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Publié par Richard

"La traversée des temps"

Une chronique de Richard

Il y a très longtemps, au siècle dernier, j’avais été ébloui par un petit roman de Jean d’Ormesson, «Histoire du Juif errant», ce personnage qui a refusé de donner un verre d’eau au Christ portant sa croix vers sa crucifixion et qui fut condamné à l’immortalité. L’immortalité, le rêve de tout humain, qui se transforme en cauchemar !

Dans la saga «La traversée des temps», Éric-Emmanuel Schmitt se sert de ce concept bien particulier pour nous présenter son histoire de l’humanité

Jamais je ne vous ferai croire que «La traversée des temps» d’Éric-Emmanuel Schmitt est un polar ou un thriller. Même si, oui, le récit qui nous permettra de traverser les temps est une histoire qui tourne autour d’un acte terroriste. Mais cette intrigue est vraiment secondaire, car l’auteur s’est donné comme mission littéraire de nous faire traverser le temps et de nous raconter l’histoire du monde de la période néolithique à nos jours.

Tout un défi !

Qui jusqu’à maintenant a été relevé avec succès ! «Paradis perdus» et «La porte du ciel» sont les deux premiers tomes de ce voyage historique qui comprendra six autres volumes.

Les grottes de Jeita au Liban ! Noam, en position fœtale se réveille tranquillement. Il se retrouve dans sa grotte, mais bien rapidement, il se rend compte que le lieu a changé. Les grottes sont envahies par les touristes. Il quitte l’endroit, se dirige vers Beyrouth. Sa décision est prise, il écrira son histoire. Et son histoire débute à sa naissance, dans un petit village lacustre de la période néolithique, il y a plus de huit mille ans.

Noam est le fils ainé du chef de village, Pannoam. L’endroit est paradisiaque, la vie y est presque tranquille, Noam apprend graduellement les façons de faire de son père, pour un jour le remplacer à la tête de son village. Puis, un jour, arrivés d’un autre village, un guérisseur (Tibor) et sa fille s’installent au village. Noura, intelligente, séduisante et imprévisible, fait tourner la tête de Noam. Mais, le chef du village que l’on découvre réellement, décide que cette femme sera son épouse à lui. Noam doit se soumettre.

Mais certains indices portent à croire que quelque chose de grave se prépare. Poussé par les intuitions de Tibor, Noam se rend dans un village de menuisiers. Son objectif : recruter des ouvriers pour construire des maisons flottantes. Car Noam et le village feront face à un phénomène météorologique célèbre qui le marquera à jamais : le Déluge !

Eh voilà, deux paragraphes pour résumer plus de 560 pages passionnantes, avec des rebondissements étonnants et des moments magiques qui nous rappellent certains éléments de notre culture « biblique ». Il n’y a qu’un pas à faire pour relier Noam à Noé !  Et nous serons les spectateurs privilégiés d’une catastrophe « naturelle » qui a marqué notre imaginaire.

L’histoire est prenante, mais ce qui ressort de ma lecture de ce premier tome, c’est la polyvalence d’Éric-Emmanuel Schmitt. L’auteur, romancier émérite, se fait historien, philosophe, géographe, conteur, interprète et guide. Et quand le romancier en a trop à dire, il laisse la place à l’érudit qui par la plume de son personnage nous raconte l’évolution de certains concepts ou certaines inventions qui ont traversé ... les âges.

  • Par exemple, la naissance de l’Aspirin par le biais de la poudre de Tibor.
  • Ou encore la déchéance de l’ours qui a dû passer le titre du roi des animaux au lion sous l’influence du christianisme.
  • Ou le phénomène des vautours qui laissaient tomber des os pour en extraire la moelle et ainsi nous rappeler la mort du grand dramaturge Eschyle.

Ces petites capsules informatives en bas de page sont passionnantes et on y apprend plein de choses.

Contrairement à Louis XV qui a dit la célèbre phrase « Après moi le Déluge » Noam connaitra un

sort bien particulier à la fin de cette tempête.  Ce qui lui permettra de se retrouver au IIIe millénaire avant Jésus-Christ. Nous voici donc à «La porte du ciel », deuxième moment de cette saga où Noam, se retrouve près de la ville de Babel où le roi Nemrod a décidé de faire construire une tour qui touchera le ciel.

Quand on débute une deuxième œuvre, les attentes sont généralement très élevées ... surtout quand on a grandement apprécié le premier tome. Remis de la finale du premier roman, anticipant le plaisir de retrouver le personnage principal et aussi, d’assister, directement de ma chaise de lecture, à l’élévation de la fameuse tour de Babel, tout était en place pour profiter d’un bon moment de lecture !

Ce diable d’auteur a réussi à me « garder prisonnier » de cette intrigue historique. Encore une fois, l’intrigue, les informations historiques, les histoires d’amour, les intrigues politiques, tout cela fait en sorte que le lecteur, amateur de romans et d’histoire, va ressentir une série d’émotions, vivre plein de péripéties et assister à des moments passionnants pendant sa découverte de la construction de cette fameuse tour de Babel.

Un dernier point avant de vous dire combien l’attente va être longue entre aujourd’hui et la sortie du 3e tome de la saga d’Éric-Emmanuel Schmitt. Chacun des lecteurs trouvera un certain plaisir à suivre l’évolution des personnages principaux, mais aussi, à découvrir la galerie de personnages secondaires qui ont marqué chacune des époques. Pour ce deuxième roman, vous rencontrerez l’exécrable et tyrannique Nemrod le roi de Babel, Kubaba l’increvable et grande stratège reine de la ville de Kish, les jumeaux, Gungunum l’architecte et Messilim le devin, l’espion Gawan et le prince des bergers Abram. Bien sûr, souvent avec l’aide de l’auteur, nous pourrons faire le lien entre ces personnages et ceux que l’on peut rencontrer dans l’Ancien Testament. Alors, par la magie de la littérature, Abram devient Abraham ... et nous faisons les liens !

Je dois quand même avertir les lecteurs qui tiennent absolument à ce que tout se passe dans la plus grande vraisemblance, qu’à certains moments, les ficelles sont un peu grosses. Personnellement, ça m’est arrivé à quelques occasions ; après un moment de déséquilibre, il faut accepter cette entente tacite entre l’auteur et le lecteur, et jouer le jeu de la connivence pour profiter du plaisir de la lecture. Est-ce une raison de se priver de ce plaisir de lire ? Aucunement ! Je dirais même, au contraire !

L’audace du projet, la qualité d’écriture, le plaisir de voyager dans le temps et surtout, le bonheur de suivre des personnages attachants pendant 5 000 pages et huit millénaires, voilà les raisons pour lesquelles je vous recommande la lecture de cette saga. Histoire et littérature avec la plume d’Éric-Emmanuel Schmitt, une rencontre exceptionnelle !

Extraits :

Une réflexion de Noam à propos de l’écriture sur des tablettes d’argile :

«Nos manuscrits, nos livres, nos photographies, nos documents numériques auront disparu dans quelques siècles, tandis que des tablettes rédigées il y a cinq mille ans, quoique passées par l’épreuve de l’eau, du feu, des champs magnétiques, demeurent intactes et lisibles.»

 

Un cours de politique, directement de la Mésopotamie :

"- Un peu de mensonges pour avancer, un peu de vérités pour consolider, beaucoup d’espoirs pour être cru. Ça fonctionne à merveille."

 

Et enfin, pour nous, amateurs de littérature :

«En lui offrant une perpétuité, l’écriture a changé l’homme. De simple inventaire des objets, elle est devenue le conservatoire des âmes : elle a lutté contre la détresse, nourri l’orgueil, flatté le narcissisme, développé l’individualisme. Par elle, la fatuité a crû autant que la civilisation.»

 

Bonne lecture !

 

Paradis perdus

La traversée des temps, 1er tome

Éric-Emmanuel Schmitt

Éditions Albin Michel

2021

563 pages

 

La porte du ciel

La traversée des temps, 2e tome

Éric-Emmanuel Schmitt

Éditions Albin Michel

2021

581 pages

 

 

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