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Publié par Richard

La fiancée américaine«L’ambition va toujours plus loin quand elle se déguise en vertu»

Éric Dupont parlant au nom d’une Madeleine ...

 

Sensation particulière !

Je termine ce roman et je me dis que je viens de lire quelque chose de vraiment spécial. Un chef-d’oeuvre ? Peut-être pas ! Un excellent roman ? Oh oui ! Sûrement quelque chose de rare, une impression de m’être laissé bercer ( ou berner ? ) par un grand écrivain qui me raconte une excellente histoire.

 

Passionnante ! Touffue ! Surprenante ! Intelligente ! La même sensation quand lorsque j’ai terminé la lecture de «Cent ans de solitude» de Gabriel Garcia Marquez.

 

«La fiancée américaine» d’Éric Dupont fait déjà l’unanimité au Québec bien que ce  roman ne soit pas d’un accès facile.  La grosseur des caractères vous rebute un peu:  557 pages qui ressemblent beaucoup plus à un bon gros pavé de 700 pages. Mais, s’il vous plaît, passez outre ce premier réflexe et lancez-vous à la découverte des Madeleine qui «hantent» de leur présence, cette famille des Lamontagne de Rivière-du-Loup.

 

Voici donc l’histoire d’une famille bien particulière se déroulant sur presque un siècle où il doit toujours y avoir une femme vivante prénommée Madeleine. Louis Lamontagne, surnommé le Cheval (à cause de sa force herculéenne ...) fils de Madeleine l’Américaine, élevé par sa grand-mère, Madeleine-la-mére ( oui, oui avec un accent aigu !), «produira» une famille de trois enfants dont, vous l’aurez deviné, une Madeleine qui adorera les histoires de son père.

 

L’histoire commence par la recherche désespérée de Madeleine-la-mére qui s'acharne à  trouver une Madeleine qui épousera son fils,  Louis-Benjamin. Finalement, cette Madeleine viendra des États-Unis. Elle charmera une partie du village; Louis-Benjamin en tombera follement amoureux et un soir de Noël, à la messe de minuit, au milieu d’une Crèche vivante, Madeleine l’Américaine accouchera de Louis ( futur Cheval Lamontagne ) et mourra juste après l’accouchement. Entouré de sa grand-mère (ou grand-mére ...) et chouchouté par les religieuses du couvent local, le petit Louis (12 livres à la naissance !) grandira en force et en beauté. Il deviendra le plus bel homme du village ... avec ses yeux couleur  sarcelle !

 

L’adolescence passée, le Cheval partira à la guerre, y découvrira la musique classique ("Que ma joie demeure"), fera sa marque et à son retour, il sillonnera les États-Unis, comme un saltimbanque, en exhibant sa force et en laissant, ici ou là, quelques coeurs blessés par son départ.

 

De retour à Rivière-du-Loup, il assistera à la mort de Madeleine-la-mére qui pour une raison inconnue du lecteur continuera à intervenir dans le roman comme elle le fait le jour de son enterrement où on lui demande, dans sa tombe, où elle a rangé le sucre.

« Au lieu de s’épuiser à donner des directives qui seraient de toute manière à répéter le jour suivant, la Mére décida de se lever pour trouver le sucrier et se recoucha ensuite ans son cercueil.» Attention, futurs lecteurs ... cette fantaisie, inexpliquée, fait partie d’une entente implicite entre l’auteur et le lecteur ! Pour notre plus grand plaisir, il faut y croire ... sans comprendre ! Comme un mystère !.

 

Et voilà, le début de cette histoire rocambolesque, qui agrémentée des extraits de la Tosca, nous transportera à NewYork, à Berlin, à Rome, à Toronto et à Montréal, en partant de Fraserville ( http://fraserville.ca/ ) qui deviendra en 1919,  Rivière-du-Loup. Le lecteur suivra les péripéties de Madeleine qui mettra sur pied une chaîne de restaurants de petits-déjeuners avec l’aide de son amie Solange. Mais le noeud de l’histoire, le coeur  de cette passionnante saga familiale, mettra en scène les deux fils de Madeleine, Michel, le chanteur d’opéra et Gabriel, le professeur d’éducation physique (qui se monte une bibliothèque bien garnie en volant un roman à chacune de ses conquêtes d’un soir ( ou plus ...).

 

Tout au long du récit, vous serez remués par les nombreux rebondissements qui feront en sorte que très rarement (ça m’est arrivé une fois ... une dizaine de pages ... sur 557 ...) vous serez ennuyés par le récit. À moins de trouver ennuyeux un meurtre avec une tarte au sirop d’érable, une «grand-mére» morte-vivante qui passe ses commentaires et qui aide au salon funéraire de son petit-fils, un francophone venant de Toronto qui écrit des lettres dans le métro aérien de Berlin, un prêtre artiste qui peint un chemin de croix ou une religieuse qui subtilise un bijou à une morte ... Vous en voulez encore ? Une rescapée de la Deuxième guerre mondiale qui écrit son journal et pourquoi pas une clé de fa qui n’est pas du tout musicale, même une petite chainette en or qui voyage allègrement ou pourquoi pas, des religieuses (mayas ?) qui annoncent la fin du monde ? Le roman est foisonnant et le récit nous transporte ... Un véritable bonheur de lecture !

 

L’histoire est passionnante. Éric Dupont nous démontre un souffle, une énergie inépuisable, une capacité à maintenir une tension constante. L'auteur installe graduellement l'histoire de cette famille, nous dépeint cette généalogie bien particulière et nous entraîne joliment vers une intrigue, une quête de la vérité qui nous prendra aux tripes. Il réussit à conserver notre intérêt par le déroulement du récit et parfois par la magie de son imagination complètement débridée et des digressions toujours intéressantes, L’histoire est superbement bien écrite et surtout, l’auteur nous offre quelques phrases géniales qui nous charment et nous enchantent. Son style est riche; ses dialogues efficaces, parfois drôles mais souvent touchants.

 

Et le récit s’enrichit d’une galerie de personnages digne des romans «réalistes magiques» d’Amérique du Sud. Chacune des Madeleine possède son charme personnel; on regrette même le très court passage de la Madeleine du titre, elle qui ne fait que passer mais qui est tellement présente dans notre esprit. Mais le lecteur sera ravi par la Madeleine contemporaine, propriétaire machiavélique de restaurants dans plusieurs pays, celle dont le premier mot prononcé a été le chiffre 12 avant même de dire maman ou papa et qui est la mère des énigmatiques jumeaux, angéliquement prénommés Michel et Gabriel. Et comment ne pas être touché par la tendresse un peu équivoque des enfants du beau Louis Lamontagne qui parfois prennent des poses bien particulières pour écouter les histoires de leur père ou pour s’endormir.

 

«La fiancée américaine» est le quatrième roman d’Éric Dupont. Il a fallu 7 ans de recherche et deux ans d’écriture pour nous offrir un roman d’une qualité extraordinaire. Alors, n’hésitez pas à vous lancer dans cette lecture joyeuse et festive, laissez-vous émouvoir par ces personnages aussi vrais que natures et surtout, suivez ces intrigues, ces rebondissements, en vous laissant charmer par l’écriture et le style de l’auteur.

 

Voici donc quelques extraits pour vous convaincre, si ce n’est pas déjà fait:

 

« Combien de fois avait-il essayé de raisonner le garçon ? Il était allé jusqu’à lui expliquer que les feux ardents peuvent parfois être éteints temporairement du moins et qu’il suffisait pour ça de se trouver quelque endroit où on était certain d’être en paix et de se varloper le madrier jusqu’à ce que bourdonnent les oreilles

   

« L’homme était devenu une sorte de ruine parlante, un morceau de patrimoine dont il était impensable de se départir, qu’on tolérait comme on endure le prof sénile sur le point de prendre sa retraite.»

 

« Ils étaient arrivés juste après Venise, un gros et un maigre. Un Laurel et l’autre, un peu trop hardi, s’étaient installés et cuisinaient maintenant la jeune femme de leur langage grivois.»

 

« Loin d’évoquer la grâce du vol des anges, son visage rappelait l’effondrement du mur de Jéricho que l’Annonce faite à Marie. Quant à sa voix, un filet rauque émis par une gorge grise et ridée, on l’eût crue sortie d’un trou profond et fumant sur une terre dévastée.»

 

Bonne lecture !

 

La fiancée américaine

Éric Dupont

Éditions Marchand de feuilles

2012

557 pages

 

La maison d'édition: Éditions Marchand de feuilles

 

Un peu de musique ... "Jésus, que la joie demeure"

 


Achetez ce livre en ligne sur Rue des Libraires

 

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Commenter cet article
I
Bonjour
Je viens de finir et d'adorer la fiancée américaine achetée à Paris 5eme à La librairie du Québec
Je sens que je vais en etre imprégnée longtemps. MAIS je vous en prie dites moi, pourquoi Magda Berg à aussi une clé de fa. Et comme il semble que le ridicule ne tue pas , je pose la question. Merci de votre éclaircissement.
Répondre
R
Bonjour Inès, il y a très longtemps que j'ai lu La fiancée américaine ... mais je vous promets de trouver une réponse à votre question. À bientôt et joyeux Noël !
A
This is my first time i visit here. I found so many interesting stuff in your blog especially its discussion. From the tons of comments on your articles, I guess I am not the only one having all the enjoyment here!
Répondre
R
Thank you !
C
Je viens de le lire, j'ai adoré ce livre ! 5 étoiles sur notre blog ! A lire absolument ...
Répondre
R
Tout à fait d'accord, Clair Jeanne !
Un des meilleurs romans des dernières années !
Merci pour votre commentaire !
G
Books are my weakness. I can spend hours reading a novel. Sometimes I have read a book in a single stretch. Thank you so much for sharing the review of the book. I will bookmark the site to check out for more.
Répondre
G
J'ai un peu moins aimé la partie contemporaine, mais dans l'ensemble nos avis se rejoignent!
Merci de ta visite chez moi!
Répondre
R


Au plaisir de te lire, sur ton blogue et sur le mien !


Bonnes lectures !



A
courageux ...... mais pas téméraire !!!! c'est l'effet que font toujours les steppes sibériennes !
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R


Tout à fait !!



M
Bonjour Richard! ça à l'air pas mal du tout. J'aime bien les romans réalistes comme les oeuvres latino-américaines (je pense notamment à Isabel Allende). Je viens justement d'acheter 100 ans de
solitude! C'est l'un des livres que j'ai eu pour Noël parmis la liste que j'ai exposé sur le blog. Mais dis moi cela te change du polar, non?
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R


Oui Missy, je crois que ce roman te plairait !!


J'ai hâte que tu me parles de 100 ans de solitude !


Oui j'aime tous les genres de littérature malgré ma préférence vers le polar. 


Bonne lecture !



A
rhooooo dis donc tu te moquerais pas de notre Obélix !!!! t'oserais pas !!!!!!! Boudiou ......fais gaffe, il a des amis hauts placés ...... ce serait dommage de disparaître à jamais dans les
steppes sibériennes ...
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R

Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite et indépendante de ma volonté ....


A
oui mais ............ pour qui ??? là est la question !
Répondre
R


Pour être en sécurité ... Je déménage en Russie !!! Terre de liberté et de démocratie !!!



A
tu as été menacé par des Madeleines qui ne sont pas des amies de Proust !!!!! et tout ça s'est passé alors que tu étais (totalement) à jeun ??????? inquiétant !
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R


Je sens ... un complot !!!


Dois-je m'inquiéter ???



A
Malgré le côté rocambolesque, je suis tentée.
Répondre
R


C'est un grand roman, Alex ...


Tu peux cucconmber !



P
Tu démarres fort cette année, plein d'énergie communicatrice! Ce livre semble formidable. Bonne et heureuse année!
Répondre
R


Merci Pichenette !


C'est souvent ce qui se passe quand on arrive sur un très bon roman !!!


Bonne année 2013 à toi aussi !



L
Bonsoir, ça a l'air costaud mais passionnant !! J'en profite pour souhaiter mes meilleurs voeux pour 2013 !
Répondre
R


Oui Lilibook, tout à fait passionnant ! Je te le conseille ...


Bonne année à toi ! Je te souhaite le meilleur ... et la santé !



A
et au fait, au risque de passer pour l'ignare de service (question d'habitude ...) c'est qui ce Monsieur Foglia ???
Répondre
R


Pierre Foglia est un chroniqueur du journal La Presse ... Un homme assez sarcastique, iconoclaste et avec un sens de l'humour décapant. ses chroniques me font toujours sourire ... Il est une des
raison pour laquelle je lis ce journal !!!


Voici un exemple d'une chronique ... sur "La fiancée américaine" !!!


http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/pierre-foglia/201210/12/01-4582566-bonheurs.php


Bonne lecture !



A
Une fiancée américaine !!! il fallait au moins ça pour te sortir de ton hibernation !!! quelle chronique enfiévrée..... quoiqu'il en soit, le réalisme magique, voilà un univers qui me parle ! et en
plus j'adore la couverture (j'ai pleinement conscience du degré 0 de cette réflexion ...... inutile de tirer sur l'ambulance ...).
si cette fiancée passe dans le parages, j'irai sûrement faire un tour du côté de chez Madeleine ..
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R


Bonjour Attila,


Fréquenter ces Madeleines que proust n'a pas connu, ne m'a pas laissé le choix !! Elles m'ont dit : "Parle de nous ou on te bute !! Et convainc Attila de nous lire ... "


Alors, en bon Hun, je me suis laissé convaincre !!


Je pense que tu aimerais bien, cette saga ... On s'en reparle !


Amitié !


 



L
belle critique cher Richard ! je vois que 2013, que je te souhaite douce et heureuse, démarre de belle façon.
Répondre
R


Merci beaucoup Laura !


Bonne année 2013 à toi aussi ...


Bonnes lectures



S
J'adore les expressions québécoises...et je ne suis qu'en apprentissage!

Merci Richard pour cette chronique fort convaincante! (et si en plus de tous les autres, Monsieur Foglia a également aimé...!)

Bonne journée!
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R


Je me demande si Pierre Foglia sait qu'il a une admiratrice en France ?


J'espère vraiment que ma chronique sera assez convaincante pour que mes lecteurs européens se lancent dans ce roman absolument passionnant ... Merci pour ton commentaire !


Et bonne continuation ... dans tes apprentissages ...


Amitié



É
Ton bon goût est confirmé, te voilà dans la même ligue que Foglia qui ne tarit pas d'éloges sur la fiancée de Rivière-du-Loup.

Va ben falloir que je le lise!
Répondre
R


Va ben falloir, mon amie !! Pis ça se passe dans le Bas-du-Fleuve !!


À la fin, il y a comme une petire enquête, une quête ... on pourrait presque dire que " La fiancée ..." prend des airs de polar !!


Et j'aime ça aimer la même chose que Foglia !! Surtout en littérature ... J'adore cet homme.


Bonne soirée chère amie ...


À bientôt, j'espère !!


 



L
Heureuse de voir que tu as aimé. Je n'ai pas osé lire ton billet jusqu'à la fin car j'en suis à la page 130 et je veux me garder toutes les surprises. Ce que je peux en dire jusqu'à maintenant,
c'est que c'est saprément bien écrit et bien raconté. Et le bonheur, c'est qu'il me reste encore plein de pages à savourer...

Bien entendu, je reviendrai lire la fin de ton billet :-)
Répondre
R


Bonsoir Lynne,


Page 130 ... en effet, il te reste quelques heures de très bonnes lectures. J'espère que tu me laisseras un commentaire à la fin de ta lecture ...


À bientôt


Bonne lecture !



Z
Je suis une fan de saga familiale, donc je pourrais me laisser tentée si j'arrive à mettre la main dessus. Curieuse également de connaitre ton avis sur le Camilleri que tu lis, j'ai hésité
plusieurs fois à me lancer.
Répondre
R


Bonsoir Zarline,


J'ai vu que le roman est disponible à la librairie du Québec à Paris et sur Rue des Libraires


Je parlerai du roman de Camilleri et de ses personnages dans ma prochaine chronique ... Tu verras si j'arrive à te convaincre !


Bonnes lectures !