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Publié par Richard

Le-vase-bleu-1.jpgAttila, chroniqueure régulière et anonyme de Polar, noir et blanc, m'a fait parvenir ce texte sur un périple culturel à Paris.

Ne sortez pas les armes, les Huns n'envahiront pas la Ville Lumière !

Assistez à ces beaux moments d'émotions provoqués par les mots et les images.

Laissez-vous guider par notre guerrière culturelle et sa capacité à manier ... la plume !

 

 

 

 

Two days in Paris

 

Voilà au moins deux ans qu’on ne s’était vu.

 

Deux ans d’un manque nourri d’attente et de certitude de reprendre bientôt, les yeux plongés dans son bleu,  le dialogue silencieux entre lui et moi.

 

De temps en temps, je regardais sa photo pour avoir ma dose de lui, même loin.

 

Je m’extasiais sur ses courbes sensuelles et mélancoliques.

 

Mais l’image photographique est bien fade quand, en fermant les yeux, on peut sentir le vrai cœur battre sourdement.

 

J’essayais de retrouver à distance  l’aura matinée d’azur profond qu’il dégage, cette impression un peu fauve qu’il produit dès qu’il se trouve face à vous.

 

Cette incroyable présence qui me fait ne regarder que lui au milieu de tant d’autres.

 

Non, je n’ai pas cédé à la mode britannique qui consiste à décliner toutes les nuances de gris …… je ne sombre pas dans la bluette sentimentale à deux euros, même agrémentée de scènes SM.

 

Hors de question que je manie la cravache avec lui, il m’est trop précieux pour risquer qu’un coup de fouet ne me l’abîme !

 

Lui, c’est un tableau : Le Vase Bleu de Cézanne installé depuis longtemps au Musée d’Orsay.

 

Je l’ai cherché fébrilement dans les salles d’expo : il a été déplacé depuis notre dernière entrevue.

 

Et finalement, il était là, devant moi, toujours aussi vivant et extraordinairement touchant.

 

Inutile que j’essaie d’expliquer pourquoi lui : c’est une tâche impossible.

 

Dire pourquoi on n’aime pas est aisé, mais comprendre ce qui fait vibrer en chacun  les couleurs et les formes d’une toile est impensable, l’exprimer encore moins.

 

J’aime ce tableau depuis le premier instant où je l’ai vu et j’aime savoir que je le reverrai encore et encore au gré des années et des voyages.

 

Il est à moi, en dehors de toute propriété et j’aime à croire qu’il pense que je suis un peu à lui aussi…

 

Le Musée d’Orsay est pour moi une attraction irrésistible, et si je devais vous faire l’inventaire de tous ces tableaux qui me parlent sans bruit, il me faudrait plus qu’un article.

 

Et chaque visite me conforte dans l’idée qu’on vit tellement mieux en ayant connu le bonheur de ces rencontres, même si vivre mieux, c’est vivre avec le manque.

 

Après Orsay, direction le Théâtre des Nouveautés pour assister à la représentation de la pièce de Ionesco « le Roi se meurt » avec Michel BOUQUET dans le rôle de Bérenger 1er.

 

De Ionesco je gardais un souvenir d’adolescence cuisant et désagréable : je ne me souviens plus si le texte en question était « La cantatrice chauve » ou « Le rhinocéros » mais j’avais été rebutée et échaudée.

 

Je suis passée outre pour voir, sur scène, ce comédien extraordinaire qu’est Michel BOUQUET (86 ans !).

 

Le théâtre n’étant pas très grand, j’ai vu comme dans le fauteuil de mon salon, les comédiens jouer pour moi.

 

J’étais seule au monde et ce fût magique.

 

Mais comment ai-je pu passer à ce point à côté de Ionesco depuis si longtemps ?!

 

Le texte est un trésor de profondeur, de drôlerie, d’humanité qui m’a littéralement touchée au cœur.

 

Ionesco n’aimait pas qu’on qualifie son théâtre d’« absurde », il préférait le terme « d’insolite ».

 

Mais comme il avait raison : rien n’est absurde dans ce royaume qui rétrécit, qui se dépeuple à une vitesse prodigieuse, dont les habitants vieillissent à vue d’œil, dont le sol se troue, dont le Roi se meurt …

 

Tout est vrai, surtout la mort.

 

Michel Bouquet est incroyable, il incarne ce Roi à l’agonie avec une vérité touchante et sa première épouse, la Reine Marguerite incarnée par Juliette Carré est absolument stupéfiante.

 

Le final inéluctable et particulièrement émouvant m’a cueillie, les larmes au bord des yeux.

 

La sincérité absolue du couple de comédiens, mariés dans la vraie vie, n’est pas étrangère à l’émotion palpable que dégage cette pièce.

 

Courrez si vous pouvez, ce spectacle est le plus beau (oui, il n’y a pas de meilleur mot) que j’aie vu.

 

Après une longue nuit de repos nécessaire et paisible, c’est reparti : direction le Grand Palais.

 

Et oui, j’avais pris mes places dès l’ouverture de la réservation en juillet : je voulais voir en vrai les toiles de Hopper.

 

Même avec réservation, il aura fallu plus d’une demie heure d’attente, sous une pluie incessante, pour entrer enfin dans le Grand Palais huée et sifflée par la file des « sans billets » dont l’attente malgré la pluie et le froid, s’élevait à plus de 3 heures.

 

A bon entendeur ….

 

Le plus difficile a été d’essayer de faire abstraction de tout ce que j’ai entendu, vu et/ou lu sur le peintre depuis que la Hoppermania a commencé a déferlé sur la France.

 

Avant de savoir, il faut voir et sentir.

 

Un tableau c’est un être vivant, animé, au sens oriental du terme, c’est à dire « habité d’une âme ».

 

Il faut donc le rencontrer avant d’essayer de le connaître pour éviter les malentendus.

 

Comme souvent, beaucoup de tableaux ne donnent leur âme qu’en direct, face à face.

 

L’exposition est remarquablement fournie et construite, du sombre à la lumière, de la jeunesse et des rêves européens à la révérence du vieux peintre, du « Soir bleu » aux « Two comedians ».

 

Les incontournables sont là, bien sûr, le fameux Nighthawks en tête, mais également beaucoup de tableaux moins connus, des aquarelles, des gravures ; bref, une revue complète de l’œuvre de Hopper.

 

Certaines toiles sont issues de collection privée, ce qui me laisse toujours songeuse quant à la motivation des ces individus qui, probablement conservent l’œuvre dans un coffre par sécurité et n’en profitent jamais.

 

Comment ne pas comprendre ce cri de Proudhon : « la propiété c’est le vol » ….

 

Mais au moins ont-ils l’âme généreuse puisqu’ils acceptent d’exposer de temps en temps leur propriété, à moins que ce ne soit pour des raisons fiscales ….

 

Avant de sortir de l’expo, j’ai promis au peintre, devant son auto portrait, que nous nous reverrions, à Chicago cette fois !

 

Et je vous confesse que l’ultime tableau de Hopper, « Two comedians » que je n’aimais pas particulièrement avant de traverser le Gand Palais et la vie de Edward, m’a paru très émouvant à l’issue de ce voyage : une ultime révérence qui faisait écho à celle de Bérenger 1er.

 

Vous commencez à me connaître : j’y ai vu un signe, le message posthume de deux artistes qui ont tiré leur révérence mais qui nous rappelle que,  pour nous, il est encore temps de vivre et de sentir, de laisser notre âme et/ou notre cœur dicter leur loi, vivre pleinement pour mourir avec regret.

 

Ultime étape de ce week end parisien : le théâtre de l’Odéon pour voir la pièce de Harold Pinter (dans sa nouvelle traduction par Philippe DJIAN) « Le Retour ».

 

Mes réservations étant tardives, je me suis retrouvée au deuxième balcon, sous la coupole, presque à portée de main du plafond peint par Masson.

 

Une vue vertigineuse sur la scène, lointaine mais originale.

 

De Pinter je n’avais jamais rien lu.

 

Je connaissais un peu le personnage pour avoir vu un reportage biographique.

 

L’histoire est assez étrange et les personnages, tout autant.

 

Passée la première demi heure où les personnages et les situations s’installent, on sombre dans une sorte d’histoire glauque mais drôle, tragique et violente mais loufoque et empreinte d’une tendresse maladroite.

 

Les acteurs et particulièrement Bruno Ganz (qui a incarné Hitler dans La Chute) et Micha Lescot sont époustouflants.

 

Emmanuelle Seigner, unique rôle féminin de la pièce défend sa place avec la souplesse et présence d’une lionne.

 

Deux heures d’un spectacle envoûtant qui ont parfaitement clôturé ce week end parisien.

 

Comme toujours, le plus difficile après avoir respiré l’air des sommets, c’est de redescendre au niveau des pots d’échappement….

 

Mais j’ai dans la tête ces quelques vers de Victor HUGO qui me consolent

 

« Je puis maintenant dire aux rapides années :
- Passez ! passez toujours ! je n'ai plus à vieillir !
Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir !

Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli.
Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre !
Mon coeur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli
! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L
je suis allée voir l'expo jeudi avec une blogueuse amie !<br /> (c'est ma troisième expo d'Hopper... et la plus "nombreuse" en nombre d'oeuvres)<br /> arrivées devant les peintures, je dis "bon, là, ça va aller vite... ben oui, on les connaît tous !" là un monsieur s'est retourné, cela l'a fait sourire !<br /> le plus difficile : retrouver quelles couvertures de livres reprenaient les tableaux !
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R
<br /> <br /> Bonne journée !!<br /> <br /> <br /> <br />
S
ah ah ah ah!!!! :)<br /> ça c'est pour la tranche de vie au musée!!
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A
<br /> <br /> je savais que ça t'amuserait ! et tout est vrai !<br /> <br /> <br /> <br />
L
Attila, j'aurai bien aimé entendre ces "perles"...<br /> je suis allée à une expo avec des toiles de Van Gogh, avec mes fils de 2 ans et demi et 4 ans et demi : ils regardent les tableaux et j'explique que ça, ce sont des tournesols, ça du blé, et qu'il<br /> a divisé son tableau en deux parties : ciel (et maisons) et champs, etc. je commente ainsi les tableaux : j'ai eu droit à des regards courroucés et outrés ! comme si je dénigrais, je réduisais une<br /> oeuvre.<br /> non, j'explique simplement, sans entrer dans des détails à des petits garçons.<br /> sans entrer dans la perspective et tutti quanti !
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A
<br /> <br /> ah non mais là je t'assure que ça n'avait rien à voir ...c'était plutôt l'inverse : des visiteurs qui jugeaient utile de faire étalage de leur immense culture Hopperienne (directement et<br /> fraîchement sortie des hors série Inrocks et Telerama ......)  je suis d'accord avec toi : j'ai pas envie de m'entendre expliquer les détails techniques des tableaux et leur signification<br /> implicite etc .... franchement si je veux un audio guide : j'en prends un !<br /> <br /> <br /> et puis des plus mignonnes aussi, comme ce couple un peu désabusé qui se promène dans la galerie et arrivant devant Nighthawks, la femme désigne nonchalamment le tableau du doigt en disant à son<br /> mari "tiens regarde le machin là, c'est le clou du truc " ... et jetant un regard un peu condescendant son mari lui dit "ouais .... les couleurs sont sympas mais ça laisse à désirer question<br /> dessin" !!! j'en suis restée ébahie  .... attendant en vain que ces deux comédiens saluent leur public en lançant un "pour le spectacle merci beaucoup !" j'aurais applaudi à tout rompre ....<br /> mais ils sont partis sans rien dire.<br /> <br /> <br /> et puis aussi ces deux mamy qui se disputaient (comme seules des amies de 30 ans peuvent le faire...), l'une disant : "c'est pas très expressif comme peinture", l'autre répondant "oui, sauf les<br /> tableaux où il y a des personnages", la première répiliquant "ben non, justement, même ceux là sont inexpressifs", la seconde rétorquant "pas du tout, regarde celui-ci (Chop suey) comme la femme<br /> a un regard étonné", la première se fâchant " n'importe quoi, c'est pas expressif, d'ailleurs c'est ce que sa femme lui reprochait", la seconde "ben alors, c'est pas parceque sa femme le dit que<br /> c'est vrai" etc ........<br /> <br /> <br /> je précise que les dialogues entre les mamy s'accompagnaient de grands gestes et j'ai même cru qu'elles allaient finir par se crêper le chignon au sens propre du terme.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
L
je suis impatiente d'aller voir cette exposition Hopper !
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A
<br /> <br /> Je l'ai trouvée très bien construite et très fournie. Les toiles sont vraiment beaucoup plus lumineuses qu'en reproduction. Et le catalogue de l'expo est également très<br /> réussi. Reste le comportement habituel de certains visiteurs ...... et les réflexions assénées à la ronde pour que tout le monde en profite ..... j'ai épargné aux lecteurs de<br /> Richard "les perles"  entendues ...mais je t'assure que certaines ne sont pas piquées des hannetons !!! Belle visite, tu me diras ce que tu en as pensé.<br /> <br /> <br /> <br />
P
Tout à fait d'accord pour Ionesco! Que j'ai beaucoup appris et joué!
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A
<br /> <br /> Ah oui ??? tu as joué le rôle de la Reine Marguerite ? ou celeui de la Reine Marie ?? C'était vraiment un texte très touchant servi par des comédiens incroyables ! A bientôt PICHENETTE<br /> <br /> <br /> <br />
Z
Quel plaisir Atrila. Reviens à Paris quand tu veux !!! Ah, le musée d'Orsay, j'y vais à chaque fois que je le peux, c'est-à-dire pas souvent.... mais quel plaisir
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A
<br /> <br /> Je passe assez souvent dans notre capitale mais je n'ai pas toujours le temps de voir et de faire ce que je voudrais VRAIMENT voir ou faire ..... et Orsay est une vraie merveille tant pour ce<br /> qu'il présente que pour ce qu'il est. A bientôt Zazy. <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
S
surtout qu'il perd ses cheveux...rien ne ressemble plus à un crâne qu'un autre crâne................
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A
<br /> <br /> j'osais pas te le dire ....<br /> <br /> <br /> <br />
S
Philippe D. était-il dans la salle?
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A
<br /> <br /> je ne l'ai pas vu .... mais j'avoue que je n'ai pas fait attention .... et puis, de si haut .... je ne suis pas sûre que je l'aurai reconnu ..<br /> <br /> <br /> <br />