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Publié par Richard

Italie blafarde

Une chronique de Christophe Rodriguez

Je ne suis pas très familier avec le roman policier italien et encore moins des fictions de Donna Leon que je trouve redondants. Longtemps et il est encore dans ma bibliothèque, je relis assez souvent le cycle de Scerbanenco, maître des atmosphères et de cette Italie qui se métamorphosa à grande vitesse entre 1950 et 1960. Pour saisir le désarroi d’une jeunesse, il faut absolument que vous plongiez dans Les Milanais tuent le samedi ou Les enfants du massacre. Novateur, il fut et il le restera, tellement son étude du tissu social d’après-guerre n’a pas fondamentalement changé.

Avec Maurizio De Giovanni, j’ai retrouvé un peu cette ambiance bien que le milieu soit très différent. La haute bourgeoisie, les portes closes, les conventions, et pis encore, la montée du fascisme qui fait peur. Et qui va se rallier?

Le commissaire Ricciardi est en proie à un mal existentiel. Il a perdu sa tante adorée, ses amours sont on ne peut plus compliqués. Bref, il essaie tant bien que mal de se sortir d’une ornière qui n’en finit plus.

La bouée de sauvetage si nous pouvons nous exprimer ainsi viendra de la belle, mais très condescendante Bianca, comtesse de Roccaspina. Elle veut ouvrir un dossier ancien concernant son mari, qui s’accuse, semble-t-il, d’un meurtre qu’il n’aurait pas commis. La bourgeoise vacille sous les coups de boutoir des chemises brunes de Mussolini.

Si cette frange riche à l’extérieur ne fait pas vœu d’accointances politiques, leur statut s’envolera rapidement. Si ce n’est le peloton d’exécution pour intelligence avec l’ennemi.

Mordue de l’Italie et des histoires qui se développent en douceur, avec une fragrance d’amertume, cette investigation tombera dans votre escarcelle. Tout se joue finement avec ce commissaire qui essaie de chasser sa névrose dans les méandres d’un cas complexe, vénéneux avec en toile de fond, une enquête à la limite de ce qui peut être permis, sinon le congédiement est assuré.

Dans la belle ville de Naples en pleine tourmente, tout menace de se retourner contre notre commissaire et son fidèle second qui veille sur son patron. Idéaliste parfois, solitaire certainement, Ricciardi est loin d’être insensible au charme de la comtesse. Mais il connaît son métier ainsi que les passions dans certains cas dévastatrices. Ce fut une superbe rencontre littéraire.

Bonne lecture !

 

Des phalènes pour le commissaire Ricciardi

Maurizio De Giovanni

Rivages/ noir

456 pages

 

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