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Publié par Richard

Une chronique de Richard

Je commence ma chronique avec ces mots, un peu beaucoup clichés mais parfois fort utiles : « Coeurs sensibles, s’abstenir » et j’ajoute, mais ce serait vraiment dommage ! Et si j’en ajoutais encore un peu. Sur la 4e couverture de ce tout récent roman de Frédérick Durand, la seule phrase écrite est la suivante : « Chaque pas dans les ténèbres révèle qu’on peut s’y enfoncer encore plus loin. » Alors, avec ces deux éléments, on sait à quoi s’en tenir. On parle ici d’un roman noir avec une dose d’horreur pour pimenter le tout.

Frédérick Durand est professeur. Il enseigne la littérature française au CEGEP de Trois-Rivières. Romancier, poète et essayiste, il touche à plusieurs domaines de la littérature de l’imaginaire, avec une préférence bien marquée pour le fantastique. Si je compte bien, « Dans les pas d’une poupée suspendue » est son 17e roman. Et c’en est tout un !

Alors, sans plus attendre, entrons dans le vif du sujet !

Robert Vallet est un jeune adolescent qui possède tous les éléments pour devenir un rejet de la société. Renfermé, ostracisé, aucun charme, pas de succès auprès des filles, il se cantonne dans sa solitude et dans des intérêts bien particuliers. Les bandes dessinées d’époque et les forums de discussion sont ses deux oasis où il peut s’y complaire sans attirer le regard négatif des autres. Même dans l’épicerie à grande surface où il travaille, les jeunes caissières rient de lui et ses collègues masculins ne se pressent pas pour développer des amitiés avec le jeune homme.

Robert Vallet a une idole : son oncle, un peu plus âgé. Misanthrope, Hervé Vallet s’entoure de lectures macabres, d’objets bizarres avec une dimension érotique très présente. Il possède une influence sur le jeune Robert même s’il le regarde de haut avec un peu de mépris. Et ça ne l’empêche pas d’alimenter son neveu en bizarreries de toutes sortes. À 27 ans, l’oncle Hervé gagne une grosse somme à la loterie provinciale et s’achète une immense maison, dans un coin retiré. Quelques années plus tard, il meurt, laissant toute sa fortune à son neveu, qui lui-même en fut très surpris. À part l’argent, le jeune oncle laissait au neveu son immense maison campagnarde. Et c’est là que l’histoire commence à se pimenter.

Dès le premier week-end, le jeune Robert fait le tour de sa nouvelle maison. Et ça ne sera pas une visite touristique très agréable avec les craquements des vieilles maisons qui ont plein de choses à dire. Le tour du propriétaire comprend, entre autres, un sous-sol lugubre avec trois pièces barrées, une bibliothèque gardée par une statue géante du diable qui le suit des yeux et un grenier où se cache une poupée suspendue et un miroir aux vertus bien spéciales.

Et surtout, chaque pièce de la maison, en y trouvant la clé, s’ouvre sur un ailleurs macabre, violent. L’oncle n’avait pas juste légué sa fortune et sa maison, il avait aussi transmis sa folie. Le jeune homme prend graduellement conscience des pouvoirs que lui donne cette maison et de la fuite de sa réalité vers cet univers parallèle. Ce qui fait en sorte que l’auteur développe la transformation d’un être rejeté, sans charisme et sans charme en un être ayant des pouvoirs psychologiques et physiologiques qui l’amèneront à poser des actes violents.

Vous comprendrez qu’ici, l’atmosphère créé par l’auteur est assez oppressante, cauchemardesque. Et voilà la force de Frédérick Durand, qui par ses phrases tournées avec une habileté littéraire extraordinaire, nous plonge dans un climat troublant, où le pouvoir de la suggestion est plus grand que celui de la description. Le lecteur devient alors son propre écrivain en se représentant ce qui se passe dans sa propre imagination. Et très souvent, la folle du logis chausse parfaitement les souliers talentueux des Stephen King et Patrick Senécal de ce monde. Comme je disais au début, Cœurs sensibles s’abstenir mais surtout, ne laissez pas votre imagination aller plus loin, plus profondément que l’auteur.

Oui ce roman laisse une grande porte à l’horreur. Mais la qualité de l’écriture, son pouvoir suggestif et la maitrise de l’arc narratif de Frédérick Durand valent le détour et les quelques frissons que votre imagination aura laissé passer entre les phrases de ce récit.

À lire pour les amateurs de romans d’horreur ! Une plume québécoise qui vaut bien les auteurs de romans d’horreur américain.

 

Bonne lecture et bons frissons !

 

Dans les pas d’une poupée suspendue

Frérérick Durand

Éditions Tête première

2021

265 pages

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