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Publié par Richard

 

2666.jpg« Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui ! » - Charles BAUDELAIRE

 

Le livre est un parfum dont l’épigraphe est la note de tête.

 

La première fragrance qui chatouille les sens du lecteur.

 

Celle qui nous donne instantanément envie d’emporter le flacon, sûr déjà de l’ivresse qu’il procurera.

 

Celle aussi qui, d’un air dubitatif, nous pousse à reposer immédiatement l’impétrant malodorant sur la table du libraire.

 

Celle qui restera, quelle que soit l’histoire qui va s’écrire entre lui et nous, comme la persistance rétinienne de la silhouette de l’élu, entraperçue pour la première fois il y a bien longtemps.

 

Roberto Bolaño est un maître de cet art difficile des parfumeurs des mots.

 

Son récit fleuve, est traversé par la vie et l’œuvre d’un mystérieux écrivain allemand au nom étrange de Beno Von Archimboldi.

 

Un être qui vit sur une « terre ennuyeuse ennuyeuse ennuyeuse… ».

 

Quatre universitaires européens, passionnés par l’œuvre et la personnalité de cet auteur à l’existence quasi spectrale, entament un long voyage jusqu’au Mexique, la ville de Santa Teresa, espérant enfin résoudre le mystère Archimboldi.

 

Et c’est l’horreur qui jaillit du désert : des femmes sont violées, assassinées, jetées au rebus, dans une sorte de fièvre incontrôlée et indifférente.

 

Des assassins nous ne saurons rien, ou si peu …et qu’importe ?

 

Car « la vie est fondamentalement un mystère » et « l’histoire, qui est une putain toute simple, n’a pas de moments déterminants mais est une prolifération d’instants, de brièvetés qui se disputent entre elles la palme de la monstruosité ».

 

Lire "2666" c’est descendre le Rio Grande dans une embarcation de fortune en explorant chacun de ses méandres, humer l’odeur nauséabonde et fétide des cadavres échoués et craindre la mâchoire des crocodiles.

 

C’est une expérience de lecteur qui entre dans un monde encore inexploré,  foisonnant et  fascinant.

 

C’est se lever à  « (l’)appel fondamentalement dangereux que constitue la littérature».

 

Marcher sur les cadavres de ceux qui sont tombés au champ d’honneur car « tout livre qui n’est pas une œuvre maîtresse est chair à canon, infanterie vaillante, pièce sacrifiable puisqu’elle reproduit, de multiples manières le schéma de l’œuvre maîtresse »

 

C’est tenter de répondre à la question « pourquoi une œuvre une maîtresse a-t-elle besoin d’être occulte ? Quelles forces étranges l’entraînent vers le secret et le mystère »

 

Car pour Bolaño « à l’intérieur de l’homme qui est en train d’écrire il n’y a rien. Rien qui soit lui, je veux dire. Comme ce pauvre homme ferait mieux de se consacrer à la lecture. La lecture est plaisir et joie d’être vivant ou tristesse d’être vivant et surtout elle est connaissance et questions. L’écriture, en revanche, est d’ordinaire vide. Dans les entrailles de l’homme qui écrit il n’y a rien. Rien, je veux dire, que sa femme, à un moment, puisse reconnaître. Il écrit sous la dictée. Son roman, ou son recueil de poèmes convenables, très convenables sortent, non par un exercice de style ou de volonté, comme le pauvre malheureux le croit, mais grâce à un exercice d’occultation. Il est nécessaire qu’il y ait beaucoup de livres, beaucoup de beaux sapins, pour qu’ils veillent du coin de l’œil le livre qui importe réellement, la foutue grotte de notre malheur, la fleur magique de l’hiver ».

 

"2666" est une rose du désert : improbable, diabolique, vénéneuse, une rose dont on fait les parfums.

 

Longtemps après avoir refermé le flacon, la note de cœur de cette essence là vous ramènera à la moindre effluve « à une région d’un romantisme tardif, où les frontières (sont) chronométrées de crépuscule à crépuscule, dix, quinze, vingt minutes qui (durent) une éternité, comme les minutes des parturientes condamnées à mort qui comprennent que plus de temps n’est pas plus d’éternité et cependant désirent de toute leur âme plus de temps, et ces vagissements sont les oiseaux qui traversent de temps en temps et avec quelle sérénité le double paysage lacustre, pareils à des excroissances luxueuses ou des battements de cœur. »

 

Amis du style, amoureux des mots, je vous en prie : lisez BOLAÑO, enivrez-vous !

 

2666

Roberto Bolano

Gallimard Folio

2011

1376 pages

 

Pour en connaître un peu plus sur cet immense auteur chilien: Roberto Bolano


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Commenter cet article

Lybertaire 04/09/2014 16:10

Ça donne envie, mais le début m'a rebuté quand même, alors je passe mon chemin !

Ingannmic 04/11/2012 11:48

Très jolie note sur une œuvre effectivement exceptionnelle, dont je suis reconnaissante à Bolaño de l'avoir faite aussi longue : quand on prend autant de plaisir à une lecture, on aimerait qu'elle
ne s'arrête jamais !!

Attila 05/11/2012 10:14



merci. Je suis bien d'accord avec toi 1300 pages c'est parfois trop court !



dasola 24/10/2012 14:50

Bonjour, il faut que je me prépare vu la longueur du roman qui vient de rejoindre ma PAL. Je sais que ce roman est devenu un classique à peine qu'il fut publié. Bonne après-midi.

Attila 24/10/2012 17:14



c'est un immense pavé .... mais il en vaut la peine. Lecture à réserver pour une période de vacances peut être ...



zazy 17/09/2012 19:34

Je prends toujours autant de plaisir à te lire. Je pars une semaine et tu te bonifies !!!! j'ai bien envie, mais seulement si il est à la bibliothèque

Attila 19/09/2012 12:03



merci Zazy. Je pense que tu peux le trouver à la bibli. tu me diras ce que tu en as pensé.


à bientôt



Capucine 17/09/2012 02:26

Bonsoir Richard,

Voilà qui me laisse sans voix (e) entre le désir et le rejet... Je note cependant
son nom sur mes "tablettes" puisqu'il ne devrait pas me laisser indifférente !

Bonne soirée à toi.

Capucine

Richard 17/09/2012 10:32



Allez, bascule du côté du désir !!!! tu verras, ce chilien là ne s'oublie pas de si tôt !



Catherine 15/09/2012 18:14

Le nombre de pages fait quand même très peur !!!
Bon weekend.

Attila 17/09/2012 10:31



pourquoi ???? tu n'aimes pas les gros gâteaux ??? Moi je les adore !


il faut simplement prendre le temps de les déguster pour ne pas s'écoeurer ...



Alex-Mot-à-Mots 14/09/2012 21:01

Tu ne viendrais pas de faire un stage de parfumerie, par hasard ?

Attila 17/09/2012 10:30



même pas ! je recycle des informations entendues il y a longtemps ......



christine roy 14/09/2012 11:03

les livres sont immortels, et le chemin initiatique quand il est long, est dotant plus enrichissant. Oui, joncourt m'a vraiment interpellé, ainsi que Claudel. Mais je vais me revisionner calmement
l'émission, je n'ai pas tout vu ! Et surtout continue à me régaler et nous conseiller avec autant de brio. Merci !!!!!!!

Attila 14/09/2012 11:42



Merci Christine. Je suis toujours heureuse de découvrir des auteurs que je ne connaissais pas et encore plus si je peux donner envie à d'autres de les rencontrer ( et d'en parler après ...)


A bientôt



christine roy 14/09/2012 10:31

Attila ! Tu fais là une éloge parfaite de ce livre qui m'est inconnu. Mais quelle tentation ! Tu introduis parfaitement les extraits choisis. Qu'importe le volume effrayant du livre ! Le livre a la
force d'exister ouvert et fermé, et il n'existe aucun temps défini pour lire un livre. L'important étant de gouter au poison, de s'enivrer au passage. Je suis conquise déjà par le peu d'extraits
(par rapport à la taille du livre. je suis particulièrement tentée d'en connaître plus sur la pensée de Bolano, concernant "celui qui écrit". Cela ferait suite aux propos entendus hier durant
l'émission "la grande librairie", les auteurs parlant de leur rapport au monde et à leur entourage, lorsqu'ils écrivent, les montres qu'ils sont au quotidien ..... Je note sur la liste de cadeaux
que j'aimerais recevoir à Noël !

Attila 14/09/2012 10:38



Merci Christine.


je partage ton point de vue : qu'importe le volume. et je dirais même : tant mieux si le chemin est long, le voyage durera d'autant plus longtemps.


c'est la cinquième partie, consacrée à la "biographie" d'Archimboldi (l'enfant algue .... si ! si ! ) qui traite de l'écrivain, ce qui le meut, qui il est, comment il en arrive à être celui qu'il
devient .... avec une traverseé de l'europe en guerre et du XX ème siécle tout à fait époustouflante et inédite sous cet angle !


ce serait un beau cadeau de Noël !


PS : j'ai également regardé la grande librairie et noté le Joncourt et le Lafont ( et peut être le Claudel à cause de la couverture et du parfum, bien sûr !)



Sophie 14/09/2012 09:20

Bon
OK
Si tu le prends sur ce ton...

Alors moi je vais te poser une question, et on verra bien si tu fais encore la maligne!
Est-ce que tu crois à la réincarnation?? (Non, je n'ai pas bu, il est 9 heures, et je ne commence à boire qu'à partir de 10 heures.) Alors??
Parce que moi, je voudrais bien savoir si je vais vivre d'autres vies...car sinon...quel désespoir!! Car enfin, ce Roberto, je n'en ai tout bonnement JAMAIS ENTENDU PARLER!!!!
Alors, tous ces auteurs géniaux que je ne lirai pas, tous ces amours absolus et seulement entrevus que je ne vivrai pas, toutes ces possibilités offertes mais finalement refusées...Mais c'est
carrément déprimant!!

Je sais ce que tu vas me répondre...ouais, je commence à connaître la coccinelle...Tu vas me dire: il suffit de CHOISIR.
Certes.
Mais je te rétorque: comment choisir quand on est ignorant? Comment choisir sans la connaissance préalable? Comment choisir Roberto, si je ne sais même pas qu'il existe?
Et le pire: ne pas choisir même quand on SAIT! Je te donne un exemple concret (tu pourras dormir après): je SAIS que je devrais lire Proust. Comment même osé-je parler littérature alors que je ne
l'ai pas lu? En fait j'ai essayé, je devais avoir 18 ans, et j'ai abandonné...oui, j'ai abandonné Proust, en sachant qu'il existait!!

ah j'ai honte!!!

je suis détruite...

Attila 14/09/2012 09:29



la maligne, la maligne ...... je vois pas ce que tu veux dire !!!!!


et m'attaquer ( OUI MÔDAME j'appelle ça une attaque !!!!!! ) sur des questions ésotériques à 9 h 25 un VENDREDI !!!!!
C'est vraiment moche !!!!


COCCINELLE .....sur le dos ... ben voui .... j'aime les auxilliaires du jardinier !


mais comme je ne suis pas du genre à avoir la sagesse de contourner l'obstacle, mais plutôt à foncer droit dans le mur, je te répondrai que "je crois aux forces de l'esprit"


et toi ?????? tu crois aux pouvoirs des chamanes chiliens?????


allez, je vais me jeter un petit Cognac !!!! histoire de me remettre !


à la tienne !


et comme je n'avais pas lu la fin de ton com, laisse moi te dire que moi aussi j'ai lâchement abandonné Proust et que je me promets depuis plusieurs années de re-tenter .....


mais j'ai préféré tenter Roberto et laisser Marcel mariner encore un peu ....


et moi non plus, je n'avais JAMAIS entendu parler de BOLANO ( en même temps, c'est normal, il est traduit depuis peu de temps et c'est un contemporain .... )


j'ai entendu une émission de radio où il en était question, ce qu'on disait de lui et de son oeuvre m'a plu .... je me suis renseignée, et j'ai constaté que 2666 était considéré comme une oeuvre
qui compte en ce début de 21ème .... alors je me suis laissée tentée.


et je ne l'ai pas regretté !!!!! j'en ai même acheté d'autres depuis .....


allez bois en un autre et va donc le chercher chez ton libraire ..... tu verras : le voyage en vaut la peine !


 



keisha 13/09/2012 20:09

Hum, la bête me fait peur (car c'est un pavé, allez, avouez) et pire encore, un OLNI, non? (objet littéraire non identifié)
Mais j'aurais bien envie quand même...

Richard 14/09/2012 09:59



j'avoue : c'est un pavé ! mais un pavé très digeste à condition de prendre son temps pour l'ingurgiter !


en fait le livre est composé de 5 parties qui, selon les voeux de Bolano, devaient être autant de romans.


Mais, après lecture, l'éditeur a estimé qu'il était impossible de scinder l'oeuvre ( et je crois qu'il n'avait pas tort)


c'est vraiment un livre exceptionnel ( au sens premier du terme ) chaque partie a son souffle propre et sa logique. La construction est très particulière. C'est vraiment un auteur et un livre à
découvrir ( quand on a du temps devant soi, pendant les vacances par ex )