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Publié par Richard

Une introduction au monde du commissaire Montalbano

Une chronique de Richard

Cette chronique sera bien spéciale car je vais vous parler d’un de mes commissariats préférés, d’un policier au caractère exécrable, d’une galerie de personnages qui l’entourent bien et d’une ville fascinante de la Sicile ... qui n’existe que dans l’imaginaire de son auteur.

 

Andrea Camilleri est le créateur de ce commissaire bien particulier, Salvo Montalbano, nommé ainsi en hommage au grand Manuel Vazquez Montalban, grand écrivain espagnol. Montalbano est commissaire dans la petite ville de Vigata, un village imaginaire mais cependant typique de la Sicile.

 

Andrea Camilleri est mort il y a deux ans, à Rome, à l’âge vénérable de 93 ans. Véritable icône de la littérature italienne, il n’a jamais arrêté d’écrire, même quand il est devenu presqu’aveugle à la fin de sa vie.

 

Je l’avoue d’entrée de jeu, j’ai un plaisir fou à lire les enquêtes de ce commissaire au caractère bouillant et à la réprimande facile. Il me faut ma dose annuelle d’air salin de la Méditerranée. Quand il devient nécessaire de prendre une pause de bons romans noirs, des bonnes enquêtes par des inspecteurs alcooliques ou véreux, après quelques meurtres violents et inhumains et un ou deux thrillers haletants, j’aime bien m’aventurer à Vigata où je retrouve l’équipe du «dottore» et tous les personnages qui, roman après roman, me sont devenus familiers. Eh oui, avec Montalbano, je me sens entre amis, presque en famille.

 

Quand je lis Andrea Camilleri, je suis plus qu’un lecteur de polars; je m’imprègne d’une atmosphère chaleureuse, d’une ambiance sicilienne qui réchauffe mon coeur de nordique. Lire les enquêtes de Montalbano, c’est plus que suivre une enquête, quand même fort bien menée, c’est aussi se laisser charmer par une langue bien spéciale, joliment traduite par Serge Quadruppani.

 

Entrer dans le monde de Montalbano, c’est aussi sentir la pression monter quand l’enquête se corse. C’est aussi accompagner le fidèle inspecteur Fazio, efficace et compétent, mais qui possède la malheureuse habitude de décliner l’état civil des suspects et des témoins comme un généalogiste sur les amphétamines. C’est aussi être témoin de la complicité entre Montalbano et de son adjoint Mimi Augello ... quand ça va bien, c’est-à-dire quand ça va au goût du commissaire et que les subalternes suivent les ordres de leur patron.

 

Entrer dans le commissariat de Vigata, c’est aussi et surtout, rencontrer l’ineffable Catarella, policier aux fonctions nébuleuses, parfois téléphoniste, quelques fois spécialiste en informatique mais toujours hilarant dans sa capacité à transformer les noms et le contenu des messages. Catarella, c’est l’image même de la «parlure» sicilienne, qui nous fait sourire avec ce langage savoureux, à la syntaxe incertaine et à sa façon de créer la confusion. Comme admirateur, j’élèverais une statue à l’effigie de cet adorable personnage.

 

Passez une journée dans ce commissariat et vous assisterez sûrement à une colère de Montalbano. Et oui, Salvo est colérique, s’emporte pour des riens, fait des tempêtes dans tous les verres d’eau qu’il rencontre, accroche ses crises à des futilités ... surtout quand ça ne fonctionne pas à SON goût. Mais ses hommes l’adorent et lui obéissent au doigt et à l’oeil. La plupart du temps !

 

Suivre les enquêtes de Montalbano, c’est aussi découvrir le charme de ce personnage, malgré son très mauvais caractère. Montalbano possède un charisme certain car beaucoup de femmes succombent à son charme. Que ce soit des jeunes filles à peine sorties de l’adolescence ou des belles d’âge mûr, la gente féminine est sensible aux atouts du commissaire sicilien. Mais Salvo est, la plupart du temps, l’homme d’une seule femme, Livia. Leur amour, en véritables montagnes russes de passions, d’émotions et de disputes, connait des moments doux et charmants; mais aussi, des disputes orageuses et ce, la plupart du temps au téléphone. Car Livia et Salvo ne se voient que deux fois par année, aux vacances d’été et à Noël. Alors, on prend plaisir ( ah oui ?) à assister à ces scènes de ménage titanesques et surtout à vivre dans la tête de notre impétueux commissaire, la montée de la colère, son expression et, dès le moment où il a raccroché l’appareil, l’arrivée de la culpabilité et des regrets. Comme lecteur, on devient alors, le confident intime de notre ami Salvo.

 

L’amour de son travail, les femmes et le whisky ne sont pas les seules passions de Montalbano.  Comme le très connu personnage de Montalban, Salvo ressemble beaucoup à Pepe Carvalho, le gastronome personnage de l’auteur catalan. Montalbano aime manger; Salvo aime bien manger. Adelina, sa femme de ménage et cuisinière hors pair, lui laisse chaque jour, un petit plat mitonné avec talent. Après le boulot, notre gourmet commissaire salive en se demandant ce qu’elle lui aura préparé. Suivre les enquêtes de Montalbano, c’est aussi découvrir la cuisine sicilienne, la gastronomie des petites trattorias sur le chemin de l’enquêteur mais aussi la cuisine quotidienne des amis de Salvo. Souvent, le midi, le bouillant commissaire s’empiffre au restaurant de son ami Enzo et doit, avant de retourner au commissariat, faire une petite marche de santé au port, pour digérer les suggestions culinaires de son restaurateur préféré. Conclusion gastronomique : suivre le commissaire dans ses agapes, donne l’appétit !

 

Et finalement, lire Andrea Camilleri c’est ressentir le chaud soleil de la Sicile, l’odeur de varechs qui nous chatouille le nez, voir les paysages imaginaires de Vigata et de ses environs, mais c’est surtout se laisser bercer par la langue sicilienne (différente de l’italien) et la syntaxe particulière de ses habitants.

 

Mais attention, si vous lisez pour une première fois une enquête de Montalbano, vous serez peut-être surpris par cette forme de langage; mais très vite vous serez charmés par ces tournures de phrases et ces mots pleins de sensibilité et de vibrations siciliennes. Et à votre deuxième roman, vous attendrez avec impatience les apparitions du très coloré Catarella s’adressant à Montalbano :  « - Ah, dottori ! C’est vosseigneurie ? Qu’est-ce qui fût, dottori ?» Et dans votre tête, vous répondrez: « - Catarella, charmé je suis.»

 

Voilà, vous savez maintenant pourquoi à chaque année, je me précipite sur le nouveau Camilleri. L’écriture merveilleuse, une enquête menée de main de maître par un auteur fantastique, des personnages attachants que l’on retrouve comme une famille et surtout un climat chaleureux, une atmosphère qui nous procure un véritable plaisir de lire. Je reviens chaque année à Montalbano parce que je m’ennuie de l’auteur et de ses personnages.

 

Vous ne connaissez pas cet auteur ? Lancez-vous ! Il en vaut le plaisir ...

 

Il me faut quand même parler de ma dernière lecture « L’autre bout du fil », le 30e roman de la série des enquêtes du commissaire Montalbano.

 

Tous les policiers du commissariat de Vigata sont épuisés. En plus de leur journée de travail, ils doivent participer à chaque nuit à l’accueil de migrants arrivant plein d’espoir, dans l’Italie de leur rêve. Des bateaux surchargés, des passeurs sans scrupules et violents, des gens en détresse, chaque nuit apporte son lot de misère et de morts. Ce qui affecte évidemment le moral des troupes. Et évidemment, joue sur le caractère de Montalbano.

 

Comble de malheur pour le commissaire, il est invité à une cérémonie de mariage et sa compagne, Livia, exige qu’il se fasse faire un complet sur mesure. Se faire prendre les mesures et se déshabiller devant une couturière, il y a là assez de frustrations pour amplifier le mauvais caractère de Montalbano. Et même, l’angoisser un peu !

 

Quelques jours après la séance de mesures qui s’est quand même bien passée, la couturière est assassinée. Qui a bien pu faire cela à une femme que tout le monde aimait ? La brigade se lance donc dans une enquête qui révèlera un passé énigmatique de la victime. Et tout se complexifiera avec le viol d’une jeune fille par trois passeurs.

 

La trame romanesque est juste assez complexe pour nous tenir jusqu’à la finale du roman. L’auteur place dans cette enquête de beaux personnages qui viennent alimenter une très bonne intrigue. Le docteur Osman qui traduira les interrogatoires et l’assistante couturière tunisienne, Meriam font contrepoids à la vilenie des passeurs. Ils complètent merveilleusement bien la galerie de personnages camilleriens. Camilleri a le don de nous présenter des personnages secondaires qui nous charment à tout coup !

 

Pour moi, comme dans la plupart des romans mettant en scène Salvo Montalbano, la lecture de ces 285 pages est un pur bonheur de lecture. Montalbano fait partie du panthéon des enquêteurs de fiction et à ce titre, il rejoint Kurt Wallander, Sherlock Holmes, Nestor Burma, Maud Graham, Philip Marlowe et Erlendur Sveinsson.

 

Ah oui, dernière chose, je vous parlais en début de chronique de la cécité d’Andrea Camilleri, ce roman « L’autre bout du fil » l’auteur a dû le dicter à haute voix, incapable d’écrire et de lire ce qu’il écrivait. Et franchement on ne peut pas remarquer de différence entre ce roman et les autres qu’il a lui-même écrit.

 

Pour notre plus grand plaisir, il reste encore quatre romans de la série qui ne sont pas encore publiés en français.

 

Pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur et ce personnage, vous pouvez lire chacun des romans sans suivre l’ordre de publication. Cependant vous aurez quand même beaucoup de plaisir à suivre au fil du temps, l’évolution des personnages. À titre d’information, toute la série est publiée en livre de poche chez Pocket. Du bonheur pour pas cher.

 

Bonne lecture !

 

 

L’autre bout du fil

Andréa Camilleri

Éditions Fleuve

Juillet 2021

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