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Publié par Richard

Une chronique de Florence Meney

Longtemps avant qu’il ne récolte avec le succès de Kukum les justes fruits de son art et de son travail, la plume pudique et introspective de l’écrivain et chef d’antenne Michel Jean m’avait séduite, comme bien des lecteurs. Michel maitrise parfaitement l’art de nous offrir des romans court, le plus souvent attachés au pas d’un personnage principal unique, fort de ses blessures et de ses vulnérabilités. Des pages qui, sans jamais trop s’appesantir et dans un style à la poésie elliptique, ont l’art de toucher des questions profondes, que ce soit autour de sujets en lien avec l’actualité ou de la question de l’identité et des traumatismes subis par les peuples autochtones.

Personnellement d’ailleurs, il me semble que c’est particulièrement lorsqu’il puise à la source riche de ses racines (il est né à Alma et est originaire de la communauté innue de Mashteuiatsh)  et de son amour pour les siens que Michel Jean déploie le plein potentiel de ses talents d’évocation et nous permet à nous, lecteur non-autochtone, d’entrer en relation d’individu à individu avec l’autre, celui que nous connaissons trop peu et étiquetons ainsi trop souvent de manière réductrice ou au mieux condescendante.

Dernier volet d’une trilogie, Tiohtiá:ke (Montréal en langue mohawk), suit la descente aux enfers d’Élie, un jeune homme qui, banni de sa communauté, échoue à sa sortie de prison comme tant d’autres sur les bancs du square Cabot. Ce roman, qui se déroule principalement en ville contrairement aux précédents, parle de déracinement, d’aliénation, de tous ces traumatismes destructeurs laissés en héritage par la société des Blancs à ceux qui furent arrachés à leur famille pour être privés de leur identité et d’amour familial. Mais plus encore, le roman parle de la solidarité qui sauve dans l’adversité et de l’amitié entre des individus déchus, tous ces hommes et femmes que la société refoule à la marge, les rendant invisibles, mais qui renferment chacun une personnalité unique et des talents multiples ne demandant qu’une étincelle pour se déployer. Si la rue et la misère leur prête vie, bien sûr.

C’est ainsi que malgré le tableau de la misère de l’itinérance autochtone urbaine tracé par ce roman, c’est plutôt la lumière au cœur de cette humanité déglinguée mais que l’on sent prête à reprendre pied au moindre tuteur de résilience qui demeurera avec le lecteur une fois le livre refermé. La dignité stoïque qu’a récemment affichée Michel Jean face aux inepties d’un vieux politicien au sujet du passé d’oppression des peuples autochtones à l’émission Tout le monde en parle donne je trouve un indice sur cette force avec laquelle il faut compter, qui force le respect.

Outre sa valeur littéraire avérée, l’œuvre de Michel Jean est un pont d’humanité entre les hommes et les femmes de toutes origines.

Bonne lecture !

 

Tiohtiá:ke

Michel Jean

Libre expression

2021

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