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Publié par Richard

Ne pas se faire avoir

Une chronique de Christophe Rodriguez

Le roman policier, issu de la célèbre Série noire, fût et reste encore militant. De Jean-Patrick Manchette à Didier Daeninckx et de Jean-Claude Izzo à Thierry Jonquet, sans oublier les traductions américaines, la cartographie sociale de nos sociétés s’étalait au grand jour.

Sous Robert Soulat qui dirigea la SN de 1977 à 1991 nous eumes notre lot de belles découvertes, comme ce Raf Vallet. Sous ce nom d’emprunt à consonance outre — atlantique, se cachait le chroniqueur judiciaire Jean Laborde.   Sous France soir, à l’époque de Pierre Lazareff, puis à l’Aurore de 1964 à 1978, il arpenta les cours de justice, tout en cultivant l’art du suspense. Pour la petite histoire, Pouce paru en 1967 sous le pseudonyme de Jean Delion fut porté à l’écran par Georges Lautner avec Jean Gabin dans le rôle du Pacha. Parce qu’il avait du style, des phrases chocs ainsi que le sens certain de l’action, Raf Vallet signa en 1972 puis 1974 : Mort d’un pourri et Adieu poulet  trouvèrent le chemin de l’écran avec : Lino Ventrua, Patrick Dewaere et Alain Delon.

De ses romans, il dégagera deux thèmes importants, parfois contradictoires : la corruption et l’honneur.

 

 

Envers et contre tous

Dans Adieu Poulet, dont le film hélas ne rendit pas justice, nous sommes en présence du commissaire Germain Verjeat. Quelquefois tête brûlée, policier maîtrisant tous les rouages du crime et les moyens de faire parler, il est avant tout incorruptible. Accusé par une proxénète d’avoir touché de l’argent en liquide, plus un accès privilégié à une villa, il est «  sacrifié » par sa direction. Mais, c’est mal connaître le personnage. Au fil des ans, il a photocopié, annoté les us et coutumes de certains notables, ex-malfrats, demi-sel et arrière-bans de sociétés obscures, bien en vue à l’occasion du Tout-Paris pour services rendus. Avec sa femme, son amante et son fidèle adjoint, l’ami Germain orchestre une vengeance, dont la mécanique est implacable. Un classique des années 70, dans une France marquée par les scandales et l’après-gaullisme. En somme, rien n’a véritablement changé.

 

Quand  rien ne vas plus dans le bâtiment

Quand on y songe après avoir lu ce roman qui a plu de 40 au compteur, la défunte Commission

Charbonnneau n’a pas déterré grand-chose. Xavier ou Xav pour les intimes est le puissant bras droit d’un député récoltant beaucoup, surtout dans le domaine du bâtiment. Dans cette France des années 70 qui évolue à la vitesse grand V, les chantiers poussent tels  des champignons et certains «  requins» en profitent. Quand un redoutable responsable immobilier est assassiné et de surcroît, un précieux cache dans lequel il notait toutes les transactions, dessous de table compris, la panique s’empare des politiques et de certains financiers. Comme il faut un ennemi public, le député est accusé, mais sa vie sera de courte durée. Dans la ligne de mire, Xavier faisant office de suspect ainsi que la fille du promoteur décédé, tout se met en place pour qu’ils servent de boucs émissaires. Grinçant à souhait très politique dans son caractère, le romancier/journaliste en connaît un brin. Mort d’un pourri souligne que l’affairisme ne change pas d’un siècle à l’autre.

Bonne lecture !

 

 

Adieu poulet

Raf Vallet

Série noire

Gallimard

262 pages

 

 

Mort d’un pourri

Raf Vallet

Série noire

Gallimard

298 pages

 

 

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