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Publié par Richard

Troisième volet de la série "Xavier Martel", la chronique de Céline de Raony sur Sans la peau.

Une chronique de Céline de Roany

 

Troisième opus de la saga Xavier Martel, après Sous un ciel d’abime et Le chercheur d’âme, Sans la peau, sorti en mars aux Editions de L’Homme, confirme tout le bien que je pense du travail de cet auteur.

De quoi parle-t-on ?

Protéger ceux qu’on aime implique parfois de faire souffrir les autres. Tandis que le détective Xavier Martel tente de camoufler l’acte terrible qu’il a commis, un ressortissant russe est trouvé mort dans un conteneur au port de Montréal. Qui est-il? Et pourquoi la structure atomique du Krokodil, cette drogue dévastatrice surnommée l’héroïne des pauvres, est-elle tatouée sur son corps? Forcé de reprendre du service comme freelance à la demande de la GRC, Martel mène l’enquête tel qu’il l’entend et doit se frotter à la dangereuse mafia russe montréalaise. Argent sale, trafic humain et crimes violents l’entraîneront de la métropole aux confins du Québec, où il risquera une fois de plus sa vie afin de contrecarrer les plans d’un homme prêt à tout pour défendre les siens.

Mon avis

Le premier mot qui me vient à l’esprit pour caractériser ce roman, c’est : densité.

Densité du style d’abord. Il y a plusieurs couches à l’écriture de Steve Laflamme, ce qui en fait certainement la puissance. D’abord, pas de confusion possible, c’est, comme les précédents, un roman plein de testostérone. D’un point de vue purement anthropologique, c’est à mon avis une mine d’information pour les auteures à la recherche d’une voix masculine. Ensuite, il y a cet humour noir et froid, parfois un peu désespéré, mais tellement drôle et surtout toujours juste – alors que l’auteur a commis le tour de force d’en insérer au beau milieu de scènes particulièrement intenses et dramatiques. L’écriture est nerveuse, acérée, parfois dure et intensément suggestive, sans être cinématographique : on imagine très bien ce qu’il se passe, sans que l’auteur raconte. Et l’émotion surgit, comme la lumière dans les interstices d’une planche disjointe, presque contre la volonté de l’auteur.

Sans la peau est un thriller au rythme très soutenu, doté d’une intrigue touffue et très très bien travaillée et de beaucoup d’action. Il obéit à tous les codes du genre en s’emparant d’une problématique qui n’est pas très courante (les dommages que nos héros de papier s’infligent à eux-mêmes) et lui apporte à la fois beaucoup de dureté et beaucoup de tendresse. Je n’aime pas Xavier Martel, mais j’aime beaucoup le regard que porte sur lui son auteur et ça suffit à rendre le personnage intéressant. C’est également un roman qui aborde un certain nombre de thèmes inhabituels (la mafia russe et son implantation en Amérique du Nord en particulier), qui maîtrise parfaitement les relations de pouvoirs (on voit que l’auteur est aussi prof). J’ai appris des choses à bon compte, ce qui est toujours bon à prendre et pris aussi quelques leçons de cruauté.

Je trouve que Steve Laflamme a beaucoup progressé dans son écriture, que ce roman est bien meilleur que les deux précédents qui étaient déjà excellents. Mon hypothèse est que l’auteur a enfin réussi à se lâcher et à sortir d’une appréhension scolaire (bien que le résultat ne l’ai pas été) de ses intrigue pour réussir à y insuffler une émotion à la fois très intense et très contenue.

Il ne suffit pas de savoir raconter des histoires, il faut aussi pouvoir les faire ressentir à ses lecteurs et c’est ce qu’il se passe avec Sans la peau, un roman intense, puissant, intelligent et tortueux à souhait, et dont l’épilogue est hautement satisfaisant.

Bonne lecture !

 

Sans la peau

Steve Laflamme

Éditions de l’homme

2021

346 pages

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