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Publié par Richard

Suzanne Myre est une "B.E.C." pour notre plus grand plaisir

Un plaisir coupable !

Oui, je l’avoue, lire du Suzanne Myre est un plaisir coupable, pour moi, lecteur de polars et de romans noirs. Et j’ai le ferme propos de recommencer le plus tôt possible.

Suzanne Myre est une des meilleures nouvellistes du Québec. Elle forme un trio extraordinaire avec Martine Latulippe et André Marois pour marquer nos imaginaires de lecteurs de bonnes histoires. À chacune de leur nouvelle, la magie opère, pour le plaisir du lecteur, grâce à une construction étonnante, à une phrase qui nous jette par terre ou souvent avec une finale surprenante.

J’adore ces lectures, qui après 30 minutes, vous ont fait passer à travers une gamme d’émotions, découvrir un monde ou connaître un personnage fascinant !

Mais depuis quelques années, Suzanne Myre ré-investit son talent dans l’écriture de romans. Et je vous le dis, « B.E.C. Blonde d’entrepreneur en construction » vous ravira. Lire ce dernier roman vous plongera dans une histoire d’amour rocambolesque, écrite avec une plume qui vous fera passer par toute la gamme des émotions. Du plus drôle au plus dramatique !

Laurence est la blonde d’un entrepreneur en construction. Là, je ne vous apprends rien ! Elle vit un amour qui ressemble à des montagnes russes ; non pas celles qui vous virent à l’envers à chaque tour, non, celles avec juste des hauts et des bas, des montées vertigineuses et des descentes qui donnent la nausée. Sa relation est « Amphigourique, un mot compliqué pour dire : compliquée. »

Jean-Marc, son chum entrepreneur l’aime, mais il manque de temps pour lui manifester. Son travail l’accapare, prend tout son temps et la fatigue remplace rapidement la libido. Alors, Laurence se consacre à ce qu’elle fait de mieux : chicaner, chialer, manifester ses frustrations, râler et ce, avec une langue qui fait son effet. Pour couronner le tout, de temps en temps, elle exerce son talent de kleptomane dans le « Vallon des Valeurs » de son quartier.

Toujours sur le bord du précipice, l’amour de Jean-Marc et de Laurence, se transporte au Mexique pour une cure de rajeunissement. Pour raviver la flamme ! Quels seront les effets des rayons du soleil mexicain sur leur relation ? Attendez-vous au meilleur et au pire, au surprenant et à l’inattendu, à la comédie et au drame. Du grand Suzanne Myre !

« B.E.C. Blonde d’entrepreneur en construction » est un formidable roman d’amour mais aussi, il nous réserve ses plus beaux passages dans les manifestations d’une amitié sincère mais un peu … particulière : une amitié, une complicité avec cette pharmacienne qui connaît tout de la vie de Laurence. Cette relation, avec Diep, la pharmacienne aux yeux bridés est l’image d’une amitié douce et délicate qui souvent, nous laisse décontenancé, un peu surpris par la sensibilité des deux personnages mais toujours ému par la véracité de leur relation. Leurs échanges sont toujours très touchants :

« Pratiquer l’écriture cursive me détendait, comme plier des feuilles de papier et, parfois, je pliais ma lettre à Diep en forme d’oiseau exotique sublime pour lui faire vivre le drame du gâteau si beau qu’on ose pas le couper : lire ou ne pas lire ? »

J’aime beaucoup le style d’écriture de Suzanne Myre, sa facilité à émouvoir ses lecteurs avec toute la palette des saveurs, du vinaigre jusqu’au sirop d’érable. Il serait dommage de lire ses romans en se limitant au ton du premier degré ; l’écriture de l’auteure infère des nuances émotives qui vous toucheront le cœur et titilleront votre intelligence émotionnelle. Pour sûr, vous rirez, certaines tournures de phrases vont vous faire sourire, ses personnages sont autant capables de vous faire éclater de rire que de vous étrangler d’émotions. Lire du Suzanne Myre, c’est un feu d’artifice dans un festival de sentiments et de sensations.

Si vous ne connaissez pas l’œuvre de cette auteure, laissez-vous tenter par un de ses romans ou un de ses excellents recueils de nouvelles. Plaisirs de lecture assurés !

Voici quelques extraits que j’ai le plus particulièrement aimés :

« Finalement, oui, il était un homme typique. C’était un peu pout ça que je l’aimais malgré tout. Parce que sous ces défauts de gars se cachaient de minuscules qualités qui, parfois, émergeaient de sous la sciure pour m’aveugler et me rendre, justement, aveuglément folle (et dépendante) de lui. »

« Mais je n’avais aucune énergie pour courir, marcher était tout juste tolérable. J’étais en béquilles à l’intérieur de moi. »

Et pour accompagner la magnifique première de couverture : « Un jour, mon écuelle resterait au bord de la chatière et on découvrirait mon corps inanimé mais assis, dans un asana de yogi, enveloppé d’une fine couche de poussière dorée qui serait mon ultime vêtement, impossible à acheter dans aucune boutique et surtout pas au Vallon des Valeurs. Chose étrange et qui resterait inexpliquée, un gigantesque et magnifique papillon se serait greffé sur mon visage, les ailes ouvertes, exposant sa splendeur, préservant ma décrépitude. »

Et une petite dernière, choisie parmi de nombreuses autres : « Je lui avais souvent dit que si nous avions fait l’amour aussi souvent que nous jouions au Rummy, je serais tombée enceinte même s’il était vasectomisé. »

Bonne lecture !

B.E.C.

Blonde d’entrepreneur en construction

Suzanne Myre

Éditions Marchand de feuilles

2014

332 pages

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 10/12/2014 17:18

Pour moi qui n'aime pas les acronymes, ce titre ne me tentait pas.

Richard 10/12/2014 17:24

Si un jour, tu as le goût de faire une exception ...

Venise 09/12/2014 23:01

Ah, mais c'est que tu as vraiment beaucoup aimé ! Il est lu mais je suis moins enthousiaste, tout en étant pas récalcitrante.

Richard 10/12/2014 01:46

Et oui, Venise, j'ai beaucoup aimé ! J'apprécie l'écriture de Suzanne Myre.