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Publié par Richard

Ma vie version éparpillée

Mélanie Perreault sort de sa zone de confort et nous présente son premier livre destiné aux adolescents, « Ma vie version éparpillée », qui vient de paraître chez Héritage jeunesse, dans la collection Unik.

Un roman typoétique ?

 

La première fois que j’ai eu le livre en main, je ne savais dans quel genre le catégoriser. Il m’a fait penser à un autre livre dont j’ai brièvement parlé dernièrement, « Mon garde-robe », écrit par Aimée Verret. J’avais alors rapidement classé ce dernier dans le genre poésie en vers libres. Au demeurant, le livre de Mélanie Perreault et celui d’Aimée Verret ont aussi un petit quelque chose à voir avec « Songe à la douceur » (2016) de Clémentine Beauvais, dans leur présentation graphique du moins.

 

Bref, après une petite recherche sur le sujet, je suis d’avis que ces deux livres (celui d’Aimée Verret et de Mélanie Perreault) pourraient mieux s’insérer dans la catégorie « romans graphiques » ; plus précisément dans le genre « poésie en prose ».

Le livre de Mélanie Perreault joue cependant davantage avec la typographie pour accentuer les émotions vécues par la narratrice. Certains passages sont même agrémentés de calligrammes.

Ma réflexion me mène donc à classifier l’écrit de Mélanie Perreault de « roman typoétique ». Le mot « typoétique » a été inventé par Jérôme Peignot. C’est un mot-valise qui contracte « poésie » et « typographie ».

De quoi parle « Ma vie version éparpillée » ?

« Ma vie version éparpillée » aborde le sujet de la séparation familiale, un sujet de prédilection pour l’auteure, qui a déjà publié un album abordant les mêmes enjeux : « Rosalie, entre chien et chat » (2018), illustré par Marion Arbona.

Dans « Ma vie version éparpillée », la narratrice — qui n’est autre que Mélanie Perreault, puisque ce roman est autofictif — nous raconte comment elle a vécu la séparation de ses parents. Le roman se divise en quatre parties.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partie 1 :
À l’annonce de l’éclatement de la famille, la jeune adolescente est très déprimée et se replie sur elle-même. Les émotions qu’elle vit alors sont celles de la colère, de la frustration, de la tristesse et du désarroi.
On sent bien la détresse de la jeune fille. On saisit à quel point il peut être extrêmement difficile, voire inadmissible pour elle, de se faire imposer un mode de vie qu’elle n’a pas choisi ; d’autant que la vie qu’elle menait auparavant lui convenait. On la comprend. Ce n’est pas toujours facile de vivre dans deux maisons, surtout quand celles-ci sont situées dans des quartiers différents. D’un endroit à l’autre, comment ne rien oublier quand on a l’impression de devoir constamment transporter sa vie dans ses valises ?

 

 

Surtout, sa mère sera-t-elle là pour l’accompagner quand elle aura ses premières règles ?

J’ai particulièrement aimé ce passage, qui exprime fort bien le vœu de plusieurs enfants que leurs parents se réconcilient un jour afin de retrouver ce cocon de sécurité :

"Quelque part en moi

restera toujours cachée

cette petite fille

qui rêve de voir ses parents

revenir ensemble.

Cette petite fille qui remonte au temps

de l’insouciance.

Au temps où elle pouvait rejoindre ses deux parents le matin,

dans le même lit,

la même maison

le même quartier."

Partie 2 :

La narratrice ne s’est pas aussitôt habituée à sa nouvelle vie que se pointe le nouvel amoureux de sa mère. Cet homme finit d’ailleurs par élire domicile avec son fils dans leur maison, au grand dam de la narratrice.

 

 

 

 

 

 

 

Partie 3 :

L’arrivée d’une femme dans la vie de son père — et, plus tard, d’un bébé — viendra une fois de plus bousculer l’existence de la jeune fille.

Partie 4 :

Vient enfin la résilience :

"En vérité, ma vie s’est élargie.

Elle est désormais

p     a     n     o     r     a     m     i     q     u     e

car j’ai fait le choix de ne plus m’emmurer.

D’ouvrir tous les volets de mon cœur

pour devenir la meilleure des grandes sœurs

et la plus tolérante des demi-sœurs."

 

La conception graphique :

La conception graphique très réussie du roman a été réalisée par Dorian Danielsen. Ainsi que je l’ai mentionné plus haut, ces variations typographiques ajoutent une dimension émotive au texte. J’aimerais aussi souligner que l’idée de la collection Unik en est une de Mélanie Perreault.

Je recommande ce livre pour son originalité et parce qu’il rend si bien un sujet passablement difficile à aborder avec les enfants — qu’ils soient nos enfants, nos petits-enfants, un élève ou même un voisin. Les adultes mesurent souvent mal l’ampleur du séisme pour certains enfants lors d’une séparation familiale. Enfin, parce qu’ils vont s’identifier à la narratrice et au message d’espoir qu’elle véhicule, ce roman constitue un baume pour les jeunes qui parviennent mal à conjuguer avec la séparation de leurs parents.

Bonne lecture !

 

Ma vie version éparpillée

Mélanie Perreault

Éditions Héritage Jeunesse

Collection Unik

2021

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