

 

Si résonnent encore en vous les serments de vos 10 ans, et que le temps qui passe vous a délié de vos promesses ;

Si, comme Siss, vous avez voulu croire que les choses peuvent redevenir comme avant ;

Si pour vous « un garçon a transformé le Palais »

 

Alors, avec le soleil du printemps norvégien, la rivière en crue emportera les derniers vestiges du Palais de glace, comme le temps qui jamais ne s’arrête, emporte avec lui l’absolu et la froide pureté de l’enfance.

 

Mais même emporté par la rivière du temps, votre cœur peut encore se demander «à qui parlons nous lorsque nous nous taisons ? »

 

Quelques extraits pour entrapercevoir le monde de Vesaas

 

« Il fait nuit. De quoi s’agit-il ?

Du cadeau.

Je ne comprends pas.

Il fait nuit et on m’a fait un beau cadeau.

On m’a fait don de quelque chose que j’ignore, que je ne comprends pas. Ce présent est là, à m’observer sans rémission.

Il m’attend. »

 

« Des deux côtés de la route, les hautbois avaient surgi.

On marche très vite alors qu’on voudrait que le chemin n’eût jamais de fin »

 

Et celle qui illustre parfaitement son univers, tant sur le fond que sur la forme :

 

« Ce n’est quand même pas agréable lorsqu’une fenêtre s’ouvre sans raison. On balance entre la réalité et l’imagination ».

 

Pour finir, un extrait de la préface qui donne une clef de l’œuvre de VESSAS (préface à ne surtout pas lire avant le roman, si vous ne voulez pas vous gâcher le moment en connaissant les tours du magicien avant le spectacle) : « un an avant de mourir, il a confié : ce que je voulais, c’était raconter le jeu caché et secret qui se passe aux heures de la nuit, quand le jour nouveau point à peine et que tout devrait dormir dans la maison. »

 

En refermant le "Palais de glace", on ne peut que constater qu’il a magnifiquement réussi, et se consoler en se rappelant que les magiciens ne meurent jamais.

 

Palais de glace

Tarjei Vesaas

Flammarion Poche

1993

 

Chronique proposée par Attila.

 

Merci Attila, d'avoir accepté de relever ce défi !

Commenter cet article

Moglug 17/04/2016 09:37

Beau billet ! J'ai très très envie de lire ce livre !

Richard 17/04/2016 14:42

Bonne lecture !
Attila est une lectrice extraordinaire !
Ses avis me manquent sur ce blogue !

Malika 27/04/2012 14:01

Tu m'avais bien caché ça !! Tu t'adonnes donc à ce délicieux plaisirs de chroniquer un livre !!...
Mon grain de sel sera sûrement plus consistant sur "Une femme fuyant l'annonce" ... Parce que ton palais de glace me laisse un peu perplexe !! Je manque probablement d'un peu de poésie et de
penchant pour le fantastique pour apprécier à sa juste valeur ce genre de roman.

Attila 27/04/2012 16:16



Et oui, Malika :  Attila n'a pas encore livré tous ses secrets !!!!!! mais contrairement à Richard et toi, je n'ai pas la constance et la rigueur nécessaire
pour tenir un blog de manière régulière ...... et puis j'aime bien être dans le rôle du commentateur ... de la "critiqueuse" comme dit notre cher RICHARD !


 


Pour revenir au "Palais de Glace" c'est un livre mer-vei-lleux !


 


en bibli peut être ... tu n'auras pas de regret ....


toi qui as aimé "Scintillation" alors que tu pensais avant de l'ouvrir que ce n'était pas ton genre .... tu pourrais être suprise par celui-ci ! c'est l'autre côté
la médaille : Scintillation c'est le noir lumineux et Palais de Glace c'est la lumière sombre !








Lise 26/03/2012 16:08

"À qui parlons-nous norsque nous nous taisons?" Quelle belle question! J'ai toujours un dialogue intérieur et c'est parfois fatigant. Et bravo pour ce texte Attila!

Richard je me répète, mais quelle bonne idée d'ouvrir une porte à tes lecteurs. De la générosité vraie, tout simplement...

Lise

Richard 26/03/2012 20:47



Merci Lise,


J'ai tellement confiance en mes lecteurs !! Nous formons un beau groupe !!


En attendant de te lire ...


Amitiés



attila 26/03/2012 11:18

@Richard : mille merci pour tout : la place faite sur ton blog, tes commentaires toujours adorables, et ta très grande gentillesse !!!!! merci, merci, merci !!!!
@Catherine : merci de ton commentaire et de ton accueil
@Sophie : merci du compliment ..... là tu peux pas me voir, mais si c'était le cas tu verrais que j'ai le rouge aux pommettes !!! j'aime bien ton image de chronique "impressionniste" . C'est vrai
que c'est ce que je voulais faire passer : une ambiance, une impression .... car le livre est très particulier (comme son auteur) et ce n'est pas vértitablement l'histoire qui importe mais la façon
dont elle est relatée, au travers des yeux et du ressenti d'une enfant de 10 ans .... c'est un grand auteur norvegien, mort l'année où il était pressenti pour le Nobel (pas de bol ......). C'est un
univers dans lequel il faut rentrer .... on peut ne pas accrocher ... mais il faut essayer ... j'ai également beaucoup aimé "les oiseaux" du même auteur.
et comme Richard maitient son invitation : oui, à bientôt !!!! ici ou chez toi ...
@Violette : si j'ai pu te donner envie d'aller voir du côté de Vessas, alors je suis ravie ! il est injustement méconnu.
@Missycornish : non ce n'est pas un conte et ce n'est pas du tout le même univers que le Petit Prince, même si l'enfance et la vision de l'enfant est au centre du livre. Mais c'est surtout un livre
dans lequel on se déplace comme dans "une forêt de symbôles", c'est une ambiance très particulière qui nous touche ..... ou pas !!! ce n'est pas du tout un écrivain difficile ou élitiste, il est
simplement différent .... comme ceux dont il parle dans ses livres...

Richard 26/03/2012 13:06



Merci à toi Attila,


Ce fut une super belle expérience !


Tu peux revenir quand tu veux: ta place de chroniqueure occasionnelle de "Polar, noir et blanc" est maintenant réservée !


Merci mon amie et à la prochaine !



Missycornish 24/03/2012 11:15

Bonjour Richard,

Tiens je ne sais pas pourquoi (enfin si peut-etre parce que cela parle d'enfants), cela me fait penser au Petit Prince que je viens de lire pour la troisieme fois et que je commence a peine a
aimer. Le chapitre du renard a contribue a cette soudaine appreciation du conte.

La couverture est tres belle, est-ce un conte fantastique? Ton billet donne envie d'en savoir plus.

Bon weekend

Richard 24/03/2012 12:07



Bonjour Missy,


Tu fais une belle analogie. Je n'ai pas encore lu ce roman (c'était une chronique d'une amie) mais moi aussi, j'ai bien hâte de le lire et de voir les liens que tu fais avec Le Petit Prince.


Bon week end !! Et bonne lecture


Amitiés



Violette 23/03/2012 15:20

ça m'a l'air très particulier mais tu en parles si bien, avec tellement d'amour que je note le titre!

Richard 23/03/2012 15:28



Oh oui, on ressent beaucoup d'amour et de passion dans ce texte !!!


Merci de ton commentaire, Violette !


Amitiés



sophie57 23/03/2012 12:58

ouh la la, ça commence fort! une critique que j'ai envie de qualifier d'"impressionniste", qui nous en dit beaucoup sans le dire vraiment, et laisse planer le mystère...un auteur inconnu de moi, et
un univers dont je ne suis pas sûre qu'il corresponde à mes désirs du moment. En tout cas tu as réussi à m'intriguer, et te lire est un plaisir! alors à bientôt Attila?

Richard 23/03/2012 13:05



Merci Sophie,


J'adore ce texte d'Attila ... Tu as vraiment trouvé la vraie image ... une chronique impressioniste, peunte à petites touches de phrases, d'images  et d'idées. Attila nous a écrit une
chronique qui est un tableau à elle seule, s,adressant à nos émotions et titillant notre curiosié littéraire.


J'adore !!!


Et les prochaines seront sutrement différebtes ... pour notre plus grand plaisir.


Merci mon amie Sophie !



Catherine 22/03/2012 08:10

Bienvenue à Attila ! Belle note de lecture d'un roman/auteur que je ne connaissais pas.

Richard 22/03/2012 11:54



Merci Catherine,


Oui, Attila a écrit une très belle chronique qui a atteint son but: nous donner le goût de lire ce roman !


Amitiés