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Publié par Richard

La-piste-de-sableCette chronique sera bien spéciale car je vais vous parler d’un de mes commissariats préférés, d’un policier au caractère exécrable, d’une galerie de personnages qui l’entourent bien et d’une ville fascinante de la Sicile ... qui n’existe que dans l’imaginaire de son auteur.

 

Andrea Camilleri est le créateur de ce commissaire bien spécial, Salvo Montalbano, nommé ainsi en hommage au grand Manuel Vazquez Montalban., grand écrivain espagnol. Montalbano est commissaire dans la petite ville de Vigata, un village typique de la Sicile.

 

Je l’avoue d’entrée de jeu, j’ai un plaisir fou à lire les enquêtes de ce commissaire au caractère bouillant et à la réprimande facile. Il me faut ma dose annuelle d’air salin de la Méditerranée. Après quelques bons romans noirs, suivis de bonnes enquêtes par des inspecteurs alcooliques ou véreux, après quelques meurtres violents et inhumains et un ou deux thrillers haletants, j’aime m’aventurer à Vigata où je retrouve l’équipe du «dottore» et tous les personnages qui, roman après roman, me sont devenus familiers. Et oui, avec Montalbano, je me sens entre amis, presque en famille.

 

Quand je lis Andrea Camilleri, je suis plus qu’un lecteur de polars; je m’imprègne d’une atmosphère chaleureuse, d’une ambiance sicilienne qui réchauffe mon coeur de nordique. Lire les enquêtes de Montalbano, c’est plus que suivre une enquête, quand même fort bien menée, c’est aussi se laisser charmer par une langue bien spéciale, joliment traduite par Serge Quadruppani.

 

Entrer dans le monde de Montalbano, c’est aussi sentir la pression monter quand l’enquête se corse. C’est aussi accompagner le fidèle inspecteur Fazio, efficace et compétent, mais qui possède la malheureuse habitude de décliner l’état civil des suspects et des témoins comme un généalogiste sur les amphétamines. C’est aussi être témoin de la complicité entre Montalbano et de son adjoint Mimi Augello ... quand ça va bien, c’est-à-dire au goût et à la façon du commissaire.

 

Entrer dans le commissariat de Vigata, c’est aussi et surtout, rencontrer l’ineffable Catarella, policier aux fonctions nébuleuses, parfois téléphoniste, quelques fois spécialiste en informatique mais toujours hilarant dans sa capacité à transformer les noms et le contenu des messages. Catarella, c’est l’image même de la «parlure» sicilienne, qui nous fait sourire avec ce langage savoureux, à la syntaxe incertaine et à sa façon de créer la confusion. Comme admirateur, j’élèverais une statue à l’effigie de cet adorable personnage.

 

Passez une journée dans ce commissariat et vous assisterez sûrement à une colère de Montalbano. Et oui, Salvo est colérique, s’emporte pour des riens, fait des tempêtes dans tous les verres d’eau qu’il rencontre, accroche ses crises à des futilités ... surtout quand ça ne fonctionne pas à SON goût. Mais ses hommes l’adorent et lui obéissent au doigt et à l’oeil. La plupart du temps !

 

Suivre les enquêtes de Montalbano, c’est aussi découvrir le charme de ce personnage, malgré son très mauvais caractère. Montalbano possède un charisme certain car beaucoup de femmes succombent à son charme. Que ce soit des jeunes filles à peine sorties de l’adolescence ou des belles d’âge mûr, la gente féminine est sensible aux atouts du commissaire sicilien. Mais Salvo est, la plupart du temps, l’homme d’une seule femme, Livia. Leur amour, en véritables montagnes russes de passions, d’émotions et de disputes, connait des moments doux et charmants; mais aussi, des disputes orageuses et ce, la plupart du temps au téléphone. Car Livia et Salvo ne se voient que deux fois par année, aux vacances d’été et à Noël. Alors, on prend plaisir ( ah oui ?) à assister à ces scènes de ménage titanesques et surtout à vivre dans la tête de notre impétueux commissaire, la montée de la colère, son expression et, dès le moment où il a raccroché l’appareil, l’arrivée de la culpabilité et des regrets. Comme lecteur, on devient alors, le confident intime de notre ami Salvo.

 

Mais Montalbano a aussi une fréquentation peu banale, la très belle Ingrid. Amie de longue date, parfois chauffeure lors de certaines enquêtes, elle entretient avec notre bourru commissaire, une liaison un peu nébuleuse, moitié amitié et moitié ... on ne sait pas trop. Partenaires de beuverie, dans les bons et mauvais moments, le whisky coule à flots et parfois, il faut déboucher une deuxième bouteille. Bourrés tous les deux, incapables de conduire, généralement, on les retrouve le matin, au lit, en ne sachant pas ce qui s’est passé entre le dernier verre et le mal de tête du matin.

 

L’amour de son travail, les femmes et le whisky ne sont pas les seules passions de Montalbano.  Comme le très connu personnage de Montalban, Salvo ressemble beaucoup à Pepe Carvalho, le gastronome personnage de l’auteur catalan. Montalbano aime manger; Salvo aime bien manger. Adelina, femme de ménage et cuisinière hors pair, lui laisse chaque jour, un petit plat mitonné avec talent. Après le boulot, notre gourmet commissaire salive en se demandant ce qu’elle lui aura préparé. Suivre les enquêtes de Montalbano, c’est aussi découvrir la cuisine sicilienne, la gastronomie des petites trattorias sur le chemin de l’enquêteur mais aussi la cuisine quotidienne des amis de Salvo. Je dirais même, suivre le commissaire dans ses agapes, donne l’appétit !

 

Et finalement, lire Andrea Camilleri c’est ressentir le chaud soleil de la Sicile, l’odeur de varechs qui nous chatouille le nez, voir les paysages imaginaires de Vigata et de ses environs, mais c’est surtout se laisser bercer par la langue sicilienne (différente de l’italien) et la syntaxe particulière de ses habitants. Mais attention, si vous lisez pour une première fois une enquête de Montalbano, vous serez peut-être surpris pas cette forme de langage; mais très vite vous serez charmés par ces tournures de phrases et ces mots pleins de sensibilité et de vibrations siciliennes. Et à votre deuxième roman, vous attendrez avec impatience les apparitions du très coloré Catarella s’adressant à Montalbano :  « - Ah, dottori ! C’est vosseigneurie ? Qu’est-ce qui fût, dottori ?» Et dans votre tête, vous répondrez: « - Catarella, charmé je suis.»

 

Voilà, vous savez maintenant pourquoi à chaque année, je me précipite sur le nouveau Camilleri. L’écriture merveilleuse, une enquête menée de main de maître par un auteur fantastique, des personnages attachants que l’on retrouve comme une famille et surtout un climat chaleureux et une atmosphère qui nous procure un véritable plaisir de lire. Je reviens chaque année à Montalbano parce que je m’ennuie de l’auteur et de ses personnages.

 

Vous ne connaissez pas cet auteur ? Lancez-vous ! Il en vaut le plaisir ...

 

Il me faut quand même parler de ma dernière lecture « La piste de sable». Montalbano se réveille et prend quelques minutes pour écouter les bruits de la mer, la respiration de la Méditerranée. Depuis quelques temps, Salvo prend plaisir à rester au lit et à se rappeler les rêves de la nuit. Enfin debout, il se dirige vers la fenêtre pour regarder la mer. Sur la plage, juste devant sa fenêtre, est étendu un cheval. Immobile !

 

Alors, commence une enquête qui amènera le commissaire dans les écuries des alentours de Vigata. Mais aussi, il sera charmé par la présence de la propriétaire du cheval, la sculpturale Rachele. Alors, avec toute son équipe, aidé de la belle Ingrid et de Rachele, Montalbano frayera dans le monde des courses illégales et des mafieux de la Sicile. En même temps, il sera plongé dans une enquête parallèle car sa maison semble régulièrement visitée par des inconnus.

 

Encore une fois, j’ai été conquis par ce roman de Camilleri même si l’intrigue n’est pas des plus fortes. Cependant, on y retrouve tous les ingrédients qui font d’une enquête de Montalbano, un excellent moment de lecture.

 

Alors, à table !! Voyons ce que Adelina nous a préparé pour le dîner.


"Une assiette remplie à ras bord de caponata. Six rougets aux oignons. Largement de quoi manger pour deux personnes. Du vin, il y en avait. Il mit la table. Il faisait frais, mais il n’y avait pas le moindre souffle de vent. Par scrupule, il alla contrôler s’il avait encore du whisky. Il n'en restait qu’un doigt au fond de la bouteille. Un dîner avec Ingrid était inconcevable sans quelques solides gorgeons finaux."

Un coup de téléphone de Livia ... « Et acommença l’habituelle, relaxante engueulade nocturne.»

« Parmi les femmes, certaines avaient des chevelures assez vastes pour permettre l’atterrissage d’un hélicoptère, d’autres étaient en minijupe ras le bonbon ou en robe si longue que ceux qui passaient à côté s’y prenaient immanquablement les pieds, au risque de se rompre le cou.»

Et je laisse le mot de la fin à ce très cher Catarella quand Montalbano lui dit qu’il n’est là pour personne: « Vous n’y êtes pas tiliphoniquement ou de présence ?»

 

 

La piste de sable

Andrea Camilleri

Fleuve noir

2011

231 pages

 


P. S. Pour ceux qui ne connaitraient pas ce vénérable auteur de 87 ans, je vous mets en lien avec la page Wikipedia sur Andrea Camilleri:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Andrea_Camilleri

 


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P
J'adore les caractères exécrables... en livre!
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R


Ah !!!!!


Dommage !!!



A
ah oui mais si même quand on lit on prend 3 kilos rien qu'en lisant les recettes ......pffffff
mais bon, j'aime bien les commissaires au caractère particulier .... Adamsberg, Wallander ... pourquoi pas Montalbano ? si en plus on a droit à des tranches d'aubergines grillées et à des tomates
confites .... de la mozzarela ...u tutti cuanti .... ah !!!!!! j'ai faim !
Répondre
R


Bon appétit Attila !!


Avec Montalbano, les Huns vont se régaler ....


Et bonne lecture, aussi !!



D
Une belle déclaration d'amour à l'italienne ;-)
Je me laisserais tentée !
Bacci
Répondre
R


Merci pour ce commentaire très plaisant !!


Je te souhaite d'aimer Montalbano autant que noi !


Bises



A
Il te faut ta dose annuelle ? Mais c'est une drogue....
Répondre
R


Oui, une drogue douce ...


Bonne journée Alex !



M
Salut Richard,
Je vais peut-être te surprendre, mais Camilleri et son Montalbano je les fréquente souvent et j'aime ces histoires, ce ton, cette ambiancedont tu parles si bien ...Belle brochette de citations!
Comme toujours tu sais appâter le lecteur potentiel, mais pour une fois, je connais et j'aime déjà!
Toutes mes amitiés.
Répondre
R


Bonjour Mimi,


Et voilà !! Je savais bien qu'un jour, nous nous retrouverions avec un auteur qui nous plait à tous les deux !!!


Comme disent les serbo-croates, " You made my day"


Au plaisir


Amitiés


 



É
Ah... déjeuner chez Claudette... n'importe quand!
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R


Quel beau dimanche matin !!  Inoubliable !!


Et comme le disent les enseignants ... J'ai hâte à septembre prochain !!!!


Bises



É
Adelina, c'est le prénom de mon arrière-grand-mère, une superbe italienne des environs de Gallucio. C'est pas la Sicile mais on ne peut pas tout avoir. De ma mémé, j'ai dans le coeur ses yeux bleus
comme l'Italie et des recettes à se damner.

Ta chronique m'a ramené sa chaleur et donné l'envie de découvrir ce Montalbano. Honte à moi, jamais entendu parler. Je vais de ce pas combler cette grave lacune!
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R


Chère Éliane,


Avec une arrière-grand-mère qui s'appelle Adelina, tu ne peux pas, ne pas goûter à la saveur sicilienne des romans de Camilleri. Toujours une enquête intéressante mais surtout, une atmosphère où
on se sent comme dans un déjeûner, un dimanche matin, chez Claudette !!


Que du bonbon !!


Bonne découverte, chèreamiedelest



S
Cher Richard,

il me faut, à moi aussi, "ma dose annuelle d'air salin de la Méditerranée"...Alors ta chronique si évocatrice me fait doublement voyager, et je m'imagine, à l'abri de quelque dune de sable, une fin
d'après-midi d'été sicilien, , savourer la compagnie de ces personnages tout à la fois volcaniques et tendres...

A te lire, on a l'impression de commencer à les connaître, et à les aimer, avec leur force et leur faiblesse.

Superbe visite à laquelle tu nous convies ici, par la magie des mots et la sensualité des évocations...

Merci!
Répondre
R


Bonsoir Sophoe,


Comme j'ai toujours aimé les îles, habitées ou non, il était évident que j'aimerais la Sicile. Et la Méditerranée possède ces îles enchanteresses qui charment et qui provoquenr les rêves les plus
fous ..


Au plaisir Sophie


Bonne lecture ... et bon voyage ...



L
ça donne envie de chaleur !
il existe une série tv, mais je n'ai ni lu ni vu ce commissaire de Sicile !
Répondre
R


Alors, chanceuse, tu as plein de bons moments de lecture en perspective ... je te souhaite une belle découverte de ce personnage !!!


Bonnesssss lecturesssss



M
Je suis comme vous, j'adore le commissaire Montalbano même si je n'ai pas lu tous les livres de Camilleri.
J'ai d'ailleurs bien apprécié les téléfilms tirés de ces livres qui sont passés sur FR3 cet été, en particulier cette "piste de sable" que je n'ai pas lu.
Répondre
R


Malheureusement, je n'ai pas eu l'occasion de voir ces téléfilms ...


J'espère qu'ils seront accessibles, au Québec !


Bonne lecture



G
Bonsoir Richard, sais-tu qu'il y a des organisateurs de voyages qui proposent un circuit sur les lieux emblématiques de cette série (qui a fait l'objet d'une adaptation en Italie, d'ailleurs!)? Je
suis comme toi : j'adore ce commissaire ronchon et gastronome! ;-) Chaque enquête est un régal et j'ai l'impression que l'auteur, sachant notre plaisir de lecteurs, force à chaque fois un peu plus
le trait pour notre plus grande joie... Amitiés.
Répondre
R


Et pour notre plus grand bonheur ... de lecture !


Un jour, j'irai en Sicile me tremper dans ce pays que je connais par les yeux de cet auteur !!



C
Une chronique époustouflante mon cher Richard !!! Bravo, bravo, bravo ...
Répondre
R


Merci beaucoup Carine,


J'espère avoir transmis le goût de connaitre cet auteur !



K
Si, si, je connais! J'ai même lu que l'italien en VO est plutôt sicilien et que c'est difficile de bien le traduire.
Répondre
R


Oui ! Et je pense que Serge Quadruppani a fait un excellent travail de traduction. Je sais que beaucoup d'autres personnes n'aiment pas les choix qu'il a faits ... mais moi j'aime bien cet
accent"


Je me suis aussi acheté un de ses romans en Italie, à venise, Je n'y comprends rien mais j'aime l'idée !!



M
merci pour cette belle chronique, ça donne envie, je suis déjà dans le livre à travers tes écrits..
un nm qui sonne bien et qui pourrait faire l'objet d'un film..
Me voilà pleine d'idées...
bonne soirée à toi Richard..gros bisous
Mamoune
Répondre
R


Je crois d'ailleurs qu'il y a une série télévisées qui a joué en Europe !!


Je te recommande grandement cet auteur ... tu vas adorer !


 



L
Et dire qu'il y en a pour dire que le genre policier n'est pas de la VRAIE littérature ! il suffit de te lire pour comprendre que ce que parfois nous avons entre nos mains vaut bien tous les
Goncourt et autres bouquins de littérature blanche ! Quand un roman délivre autant de sentiments, d'impressions, de sensations, de délectation, et fait jouir notre imagination, c'est bien que son
auteur est un VRAI écrivain !!!! merci de nous le rappeler de si belle manière ( tiens, je vais te faire râler pour un coup, je ne l'ai encore jamais lu !!! donc tu imagines tout le bonheur qui
m'attends sur un coin d'étagère !). Amitié !
Répondre
R


Cher Bruno,


C'est toujours un plaisir de commencer à lire un auteur que l'on découvre pour la première fois. Tu as devant toi une bonne douzaine de romans de ce personnage très attachants. Et quelques autres
romans de Camilleri sans Montalbano.


Je te souhaite beaucoup de plaisirs lors de ta première rencontre avec cet auteur !


Amitiés