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Publié par Richard

Une chronique de Richard

S’il fallait donner un trophée au personnage le plus détestable de la littérature, il faudrait, sans conteste, considérer Léon Sadorski, personnage principal de la série, écrite par l’auteur français, Romain Slocombe.

 

Faisons donc les présentations ! Léon Sadorski est inspecteur principal adjoint des Renseignements Généraux, à Paris. Durant la Deuxième Guerre mondiale, il collabore avec les Allemands. Pétainiste convaincu, xénophobe et antisémite jusqu’au bout de son fusil, égocentrique et légèrement pervers, il est l’anti-héros parfait.

En plus, pour améliorer sa présentation, on peut le qualifier de profiteur, pleutre et lécheur de bottes très attentionné.

Bref un personnage que l’on aime haïr, auquel on ne s’identifie pas mais auquel, le talent de l’auteur fait qu’on s’y attache quand même … De loin, bien évidemment.

Tout le long de ses trois premiers récits, on apprend qu’il est marié avec la gentille Yvette qui ne sait pas trop ce que fait son mari et qu’il cache une jeune Juive qu’il a lui-même mise enceinte. Car notre sympathique policier est aussi un "charmeur sans charme" qui se sert de la manipulation, du chantage et de l’intimidation pour attirer les jeunes et belles femmes dans son lit.

Dans ses trois premiers romans, l’inspecteur se frotte au pouvoir nazi, fait tout en sorte pour monter les échelons de la hiérarchie policière et guerrière :

  • Arrêt des Juifs pour les envoyer à Drancy
  • Participation active à la grande rafle du Vél'd'Hiv,
  • Incursion dans le monde du cinéma

Le talent de conteur de Romain Slocombe vous transporte dans ce monde effrayant des coulisses de l’occupation de la France.

Dans ce 4e tome des histoires de ce très peu sympathique policier, nous nous retrouvons à Paris en 1943. Un colonel SS a été assassiné par un groupe terroriste de la Résistance. La Gestapo demande à son collaborateur préféré, de prendre la direction d’une équipe de policiers gestapistes français pour traquer les terroristes juifs de l’organisation FTP-MOI. (Francs Tireurs et Partisans de la Main d'Oeuvre Immigrée) ces brigades des partisans multi ethniques qui sèment le trouble parmi les forces d’occupation.

Léon voit dans cette demande l’occasion rêvée de se mériter la promotion de sa vie !! Il commence alors à mettre en place ses pièges pour réussir sa mission. Et comme d’habitude, il prendra des moyens pervers, des combines démoniaques et des manipulations sordides … qui heureusement pour la morale ne fonctionneront pas toujours.

Il tisse sa toile, joue sur tous les plans, doucereux avec sa femme, manipulateur avec les autres, servile avec les Allemands, il s’acharne sur une jeune femme à qui il fait croire qu’il est de la Résistance et qu’il peut l’intégrer dans son réseau. Parallèlement, il fricotte dans la bonne société où encore là, il navigue sur toutes les vagues pour avancer. Mais surtout, nous suivons le travail de base de ces policiers français à la recherche des acteurs anonymes venus pour saper le travail des occupants : opération de traques et de poursuite, scènes de torture, filatures dans la nuit, tous les moyens sont bons pour se faire voir positivement par la Gestapo.

Comment cela va-t-il se terminer ? Romain Slocombe nous laisse sur une scène très accrocheuse, du genre de celles qu’on a hâte de lire la suite. Mais, le roman termine sur ce moment et le lecteur devra attendre la suite, à la fin de l’année 2021.

Cette finale est à l’image de l’auteur et de son talent de romancier. Voici un personnage que l’on aime détester et l’auteur réussit à maintenir l’intérêt (peut-être avec quelques longueurs dans ce 4e tome) du lecteur depuis quatre romans. Et je suis assuré que les deux derniers de la série, le seront tout autant. Cette fresque monumentale de la période d’occupation, vécue par un policier collaborateur, est un savant équilibre entre la fiction et la réalité historique. Comme lecteur, nous avançons dans l’histoire en visitant ce musée des horreurs à travers les yeux de ce personnage qui est qualifié de «pire des salauds mais le meilleur des enquêteurs ».

Je l’avoue, j’aime cette série aussi à cause de la qualité de travail de documentation. On peut faire confiance à Romain Slocombe pour nous offrir un roman bien documenté doublé d’un équilibre solide entre les faits et l’imaginaire de l’auteur. Il nous suffit de jeter un coup d’œil sur la bibliographie en fin de livre ainsi que de la liste des personnes consultées pour se rendre compte de la somme de travail qu’a dû réaliser l’auteur pour nous donner une œuvre si complète. Quand dans deux ans, les six tomes de la série seront parus, on pourra apprécier dans toute sa grandeur des quelques 3 000 pages de la série, le travail immense du romancier pour nous dépeindre cette époque dans les moindres détails.

Bien sûr, on peut lire chaque roman de façon autonome mais on se coupe alors du plaisir de suivre l’évolution des personnages et la tension grandissante du début de l’occupation jusqu,à la finale possible. Alors ne manquez pas ce plaisir de découvrir cette série de romans historiques, qui heureusement est parue (pour les trois premiers romans) en livre de poche.

Et si vous aimez le style Slocombe et si vous aimez détester des personnages dégueulasses, je vous conseille un petit roman épistolaire du même auteur, intitulé Monsieur le commandant.

«Monsieur le commandant» est un magnifique roman d’amour, un drame en deux actes  dans un décor effroyable, une ode au sentiment humain le plus beau, une épître épouvantable au sentiment le plus laid. L’intention de la lettre était sordide et l’épitaphe, déguisée en documents annexes, l’est tout autant.

 

Peut-être un avertissement que l’idée de Léon Sadorski germait dans la tête de l’auteur !

Âmes sensibles ne vous abstenez pas !
Amoureux de l’Histoire, laissez l’auteur vous la raconter.
Amateurs de romans noirs, régalez-vous !
Amants du style, laissez l’écriture vous charmer !

Bonne lecture !

 

 

La Gestapo Sadorski

Romain Slocombe

La bête noire

Editions Robert Laffont

2020

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