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Publié par Richard

Une chronique de Christelle Kriek

Lorsque vous vous baladez dans un événement littéraire, vous êtes happé par les multiples possibilités. Des auteurs à succès, des auteurs débutants, des auteurs inconnus… Les couvertures sont parfois éblouissantes, parfois discrètes. Les 4e de couverture sont évocatrices ou au contraire vous laissent perplexe. Lors du Salon clandestin de Terrebonne, j’ai eu l’occasion de (re)vivre ce moment particulier : défiler entre les tables pour rencontrer des auteurs et se laisser enivrer par leurs œuvres. C’est ainsi au hasard d’un arbre que j’ai découvert Graeme Villeret. Français d’origine, cet auteur vit au Québec depuis plusieurs années. En discutant avec lui, j’ai découvert que nous avions des points communs, notamment en ce qui a trait aux quartiers parisiens que nous fréquentons lors de nos visites. C’est comme ça que j’ai découvert Nous sommes des loups (et vous êtes la proie).

Ce livre, c’est l’histoire d’une meute. Elle compte un mâle dominant, Antoine, deux suiveurs, Max et Fabrice, et une femelle, Alice. C’est l’histoire d’un quatuor d’adolescents bien nantis, qui ne se demandent jamais s’ils ont les moyens d’aller prendre un café dans un endroit branché, si leur veste est à la mode ou si leur facture de téléphone sera payée. Ce sont des jeunes qui performent en classe, dans un lycée bourgeois, et dont les parents pratiquent l’absence active ou passive. L’avenir d’Antoine, d’Alice, de Max et de Fabrice est tracé. Ils suivront les traces familiales ou trouveront leur chemin grâce aux contacts de papa. Pourtant, ce n’est pas de ça dont ils rêvent… en tout cas pas Antoine. Du haut de ses 17 ans, il a un grand projet qui a germé dans son esprit au fil des mois et des années… « Je veux éliminer les cons » (p. 55) Voilà une affirmation simple, que nombre d’entre nous avons déjà prononcées un soir d’une journée difficile. Pour Antoine, elle a cependant un sens différent. Mais Antoine est le chef de meute… « La meute protège. Elle nourrit. Rassure. Chaque membre peut compter sur la meute. » (p. 43) C’est à partir de là que l’univers des quatre adolescents bascule, vers un inconnu à la fois excitant et effrayant. Évidemment du point de vue de la police, les choses sont différentes. Le commandant Kaplan, en charge de l’affaire avec la lieutenante Le Guen, ne savent pas par quel bout prendre l’affaire. Pour une diversité de raison, ils subissent de la pression de toute part. Paris n’est pas Chicago, les meurtres ne sont pas monnaie courante. 

Avec Nous sommes des loups (et vous êtes la proie), Graeme Villeret nous propose un thriller original à l’écriture ciselée et incisive. Les mots découpent les pages comme « une lame découpe la viande » (p. 13). Les images sont fortes et donnent l’impression au lecteur de voir s’imprimer dans son cerveau les actes d’Antoine, d’Alice, de Max et de Fabrice. De chapitre en chapitre, on imagine que les choses vont se poser, que la raison va prendre le dessus. Chaque fois, on s’enfonce un peu plus profondément au cœur de la meute, on finit presque par en faire partie nous aussi. On en arrive à ne pas savoir si l’on a envie que ces jeunes s’en sortent ou que justice soit rendue. L’auteur flirte avec des histoires dans l’histoire. Il ouvre des portes, il nous amène à vouloir savoir… puis il revient au cœur de son histoire pour finir ça en feu d’artifice. Les cinquante dernières pages en sont presque essoufflantes.

Enfin, au-delà de l’histoire en elle-même, Graeme Villeret nous offre une description de Paris qui donne envie de retourner ou d’aller découvrir la Ville Lumière. Qui sait peut-être y croiserez-vous des loups aux yeux luisants. Rappelez-vous que si vous croyez en voir un, il n’est probablement pas seul, ils chassent en meute… 

Bonne lecture !

 

Nous sommes des loups (et vous êtes la proie)

Graeme Villeret

Nombre 7 éditions

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