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11 Janvier 2011
Je l’avoue ! J’étais un peu
sceptique au début de ma lecture.
Ah ! Un autre auteur ...
Et un autre polar ... parmi tant d'autres !
Et avec un titre comme «Les marionnettistes» ...
Et bien, agréable surprise, j’ai été happé par l’histoire et séduit par les personnages. Un très agréable moment de lecture et surtout, j’ai bien hâte de lire la
deuxième aventure de cette trilogie.
Jean-Louis Fleury a un parcours d’écrivain assez atypique. Arrivé au Québec comme coopérant, ce Français d’origine a été, entre autres, rédacteur et historien chez
Hydro-Québec, chroniqueur dans la revue «Québec Chasse et Pêche» et auteur dramatique pour la télévision. À la retraite depuis une dizaine d’années, il a débuté une seconde (???) carrière
d’auteur de polars. «Bois de justice» est son premier roman.
Le premier chapitre est assez désarmant ! L’auteur nous transporte à Paris en 1915, aux Antilles en 1975, à Port-Cartier, en 1988 et finalement, à l’Île-aux-Grues
en 1993. À chaque endroit, il y a mort violente, meurtre ou accident; et le lecteur se demande où l’histoire va-t-elle nous amener?
Soyons patients ! Après ce voyage touristique et historique, le reste de l’histoire va se passer dans un petit quadrilatère campagnard, situé entre deux
villages de la Montérégie, à un jet de pierre de la frontière américaine où des personnes vivent en toute tranquilité. La chasse, la pêche et la surveillance de la vie des voisins sont les
principales activités; jusqu’au moment où cette quiétude est bouleversée par un personnage qui passe aux actes et rend sa propre justice.
Aglaé Boisjoli vient de terminer son doctorat en psychologie. Engagée comme stagiaire, elle se voit confier le mandat «assez flou» d’aider les enquêteurs. Se
déroule alors un combat à plusieurs volets: mériter sa place comme enquêtrice, apprendre à se détacher de son enquête et vaincre l’opacité et les non-dits des habitants de ce minuscule coin de
pays.
Je me suis laissé prendre par cette histoire passionnante et par la maîtrise du romancier pour bâtir et déconstruire son intrigue; on embarque dans l’histoire, dès
les premiers chapitres, on se laisse prendre par les indices et les hypothèses avancées par les enquêteurs et on apprend à mieux connaître celle qui deviendra (je l’espère !) le personnage
principal de cette trilogie.
Au niveau du style, Jean-Louis Fleury nous montre deux visages; un langage cru et parfois un peu provoquant ( «... ils étaient comme deux fesses autour de
la queue d’un éléphant. Tu ne te poses pas de questions quand tu n’es qu’une moitié de cul.») et un côté plus «professoral» avec l’utilisation d’expressions latines, par exemple, l’usage
un peu trop fréquent des expressions «de facto» et «in petto» !
Malgré cette petite réserve, je vous recommande grandement la lecture de ce roman. J’ai très hâte de voir comment le personnage d’Aglaé Boisjoli va se développer.
La relation de mentorat entre Thomas Lafleur ( policier à la retraite, un peu hors norme ...) et la nouvelle enquêtrice me semble pleine de promesses.
Et comme, je prends soin de mes lecteurs européens, je me suis déjà informé. Les romans de l’éditeur Guy Saint-Jean sont disponibles à la Librairie du Québec à
Paris.
Alors, en attendant de lire le 2e tome de cette trilogie « Le syndrome de Richelieu», je vous laisse sur cet extrait, les pensées d’un flic en exercice sur la
littérature policière contemporaire:
«Il s’amusait de ces caricatures d’enquêteurs que proposent les thrillers à la mode, qu’il dévorait, par ailleurs, où les humeurs des héros colorent
l’allure de l’enquête, où les états d’âme du policier de service semblent aussi déterminants dans l’évolution de l’action que les motivations de l’assassin. Qu’est-ce qu’ils croyaient les
plumitifs? Que ça changeait l'allure du travail d’un policier que d'enterrer son vieux père en page 25, de se soucier de l’avenir de son évaporée de fille en page 150, de s’enivrer dur la veille
du dénouement ou de risquer de perdre sa femme parce qu’on travaille trop à courir l’assassin ? Mon cul, oui! pensait Demers. Lui abordait ses journées de travail avec le flegme d’un boucher à
l’attaque d’un quartier de viande. Steak mort, sa vie de flic continuait»
Au plaisir de la lecture.
Bois de justice
Les marionnettistes (Tome 1)
Jean-Louis Fleury
Guy Saint-Jean Éditeur
2010
406 pages