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Publié par Richard

Des familles "normales" ...

Une chronique de Richard

Jetons d’abord un coup d’œil sur la page couverture ! Au premier coup d’œil, on y remarque une vue en plongée d’un quartier résidentiel normal, une banlieue avec la pelouse bien entretenue, les arbustes bien taillés et les rues ... Rapprochons-nous encore un peu plus pour voir qu’il y a quelque chose qui cloche. Il y a une rue tout à fait incongrue qui semble se terminer comme dans une impasse, juste à côté du titre, « Ceux d’à côté » !

Avec son titre et sa page couverture qui nous souhaitent la bienvenue dans une histoire de voisins bien spéciaux, M. T. Edvardsson nous propose son deuxième roman après le très bon « Une famille presque normale ». Normale, mot clé du premier roman, pour qualifier la famille Sendel, dans son nouveau récit on peut reprendre le même qualificatif pour parler des voisins de ce bizarre de quartier.

Entrons donc dans ce quartier de Kopinge en Scanie au sud Suède, un endroit idyllique où vivre en paix autour de voisins sûrement très sympathiques. Nous assistons à l’arrivée de la famille de Bianca et de Micke Andersson, fuyant la ville de Stockhom pour élever leurs deux enfants en toute sécurité. La Rue des Filous, comme toutes les autres rues de cette zone résidentielle, regroupe quatre maisons autour d’une place centrale.

Les voisins se présentent tour à tour et dès les premières rencontres, on voit rapidement quel genre de personnes elles sont.

Il y a d’abord les retraités Gun-Britt et Ake; les commères du coin. Ils sont au courant de tout ce qui se passe sur la rue, surveille tout et surtout, ils ont des opinions sur chacun des habitants de la rue. Et ce n’est pas très souvent positif ! Ils tiennent à leur tradition, organisent chaque année une fête des voisins et agissent un peu en despote du quartier.

Jacqueline Selander est une ancienne mannequin, toujours à la recherche du regard de l’homme. Alcoolique, elle vit avec son adolescent Fabian, un jeune qui éprouve de grandes difficultés relationnelles, rejeté par les autres et ayant des comportements assez louches. Dépassée par les agissements de son garçon, insatisfaite de ses amours toujours glauques, sa façade de belle femme aguichante cache une âme troublée et une propension au malheur. Sa relation avec un policier impulsif et dominateur ne fait qu’en ajouter à ses difficultés.

Malgré son énorme passé lourd, ses grandes lacunes de mère qui aime trop ... et mal, Jacqueline demeure le personnage le plus attachant de l’histoire :

« Certaines choses ne se réparent pas. Que fait-on avec ce qu’on n’arrive pas à réparer ? On le cache, on le jette, on l’oublie.

Pour moi, ne restait que la fuite. »

Personnage plus énigmatique, dans la quatrième maison, il y a Ola Nilsson, un ancien taulard qui a purgé une peine de prison pour violences. Qu’est-ce qui se cache derrière son empathie et sa gentillesse. Il semble être toujours là, au bon moment. Ou au pire !

Les premières journées de la famille Andersson se passent très bien et confirment que leur choix de déménager dans cet endroit est une très bonne chose. Malgré le voisinage un peu particulier, Bianca affirme : « Je suis sûre que ça va bien se passer, ... qu’est-ce qui pourrait bien nous arriver, hein ? »

La réponse ne tarde pas ! Partant sur son vélo pour faire une course, Bianca est frappée de plein fouet par la BMW de Jacqueline. Transportée à l’hôpital, elle est entre la vie et la mort.

Voici donc, l’élément central de ce roman construit en chapitres alternant entre le « Avant l’accident » et le « Après l’accident ». Chacun des personnages viendra nous parler de ce qu’il a vécu avant et après l’accident ... pour qu’en finale, on puisse apprendre ce qui s’est passé « pendant l’accident ». Un roman choral très classique où comme lecteur, on doit être attentif au personnage qui nous raconte sa version des faits, ses émotions, son passé, son présent, et ce, dans les deux temps entourant l’accident. Tout un chacun ont leur passé, des choses à dissimuler et bien sûr, ce que chacun essaie de cacher, a plutôt tendance à ressortir et revenir les hanter.

M.T. Edvarsson nous trace un portrait saisissant d’un joli quartier de banlieue qui se transforme en sentier de guerre urbain. Il situe son action dans un univers qui aux premiers abords semble paisible, avec des gens bien ordinaires, et par la magie de son écriture, il tisse une intrigue abyssale, fait arriver un drame et tout s’écroule dans ce petit monde supposément calme et tranquille. Sans oublier de répandre quelques fausses pistes pour décontenancer le lecteur.

La structure de roman est complexe, mais la lecture est quand même fluide. On ne se perd pas entre les personnages dans ce genre de huis clos banlieusard circonscrit. Le rythme est rapide, les chapitres sont courts et percutants, et chacun apporte un élément nouveau qui nous rapproche de la finale (un peu prévisible, faut bien le dire ...). L’alternance entre le « avant » et le « après » l’accident, procure une valeur ajoutée à la trame romanesque, lui donne une profondeur et une originalité peu banales.

La lecture de « Ceux d’à côté » nous rappelle que souvent, les endroits sans histoire peuvent parfois donner de bien bonnes histoires.

 

Extrait :
« Sous mes pieds, le monde se dérobe. Un gouffre à pic s’ouvre et je tombe désemparé dans l’œil du cratère.

Parfois, il n’y a personne à accuser.

La vie se brise, les personnes disparaissent. Rien n’est plus comme avant, et personne ne sait pourquoi.

Je continue à tomber. »

Page 403

 

Bonne lecture !

 

 

Ceux d’à côté

M.T. Edvardsson

Éditions Sonatine

2022

410 pages

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