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Publié par Richard

 ... les romans ne servent à rien, sauf à nous sauver la vie.

page 335

Une chronique de Richard

  Certains livres ont le don de nous frapper en plein visage et de nous laisser un peu sonnés, comme si le roman nous avait donné quelques jabs bien placés. Au corps ! Mais aussi au cœur ! Au cœur du Québécois toujours un peu sensible et sensibilisé aux endroits qui luttent pour leur indépendance.

La Catalogne fait partie de ces endroits qui depuis de nombreuses années, possède un paysage politique qui offre des turbulences souverainistes et des combats politiques propices aux choix déchirants. Voilà un tableau stimulant pour un auteur de polar qui voudrait y placer une enquête policière frôlant la politique tout en y étant bien impliqué. Javier Cercas, cet immense auteur espagnol, réussit l’exercice avec brio.

Indépendance est le deuxième tome d’une trilogie ; le premier roman s’intitulait Terra alta. Non, je n’ai pas lu ce premier roman, mais dès sa sortie en poche, je m’y lancerai avec joie. Pour apprécier « Indépendance », la lecture du premier n’est pas absolument nécessaire. L’auteur nous ramène constamment les bribes d’information nécessaires à la compréhension de cette deuxième enquête.

Parlons de ce personnage bien particulier, Melchor Marin ! Héros d’une intervention antiterroriste, il a dû être « caché » en Terra Alta pour le protéger de possibles représailles d’une organisation islamiste. Melchor a un passé trouble, raconté de façon plus explicite dans le premier roman : mère prostituée victime d’un meurtre et séjour en prison avant sa carrière de policier.

Père monoparental, il élève seul sa fille Cosette après la mort non accidentelle de sa femme, Olga. Cosette ? Oui, notre policier est un grand amateur de Victor Hugo et surtout un fervent amoureux de son roman phare, Les misérables. Détail intéressant, il rêve de quitter la police pour devenir bibliothécaire, profession dont il vient de terminer la formation. D’ailleurs, tout au long de ce deuxième roman, ce « policier littéraire » consacre son temps libre à lire des nouvelles pour un concours dans lequel il est juré,

Alors qu’il se prépare à sa future nouvelle carrière, Melchor reçoit la visite de son ancien patron qui lui demande de s’impliquer pour quelques jours dans une enquête concernant une histoire de chantage dont est victime la mairesse de Barcelone. Un « sextape » serait à l’origine de cette menace. Melchor accepte avec réticence ce retour à Barcelone. Et commence alors une enquête qui touchera de multiples facettes de la vie barcelonaise : politique, policière, économique et évidemment, personnelle !

La mairesse de la capitale catalane semble posséder toutes les « vertus » d’une politicienne dans le pire sens du mot. Elle est aidée par sa propre milice personnelle qui ne fait pas dans la dentelle. Des odeurs de corruption et de politicaillerie flottent à l’Hôtel de Ville. « ... c’est plus facile de trouver une pute vierge qu’un homme honnête à la mairie. » (page 49). De peur pour son poste, elle veut régler le problème sous la table, mais les policiers réussissent à la faire patienter pour retrouver les maitres chanteurs. Ce chantage cache une demande de rançon ou une stratégie politique véreuse. Cette enquête sera l’occasion pour Melchor d’entrer de plain-pied dans la société bourgeoise catalane, de déterrer des événements du passé qui ont profité du silence des différents intervenants et ainsi, déranger la « douce quiétude » du monde politique qui du fait de son statut, ce croit tout permis. Même le pire !

Roman policier, polar politique, roman noir dépeignant une société imprégnée de corruption, analyse psychologique, Indépendance est tout cela !

L’enquête est habilement menée, la description de la bourgeoisie catalane bien élaborée, mais ce qui m’a le plus touché, c’est le portrait psychologique de ce policier au passé tumultueux et à la personnalité complexe. L’auteur, habilement, nous le présente sous toutes ses facettes et en fait un personnage attachant, mais parfois déplaisant. Mais en définitive, on l’aime bien !

Autre élément qui m’a plus dans ce roman, c’est l’espèce de mise en abyme du premier roman de la série. Passage intéressant pour le futur bibliothécaire et amateur de littérature, être le sujet d’un livre qui relate ses exploits, place le policier dans une drôle de position, un peu décontenancé, mais aussi, assez agacé. Au grand plaisir du lecteur, amusé par la situation.

Je termine cette chronique par l’explication du choix de citation mise en exergue de ma chronique. Lors d’une conférence que le policier donne pour la remise d’un prix littéraire, il dit ceci :

« Alors, pour finir, je vous raconterai ce que j’ai aussi appris en lisant des romans. Ce que j’ai appris, c’est que les romans ne servent à rien. Ils ne racontent même les choses telles qu’elles sont, mais comment elles auraient pu être, ou comment nous aimerions qu’elles soient. Et c’est comme ça qu’ils nous sauvent la vie. »

Une belle réflexion pour nous, amateurs et amatrices de lecture !

Alors, en attendant le troisième volet de cette trilogie, j’ai très hâte de retrouver ce policier catalan et surtout, l’imagination de cet auteur qui pour moi est une belle découverte. Javier Cercas, ce grand écrivain espagnol, mérite une attention particulière. Je mets donc sur ma liste de future lecture, un roman que Mario Vargas LLosa, lui-même, a qualifié d’un des meilleurs romans qu’il a lus, Les Soldats de Salamine ; je vous mettrai donc la référence à la fin de cette chronique. Et vous souhaite une belle découverte !

 

Bonne lecture !

 

 

Indépendance

Javier Cercas

Éditions Actes Sud

340 pages

2022

   

 

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