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Publié par Richard

Le commandantIl m’arrive assez souvent de finir la lecture d’un roman et de me demander si je ne l’avais pas déjà lu. C’est le cas de certains romans typés, sortis d’un moule commun où seul le titre et parfois un peu de style viennent créer diversion. 

Au fil de la lecture, on se dit: «Tiens, j’ai déjà lu ça quelque part !» Ou encore : «Ah ! comme je reconnais cet auteur ! Au fait, ce livre, je ne l’avais pas lu, avant ?»

Et bien, vous ne retrouverez pas ces sensations avec Romain Slocombe. Artiste complet, écrivain de talent, créateur polyvalent, Romain Slocombe n’en finit plus de sortir des sentiers battus. Bédéiste, illustrateur, nouvelliste, cinéaste, scénariste, photographe et romancier, Romain Slocombe partage les fruits de sa créativité avec tous les publics, jeunes ou adultes.

Avec «Monsieur le commandant», il continue de nous surprendre en donnant une mesure différente à cette collection des éditions Nil. «Les affranchis».  Sur le site web de cette maison d’édition, on peut lire:

«Une nouvelle collection, Les affranchis, chez Nil propose à des auteurs de rédiger « la lettre qu’ils n’ont jamais écrite ». Exercice de style, occasion de s’affranchir d’une histoire qui a fortement influencé leur vie, d’explorer le genre épistolaire, de s’adresser directement à un destinataire, inconnu du lecteur mais prégnant dans leur histoire.»

Contrairement à ses prédécesseurs, Slocombe a utilisé la fiction et a mis en scène un personnage haïssable, abject, anti-sémite, raciste jusqu’au bout de sa haine, un anti-héros qu’on se plaît à détester mais qui arrive, grâce au talent de l’auteur, à nous toucher quand même.

«Monsieur le commandant» est une lettre de dénonciation ! Tout au long de cette longue missive, l’écrivain et membre de l’Académie française, Paul-Jean Husson nous raconte l’histoire qui l’a amené à écrire cette accusation. Homme de lettre connu et reconnu, Husson est manifestement pétainiste. Follement amoureux de sa belle-fille, il apprend son origine juive et fait tout pour la cacher. Malgré ses interventions et ses écrits anti-sémites, il vit un amour impossible, pris entre la beauté de Isle, la femme de son fils parti rejoindre de Gaulle en Angleterre, et ses convictions profondes.

Piètre grand-père, le veuf sexagénaire profite des visites de sa belle-fille pour fantasmer sur sa beauté, souffrir de son amour à sens unique et faire en sorte de se rapprocher de ses petits-enfants pour finalement atteindre l’objet de son désir fou.

Puis un jour, l’inévitable se produit ! Et se déclenche alors une suite d’événements qui amèneront l’ignoble personnage à poser un geste ... qui lui semble dans le meilleur intérêt de celle qu’il aime. Il écrit cette lettre, convaincu que c’est la meilleure chose à faire, le seul choix qui s’impose à lui.

La force de ce roman, l’intensité qu’il dégage, les émotions qu’il provoque, me font presque regretter de vous produire un résumé qui ne souligne que très peu la puissance de ce récit. L’auteur me le pardonnera ... en espérant que ces quelques lignes vous auront convaincu de lire cet excellent roman, ce coup de coeur irrésistible.

Je dois vous avouer tout le plaisir que j’ai eu à lire ce récit, superbement écrit, dans un style qui, souvent, reflétait une écriture subtilement vieillotte mais tout à fait crédible. La cohérence de l’écriture, le style d’un écrivain des années 40 et les horreurs décrites
rendent parfaitement crédibles le personnage, sa pensée et ses actions.

«Monsieur le commandant» est un magnifique roman d’amour, un drame en deux actes  dans un décor effroyable, une ode au sentiment humain le plus beau, une épître épouvantable au sentiment le plus laid. L’intention de la lettre était sordide et l’épitaphe, déguisée en documents annexes, l’est tout autant.

Âmes sensibles ne vous abstenez pas !
Amoureux de l’Histoire, laissez l’auteur vous la raconter.
Amateurs de romans noirs, régalez-vous !
Amants du style, laissez l’écriture vous charmer !

Voici quelques extraits, qui contribueront à vous convaincre:


« La seule tristesse que j’éprouvai alors, un bref instant, fut - l’aveu me coûte, mais vous en lirez d’autres d’ici la fin de cette lettre, bien plus terribles - l’amer, jaloux regret de n’être point l’origine de la minuscule graine qui, là-bas, en ces profondeurs douces, avait germé.»

« Ma belle-fille était juive - mais, après tout, il y en a quand même quelques-uns de bons !»

« L’Image d’Ilse venait se superposer à mes souvenirs flottants, à ces silhouettes voilées courbées sur les lits de douleur, ces visages d’anges de miséricorde aux cheveux tirés sous le tissu qui laissait échapper des mèches mutines.»

« Mort au Juif !  Mort à la vilenie, à la duplicité, à la race juive ! Mort à l’argument juif ! Mort à l’usure juive ! Mort à la démagogie juive ! Mort à tout ce qui est faux, laid, sale, répugnant, négroïde, métissé, juif ! C’est le dernier recours des hommes blancs traqués, volés, dépouillés, assassinés par les Sémites, et qui retrouvent aujourd’hui la force de se dégager de l’abominable étreinte.»


Bonne lecture !

 

Monsieur le commandant
Romain Slocombe
Nil
Les affranchis
2011
261 pages

Dernière heure: «Monsieur le commandant» vient de remporter le prix «Calibre 47» du roman policier au festival Polar’encontres 2012 !


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