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Publié par Richard

La-danse-des-eveques-copie-1.jpgLongtemps la littérature québécoise de genre a été décrié. Pas de bons auteurs, des romans insipides, sans imagination, une publicité déficiente ... Dans un cercle vicieux imparable, les libraires noyaient les nouveaux romans dans une mer européenne et étatsunienne et les lecteurs, devant les rayonnages de présentation des nouveautés, se lançaient ( ... et se lancent encore ! ) sur les Dan Brown de ce monde.

Est-ce que le vent change ? Je pense que oui.

 

Au fil des ans et des éditions, certains auteurs québécois commencent à revendiquer leur place sur les présentoirs de nouveautés. Quelques vedettes incontournables trônent au sommet (non plutôt au pied) de ces montagnes de nouveautés accrocheuses aux blurbs ( ??? Voir ici !!!) affriolants.
 
Et pourtant !

Après ma lecture de «La danse des évêques» d’André K. Baby, m’est revenu ce questionnement de la place de notre littérature québécoise sur les tablettes de nos librairies (et son absence presque complète sur les rayons des librairies européennes).

Quand j’eus terminé ma lecture de ce très bon roman, je me suis demandé: «Qu’est-ce que ce livre a de moins que les livres de Dan Brown ?»


La réponse: «Rien !!!»

«La danse des évêques» a sensiblement les mêmes qualités ... et les mêmes défauts !


Commençons donc cette analyse comparée, avec les quelques «roches dans le soulier» qui ont agacé ma promenade à travers les pages de ce récit:

  • Encore une fois, la présence de l’éternel duo, le policier sans peur et sans reproche et la belle, jolie, séduisante demoiselle qui accompagne le beau, séduisant commissaire et qui vont sûrement tomber en amour avant la page 99;
  • Pour pimenter le tout, des espions russes, une secte dirigée par une belle Lady anglaise, un industriel français, descendant des Cathares, des politiciens corrompus et certains grands Seigneurs à la robe rouge qui arpentent les couloirs qui mènent aux appartements du Pape;
  • Quelques invraisemblances ... mais si petites que l’on peut jouer le jeu ...(On en a vu des pires dans certains gros romans à succès ... dont une certaine chute à partir d’un hélicoptère ...);
  • Certains dialogues dont on saisit difficilement les protagonistes.


Ça vous rappelle certaines de vos dernières lectures ? Tout cela pourrait être le prélude d’un roman «déjà vu» ...

 

Mais non ! L’histoire, même si elle est un peu complexe, nous amène son lot de surprises et d'intrigues.

 

Avant de passer aux nombreuses qualités de ce livre, faisons donc un petit tour d’horizon des événements qui déclencheront cette enquête qui va mener l’inspecteur Thierry Dulac, inspecteur d’Interpol France, à Paris, Londres, Rome, Moscou, dans les Antilles ... et au Canada !

Dans une station de ski suisse, un cadavre est découvert, ligoté à la structure d’un remonte-pente; très vite, on identifie le corps de Mgr Antoine Salvador. Quelques jours plus tard, un deuxième assassinat est commis contre un autre prince du Vatican ... les deux corps avaient été ornés d’une plaquette de bois où était inscrite une phrase énigmatique. On ferait donc appel à une jeune professeur de la Sorbonne, Karen Dawson, spécialiste des mythologies à qui l’on confie l’analyse des textes: «Le lion est mort. Le Dragon est blessé.» et «Le boeuf est tombé, le Dragon est blessé.».

Voilà lancée cette enquête où la transparence entre les différentes polices n’est pas la règle et où l’opacité des pouvoirs civils et religieux donne l’impression que les Dix commandements ont été réécrits en un seul mot: Silence !!

Et l’ultimatum arrive sur un papier orné d’une extraordinaire enluminure, généralement utilisée par la secte «Pistis Sophia», «exige que soient vendus quatre des toiles du Vatican et que les profits soient versés aux pauvres d’Afrique.»

Parmi les grandes qualités de ce livre, il faut souligner les éléments suivants:

  • Tout d’abord, il faut souligner (clin d’oeil à mes fidèles lecteurs et lectrices) que «La danse des évêques» est un excellent «page turner» et j’oserais même avancer une très belle expression proposée par Marie-Christine (merci beaucoup !!!): ce roman est un «livre-braises» ... Les pages et les chapitres nous brûlent les doigts ... Seul le léger souffle des pages qui tournent et la construction haletante du récit ... soulagent cette si rare et agréable douleur connue des lecteurs de polars;
  • Les personnages sont attachants, bien présentés et très vite, on apprend à les connaître, à anticiper leur réaction, leurs désirs, leur motivation. (Même si c’était une «méchante», j’ai bien aimé le personnage de Lady Sarah Litman, marquise de Dorset);
  • Le lecteur est transporté d’une situation à l’autre, d’un personnage à l’autre, de chapitre en chapitre, sans être perdu. Construit dans le plus pur style des romans à suspense, le récit nous approche graduellement du dénouement par des chemins de traverse, par des détours déroutants, par une montée des actions d’une intensité bien équilibrée. L’intrigue est simple, le chemin pour parvenir au dénouement est complexe. Heureusement, l’auteur nous raccroche à chaque chapitre ... après ce petit deuil que l’on vit tous quand il nous amène vers d’autres personnages.
  • Un dernier élément fort intéressant, prenant si peu de place dans le roman mais lui donnant une saveur très particulière: le dilemme moral de la fille d’un des meurtriers qui se voit offrir en héritage, «l’argent du sang» ... « ... ployant sous le poids du lourd trésor tant désiré et d’un lourd secret indésirable.» Ne connaissant pas les intentions du romancier pour ses futurs écrits ... ce personnage m’a particulièrement fasciné. La reverrons-nous ?

Bien sûr, je ne vous dirai pas que ce livre est un «grand roman» qui va révolutionner le genre; cependant, ce que je peux affirmer sans aucune crainte, c’est que ce livre va vous procurer de très bons moments de lecture. Vous serez happé par l’histoire, accroché par les chapitres courts, l’écriture sans fard et finalement, porté par une vitesse de croisière parfois hallucinante.

Bref, comme le suggérait humoristiquement Pichennette, «La danse des évêques» est un «tunirapatecoucher. »

Alors, la prochaine fois que vous fréquenterez votre librairie préférée, lecteur boulimique et curieux, il ne faut pas hésiter à regarder dans les rayonnages de côté, région éloignée des îlots de nouveautés et à se payer une découverte qui en vaut la peine.

Dan Brown n’a plus besoin de votre argent; certains auteurs, comme André K. Baby, ont besoin de lecteurs.

Au plaisir de la découverte.
Bonne lecture !

 

La danse des évêques
André K. Baby
Marcel Broquet La nouvelle édition
2010
404 pages

 

Le roman est disponible à la Librairie du Québec à Paris

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A

Les mêmes qualités, et les mêmes défauts, mais rarement on est prophête en son pays, et les erreurs rarement pardonnées.


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R


En effet !!


Merci Alex !



D

Oui Richard, tu as bien raison de présenter et défendre des auteurs québécois peu connus. Il y a tellement de livres que parfois on ne voit que les auteurs connus ou mis en avant, mais pas des
livres qui peuvent être excellents mais qu'on ne voit pas si on n'a pas l'info. Ce livre devrait me plaire !


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R


Oui David, je suis certain que ce livre te plaira ...


merci !



A

Voilà un billet très convainquant! Un auteur et un livre que je ne connaissais pas du tout!
Et je dois dire que je déplore beaucoup l'absence de littérature québécoise en Europe... Elle est plus simple à trouver pour les parisiens, mais tout le monde ne vit pas à Paris... Comme je parle
beaucoup d'auteurs québécois sur mon blogue, c'est souvent cette même réflexion que les livres sont introuvables... C'est assez dommage, il me semble que notre littérature mérite d'être connue!
En tout cas, merci pour ce billet! Toujours très bon, comme d'habitude! :)


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R


Merci beaucoup Allie,


Je suis tout à fait d'accord avec toi. Et il me semble que certains libraires font preuve d'une certaine paresse, face à la possibilité de commander des romans du Québec !!!


Au plaisir de te lire.



L

Je dois avouer que les auteurs du Quebec me sont totalement inconnus...


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R


Et bien je me ferai un plaisir de te les faire connaître !


Amicalement !



M

Un enthousiasme toujours aussi communicatif et un article rudement bien tourné! J'ai toujours du plaisir à te lire même si je ne lis pas pareil que toi...
PS:J'ai noté au passage le "blurb" et j'adore ton expression "des roches dans le soulier", expression que je vais m'approprier.


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R


Merci beaucoup Mimi,


Une chance que de temps en temps, nos chemins de lecture se rencontrent !!


Une "roche dans le soulier" !!! Ça n,empêche pas de marcher mais, à la longue, ça peut faire bien mal.


Au plaisir de te lire.



D

merci de m'avoir répondu aussi vite, je ne m'y attendais pas.

Heureuse surprise en ce lundi de... Noël!


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R


C'est un plaisir !!! Pour la cause !


 



D

Bonjour,

de la critique consacrée aux livres québécois... Romans, récits, nouvelles.

Merci de me lire.

D.B.


Répondre
R


C'est un plaisir !!!


J'irai découvrir vos écrits avec plaisir !


Merci de votre visite et bonne lecture !



B

Ah, mon ami richard, cette fois ci je passe mon tour! Je n'aime pas du tout Dan Brown, et encore moins les romans "à la Dan Brown". ce genre d'aventures j'accroche pas. sinon," blurbs" c'est vous
autres amis québéquois qui avaient inventé ce terme? S'il fallait trouver sa correspondance en Métropole je proposerai " BEEEURRRRKK" . On voit effectivement de plus en plus de BEUUUURRRRKK sur les
couvertures de nos romans, qui sont complètement bidons pour la plupart ! :) Je te pogne la paluche mon ami!


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R


Bonjour Bruno, c'est dommage ... car c'est une histoire intéressante et bien racontée !


Mais des goûts zé des couleurs ....


Et non, il semblerait que c'est la France qui a inventé ce terme ... pour cette invention américaine ..


Au Québec, on les appelle encore "bandeaux publicitaires" ..


Bonne journée, mon ami



N

Excellente analyse, Richard ! Une précision: à la différence des théories fumeuses ésotérico-mystiques de ce tâcheron de Dan Brown, le complot nommé "gladio" évoqué dans le roman de Baby,(je
n'entre pas dans les détails) est un événement historique avéré (voir ce nom à Wikipédia pour en avoir les grandes lignes). Ce roman est le premier d'une trilogie, donc on reverra Dulac. Les romans
de Brown m'ont irrité, celui de Baby, par contre, m'a beaucoup intéressé.
C'est quoi cette allusion à une chute en hélicoptère ? Peux-tu éclairer ma lanterne ?
Les "blurbs" sont une maladie honteuse, de plus en plus remis en questions par les écrivains et les agents, parce que (aux États-Unis, précisons-le) les gens sont souvent payés pour écrire ces pubs
déguisées. Je me suis fait avoir deux ou trois fois avec des recommandations hyper élogieuses de Stephen King qui vantait... des trucs pourris. Plus jamais !
Sauf quand je suis l'auteur de la chose, of course. J'aurais une tendance naturelle à me faire confiance....


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R


Bonjour Norbert, Merci beaucoup !


La chute en hélicoptère ? Je pense, une des plus grandes invraisemblances en littérature depuis Gulliver. Langdon (Dans Anges et démons) est seul dans un hélico qui va exploser. À plusieurs
milliers de mètres du sol ! Il arrache un store en tissu et saute dans le vide au-dessus de Rome. Pendant deux pages, il se rappelle quelques souvenirs et prend un peu de temps pour philosopher
(j'en rajoute un peu !) et finalement, grâce au bouillonement des eaux du Tibre et à son expérience de plongeur, il s'en sort indemme ...


Extraordinaire, n'est-ce pas ??


Et en ce qui concerne les bandeaux publicitaires, moi aussi, j'ai tendance à te faire confiance !


Bonne journée !



G

Evidemment !!!


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R


Je le savais !!!


Amitiés !



G

et alors ? Ils tombent amoureux (pour rester polie) avant la page 99 ???


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R


Chère Gridou,


Ce n'est sûrement pas moi qui vais te dévoiler un fait si important !!!


Tu en penses quoi ??



P

Quelle déception! Cocorico donc, cher Richard!
Autre sujet, pour ton info: Prix littéraire France-Québec

Créé en 1998, le Prix littéraire France-Québec souligne l’excellence du roman contemporain québécois. Voué à la promotion et à la diffusion en France de la meilleure littérature québécoise, ce prix
poursuit dans le domaine culturel la mission que s’est donnée, il y a plus de quarante ans l’association France-Québec : faire découvrir et faire aimer les spécificités de la Belle Province.

2010 Michèle Plomer Hkpq (Marchand de Feuilles)
2009 Christine Eddie Les carnets de Douglas (Héloïse d'Ormesson)


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R


Bonjour Pichenette,


Merci pour l'info !! Au plaisir de te lire !



L

Un bien bel hommage que tu rends à cet auteur, mon cher Richard !
Il est vrai qu'il est difficile de trouver votre littérature ici ; moi je la fais venir de chez Pantoute, mais le port me coûte l'équivalent d'un livre à chaque fois...


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R


Bonjour Laura,


As-tu déjà essayé avec "La librairie du Québec à Paris" ?



J

Merci Richard, voici une très intéressante critique, tu m'as donné envie de commander ce livre ! Et en plus, grâce à toi, je viens d'apprendre ce qu'est un blurb, je vais pouvoir épater mes
copains...
Serais-tu d'accord pour qu'on publie ta critique sur Un polar ?


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R


Bonjour Jacques,


Merci pour ton commentaire.


Oui, tu peux le publier. Tu m'envoies le lienn s'il-te-plaît.


Merci !



P

Bien sûr! Un coq qui voyage devient polyglotte! Si je me souviens bien, il "cocorico" en français, "cock a doodle do" en anglais, "kikeriki" en allemand, "quiquiriqui" en espagnol, chichirichi " en
italien, et "cocoricar" en portugais (de mémoire et écrit de manière phonétique!) et j'en ai malheureusement oublié bien d'autres. Donc si un Français fier de son pays "cocoricote", que fait donc
un Québécois?


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R


Et bien, le coq Québécois descend directement du coq français ...


Il fait cocorico ... Et ça, pour les mêmes raisons que son cousin gaulois !!



L

oui, je n'ose évoquer les frais d'envoi... ce serait indécent !!!!!!!!


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R


En effet !


Et l'indécene est plus grande, de ce côté-ci de l'Atlantique avec notre vénérable et très gourmande "Postes Canada" !!!



L

"blurb" = pub ! je les garde et les mets à la fin du livre.

c'est Saas Fee, non ? dans le Valais ? (avec des "oeufs" rouges !)

déjà que je trouvais "amusant" le roman, quand est arrivée la chute en hélico, ce fut "hollywood & effets spéciaux" ! risible !

ce livre est à presque 30 $ et chez nous, 31 € (oui, je suis curieuse)

mais bon, a priori, sauf s'il me tombe dessus, je ne vais pas aller le chercher, même si je fus particulièrement et agréablement surprise par d'autres romans du même style.

@ tout bientôt


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R


Merci Lystig,


Toujours curieuse !! (signe d'intelligence !!!)


Malheureusement, la traversée de l'Atlantique coûte cher ... même pour les livres !!!


Amitiés



Y

Bon eh bien moi, je ne lis pas Dan Brown, et encore moins les romans mystico-vaticano policier, alors je ne profiterai pas de ce roman québécois !


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R


Dommage !


Mais des goûts et des couleurs ....



S

merci pour ce voyage en "blurbland" offert par l'Express, je ne connaissais pas ce terme, et souvent je jetais ces fameux bandeaux à la poubelle...mais je ne le ferai plus, et désormais je les
examinerai d'un autre oeil!peut-être certains lecteurs en font-ils la collection?
Ton billet est très intéressant comme toujours, la littérature québécoise a trouvé un excellent défenseur et un passeur de lecture remarquable!
à bientôt Richard!


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R


Merci beaucoup Sophie,


Ton commentaire me fait beaucoup plaisir.


Au plaisir de te lire !



L

Beau billet Richard ! si ce monsieur ne gagne pas quelques lecteurs grâce à toi c'est à n'y rien comprendre...


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R


Merci Sophie.


Tu me fais un bien joli compliment !