Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Richard

Requiem pour un père collabo

Une chronique de Christophe Rodriguez

 

Dans cette rentrée littéraire 2021, il sera beaucoup question de fiction et d’autofiction. C’est avec beaucoup d’impatience que j’attendais le nouveau roman du journaliste Sorj Chalandon (Libération, Canard enchainé) et quel choc ! En cette période ou les antivaccins, complotistes de tous poils et agités du bocal traitent les gouvernements en place de nazis, collabos et osent porter l’étoile jaune qui fut un «  passeport » pour les chambres à gaz, nous leur recommandons fortement cette lecture. Mais, j’ai peu d’espoir puisqu’ils font leurs recherches !!!

Le théâtre des mensonges

À défaut de celui du théâtre des opérations glorieuses. Comme nous le mentionnions, Sorj Chalandon, journaliste au long cours, a couvert les guerres au Moyen-Orient, ainsi que le procès Klaus Barbie, pour lequel il remporta le prix Albert Londres en 1988. «  Enfant de salaud » n’est pas une phrase anodine, puisqu’elle fut prononcée sous forme de confession par son grand–père, au sujet de son père. Cette révélation qui devinera un lourd fardeau est le fruit de ce livre, oscillant entre l’histoire, la fiction romanesque ainsi que la vérité aussi cruelle soit-elle. 

Sous forme d’enquête, le livre s’ouvre sur le drame d’Izieu. En 1944, dans une petite commune de l’Ain en France, 44 enfants juifs sont déportés vers les chambres à gaz. Aucun ne reviendra et le responsable de cette rafle se nommait Klaus Barbie. Faisant revivre le procès de ce bourreau (âmes sensibles s’abstenir) Chalandon évoque la vie manquée de son père. Ayant pu consulter son dossier judiciaire avec la mention «  très dangereux pour la sureté intérieure de l’état », il confronte son paternel. Fregoli, mais pas Rastignac, son défunt père collabora avec l’ennemi, ayant mené pendant des lunes son fils en bateau.

Fut-il résistant, aurait-il débarqué avec les alliés, fut-il ami du Général De Lattre de Tassigny ? Que non ! À 22 ans, il enfila l’uniforme allemand, combattit contre les Russes sur le front de l’Est et pour finalement sauver sa peau, il troqua la veste du résistant, non sans appréhension. Cette vie de mensonge que nous découvrons parallèlement avec le procès Barbie est accablante.

Pesant les mots et les silences, Sorj Chalandon se fait pudique et courageux. Il tient son lecteur en haleine, soupèse à travers les mots, les concepts d’honneur et de vérité. Entre le roman et la confession, «  Enfant de salaud » est un livre bouleversant, dérangeant qui devrait se retrouver dans les rangs pour le prix Goncourt !

Bonne lecture !

 

Enfant de salaud

De Sorj Chalandon

Grasset

336 p

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
Z
Exutoire pas exécutoire!!!
Répondre
Z
J'attendais aussi ce roman avec impatience , je viens de le lire et je partage tout à fait votre analyse . C'est un roman qui m'a bouleversée . Ce roman est une sorte d’exécutoire , de catharsis , le narrateur est le double littéraire de l’auteur qui imagine la confrontation qu'il n'a pu avoir avec son père, avant sa mort . Pour lui c’est un salaud, non parce qu'il a été « du mauvais côté pendant la guerre », mais parce qu'il lui menti toute sa vie. Et c’est poignant
Dans une certaine mesure les errements du jeune homme déboussolé que fut le père sont aussi tragiques
Et puis, il y a l’écriture de Chalandon , directe , tendue .Un ami lui avait dit de « transformer ses larmes en encre » et ce roman m’a souvent mis les larmes aux yeux .Et effectivement, l’évocation de la rafle des enfants juifs d’Izieux , de la torture des résistants , la plaidoirie de Serge Klarfeld sont poignantes et nous rappellent fort à propos que les termes de SS , Nazi , Shoah etc ont un sens à ne pas galvauder.
Répondre