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Publié par Richard

"All we are is dust in the wind"

🎶🎵🎶

Kansas

Une chronique de Richard

Leonardo Padura est un auteur cubain que j’admire. Mes premières rencontres se sont faites autour des enquêtes de son policier havanais Mario Conde. Flic atypique portant un regard assez critique sur le régime cubain, amateur de rhum (parfois très très amateur), il nous amène dans les quartiers les plus sombres de la capitale cubaine et nous y fait jeter un regard humaniste sur la population de cette île qui a fait rêver les révolutionnaires du monde entier. Puis dans ces derniers romans, il devient libraire, ce qui lui laisse du temps, pour parfois, faire le détective privé.

Mais Padura, ce n’est pas juste ses romans policiers ! Il est aussi un merveilleux auteur de romans historiques. Avec « L’homme qui aimait les chiens » et le génial « Hérétiques », il exprime son talent de conteur pour nous faire voyager dans le temps et dans l’espace. D’une façon tout simplement magistral !

« Poussière dans le vent » son plus récent roman en est une preuve vivante. Mario Conde n’y est pas mais toute la jeunesse cubaine des années post-révolution y est. Avec leurs espoirs ... et leur désillusion pour certains ! Avec ce roman, marqué par la musique du groupe rock « Kansas » et sa chanson « Dust in the wind », Leonardo Padura nous dresse un portrait détaillé de l’évolution de la pensée des jeunes Cubains.

Voici ces jeunes qui peupleront notre lecture et nous ferons vivre les aléas du régime de Fidel Castro !

Elle vient de New-York, elle s’appelle Adela Fitzberg et elle poursuit ses études en littérature sud-américaine, au grand déplaisir de sa mère. Marcos, lui, vient tout juste d’arriver de Cuba. Un peu tête en l’air, ils adorent le baseball et tous les plaisirs qu’il découvre dans sa terre d’adoption. Ils s’aiment ! Dans ces rares bagages, il possède une photo d’un groupe de jeunes en 1990 dans un jardin cubain, sur laquelle, elle reconnait sa mère. Enceinte d’elle.

Sur la photo, ils sont huit. Huit jeunes qui sont amis. Qui sont-ils ? Que sont-ils devenus ? Et surtout, qui est le père d’Adela ?

Les réponses, nous les retrouverons tout au long du roman, en découvrant, une petite couche à la fois, tout ce qui s’est passé après cette soirée où la photo a été prise. Et ce sont les histoires de ces huit jeunes, tout en suivant l’évolution du climat social et politique de Cuba, que Padura nous fera connaitre.

Il y a d’abord Clara, la rassembleuse, celle qui restera attachée à son île et qui sera l’oasis où se retrouveront les autres dans leurs moments difficiles. Personnage central du roman, mère, confidente et empathique pour chacun des amis du Clan, elle aura deux maris et deux fils.

Élisa, celle par qui le malheur a peut-être arrivé. Elle qui du jour au lendemain a quitté l’île sans avertir personne. Tout ce que les amis du groupe savent c’est qu’elle est partie on ne sait où, enceinte. Et surtout, en ne sachant pas de qui ? Y aurait-il un lien avec la mère d’Adela, l’énigmatique Loreta ?

Le groupe qui entoure ces femmes est pour le moins troublant. Walter qui sans raison apparente se suicide,peu après cette soirée, Irving et Joel, le couple gay dans un Cuba peu ouvert à cette différence. Fabio, Horatio, Guesty ... Une jeunesse à la recherche de ses repères. Dans un pays qui les réinvente.

Novembre 1989, un événement viendra ébranler leurs certitudes, la chute du mur de Berlin provoque des remous dans le monde communiste en Europe. Mais un tsunami de cette ampleur a souvent des répercussions sur des ailleurs éloignés. Et l’île cubaine en subit les contrecoups. Et la jeunesse qui l’habite aussi.

Chacun des membres du clan, présents sur la photo de cette soirée de janvier 1990, vivra une vie différente, prendra des routes singulières, à la recherche d’une identité qu’ils ne reconnaissent plus dans un pays où règne la famine et la pauvreté, à l’ombre d’un géant où tout est possible et où les rêves peuvent se réaliser.

Je vais mesurer mes mots et vous dire que « Poussière dans le vent » est un grand roman, un très grand roman sur l’histoire et l’évolution de Cuba. Et avec le regard de Leonardo Padura, nous avons en prime, une qualité d’écriture hors de l’ordinaire. L’épaisseur du pavé vous impressionne ? Vous ne verrez pas passer le temps car ce roman choral est construit de telle façon que chaque personnage devient le personnage principal de son propre roman. Et tout cela en étant toujours près de l’intrigue principale, de cette recherche d’identité, de l’impact réel sur soi du pays que l’on a quitté et de l’influence sur celui qui nous a accueilli.

L’exil, la recherche de son identité transcendent ce roman que l’on peut résumer en deux citations :

Une question :« Pourquoi quelqu’un s’éloigne-t-il de son pays sans en sortir ? »

Et le cauchemar de tous les Cubains en exil : « ... il revenait un jour sur l’île et ... on ne le laissait pas repartir. »

Vous êtes passionnés d’histoire et Cuba fait partie de vos intérêts, ce roman est pour vous. Vous allez à Cuba en vacances, sachez qu’en dehors de l’hôtel où vous vivez, il y a le cœur d’un peuple qui bat au rythme d’une certaine révolution. Vous aimez lire et êtes ouverts à de l’excellente littérature, Leonardo Padura et ce plus récent roman saura combler votre besoin d’une excellente histoire remplie de bonnes histoires, au centre de la grande Histoire.

Vous ne connaissez pas Padura et vous voulez le lire avant qu’il reçoive le Prix Nobel de la littérature, voici quelques suggestions, mes préférés … :

  • « Adios Hemingway » … pour le plaisir de suivre ce grand écrivain et ses travers ;
  • L’excellent « Les brumes du passé » pour découvrir le personnage de Mario Conde;
  • Et « L’homme qui aimait les chiens » qui n’est pas un « Mario Conde » sur l’histoire du meurtre de Léon Trotski.
  • Le génial « Hérétiques », à lire sans faute. Ce roman est extraordinaire … un des meilleurs que j’ai lus depuis très longtemps.

 

Bonne lecture !

 

Poussière dans le vent

Leonardo Padura

Éditions Métailié

2021

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