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Publié par Richard

Quand la littérature nous fait du bien ...

Ça arrive qu’on tombe malade de son passé 

"Rue du rendez-vous", page 144

Une chronique de Richard

Certains livres ont ce pouvoir presque magique de vous charmer, de vous rendre meilleur, de vous redonner espoir en l’humanité ! Ces livres où nous terminons notre lecture avec un sourire un peu naïf, rempli d’optimisme et en se disant que parfois, la vie nous apporte des moments bienfaisants. « Rue du Rendez-vous » de Solène Bakowski est ce genre de roman que je vous conseille pour les jours de pluie ou à l’ombre de l’arbre rassurant de votre jardin.

 

Je n’avais jamais lu de roman de cette auteure, mais la couverture du livre et le formidable titre, ont attiré ma curiosité et mon goût de la découverte. Et la très réussie 4e de couverture a achevé les barrières qui me séparaient de cette magnifique histoire.

 

Alice Beausoleil est une jeune femme qui semble voguer sur la vie avec beaucoup de bonheur; elle sourit continuellement ! Pourtant, « ... depuis deux ans, trois mois et quatre jours », elle vit une tristesse profonde, de celle qui nous empêche de vivre vraiment sa vie.

 

Après sa journée à la boulangerie, elle tente de retourner chez elle. Une grève des transports, un GPS qui perd le bord et une pluie incessante, tous les éléments se mettent en place pour un parcours compliqué. Prise dans cette tourmente, elle se retrouve « Rue du Rendez-vous », elle cogne à la porte d’une boutique de bottier pour s’abriter un peu le temps que passe l’orage.

 

Le propriétaire des lieux, Marcel Dambre, bourru, asocial, ermite de 87 ans, passe ses grandes journées à fabriquer des bottes que personne n’achète. Commence alors une relation bien particulière entre cette jeune femme au cœur brisé et ce vieil homme sans avenir. Mais avec tout un passé !

 

Au fur et à mesure du temps qui passe, le vieil homme raconte son histoire, son enfance, ses amours, les beaux moments de sa vie, mais aussi, ces moments où il a fait les mauvais choix, les trahisons, etc. À chaque page, on retrouve Paris sous l’occupation, l’atmosphère des cabarets et de leurs coulisses, les compétitions de danse, mais aussi les relations troubles entre une mère et son enfant.

 

La jeune fille est passionnée par ce récit et surtout, elle s’y plonge pour oublier son histoire à elle, celle qu’elle cache au plus profond d’elle-même et qui lui pourrit l’existence. Le vieil artisan s’en rend compte, il ressent toute la tristesse et le désespoir derrière le sourire de la femme et il espère qu’à un moment donné, elle s’ouvrira et lui racontera ses souffrances.

 

Voici deux êtres seuls qui, ensemble, apportent à l’autre le réconfort de l’amitié, de l’humanité et de l’écoute. « Rue du Rendez-Vous » est un hymne à la tendresse, au pouvoir de la compassion, de l’empathie et de la complicité. Et pourtant tout les éloigne … leur âge, leur vécu, le temps qu’il leur reste et leurs espoirs déçus. Et juste, l’humain les raccroche; l’autre devenant l’oasis du désert de sa propre vie.

 

Et cette rue, si semblable aux cœurs de nos deux personnages, vivante et belle dans le passé, avec ses joies et ses peines, bien sûr, mais aujourd’hui, dévastée, délaissée, en attente d’être démolie pour y construire quelques immeubles sans vie ou des commerces clinquants.

 

Le défi était de taille et Solène Bakowski l’a relevé de façon magistrale : aucune mièvrerie ni de larmes sirupeuses, le récit est vrai. Tellement vrai que très souvent, on oublie le vieux qui raconte pour se laisser prendre par la vie de ce jeune, le passé devient un présent tangible, palpable assez que parfois on revient, surpris, dans cette boutique … comme si on les avait oubliés.

 

L’écriture est fluide, le style de l’auteure limpide. La grande force de Solène Bakowski dans ce roman, c’est cette capacité à faire vivre des émotions, à toucher le cœur du lecteur et à nous transporter dans le temps avec nuances et une douceur toute poétique. Du grand art !

 

Un exemple : on arrive à aimer une mère qui a dit à son enfant : « Il ne faut pas m’en vouloir, mais je crois que j’aimerais mieux que tu n’existes pas. » Oui oui, on arrive à aimer cette femme, cette mère qui refuse de l’être.

 

Je vous recommande chaudement la lecture de ce roman qui vous fera du bien. Croire en l’humain, à la force du pardon et surtout, à la force de se pardonner soi-même, voici le baume littéraire que nous offre Solène Bakowski. Que vous ayez une plaie à soigner ou pas !

 

Allez-vous promener sur la « Rue du rendez-vous » et entrez dans la boutique du bottier, on n’y vend  pas que des bottes.

 

Bonne lecture ! 

 

Quelques extraits:

 

« … Alice est un mensonge. Et son sourire, une belle escroquerie. »

 

« Le vieil homme a terminé de parler. Pourtant, ses lèvres bougent encore. »

 

« … les souvenirs sont des libellules dont les ailes ont vite fait de se démantibuler. »

 

« Le soleil tombe en morceau, … »

 

 

Rue du Rendez-vous

Solène Bakowski

Éditions Plon

2021

379 pages

 

 

En librairie au Québec, aujourd'hui le 30 juin 2021

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