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Publié par Richard

Une chronique de Richard

Le Red Light, ce quartier mythique si bien décrit par la trilogie éponyme de Marie-Ève Bourassa avec son Eugène Duchamp. Le Red Light, ce fameux quartier montréalais, nourri par la Prohibition américaine, qui a vu fleurir des générations de cabarets et de lupanars pour amuser et divertir les Canadiens en mal de spectacle et les Américains qui avaient désespérément soif …

Maxime Houde nous plonge dans cette atmosphère bien particulière, au cœur du Montréal de l’après-guerre avec son ténébreux personnage de détective privée, Stan Coveleski. Et heureusement pour ses lecteurs, Stan ne change pas, toujours aussi capable de se mettre en danger dans les situations les plus périlleuses mais toujours capable de s’en sortir avec intelligence, humour et parfois bien de la chance.

Cette fois-ci, Stan se met à la recherche de Gisèle Boisvert, une cigarette girl du cabaret Full Moon, ayant mystérieusement disparue. Loretta Lamour, une amie, danseuse dans ce même cabaret, engage Coveleski pour retrouver la jeune fille. Bizarrement, une autre personne veut engager le détective pour retrouver la même femme; il s’agit du propriétaire du cabaret. Il avoue une relation avec la fille. Et paye grassement Stan qui lui, voit bien qu’il y a anguille sous roche, n’ose pas contredire le monsieur, du genre de qui on préfère ne pas se le mettre à dos. Il aime mieux garder ses distances et ne pas encaisser le chèque de 5 000$ que le mafieux lui a donné.

Revoilà donc Stan, parcourant les rues éclairées par les néons multicolores du quartier et les ruelles sombres et moins accueillantes qui quadrillent le terrain de jeux des mafiosi, des petits bandits et de leurs hommes de mains. Mains qui tiennent des armes, bien évidemment !

Bien rapidement l’affaire se complique pour le plus grand plaisir du lecteur. Stan se retrouve mêlé dans une querelle père-fils où le plus jeune conteste les méthodes vieillissantes du père tout en multipliant les erreurs de jeunesse. Et tout cela accompagné de quelques coups de revolver et de règlements de compte … en souffrance.

L’enquêteur doit aussi fréquenter quelques cabarets et maisons de passe caractéristiques de son quartier tout en continuant à sauvegarder sa sobriété d’alcoolique pas très anonyme. Mais une chose dont il ne se prive pas ce sont les coups de poing, les taloches et les balles des membres de la pègre, grande et petite, qui trouvent que le détective met son nez dans des affaires qui ne le concernent pas.

Comme dans la plupart des romans de Maxime Houde, l’action ne manque pas et l’humour caustique de Stan, détend l’atmosphère. Pour le lecteur, mais pas du tout pour les mafieux qu’il affronte. Le style est vif, les dialogues sont percutants et dès le début du récit, le lecteur est happé par l’histoire et son développement. Maxime Houde a un sens du story telling très développé.

Évidemment les amateurs de ce détective privé seront ravis de retrouver la très pertinente secrétaire de Coveleski, la compétente gardienne du « pensoir » de son patron (le pensoir étant le bureau du détective). Et bien évidemment, son ami le sergent-détective Moreau de la police de Montréal, celui qui n'est pas toujours d’accord avec les méthodes peu orthodoxes du privé. Mais surtout, les amateurs de la série retrouveront l’atmosphère du Montréal de ces années, les rues animées, les tramways, les tourist rooms un peu beaucoup glauques, les nuits très actives et les endroits où il n’est pas bon de se promener quand le soleil se couche. Et chose bien importante, le style et l’écriture de Maxime Houde.

Par exemple, je vous lis deux citations :

Pour illustrer sa volonté de rester en vie : « Respirer était sans doute une vieille habitude à laquelle je tenais vraiment beaucoup. »

Ou encore, pour parler de l’intelligence de deux hommes de mains … : « Quant à Sylvio et Lenny, ils étaient si stupides qu’ils auraient été incapables de trouver un canard en plastique dans une baignoire … »

Avouons qu’avec ce genre de phrases, un lecteur ne s’ennuie pas.

Alors, en ces temps encore un peu pas mal moroses, un bon roman sans prétention, une histoire accrocheuse, un style direct et efficace et un sens de l’humour opportun, il y a de quoi satisfaire son lecteur. Pour ceux qui ne connaissent pas la série Stan Coveleski, chaque histoire est complète et on peut donc commencer sa découverte avec n’importe quel roman de la série. Cependant, voir l’évolution des personnages récurrents, est un plaisir, que moi, je ne bouderais pas.

Alors, entrez dans le tramway par la porte que vous voulez et bonne visite dans le Montréal des années folles …

Bonne lecture !

 

L’évaporée du Red Light

Maxime Houde

Éditions Alire

2021

234 pages

 

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