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Publié par Richard

La mémoire et l’Arménie

 

Une chronique de Christophe Rodriguez

Avec son inspecteur venu de Mongolie sous la plume de Ian Manook et ses doubles qui hantent les grandes plaines des États-Unis ainsi que de New York (Roy Braverman), Patrick Manoukian s’est taillé une place enviée dans le cœur, des amateurs de romans policiers. Avec L’oiseau bleu d’Erzeroum, nous changeons complètement de registre, puisque l’écrivain d’origine a entrepris de raconter l’histoire de sa grand-mère qui fuyait en 1915, le premier génocide calculé et planifié du XXe siècle.

Ce fut lors de mes cours en sciences politiques que j’entendis parler pour la première fois de ce génocide, grâce à Gérard Chaliand. Professeur invité, grand spécialiste des guérillas et homme de terrain, lui aussi arménien, nous raconta sans pathos, ce drame humain qui eut lieu pendant la première mondiale (1915). Il nous fait découvrir les écrits du théologien, orientaliste et humaniste allemand Johannes Lepsius qui documenta en 1919 avec son rapport sur la situation des Arméniens en Turquie, toute l’ampleur du drame. Ce vaste travail de l’intérieur est encore un document capital pour comprendre le rôle de Taleet Pacha, principal artisan du génocide.

La souffrance des enfants et d’un peuple

Tout commence en 1915, près d’Erzeroum, en Arménie turque. Si les enfants ne comprennent rien à la guerre, ils savent très bien que le danger est imminent. La famille de Araxie, 10 ans et sa petite sœur Haïganouch, six ans doit plier bagage le plus rapidement possible, après avoir été spoliée de leurs biens. Sur la route, c’est l’enfer au sens le plus strict du terme.

Le jeune gouvernement turc a décidé d’éliminer purement et simplement tous les Arméniens. Les hommes, poursuivis par des soldats, hommes de main et brutes sanguinaires sont exécutés sommairement, tandis que les femmes oh combien courageuses, veillent tant bien que mal, au péril de leur vie, sur les enfants. Le premier chapitre un condensé d’une horreur qui se reproduira à plus grande échelle lors de la Seconde Guerre mondiale.

Au nom de la race ainsi que de la pureté, des colonnes entières d’êtres humains sont privées de manger et jetées dans la rivière. Les deux petites sœurs se tiennent, dont, une deviendra aveugle. Dans ce tumulte, vous allez croiser bien des personnages qui ont tous une importance capitale. L’ambassadeur américain Morgenthau qui fait du mieux qu’il peut, le jeune Christophe qui découvrira l’ampleur du drame, Hilde, fille d’ambassadeur, qui sombrera temporairement dans la folie, après avoir vu une rivière rouge sang, charriant des milliers de cadavres. Les jeunes Häigap et Adop qui vont former l’embryon de ce qui va devenir le bras de l’Armée secrète arménienne de la libération de l’Arménie.

Conteur et journaliste, Ian Manook nous raconte une épopée à travers le récit de sa grand-mère. Jamais à l’eau de rose, décrivant un monde disparu, un génocide oublié parce que le mode était en temps de guerre, cette histoire vous donnera des frissons. D’une beauté cruelle avec toujours un peu d’espoir, ce roman biographique vous emportera. Époustouflant !

Bonne lecture !

 

L’oiseau bleu d’Erzeroum

Ian Manook

Albin Michel

544 pages

 

 

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