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Publié par Richard

Polar, noir et blanc prend des vacances !

Après plus de 330 chroniques depuis le début de la pandémie, le blogue sera sur pause pendant trois semaines.

Nous vous reviendrons au mois d'octobre avec de nouvelles lectures et de nombreuses suggestions.

À très bientôt

Richard

Une chronique de Richard

Certains sujets de roman semblent parfois avoir tout donné. Que la plupart des auteurs en ont tiré le maximum et qu’on s’attend à passer à autre chose. Les tueurs en série, l’espionnage durant la guerre froide, la Seconde Guerre mondiale et les nazis, voilà des terrains où les auteurs et autrices ont intérêt à ne pas trop fréquenter.

 

La mafia est une autre de ces sujets surexploités ! Et la new-yorkaise, encore plus.

 

Alors c’est avec une bonne dose de scepticisme que j’ai commencé ma lecture d’Omerta de l’auteur britannique R.J. Ellory. Après ses incursions dans la Grosse Pomme avec ses anges et ses fantômes, il plonge directement au cœur de la mafia comme nous le verrons, avec plus de succès que son personnage. Une chose m’a aussi un peu agacé, mais que j’ai vite oublié, c’est que ce roman a originellement été publié donc écrit avant 2006, deux ans avant même la sortie en français de son grand chef d’œuvre, Seul le silence.

 

John Harper, journaliste dans un quotidien de Miami, qui a connu un certain succès avec son premier roman, se retrouvera catapulté au centre d’une bataille de territoires entre deux factions de groupes criminalisés. Pendant qu’il mène une petite vie tranquille, sans but ni passion, la sœur de sa mère lui demande de venir tout de suite à New York. Ses parents sont morts quand il était encore tout jeune, c’est cette tante, Evelyn Sawyer et son mari qui l’ont élevé.

 

Dès son arrivée, il est pris en charge par un vieil ami de la famille Walt Freiberg et une femme qu’il croit son assistante Cathy Hollander. Pris en charge, c’est vraiment le mot : il le loge dans un hôtel luxueux, l’habille chez le meilleur tailleur et l’amène souper dans les plus grands restaurants. Mais qu’est-ce qui se cache derrière toute cette générosité ? Des mensonges, beaucoup de mensonges dans un grand bol d’omerta, de silences.

 

Tout d’abord, il apprend que son père n’est pas mort. Il est présentement à l’hôpital, entre la vie et la mort, car il a été pris comme témoin dans un vol à main armée. Le voleur a tiré sur lui. Premier choc !

 

Commence alors une quête insatiable pour connaitre toute la vérité. Qui est véritablement son père ? Pourquoi l’a-t-il abandonné ? Pourquoi sa famille ne lui a jamais dit la vérité ?

 

Il doit arracher à force de questions sans réponses précises des bribes d’informations qui à chaque fois, l’amènent vers d’autres silences et d’autres mensonges.

 

Puis, il apprend que son père Lenny Bernstein est un personnage haut placé dans la pègre new-yorkaise. Deuxième choc ! Et cette fois-ci, cette vérité va littéralement le plonger au cœur d’une bataille que vous pouvez imaginer assez sanglante.

 

Bien sûr, Ellory décrit avec talent et avec style, le milieu de la pègre américaine, mais quand on connait l’auteur, on sait qu’il nous en donnera beaucoup plus. Et cette plus-value, c’est dans la psychologie des personnages qu’on la retrouvera.

 

Tout d’abord le parcours du personnage principal qui du jour au lendemain se voit entrainer dans un monde où les codes sont complètement différents, où la norme se définit autour de la violence, du crime et du peu de valeur de la vie humaine. Ce journaliste lambda qui du jour au lendemain devient un pion sur un échiquier qu’il ne maitrise pas. On comprend son désarroi, son manque d’initiative et cette espèce de torpeur qui le paralyse.

 

Même si le personnage du vieil ami de la famille est important, j’ai plutôt accroché à l’assistante qui est placée comme « ange gardien » de John Harper. Toujours sur la corde raide, confrontée aux questions de son « protégé », prise entre son rôle d’amie et de geôlière, elle devient vite une figure fascinante de l’histoire. Et peut-être une clef de l’histoire !

 

Enfin, comment ne pas parler du policier, Frank Duchaunak, obnubilé par le père de Harper et grand admirateur de tout ce qui touche Marylin Monroe, tellement fort que ça vire complètement en obsession maladive.

 

Voici tout le talent de R.J. Ellory ! Sur plus de 580 pages, mettre au feu une intrigue passionnante, éviter les gros bouillonnements, mais plutôt faire mijoter tout doucement le suspense, mettre sur la table quelques entrées de personnages complexes, tout en s’attardant à leurs motivations intrinsèques et comme dessert, nous concocter une finale explosive avec des rebondissements imprévisibles. L’amateur de roman noir est servi, le lecteur apprécie au passage, la plume de l’écrivain et on en ressort avec l’impression d’avoir comblé son appétit littéraire. Parce que ce diable d’homme sait écrire. Et que ses traducteurs rendent bien son style.

 

Roger Jon Ellory est un maître du roman noir dont il maitrise tous les codes. Et même, parfois, il s’amuse à les contourner ... pour notre plus grand plaisir. Si vous êtes amateurs de l’auteur, lancez-vous tout de suite dans cette lecture. Si vous ne connaissez pas encore le plus américain des auteurs britanniques, attendez-vous à découvrir un écrivain qui vous emberlificotera avec grand plaisir.

 

Bonne lecture !

Crédit photo: ©Richard Ecclestone

 

Omerta

R. J. Ellory

Éditions Sonatine

2022

588 pages

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