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Publié par Richard

Montréal la nuit, Montréal des années 40

Une chronique de Christophe Rodriguez

Il ne reste plus grand-chose du Montréal des années 40. Du Faisan doré au Café Saint-Jacques et de la salle de bal Chez Maurice qui pouvait accueillir plus de 3000 danseurs et danseurs, sans oublier le célèbre Casa Loma et autres petits endroits de fortune où toute une population venait s’encanailler. Certes, il reste les images d’époque, quelques films et des romanciers comme le talentueux Maxime Houde qui a planté le décor ou s’active le privé Stan Coveleski.

Dans la plus pure lignée des romans de dur à cuire dont les maitres furent Dashiell Hammet, James Cain et Raymond Chandler, l’ami Maxime fait revivre avec brio, l'époque du Red Light. Dans ce quadrilatère où se perdait la paie du jour dans les barbotes, parfois dans les mains expertes de gentes dames et plus encore, au Full Moon où l’alcool coulait à flots. Ce fut aussi l’âge d’or des grands orchestres comme celui de Guy Lombardo, d’un tout jeune trompettiste Maynard Ferguson, ainsi que celui de Bix Bélair. Parce que le swing était maitre, des jeunes filles venaient aussi tenter leur chance dans les revues musicales et c’est là que nous allons croiser, la sculpturale Loretta Lamour dans le bureau du privé Coveleski. Elle recherche son amie Gisèle, autre jeune danseuse qui a mystérieusement disparu.

 Avec moult détails et descriptions d’époque, le romancier tisse sa toile, nous fait découvrir les dessous de ces paradis pas toujours enviables. Comme le privé a des amis partout, vous allez croiser un journaliste bougon, spécialiste de faits divers, un bon copain policier avec qui il échange des services et Benjamin Katz, riche propriétaire du Full Moon qui sort aussi le chéquier pour retrouver la Gisèle évaporée.

Ça grenouille fort, ça cogne sec, parfois, surtout quand les enfants veulent une part du gâteau, mais sans la finesse stratégique du père, qui sait très bien que de l’autre côté de la frontière, de puissantes familles mafieuses lorgnent sur le Montréal interlope «  by night ».

Ce roman policier qui fleure bon les grands classiques est aussi une carte postale de ce Montréal disparu, que nous envions parfois, avec juste ce qu’il fallait de dynamisme et de swing !

Gloire éphémère

Pendant que nous y sommes, dans le filon roman noir, la réédition de : La vie rêvée de Frank Bélairtoujours de Maxime Houde, vaut vraiment le détour. Cet hommage au film noir des années 40/50 selon l’auteur aurait pu avoir pour thème : la vanité. Frank Bélair, ni bon ni mauvais, est propriétaire d’un bar très couru : Le Blue Dahlia. Père d’un petit garçon, il mène une vie presque rangée, s’il ne folâtrait pas avec Béatrice, une de ses conquêtes, oubliant parfois à quel point sa femme, amour de jeunesse, aussi, l’aime !

Payant sa côte part, entendons la protection, ses affaires vont rondement, mais le monde interlope change.

Avec intelligence, Maxim Houde exploite les travers des amitiés de jeunesse, un peu comme dans Le parrain, jusqu’à la fin qui sera tout, sauf une vie rêvée.

Un très bon cru sur ce Montréal d’antan ainsi qu’un bel hommage au roman noir qui a fait le succès de La Série noire.

Bonne lecture !

 

 

Maxime Houde

L’évaporée du Red Light

Alire

234 pages

 

Maxime Houde

La vie rêvée de Frank Bélair

Alire

309 pages

 

 

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