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Publié par Richard

Une chronique de Sophie-Luce Morin

Résumé

« Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne. »

La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société, car si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.

Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. À travers la voix de sa jeune narratrice, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

Mon appréciation

Cœurs sensibles, soyez prévenus ! Betty n’est pas un roman léger. C’est en effet à des émotions fortes que son auteure, Tiffany McDaniels, nous convie. Tour à tour, j’ai été pétrifiée, enragée, outrée ou révoltée. Ce qui a rendu toute cette violence digeste et m’a empêchée d’abandonner cette lecture est très certainement lié à la profondeur des propos et à la poésie du texte — quoique, parfois, j’ai trouvé qu’il y avait surenchère de la sagesse cherokee… Ce qui ne m’a nullement empêchée d’avoir les yeux humides en lisant certains passages émouvants — et il y en a plusieurs…

Le roman se déroule dans les États-Unis des années 50, au cœur d’un patelin raciste à l’endroit des non-blancs. Ce roman raconte l’enfance d’une petite métisse au sein d’une famille aux prises avec divers combats. Les plus prégnants sont certainement la maladie mentale, la pauvreté et l’exclusion.

Il y a la mère, Alka, elle-même très échaudée par des épreuves indicibles, qui vit avec de graves problèmes de santé mentale. Ceux-ci la rendent inapte à s’occuper de ses enfants. Il y a ce frère aîné diabolique aux griffes acérées dont il faut se méfier. Il y a ces grands-parents ignobles, ces enseignants arriérés, ces élèves harceleurs et ces voisins qui chuchotent et pointent du doigt.

Dans ce roman, qui s’est d’ailleurs mérité plusieurs prix, sont donc mis de l’avant une série de thèmes difficiles comme le racisme, le sexisme, l’inceste, le harcèlement, la maladie mentale, l’alcoolisme, la pauvreté, le suicide, la malédiction et le désespoir. Bien sûr, des thèmes plus généraux et moins moroses y sont aussi abordés, tels la résilience, la transmission et le pouvoir de la parole.

Par chance, Landon, le père bienveillant de Betty, ajoute un peu de baume sur ce monde de fous. Il raconte à sa Petite Indienne la nature et les légendes de son peuple cherokee. Il lui enseigne les vertus des plantes. Il connaît les mots pour apaiser sa fille : « Tu savais que la fumée est la brume de l’âme ? C’est pour cette raison qu’elle si sacrée et qu’elle peut emporter tes craintes dans les nuages, où habitent les mangeurs de peur. »

Vous l’aurez deviné : Betty est une battante. Armée des mots, qu’elle couche sur papier, des enseignements de son père et de l’aide de ses frères et de ses sœurs, elle traverse l’épreuve de l’enfance. Ce qui donne lieu à ce roman percutant, à cette histoire d’une cruauté inimaginable qui nous happe.

Betty, un bonheur qui s’étire sur 716 pages.

Citations

« J’ai compris une chose à ce moment-là : non seulement Papa avait besoin que l’on croie à ses histoires, mais nous avions tout autant besoin d’y croire aussi. Croire aux étoiles pas encore mûres. Croire que les aigles sont capables de faire des choses extraordinaires. En fait, nous nous raccrochions comme des forcenées à l’espoir que la vie ne se limitait pas à la simple réalité autour de nous. Alors seulement pouvions-nous prétendre à une destinée autre que celle à laquelle nous nous sentions condamnées. »

« Ma mère était l’une de ces petites filles malheureuses, et elle a enduré le genre d’enfance que vous fuyez le plus possible. Sauf si vous n’avez nulle part où fuir. »

« Que fait-on lorsque les deux personnes qui sont censées nous protéger le plus sont justement les monstres qui nous déchirent et nous mettent en pièces ? »

 

Betty

Tiffany McDaniel

Traduction par François Happe

Éditions Gallmeister

2020

716 pages

 

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Commenter cet article
A
Des personnages que l'on n'oublie pas.
Répondre
R
Inoubliable !!