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23 Novembre 2022
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Une chronique de Richard
Comme lecteur, j’aime bien retrouver certains auteurs.es avec qui je me sens confortable. Je connais et j’apprécie leur personnage récurrent, j’aime me retrouver dans leur ville de prédilection et j’appréhende avec plaisir leur style, leurs thématiques. J’aime commencer un Maud Graham de Chrystine Brouillet ou un Brunetti de Donna Leon, comme je jubilais en ouvrant une enquête de Montalbano ou de Wallender. J’anticipe le plaisir et je suis rarement déçu.
Mais avec certains auteurs, c’est tout le contraire. Je ressens le même plaisir à me laisser surprendre par de l’inattendu, de l’imprévu et de l’aventure littéraire. R.J. Ellory est un de ceux-là, Patrick Senécal aussi. Martine Desjardins est passée « maitre » de cet art de la surprise littéraire.
Suzanne Myre est une autre écrivaine qui de livre en livre, vogue sur des eaux inconnues, nous transporte ailleurs et nous réserve toujours quelques surprises. « Le sanatorium des écrivains » est un autre exemple de la créativité et de l’imagination débridée de cette auteure polyvalente. Excellente nouvelliste, avec ce dernier roman, elle nous prouve qu’elle devient une romancière de plus en plus assumée.
Entrons avec plaisir dans ce bizarre d’endroit où les écrivains en panne viennent se ressourcer et vaincre leur syndrome de la page blanche. Très blanche.
Christian Granger a connu un succès relatif avec son premier roman. Succès d’estime, un peu écorché par le chroniqueur le plus craint de la planète journalistique, mais quand même, il a été publié. Largué par sa copine, seul dans son appartement, il est incapable de pondre une première phrase.
« Je déteste ce terme. Comme si j’étais une poule érudite qui chaque jour pouvait féconder un mot qui vaille la peine d’être couvé, écrit et conservé.»
Et un matin, en jetant un œil distrait sur le journal, il découvre l’annonce qui vante les vertus d’un sanatorium des écrivains en panne d’inspiration. Malgré la bizarrerie de la chose, il s’y inscrit après un échange assez particulier avec la réceptionniste de l’endroit. Cette discussion ne sera pas la dernière surprise qu’il vivra. Arrivé sur place, il est étonné par l’allure « draculéenne » du château, les jardins du même acabit et l’atmosphère transylvanienne se dégageant de l’ensemble.
L’effet de surprise ne s’arrêtant pas là, la rencontre avec les autres auteurs.es n’est que le début d’un plaisir de lecture jubilatoire. Chaque personnage possède son lot de bizarreries, d’incohérences et d’émotions ; l’auteure-détective sous couverture, le couple en lune de miel, le beau mâle, les deux auteures sur le party, etc.
Tout est en place pour une série de meurtres à la Agatha Christie dans un huis clos lancinant ? Mais non, pas du tout, c’est mal connaitre Suzanne Myre.
Il n’y aura pas de meurtres (ce n’est pas un polar comme l’auteure me le dit dans ses remerciements), pas de sang ni de crimes violents ! Mais du suspense, il y a, des mots d’esprit aussi, de la réflexion, une écriture extraordinaire et le style Suzanne Myre, une écriture « cocktail dinatoire » que l’on déguste à petites bouchées en faisant attention de ne pas s’étouffer en riant. Puis, il y a ce bruit ! Un clavier de machine à écrire que l’on entend à travers le manoir, D’où vient ce bruit ? Qui tape à la Remington, aujourd’hui ? Et pourquoi ?
Le sanatorium des écrivains est un roman jubilatoire pour deux raisons.
Premièrement, l’imagination de l’auteure est débordante : réunir une dizaine d’auteurs et d’auteures dans un manoir, leur offrir des séminaires de pop-écriture et les laisser se débrouiller avec leurs bibites personnelles ; voici un terrain de jeu propice à l’imaginaire de Suzanne Myre.
Deuxièmement, quel plaisir de se faire raconter une histoire avec le style imagé et la poésie jouissive de l’auteure. Je me plais à imaginer le sourire de Suzanne lorsqu’elle se lance dans de délicieuses digressions (page 134) ou quand elle écrit des phrases comme celle-ci :
« Il n’y a rien de tel que de voir quelqu’un de plus mal que soi pour aller mieux »
Sans trop me forcer, je pourrais entendre l’auteure parler ... avec le sourire taquin dans la voix.
Alors, si vous voulez combattre la morosité du mois de novembre, le soir qui s’installe déjà à 16 heures et les journées grises et monotones, Le sanatorium des écrivains est un remède qui fonctionne à tous coups. Pas en vous y inscrivant comme participant, mais en lisant cette prose remplie de fous rires et de poésie joyeuse. Tout en réfléchissant au merveilleux monde des auteurs en panne d’inspiration.
Bonne lecture !
Le sanatorium des écrivains
Suzanne Myre
Éditions L’instant même
2022
250 pages
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Voici des histoires comiques et venimeuses où se succèdent les mères égoïstes et les pères absents, les minets et les marmots, et, surtout, les pécheresses tristes et les femmes vampires qui...
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