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Publié par Richard

Une chronique de Richard

Lire Don Winslow, je l’avoue, c’est un plaisir que je partage avec tous ceux qui veulent bien m’entendre. Lire Don Winslow, c’est se plonger au cœur d’un groupe de personnages qui sont très éloignées de notre monde. Des humains, oui, des hommes et des femmes avec un certain code d’honneur, un respect pour « LA » famille, mais avec une morale très élastique, une banalisation extrême de la vie et une grande valorisation de ce qu’ils appellent « la biznesse » !

Mafias italienne, russe ou irlandaise, cartel mexicain, réseaux new-yorkais ou bostonien, corruption mondiale. Voici le créneau de Don Winslow, guide touristique nous écrivant un tour du monde interlope.

Encore secoué par sa série « La griffe du chien » sur les cartels de drogue mexicains, j’attendais avec impatience une nouvelle série de cet auteur américain. Et voilà que « La cité en flammes » fait son entrée sur les gondoles de nos librairies préférées, nous annonçant une nouvelle trilogie qui se déroulera à Providence, ville portuaire du Rhode Island, située entre Boston et New York.

Providence ! Mais qui oserait situer un roman dans cette ville qui nous est pratiquement inconnue. Don Winslow l’a fait, mais en insistant surtout sur la proximité de deux grandes métropoles où les organisations sont puissantes et omnipotentes. Il ne faut pas trop déplaire à ces gens-là. Alors Providence est partagé par les Irlandais qui gèrent les activités du port et les Italiens, eux, s’occupent des jeux, de la drogue et de la prostitution.

Danny Ryan qui a épousé une Irlandaise monte graduellement les échelons au sein du syndicat des dockers. Sans trop jamais y croire et en ne s’y sentant pas parfaitement à sa place, mais bien épaulé par l’influence de son beau-père, il y fait sa marque !

Dans cette relative tranquillité, juste une étincelle pourrait provoquer une explosion ... et vous vous en doutez bien, l’auteur frottera l’allumette dévastatrice avec grand plaisir. Et ce sera sous le signe d’une « Hélène de Troie » à l’américaine.

Un soir de fête, un des fils Moretti est accompagné d’une femme époustouflante, le rêve de tout Italien. Elle est absolument magnifique. Un des frères de la famille irlandaise pose le geste qui déclenchera la guerre entre les deux clans. Au détour d’un corridor, Liam Murphy, le jeune fils du « roi irlandais » caresse la poitrine de la copine de l’Italien. L’explosion est amorcée ! On ne comptera plus les morts découlant de ce geste tellement crétin.

Alors, l’escalade commencera. Représailles, vengeance, colère ! Toujours plus et de plus en plus gros ! Et ce ne sont pas toujours les coupables qui paient pour les comportements des autres. La guerre est déclarée et les victimes collatérales vont s’empiler.

Et là, l’action ne manquera pas !

Négociations entre les deux clans.

Consultations avec les « maisons mères » de New York et de Boston.

Passages à tabac violents !

Puis, rebondissement inattendu, la belle quitte l’Italien pour devenir la femme de celui qui l’a touchée sans son consentement. Et là, la guerre reprend de plus belle. De plus en plus brutale. Et Danny Ryan, tant bien que mal, essaie d’arranger les choses, mais parfois, il peut aussi, ajouter de l’huile sur le feu. Restera-t-il des combattants à la fin des hostilités ? On se doute bien que pour une trilogie, il en subsistera quelques-uns ; mais les troupes seront décimées.

Comme dans tous les romans de Don Winslow, vous pouvez vous attendre à de l’action. Beaucoup d’actions !

Attention au début de votre lecture ! Oui, il y a beaucoup d’actions, mais aussi beaucoup de personnages. Pas toujours facile de placer tous les pions sur l’échiquier et même certaines pièces principales. Il faut se tenir un petit registre intérieur pour bien suivre le courant (ou la trajectoire des balles ...).

Pour ceux qui connaissent l’auteur, vous ne serez pas surpris par le style épuré de Winslow, la prépondérance des dialogues et l’économie de mots. Ce qu’il décrit c’est l’action, les traques à préparer, les veilles pour surveiller et les tirs ... pour nettoyer les vengeances. Winslow va droit au but et il ne rate pas sa cible !

Cependant, on ne reste pas insensible à ce que vivent (ou meurent) les personnages. L’auteur est amplement capable de trouver un coin sensible pour nous faire aimer le plus vil des mafieux, qu’il soit Italien ou Irlandais.

Soyons  honnêtes, ce premier tome de la trilogie n’est pas aussi remarquable que la trilogie de « La griffe du chien » ! Mais quand même, pour ce genre de littérature, peu de romans pourraient surpasser celui-ci. Un très bon Winslow, même s’il n’a pas l’excellence de ses meilleurs, est quand même une sacrée bonne lecture. Que je vous recommande sans condition ! Et comme moi, vous vous mettrez en ligne à votre librairie de quartier pour vous procurer le 2e et 3e tome de la série !

 

Quelques extraits :

Voici comment les Italiens perçoivent les Irlandais :

« S’il pleuvait de la soupe, les Irlandais se précipiteraient dehors avec leur fourchette. » page 220

 

Les règles de vie ... ou de mort !

« Il y l’amour de la famille, répond Jacky, et il y a l’amour du business. Ce sont deux amours différents. Mais oui, l’amour du business passe avant tout. » page 115

 

Et finalement, un peu de philosophie « mafieuse » :

« Nous sommes nostalgiques d’une vie que nous n’avons jamais vécue, songe Dany. » page 94

 

Bienvenue à Providence ! Et bonne lecture !

 

 

La Cité en flammes

Don Winslow

Éditions Harper Collins noir

2022

392 pages

 

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